Jenin, Jenin – Mohamed Bakri (2002)

FILM EN ENTIER – VOSTF – 50 mn 

Présentation sur le site ISM (The International Solidarity Movement):

« Mohammed Bakri, acteur et réalisateur palestinien, est né en 1953 à al-Bana en Palestine 48.

Contexte :
En avril 2002, Israël a lancé l’opération Rempart (Defensive Shield) et a envahi le camp de réfugiés palestiniens de Jenin, au sud de Nazareth. L’opération a duré 8 jours et faisait suite à une attaque suicide à la bombe dans la ville israélienne de Netanya. Israël a déployé 30.000 soldats de réserve contre une population de 33.000 réfugiés. L’armée a bouclé le camp et a refusé d’autoriser les journalistes et les organisations pour les droits de l’homme à y entrer, conduisant à une propagation rapide de rumeurs selon lesquelles l’armée s’était livrée à un massacre considérable. Divers chiffres sur le nombre de victimes ont circulé, allant de 50 à 500 civils et combattants palestiniens tués. Côté israélien, 23 soldats sont morts. A la fin de cette opération, plus de 10% du camp étaient rasés. La mission d’enquête des Nations Unies n’a jamais été autorisée à entrer.

Le documentaire

Mohammad Bakri s’est joint à une manifestation non violente pendant l’invasion, durant laquelle un ami acteur qui était à côté de lui a été blessé par les tirs de l’armée israélienne. Ceci a poussé Bakri à entrer secrètement dans le camp peu de temps après la fin de l’opération et à interroger ses habitants, jeunes et vieux, qui avaient été témoins du massacre. Le résultat de son travail est Jenin Jenin, documentaire qui raconte l’histoire des Palestiniens de Jenin, qui, sans lui, n’aurait pu être entendue par les médias internationaux à cause du bouclage du camp. Le documentaire n’a pas de narrateur, pas de voix hors champ, pas de guide et pas de commentaire du réalisateur. Bakri a dédié Jenin Jenin à son producteur, Iyad Samoudi, qui a été tué par les forces israéliennes dans le gouvernorat de Jenin peu de temps après la fin du tournage.

L’affaire en justice

Après trois projections en Israël, le Bureau israélien de notation des films (Israëli Film Ratings Board) (autrement dit la censure israélienne, ndt) a interdit le film. Les cinémathèques de Tel Aviv et Jérusalem l’ont projeté malgré l’interdiction. Bakri a porté l’interdiction devant la Cour suprême israélienne et a gagné. En appel, le jugement de la Cour suprême a été confirmé et, en août 2004, elle a réaffirmé sa décision, statuant que le Bureau de notation cinématographique « n’avait pas le monopole de la vérité. »

En février 2005, cinq soldats israéliens qui avaient pris part à l’opération Rempart ont poursuivi Bakri pour diffamation. Ces cinq soldats ne sont ni mentionnés ni montrés dans le film. Le juge du tribunal de district de Petah Tikva a débouté les soldats, indiquant que bien que le film diffame l’armée israélienne dans son ensemble, les cinq soldats n’étaient pas personnellement diffamés. L’avocat des soldats a dit plus tard qu’il envisageait de faire appel devant la Haute Cour de Justice.

En janvier 2010, Haaretz a rapporté que le Procureur Général Menachem Mazuz, qui doit prendre sa retraite ce mois-ci, avait exprimé son soutien pour l’appel des cinq soldats. Après une réunion avec les cinq soldats et leurs familles, Mazuz a reconnu que Bakri n’avait pas diffamé la population en général, mais seulement un groupe particulier. Si la Cour Suprême accepte cette position, alors chaque soldat pourra ouvrir des poursuites pénales contre le réalisateur. L’adhésion de Mazuz à ces poursuites civiles des soldats en tant qu’individus soulève la question, selon Bakri, de « pourquoi une telle décision arrive-t-elle si tard ? »

Pour la défense de Bakri

Jenin Jenin a reçu le prix du meilleur film au Festival International du Film de Carthage pour la réalisation de documentaire méditerranéen et le reportage.

Mohammad Bakri recevra l’ours de la liberté de parole au Festival International du Film de Berlin, la Berlinade.

Le Comité de Défense de Mohammad Bakri souligne que « l’importance de cette affaire va au-delà de Bakri en tant qu’individu », et met en lumière la répression de la liberté d’expression palestinienne. Choisir de montrer l’histoire des habitants de Jenin n’est pas un motif de censure.

De plus, le Comité ajoute que « pour son intégrité artistique et l’accent qu’il met sur les expériences et les récits de ses frères palestiniens, Mohammad Bakri court le risque d’une faillite financière potentielle face à de fallacieuses accusations judiciaires et des affirmations contestables de diffamation. »

Dans le contexte d’une occupation illégale de 4,5 millions de Palestiniens enCisjordanie et à Jérusalem, et de 1,5 de Palestiniens dans la Bande deGaza, la voix de Mohammad Bakri se lève contre la tentative, à l’intérieur d’Israël, de faire taire son expression artistique. Au risque personnel pour lui-même et pour sa famille, Bakri se bat seul, parmi tous les réalisateurs, pour encourager le débat, le libre choix et la créativité artistique indépendante.

Comme l’un des plus grands acteurs et réalisateurs en « Israël-Palestine » aujourd’hui, Bakri représente la lutte de son peuple pour parvenir à la liberté, à la justice et à l’égalité.

En un hommage rare à ses convictions personnelles, la Berlinale 2010 a décidé d’honorer Mohammad Bakri du Prix de la Libre Parole, dans la section Panorama, qui présente de nouveaux films de réalisateurs établis. Panorama a été créé par le réalisateur allemand bien connu Wieland Speck en 1992. C’est dans son esprit révolutionnaire que le prix sera remis à Mohammad Bakri.

Le jury comprend : Hiam Abbas (The Lemon Tree), Naomi Klein (The Shock Doctrine), John Grieson (Fig Tree), Udi Aloni (Forgiveness). « 

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