Blank city (Cinema No Wave) – Céline Danhier (2011)

Un documentaire, malheureusement non édité en DVD en France d’après mes sources, porte sur le cinéma No Wave, de Céline Danhier. 

Trailer :

 

Présentation sur le site L’express (Canada) :

Diplômée en droit, Céline Danhier ne se voit pas dans l’univers juridique classique et veut travailler dans le milieu artistique. Lors d’une rétrospective à Paris sur le cinéma No Wave, elle tombe amoureuse du style, qu’elle connaissait déjà par la musique, et décide de voir tout ce qui compose ce répertoire. Malheureusement ses recherches ne sont pas aussi fructueuses qu’elle l’espérait. Elle part pour New York trouver les morceaux manquant de son puzzle. Quelques années plus tard sort le documentaire Blank City, un message d’amour au cinéma No Wave de NYC des années 70 acclamé par la critique de la grosse pomme et par les protagonistes du documentaire.

Il aura fallu qu’une petite Frenchie débarque à New York pour que l’on se rappelle pourquoi New York est New York. Impliquée dans la scène artistique parisienne, Céline Danhier a déménagé à New York en 2006 dans le but de compléter ses recherches sur le mouvement cinéma No Wave. 
«Il était extrêmement difficile de trouver ne serait-ce que 50 ou 70% des films de cette époque en France. C’était mon premier documentaire, et c’est parti d’une simple idée. Au début je voulais interviewer une quinzaine de personnes, mais tout c’est enchaîné de manière organique et chacun me mettait en relation avec d’autres acteurs de cette époque. J’ai eu accès à des films, des photos, de la musique...», explique la réalisatrice.

Faites-le vous-même!

Le courant No Wave New-Yorkais des années 70 est caractérisé par le mouvement Do It Yourself, lancé par les punks dans le début de la décennie. 
En français, on pourrait traduire par «Faites-le vous même». Ce mouvement se caractérise au début par l’anti-consumérisme et une volonté de faire avec les moyens du bord pour réaliser ce que l’on veut.
Aujourd’hui, beaucoup de grandes marques capitalisent sur ce filon, surtout dans le domaine du bricolage.

Le New York pauvre

Le documentaire de Céline Danhier montre des artistes, vivant dans le New York des années sales, où la crise avait laissé à l’abandon de nombreux quartiers, dont le Lower East Side. 
Beaucoup de marginaux, drogués, dealers, mais aussi artistes vivaient dans ces quartiers très bon marché, ce qui leur permettait de vivre sans vraiment travailler. 
Dans le documentaire, plusieurs protagonistes se rappellent squatter des appartements vides et devoir chercher le propriétaire pour lui verser 50 $ par mois pour pouvoir habiter là. De nombreuses constructions s’écroulaient également et beaucoup habitaient dans des immeubles à l’abandon.
Dans cette pauvreté ambiante, et loin des canons techniques d’Hollywood, New York s’apprêtait à connaître une véritable révolution culturelle cinématographique, le No Wave, dont le nom ne représente pas grand chose pour les protagonistes, qui se contentent d’apprécier le No dans l’appellation. Ils étaient contre, point! 
Plusieurs personnalités dans le film sont devenues de grandes vedettes, artistes, peintres… On retiendra par exemple la présence de Steve Buscemi (Reservoir Dog, ainsi que de plusieurs films des frères Cohen), qui a fait l’honneur à Céline Danhier de venir défendre le film aux différents festivals où il a été présenté. 
Ces apprentis-comédiens, réalisateurs n’avaient pas d’argent et faisaient leurs films avec des bouts de ficelles, des caméras super 8, leurs amis comme acteurs et leur vie pour sujet. 

