Bom povo português (Bon peuple portugais) – Rui Simoes (1979)

Présentation d’un internaute sur My space : 

« Dédié au peuple Portugais, ce film constitué d’images d’archives commence par des images d’accouchement et le plan suivant est constitué de Portugais qui chantent dans un bar. D’emblée on sait qu’on ne sera pas dans un de ces documentaires historiques classiques, pédagogiques et impersonnels mais bien devant un vrai film d’auteur. On n’est plus proche ici d’un Chris Marker (malgré la rareté des commentaires) que d’un Frédéric Rossif. Même si le procédé même  le maintient dans un certain classicisme (chronologie, utilisation de séquences filmées par d’autres), ce film possède un souffle  rarement vu dans ce genre de documentaire. La période couverte est assez courte puisqu’elle va du 25 avril 1974 au 25 novembre 1975. C’est la période de la « révolution des oeillets » organisée par de jeunes militaires contre le fasciste Salazar à Lisbonne. Dans cette ville, dans les mois qui suivent la ville est en pleine effervescence et la Révolution est partout : occupations d’usines, autogestion des quartiers, rétablissement des libertés, discussions avec les mouvements indépendantistes des colonies. C’est un peu leur Mai 68 puissance mille. Le fil est un constat profond et intelligent de tout ce qui s’est passé immédiatement après ce coup d’état : les différents gouvernements provisoires, la colère du peuple contre l’administration et la police, les réformes, les bagarres entre partis, la prise de pouvoir par l’extrême gauche puis la fin des illusions et la rentrée dans le rang suite au nouveau coup d’état militaire du 25 novembre 1975 qui installera un gouvernement de gauche plus modérée. Même si on peut regretter que les images priment sur la réflexion et l’analyse il faut reconnaître que la plupart du temps elles parlent d’elles-mêmes. C’est un grand film politique sur la démocratie et le pouvoir, l’utopie et l’idéal qui se brisent face à la dure réalité.  Tous ces slogans qui semblent si justes et évidents (« La terre à celui qui la travaille ! »,  « Le pouvoir au peuple ! », « L’usine aux ouvriers ! ») se révèlent en fait pure utopie car le Capitalisme qui a toujours eu l’armée, la police et les grandes puissances mondiales de son côté est prêt à tout pour survivre. La fin du film est belle et mélacolique, une institutrice demande à des enfants : « Pourquoi meurt-on ? » et l’un d’eux répond « Parce qu’on a trop travaillé !« . Un film important sur une période historique majeure et méconnue. »

Voici deux extraits (chacun 10 mn) en VOSTF, dont l’ouverture du film :

 

Le film est difficile à trouver intégralement en version sous titrée français. je ne sais s’il existe en édition DVD, et à ma connaissance il est rarement diffusé sur grand écran, à moins d’être à proximité de lieux de diffusion « alternatifs » (?) ou universitaires. 

Le voici cependant EN ENTIER (127 mn) en VO, pour qui comprend le portuguais ou souhaite tout de même le voir ainsi. Pour ma part, j’attend encore un peu d’avoir la surprise d’une projection (ou édition/publication en ligne) en VOSTF. A ce propos merci de me contacter si quelqu’un fait une telle découverte !

 

Ci-dessous, une présentation du site Kinoks / Culture visuelle de Paris 8, écrite par Mickael Robert Gonçalves :

“Bon peuple portugais est le deuxième long-métrage du réalisateur portugais Rui Simões. Vivant l’exil pour fuir la guerre coloniale, ce cinéaste formé en Belgique a réalisé deux films en réaction à la Révolution des œillets du 25 avril 1974, événement qui l’a fait revenir au Portugal. Le premier Dieu, Patrie, Autorité (1975) est un pamphlet didactique destiné au peuple portugais qui « devait savoir ». Bon peuple portugais (1979) lui, s’inscrit dans une démarche plus longue, plus douloureuse, plus expérimentale pour proposer un nouveau mode de lecture des événements révolutionnaires déjà avortés. Les deux appartiennent, en marge, à cette période du Processus révolutionnaire en cours (PREC) durant laquelle de nombreux cinéastes, amateurs ou professionnels, ont utilisé la caméra pour saisir l’action d’une société à même de choisir un nouveau destin.

L’écriture filmique et l’Histoire s’interpénétrant, le témoignage se situe autant dans l’image que dans la construction du film. Bon peuple portugais, film sur la révolution, interroge les images, celles, étalées sur plusieurs mois, qui parlent d’elle-mêmes mais qui méritent d’être revues, re-travaillées. Et parce que ces images existent déjà et ont été vues, elles sont mises en perspectives de manière permanente avec d’autres images, d’autres procédés, autant de regards, pour créditer une pensée, celle que la révolution était impossible et perdue d’avance. L’idée qui fonde le film – la naissance, la croissance et la mort d’une idée – permet une progression qui se mêle à la chronologie et absorbe des mécaniques fictionnels.

Par ailleurs, le cinéma de Rui Simões est essayiste, au sens dual du terme essai, à la fois comme tentative et recherche, et comme forme de réflexion, de proposition, de subversion achevée ou non. Le film rentre volontiers dans la caractérisation « de montage », cependant, le film produit ses propres images, des séquences ont été tournées, sont inédites. De ce rapprochement, naît une poésie frappante et au goût amer, rappelant l’indescriptible et indéfinissable sentiment de saudades, que le grand auteur portugais Luís de Camões approchait comme un « bonheur hors du monde ». Ce caractère poétique détache Bon peuple portugais de la production de l’époque et en fait un film unique, inépuisable.”   M. R-G

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