Dead birds – Robert Gardner (1964)

EN ENTIER – VO NON sous titrée – 83 mn

À la tête d’une expédition en Nouvelle-Guinée occidentale, Gardner rencontre les Dani, une société fondée sur la guerre, rituel quotidien auquel se prêtent les hommes des tribus de part et d’autre du fleuve qui traverse la vallée du Baliem.Dead Birds s’ouvre sur un panoramique à 180° qui suit le vol d’un oiseau depuis le sommet d’une colline. La voix de Gardner rapporte un mythe ancien de ces hautes terres de Papouasie sur l’origine de la mortalité des hommes. Le serpent et l’oiseau s’affrontèrent autrefois lors d’une course dont l’issue devait décider de la nature humaine. Ou bien les hommes seraient comme les oiseaux, et mourraient, ou bien tels les serpents, ils s’attacheraient une vie éternelle en changeant de peau. L’oiseau remporta la course et depuis ce jour, tous les hommes furent condamnés à disparaître.

Alice Leroy (sur Critikat.com) :

À l’espace mythique du récit répond l’espace géographique de la grande vallée qui prend des allures de Monument Valley exotique où se mènent des combats sans merci entre les Dani et leurs ennemis. Bien que la caméra dessine une carte comme le ferait un anthropologue sur son terrain d’étude, elle ne remplit jamais chez Gardner un rôle d’observateur détaché, tant il s’oppose à ce qu’il appelle le « surveillance filming » [4] – littéralement une caméra de surveillance – qui prétendrait enregistrer une réalité sans agir sur celle-ci. Si avec Jean Rouch ou John Marshall dans les années 1950, le cinéma ethnographique n’a plus vocation à être seulement un travail préparatoire ou illustratif à celui de l’écriture anthropologique, alors Gardner s’inscrit en plein dans l’héritage de ce cinéma plus préoccupé par les relations, les émotions, les interactions sociales ou intimes qui se jouent entre les protagonistes, et aussi bien entre le filmeur et les filmés, que par l’enregistrement prétendument objectif d’une situation donnée. Nulle tentation didactique chez Gardner, qui dès son premier long-métrage, inscrit sa présence dans le texte aux accents mystiques qui accompagne les images, à la fois récit mythique des origines de l’humanité et réflexion personnelle sur la relation qui unit l’anthropologue aux hommes qu’il filme. La caméra de Gardner est un médium de connaissance, sinon de reconnaissance d’autrui. Son cinéma donne ainsi la pleine mesure des questions qui entourent l’anthropologie visuelle, cette pratique incertaine d’un cinéma ethnographique qui oscille entre plusieurs pratiques et autant de professions de foi. Cinéma et anthropologie entretiennent des rapports ambigus, rappelle David MacDougall : « Certains conçoivent l’anthropologie visuelle comme une technique de recherche, d’autres comme un champ d’étude, d’autres comme un outil d’enseignement, d’autres encore comme un mode de publication, et d’autres enfin comme une nouvelle approche de la connaissance en anthropologie. » [5] Gardner, à la suite de Marshall ou de Rouch, appartient sans nul doute à la dernière catégorie, lui dont le premier film doit autant à l’expérience du tournage de The Hunters qu’à l’esthétique et à la narration poétique des Maitres fous (1957)

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