Projeter la réalité

Cela donne des films crus, qui brûlent les yeux par leur réalisme. Un des protagonistes du documentaire a de magnifiques mots pour décrire la période. «C’est toujours dans les moments où New York va mal qu’il en ressort le meilleur.» 
Les entrevues réalisées par Céline Danhier, avec des personnalités telles qu’Amos Poe, Ann Magnuson, Becky Johnston, Beth B, Bette Gordon, Eric Mitchell, Fab 5, Freddy, Glenn O’Brien, Jim Jarmusch, JG Thirlwell ou encore John Lurie montrent à quel point aucun d’entre eux n’avait la moindre volonté d’appartenir à la postérité. 
Ils faisaient ça «pour la gloire», et parce qu’ils en avaient envie. Dans le documentaire, on entend plusieurs fois des réalisateurs dire: «On ne savait pas quoi faire comme film, on s’est donc dit qu’on ferait quelque chose qui nous plaisait à nous!» 
Le mouvement No Wave disparaîtra à mesure que les artistes le composant connurent le succès.
Après ce travail acharné de recherches et d’entrevues, Céline Danhier reçoit aujourd’hui les applaudissements du New York artistique et entre de plain-pied dans la réalisation cinématographique.
Si la grosse pomme a bien changé, Lower East Side est aujourd’hui un quartier très branché, du fait volonté d’embourgeoisement du quartier par la mairie, elle n’en reste pas moins un lieu de création unique où l’habitude de se battre pour obtenir ce que l’on veut produit une motivation supplémentaire pour les artistes.

Extrait du documentaire :

 

Autre présentation sur le site Kusanaki :

Blank City s’intéresse particulièrement au mouvement No Wave, là encore au carrefour entre la musique et le cinéma. Blank Generation [1976], un film d’Amos Poe et Yvan Kral (guitariste de Patty Smith puis d’Iggy Pop), témoigne par exemple des débuts, sur la scène du CBGB, du mouvement Punk Rock (héritier des groupes de garages, des Stooges, des New-York Dolls et autres). C’est une suite de portraits d’artistes filmés en concert et off-stage, entrecoupés de quelques contrechamps de la vie quotidienne. Cette volonté de raconter un présent bouillonnant, d’enregistrer la lumière exacte de leur monde, n’en reste pas à la forme purement documentaire. Dès leurs débuts, ces jeunes cinéastes amateurs ont le sentiment que c’est à travers la fiction (narrative ou non) qu’ils attesteront le mieux de leur quotidien, de leur vie de quartier, des relations qu’ils entretiennent entre eux et de leurs sentiments sur le monde ; en bref la vie new yorkaise d’alors. Et puisqu’ils pensent que leurs vies mêmes détiennent déjà quelque chose de cinématographique, le passage au cinéma ou du moins à une activité cinématographique se fit naturellement. En revanche, il faut d’ores et déjà annoncer que très peu de cinéastes issus de ce mouvement auront ensuite une véritable carrière dans l’industrie cinématographique. C’est pourquoi presque aucun des films du mouvement n’est édité en DVD et qu’il s’avère très difficile, même à l’heure de la diffusion pirate sur internet, de pouvoir les visionner. Pour information, Jim Jarmusch, Steve Buscemi, Vincent Gallo, Debbie Harry figurent parmi les artistes les plus reconnus ayant appartenu au mouvement No Wave.

