Courts-métrages d’animation – Raoul Servais (Belgique)

A noter que depuis 2012 Raoul Servais, en partenariat avec L’hybride Lille, s’y déplace pour Les rendez-vous de Raoul, où « tous les deux mois, Raoul Servais invite un réalisateur qui a marqué l’histoire de l’animation pour une projection de ses films et un temps d’échange sur son parcours. » Voir par exemple sur le site de L’Hybride Lille le dernier RDV de la saison 2011-2012 organisé, soit la venue de Jerzy Kucia. Deux courts-métrages de ce cinéaste d’animation polonais, ICI SUR LE BLOG , dont le splendide L’accord des instruments.

« Raoul Servais est né à Ostende en 1928. Il étudie les arts appliqués à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Gand (KASK) où, quinze ans plus tard, il deviendra lui-même professeur et créera un département de cinéma d’animation.
D’abord peintre et graphiste, il se consacre au cinéma d’animation à la fin des années 50. Sa technique, ou plutôt ses techniques tant ses courts métrages se suivent mais ne se ressemblent pas, est loin d’obéir aux canons de l’époque. La liberté dont il fait preuve dans ses films, la préférence qu’il donne aux lignes brisées et aux angles, montrent que ses références se situent plus du côté de l’art contemporain et des arts plastiques que de Disney ou de la bande dessinée. L’animation classique ne le satisfait pas : il veut aller plus loin. D’abord en tentant d’atténuer au maximum les contrastes entre les décors et les personnages. Puis en travaillant sur la combinaison de prises de vue réelles et d’images animées. Il va jusqu’à créer son propre procédé d’animation : « Servaisgraphie », qui consiste à photographier les personnages puis à les imprimer sur des feuilles de cellophane, qui seront ensuite filmées sur des décors. Pour Raoul Servais, l’animation ne se destine pas uniquement aux enfants. Sa propre expérience (il a connu l’occupation allemande et milite un temps au parti socialiste) trouve un écho dans les thèmes qu’il aborde de manière plus ou moins explicite dans ses films : la critique des systèmes politiques totalitaire, capitaliste ou militariste, mais aussi, le langage comme outil de manipulation, “l’insondabilité” de la figure féminine et les relations humaines gangrenées par la hiérarchie et la domination. » Court-circuit Arte

Chromophobia – 1965 – 10 mn

Les légions grises envahissent le monde de la couleur avec l’intention d’imposer la domination totale du noir-gris-blanc. Mais une fleur résiste, symbole de la vie. Raoul Servais: « Chromophobia était un pas en avant dans l’évolution vers un dessin encore plus simple, voire schématisé, allant de pair avec un montage dynamique« 

La fausse note – 1966 – 10 mn

Un petit mendiant essaie vainement de récolter une aumône dans la grande ville où tout est ordonné en fonction de la publicité, du rendement et du profit. La complainte qu’égrène son petit orgue de barbarie s’achève toujours sur une fausse note impressionnante, qui ne cesse de provoquer la colère des citadins. Le mendiant pourra enfin recueillir une aumône très particulière qui lui permettra de réaliser le rêve de sa vie. Raoul Servais: « Avec une animation, un montage et une sonorisation mieux adaptés, ‘La fausse note’ représente les mêmes caractéristiques que mon premier film ‘Lumières du port’ (‘Havenlichten’, 1960): l’élaboration d’un scénario structuré doublé d’un graphisme stylisé.« . Palmarès: Premier Prix du film d’Animation, Benelux Filmfestival (‘s Hertogenbosch, 1964) et Grand Prix du film d’Animation, Festival National du Film (Anvers).

Sirène – 1968 – 9 mn

Des grues géantes et des reptiles ailés du Jurassique, règnent en maîtres sur un étrange port de commerce. Seul un pêcheur à la ligne y est toléré. Il sera témoin d’une étrange idylle entre un mousse et une sirène. Rêve ou réalité ? Raoul Servais: « La particularité du film fût le choix de deux couleurs dominantes: le rouge pour les séquences dramatiques, et le bleu pour les séquences romantiques ».

Goldframe – 1969 – 5 mn

Jason Goldframe, le grand producteur de films hollywoodiens, fût en toutes circonstances le meilleur et surtout le premier. Il veut également l’être en produisant le premier film en format 270mm! Conditionné par son esprit compétitif, il en devient obsédé au point de vouloir dépasser en vitesse sa propre ombre. Un certain soir il y parviendra… Raoul Servais: « Goldframe représentait une première expérience dans la représentation d’un personnage dont la figure n’était pas nettement contournée. L’esquisse spontanée des contours de l’unique personnage du film, Mr. Jason Goldframe, s’alliait harmonieusement aux magnifiques décors de Paul Van Gyseghem« .

