Histoire(s) du cinéma – Chapitre 3A : La monnaie de l’absolu – Jean Luc Godard (1998)

Deux extraits (début et fin), cet opus ne figure malheureusement pas en entier sur la toile.

Jean-Luc Godard a consacré pour la télévision une série de 8 épisodes (2 en 1987 puis 6 en 1998) sur le cinéma: énorme travail de montage que ces 8 tableaux qui interrogent constamment la place du cinéma face au réel et sur son identité en tant que forme d’expression, déclinant une infinité d’histoires (les histoires par le cinéma, les histoires du cinéma…), à travers des multiples images et sons du cinéma (ici principalement européen et américain ceci dit), des peintures, des citations littéraires, des images de la presse ainsi que des petites séquences mises en scène par Godard. La confrontation de tous ces éléments est au service d’un montage et d’une altercation d’éléments très divers qui font écho au fameux musée imaginaire de Malraux, lui-même proche des conceptions de Warburg (la répétition de formes, aux sens différent, et dans des époques et civilisations sans connexion).

Ce sixième chapitre intitulé La monnaie de l’absolu est celui qui m’a particulièrement marqué. Il est question de ce qu’a pu le cinéma face à la guerre et la Shoah; question qui domine l’oeuvre de Godard (Je vous salue Sarajevo, L’origine du XXI ème siècle, Notre musique et son premier chapitre « Enfer » effectuant un montage sidérant, ou encore la situation palestinienne à travers par exemple Ici et ailleurs…). Ici il revient sur le cinéma français en temps d’occupation, le « colonialisme » cinématographique américain et sur le cinéma d’après guerre résistant dans sa forme face au désastre de la guerre (néo réalisme italien essentiellement).

L’introduction du chapitre est excellente: texte très fort de Victor Hugo lu par Godard sur la Serbie victime d’un massacre au 19ème siècle, sur des images faisant référence à la guerre et au massacre (tableaux de Delacroix, Goya notamment) et au contexte contemporain du documentaire marqué par la guerre en ex Yougoslavie, où la Serbie est devenue le bourreau dans les médias. Le montage est original et percutant, et le rappel de l’histoire de la Serbie est un formidable questionnement sur une situation contemporaine. L’image est essentielle dans son rapport au réel, et Godard lors de ce très beau chapitre nous offre un questionnement remettant en cause la portée du cinéma en terme de résistance face à l’horreur du réel. Le cinéma français n’est pas épargné ici et la collaboration cinématographique épouse la collaboration historique. Le cinéma américain est perçu également comme une industrie de divertissement avec une conception imposée du cinéma. Godard rend dès lors un hommage au néo réalisme italien, après une évocation rapide des exceptions cinématographiques réellement résistantes d’après guerre dans leur approche du réel (cinéma polonais à travers Wajda et Munk). Le cinéma a été impuissant face à  la deuxième guerre mondiale et à la Shoah; il n’a pas été un obstacle au grand massacre humain; l’image cinématographique serait-elle une forme d’expression illusoire subissant le réel plus qu’elle ne contribue à le transformer, et le penser ? Le néo réalisme italien, pour Godard, est un cinéma de résistance où le réel est présent; le cinéma n’y fuit pas le réel. Il rend hommage à sa forme également, en concluant sur Pier Paolo Pasolini ce formidable chapitre. Au-delà de cet hommage, la forme même du montage  employé par Godard dans cette partie incarne un cinéma comme une certaine forme de pensée, affrontant le réel. Mon chapitre préféré car le plus pertinent sur la place sociale et artistique du cinéma dans le réel, loin du divertissement et davantage un outil de réflexion et esthétique qui peut se décliner comme un art nécessaire…

Un opus indispensable et bien entendu les autres chapitres des Histoire(s) du cinéma se révèlent (presque) aussi incontournables. Un ensemble difficile à commenter et le mieux est sans doute de s’y laisser absorber. La tentation de reconnaître les extraits etc n’est pas indispensable, au contraire : un montage qui fait avec le visuel/son brut, la matière première. 

L’origine du XXIme siècle ICI SUR DAILY MOTION

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2 réflexions sur “Histoire(s) du cinéma – Chapitre 3A : La monnaie de l’absolu – Jean Luc Godard (1998)

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