Eut-elle été criminelle – Jean-Gabriel Périot (2006)

EN ENTIER – 10 mn

France, été 44, à la libération… Puisque ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire, Jean-Gabriel Périot se fait passeur de mémoire pour un retour salutaire sur l’oubli et pour mieux questionner nos futurs. À partir d’images d’archives, à la frontière du documentaire, de l’animation et de l’expérimental, il tisse un montage apoplectique et syncopé pour mieux accuser la violence des sociétés contemporaines.

Marie Bergeret (Format court) « France, été 1944, la libération : une foule en liesse exprime sa joie après 5 années d’occupation faite de privations, de souffrances et d’humiliations. Une masse intergénérationnelle processionne joyeusement à travers les rues du pays, brandissant des drapeaux tricolores, étendards d’une patrie unie dans un même sentiment de soulagement et d’espoir. La belliqueuse « Marseillaise » accompagne ces images d’archives qui retracent la guerre, les alliés, les camps, le nazisme, Hitler…

Les images défilent comme des souvenirs qui font mal et que l’on veut vite oublier puis, le rythme effréné se ralentit et l’on aperçoit çà et là des visages, on capture des regards et telle une gifle cinglante, Périot nous fait alors découvrir le revers de la médaille, l’envers du décor, celui qui ne se trouve pas dans les manuels d’histoire. Il s’arrête sur des images d’archives qui dérangent et font honte : la tonte des femmes accusées de collaboration avec l’occupant allemand.

Eminemment symbolique, la tonte se présente alors comme un acte exutoire d’une foule haineuse, un désir féodal de vengeance, une mesure nécessaire qui consiste à se réapproprier le corps de ces femmes « salies » par l’ennemi. Parmi celles-ci, il y avait aussi bien des femmes amoureuses que de vraies collaboratrices, des divorcées que des femmes seules et marginalisées. Dans ce qui s’apparentera à une véritable chasse aux sorcières, les femmes sont exhibées et lynchées sur la place publique. Les frontières entre vie privée et vie publique sont brouillées et le respect de la dignité humaine totalement remis en cause.

D’une efficacité implacable, le film de Périot interroge judicieusement la société sur le concept de châtiment public. La tonte hier, le corps de Kadhafi que l’on exhibe dans les rues de Syrte aujourd’hui, comment une société qui se dit « évoluée » peut-elle cautionner de telles atrocités à l’encontre d’autres êtres humains, s’interroge l’artiste, eurent-ils été de criminels notoires ? »

Les barbares (2010) :

UNE INTERVIEW TRÈS COMPLÈTE AVEC JEAN-GABRIEL PERIOT ICI SUR FORMAT COURT, ACCOMPAGNÉE DES LIENS VIDÉOS

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2 réflexions sur “Eut-elle été criminelle – Jean-Gabriel Périot (2006)

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