Grâce aux témoignages des nombreuses personnalités du mouvement et aux images d’époque tirées de leurs films ou de leurs archives personnelles, Cécile Danhier s’attarde, à raison, sur le délabrement de la ville, à la limite de la banqueroute dans les années 70, et sur les conditions de vie dans certain quartier tel que le Lower East Side, Q.G. du mouvement No Wave. Ces jeunes artistes, livrés à eux-mêmes dans cette jungle urbaine ou parfois ce désert d’asphalte selon l’endroit et les heures de la journée, squattent des bâtiments ravagés, n’ont aucun moyens financiers et vivent de la débrouille. Autant dire que lorsqu’ils se lancent dans l’aventure du long métrage, c’est avec très peu de ressources. Principaux éléments dans l’esthétique de la plupart de ses films, c’est l’omniprésence de la ville et son exploration du point de vue de cette jeunesse. Les protagonistes eux-mêmes sont des jeunes, ces acteurs non-professionnels sont en fait les amis des cinéastes. Leur cinéma témoigne à la fois des activités créatrices en plein boom et de l’atmosphère violente et décadente de la cité. C’est le contrechamp idéal de chefs-d’œuvre tel que The French Connection (1971) et Cruising (1980) de William Friedkin, Serpico (1973) et Prince of the City (1981) de Sidney Lumet, explorant eux-aussi la ville et ses marges sociales mais d’un point de vue extérieur ; les protagonistes entrent souvent par intrusion dans d’autres communautés (par exemple, en tant qu’officier de police sous couverture). En revanche, on peut voir dans des films tels que Macadam Cowboy (1969) de John Schlesinger, Mean Streets (1973) de Martin Scorsese ou Dog Day Afternoon (1975) de Sidney Lumet, un point de vue déjà beaucoup plus proche. Le cinéma No Wave, de manière artisanale, travaille directement et de l’intérieur ces questions relatives à l’état de l’Amérique des années 70. A l’image de la nouvelle vague française des années 60, ce sont des films personnels et animés par l’idée de rendre compte de leur génération. D’ailleurs, Amos Poe, un des plus cinéphile du mouvement, réalisa pour son premier long métrage, intitulé Unmade Beds (1976), une sorte de lointain remake d’A bout de souffle(1960) de Jean-Luc Godard. C’est assez drôle de voir ces jeunes américains influencés par la nouvelle vague, elle-même qui s’était inspirée du cinéma américain et des séries B en retravaillant certains de ses clichés. Plus encore, il semble que ces deux mouvements partagent d’autres influences, la principale étant le néoréalisme italien. On ne peut penser à autre chose qu’une référence au film de Vittorio De Sica Le voleur de bicyclette (1948) lorsque l’on voit Vincent Gallo (véritable émigré italien) arpenté les ruines newyorkaises sur son vélo dans le film The Way It Is (1985) d’Eric Mitchell, qui par ailleurs met en scène des acteurs en train de répéter l’interprétation d’Orphée par Jean Cocteau !

Un cinéma de visages

Deuxième constante dans tous ces films de la No Wave, une attention presque fétichiste au visage des acteurs et actrices. Au début du documentaire Blank City, Amos Poe raconte une anecdote sur ses débuts. Avant de devenir cinéaste, il se passionnait pour la photographie. Au cours d’un voyage en Tchécoslovaquie, il entend parler d’une communauté paysanne dans les Carpates effrayée à l’idée d’être pris en photo de peur que l’on vole leur âme. Il entreprend alors, à l’aide de longues focales, de capturer un maximum d’âmes ! C’est un peu l’attitude générale des cinéastes de la No Wave sauf que leurs victimes sont parfaitement ravies de poser pour eux. Cette frontalité exagérée du cadre fait partie de l’esthétique développée dans ces films-clips où les acteurs jouent littéralement pour le regard de la caméra. Debbie Harry, leader du groupe Blondie et égérie pop des années 80, apparait dans de nombreux films de la No Wave. Son expression, son attitude et les nombreuses variations de poses héritées des stars hollywoodiennes nous dévisagent constamment. Il est très rare de la voir jouer dans des films où elle ne prend pas directement à partie la caméra plutôt que les autres acteurs présents dans la scène ; réminiscences de Marilyn Monroe en privée. Cette frontalité et ce fétichisme se révèlent d’autant plus présent par la suite lorsqu’une poignée de cinéastes produisent des films tournant autour du sadomasochisme et du bizarre. En 1978, Beth & Scott B réalisent G Man, film où le protagoniste, démineur la journée, passe ses nuits en compagnie de femmes dominatrices. David Cronenberg dut capter les signaux de cet étrange film et s’en inspirer pourVideodrome, tourné à Toronto juste de l’autre côté de la frontière entre les Etats-Unis et le Canada.

Il faudrait maintenant aller directement voir les films et s’intéresser plus précisément à chacun d’eux, voir de quoi il en retourne. Prochainement, je tenterai peut-être d’évoquer, sous formes de notules, certains des films No Wave que j’ai récupéré sur internet. Pour ceux que cela intéresse, je dispose des films suivants : The Foreigner (1978) d’Amos Poe, Downtown 81 (1981) d’Edo Bertoglio, et comme tout le monde de l’entière filmographie de Jim Jarmusch.

VOIR ICI SUR LE BLOG LE FILM D’AMOS POE The blank generation


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