To speak or not to speak – 1970 – 11 mn

L’homme de la rue se voit interviewé afin d’exprimer son opinion sur la situation politique. Il donne des réponses évasives, banales et incohérentes qui se retrouvent dans des textes apparaissant dans des « bulles ». Un personnage marginal, une sorte de hippie, en revanche, osera formuler une opinion coloriée qui fera preuve de caractère. Raoul Servais: « La nouveauté dans ‘To speak or not to speak’ réside non dans les dessins, mais dans l’emploi de phylactères. La typographie des textes qui apparaissent dans les ‘bulles’ dévoile la personnalité des différents personnages« .

Opération x-70 – 1971 – 9 mn

Une puissante nation expérimente un nouveau gaz qui ne tue ni ne blesse le sujet asphixié, mais le transporte dans un état léthargique et mystique. Des bombes de gaz X-70 sont larguées par erreur sur le Nebelux et provoquent une mutation imprévue auprès de la population de ce charmant petit pays. Raoul Servais: « Pour ‘Opération X-70’, les décors ont été gravés par Marc Ampe. Afin de garantir une osmose entre les eaux-fortes et les personnages dessinés sur cello, il a fallu les traiter au moyen de crayons gras« . Palmarès: Prix Spécial du Jury au Festival International du Film (Cannes, 1972), Premier Prix au Festival International du Film d’Animation (Zagreb en Croatie, 1972), Prix d’Honneur au Festival National (Knokke, 1972) et Prix du Public au Film International (Anvers, 1972).

Pégasus – 1973 – 8 mn

Un vieux maréchal-ferrant privé de travail est trop âgé pour être recyclé dans la société technologique. Sa frustration se traduira par une absurde sublimation du cheval, ce qui lui fera créer un univers hallucinant dans lequel il restera toutefois aussi solitaire et inutile qu’auparavant. Raoul Servais: « La technique de la peinture expressioniste s’accordait à merveille avec le thème rural de ‘Pégasus’. L’école de Laethem fut la source d’inspiration pour les personnages et les décors. La superposition de plusieurs couches de peinture acrylique a nécessité beaucoup de travail de coloriage. » Prix du Public au Film International (Anvers, 1973).

Harpya – 1979 – 9 mn

Au cours d’une promenade nocturne, Monsieur Oscar est témoin d’une agression et découvre, à sa grande stupéfaction, qu’il vient de porter secours à une authentique harpie. L’intérêt qu’il lui porte n’est pas sans danger ! Raoul Servais: « Harpya représente ma première tentative à vouloir combiner vues réelles et animation. Il fallait incruster les images des acteurs dans des décors graphiques. Comme la technique digitale n’existait pas encore et que le procédé ‘masque’ semblait impayable, j’ai développé une technique combinant le papier découpé, la projection frontale et le multiplan. Le résultat était satisfaisant, mais le procédé étant fort laborieux, il ne pouvait être exécuté que par une personne. Pour cela ‘Harpya’ restera probablement le seul film réalisé à l’aide de cette technique ». Palmarès: Palme d’Or au Festival International (Cannes, 1973) et il est élu en 1980 comme l’un des 20 meilleurs films d’animation de tous les temps par la Critique Internationale Cinématographique.

Papillons de nuit – 1998 – 7 mn

Un papillon de nuit nous mène dans la salle d’attente d’une gare de banlieue. Nous y trouverons des personnages figés qui, durant quelques minutes reprendront vie, jusqu’au moment où arrivera le train du soir avec son unique voyageur. Hommage à Paul Delvaux. Raoul Servais: « Papillons de nuit est le seul film a avoir été tourné intégralement en ‘Servaisgraphie’. Quoique ce procédé permet une incrustation efficace de vues réelles dans un décor dessiné, il est actuellement devenu obsolète face à l’évolution de la technologie digitale. »

Atrakision – 2001 – 10 mn

Des bagnards errent sans but dans un paysage de désolation. L’un d’eux tourne son regard vers une lumière aveuglante et tente d’accéder vers elle. Serait-ce la délivrance ? Raoul Servais: « Tout comme pour ‘Taxandria’, mon rôle se limitait à donner des directives aux informaticiens. J’ai dû constater que leur savoir dépassait de loin le mien. »


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