Manifeste du cinéma de la transgression (1984)

« Si ce n’est pas transgressif, ce n’est pas underground. Il faut mettre en danger le statu quo en agissant de manière surprenante, au lieu de se contenter d’imiter ce qui a déjà été fait » – Nick Zedd

Dossier sur Psychovision.net : A la fin des années 70, la No Wave, scène musicale post-punk new yorkaise représentée par Teenage Jesus and the Jerks de Lydia Lunch, The Contortions de James Chance, Mars ou D.N.A., inspire de nombreux artistes, performers, photographes ainsi que des réalisateurs comme Amos Poe, Eric Mitchell, James Nares, Michael Oblowitz, Vivienne Dick ou Scott et Beth B. qui seront les véritables précurseurs du ‘Cinéma de la Transgression’, même s’il convient de ne pas négliger l’influence des Frères Kuchar, de Jack Smith, d’Andy Warhol ou de John Waters dans les années 60 et 70.

Zedd a entre-temps été rejoint par d’autres cinéastes comme Richard Kern, Tommy Turner, Richard Klemann, Manuel DeLanda, Bradley Eros et Aline Mare (Erotic Psyche), eux-mêmes ignorés par la presse pourtant censée représenter la contre-culture et bannis des cinémas et festivals ‘d’avant-garde’.

Le Cinéma de la Transgression se développe donc en marge, à l’intérieur d’une petite communauté qui organise elle-même des projections au cours de performances ou de concerts. Certaines projections sont émaillées d’incidents et sont parfois interrompues par la police ou des spectateurs mécontents.

Après 1987, des conflits éclatent entre les divers protagonistes du mouvement. Nick Zedd estime qu’on l’a « poignardé dans le dos » et que seuls ses films ne l’ont pas « trahi »…

Zedd qualifia un jour son mouvement de »Cinéma Invisible », ce qui s’est confirmé par la suite : la quasi-totalité des oeuvres de ces réalisateurs sont introuvables, Kern et Zedd sont les seuls à avoir été édités en vidéo puis en DVD. Signalons en passant que la France est un des rares pays au monde où leurs films ont pu être vus, grâce à Haxan puis au Chat qui Fume.
Zedd sortira tout de même une cassette vidéo en 1986 (rééditée en DVD-R) regroupant deux de ses films, des courts de Kern, Tommy Turner, Richard Klemann, Erotic Psyche, Manuel DeLanda ainsi que Michael Wolfe, Lung Leg et John Spencer, plus connu en tant que musicien dans Pussy Galore, Boss Hog ou Blues Explosion !


Manifeste du cinéma de la transgression, écrit et publié par Nick Zedd en 1984 :

« Ayant enfreint les règles, les préceptes et les devoirs de l’avant-garde ; c.-à-d. ennuyer, anesthésier et fourvoyer par un processus aléatoire dicté par le pragmatisme, nous plaidons coupable. Nous renions ouvertement et rejetons le sempiternel snobisme académique qui a érigé un monument à l’apathie connue sous le nom de structuralisme et a entrepris d’exclure les réalisateurs qui possèdent suffisamment de clairvoyance pour ne pas se laisser duper.

Nous refusons d’adopter leur approche désinvolte de la créativité cinématographique, une approche qui a détruit l’Underground des années 60 lorsque le fléau des écoles de cinéma a pris le pouvoir. Légitimant les plus insignifiantes réalisations foireuses entreprises par une génération d’étudiants bernés, les sinistres centres d’arts médiatiques et les critiques de cinéma séniles ont totalement ignoré les oeuvres exaltantes de ceux de notre rang : les invisibles de l’Underground comme Zedd, Kern, Turner, Klemann, DeLanda, Eros et Mare, et DirectArt Ltd, une nouvelle génération de réalisateurs osant se libérer des camisoles de force suffocantes de la théorie du cinéma en attaquant directement tous les systèmes de valeur connus.

Nous proposons de faire exploser toutes les écoles de cinéma et de ne plus jamais refaire de films ennuyeux. Nous postulons que le sens de l’humour est un élément essentiel qui a été mis au rebut par les universitaires gâteux, mais également que tout film qui ne choque pas ne vaut pas la peine d‘être vu. Toutes les valeurs doivent être contestées. Rien n’est sacré. Tout doit être remis en question et réexaminé afin de libérer nos esprits de la foi de la tradition. Le développement intellectuel exige que des risques soient pris et que des changements se produisent dans les orientations politiques, sexuelles et esthétiques, même si cela doit déplaire. Nous proposons d’aller au-delà de toutes les limites fixées ou prescrites par le bon goût, la morale ou tout autre système de valeurs traditionnel qui entrave les esprits des hommes. Nous dépassons et rejetons les limitations des millimètres, des écrans et des projecteurs pour aller vers un état de cinéma élargi.*

Nous enfreignons le précepte et la règle nous dictant de faire mourir d’ennui les spectateurs par des rituels de circonlocution et proposons de briser tous les tabous de notre époque en péchant autant que possible. Il y aura du sang, de la honte, de la douleur et de l’extase, comme personne n’en a encore imaginé. Personne n’en sortira indemne. Puisqu’il n’y a aucune vie après la mort, le seul enfer est l’enfer de la prière, de l’obéissance aux lois et du rabaissement de soi devant des figures d’autorité, le seul paradis est le paradis du péché, être rebelle, s’amuser, baiser, apprendre de nouvelles choses et briser autant de règles que possible. Cet acte de courage s’appelle la transgression. Nous proposons la transformation par la transgression: pour nous convertir, nous transfigurer et nous transmuer à un degré d’existence plus élevé afin d’approcher la liberté dans un monde rempli d’esclaves inconscients. »

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Une réflexion sur “Manifeste du cinéma de la transgression (1984)

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