Deux ou trois choses que je sais d’elle – Jean-Luc Godard (1966)

EN ENTIER – VF sous titrée italien – 84 mn

CHEF D’OEUVRE !

Évoque les grandes transformations de la banlieue parisienne au milieu des années 60, à travers la vie d’une femme qui vit dans une des barres HLM des 4 000 et s’y prostitue occasionnellement.

Blog Le monde :

« L‘aménagement de la région parisienne va permettre au gouvernement de poursuivre plus facilement sa politique de classe… Et au grand monopole d’en orienter l’économie, sans trop tenir compte des besoins et de l’aspiration à une vie meilleure de ses huit millions d’habitants » chuchote Jean-Luc Godard en voix off. Très critique à l’égard de la politique de construction des grands ensembles et des nouveaux modes de vie et de consommation jugés aliénants qu’elle induit, le film donne une idée de l’ambiance du quartier dans ses premières années : peuplé de classes moyennes, avec nombre de boutiques et de cafés.

Pour Godard, « Deux ou trois choses que je sais d’elle » est un film « ambitieux » : « À la fois sur le plan documentaire, puisqu’il s’agit de l’aménagement de la région parisienne et sur le plan de la recherche pure, puisque c’est un film où je me demande continuellement moi-même ce que je suis en train de faire. Il y a bien sûr le prétexte qui est la vie, et parfois la prostitution dans les grands ensembles ; mais l’objectif réel, c’est d’observer une grande mutation comme celle que subit aujourd’hui notre civilisation parisienne, et de m’interroger sur les moyens de rendre compte de cette mutation » (Godard au travail, Alain Bergala. Ed. Cahiers du Cinéma, 2006).

La critique de Godard est radicale, comme le laisse entrevoir dans la bande-annonce un panneau de carton qui évoque « Elle, la gestapo des structures » (à 1’51). Pour Godard, explique Aurélie Cardin, « le grand ensemble évoque la violence de l’univers concentrationnaire, l’inhumanité du régime policier nazi. (…) Le cinéaste est un regard sur ce qui apparaît de neuf dans son monde : regard qui met en évidence les effets de contrainte provoqués par la rénovation urbaine, les illusions produites et la brutalité des désillusions qui naissent de la pauvreté réelle, en dépit du mirage de la consommation. Avec certains architectes de son temps, il dit que l’architecture n’est pas neutre, que les façons d’habiter sont dans l’ordre social, ne laissant que des choix marginaux aux individus. D’où la ‘gestapo des structures’. Il dit la violence impensée d’une architecture moderne, reprenant sans l’avis des acteurs le principe de Le Corbusier justifiant l’uniformisation par l’existence de ‘besoins identiques entre tous les hommes' ».

 

Aurélie Cardin a réalisé un très bon dossier, intitulé Les 4000 logements de la Courneuve : réalités et imaginaires cinématographiques – La représentation des « 4000 » à travers Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967) de Jean-Luc Godard. Son travail restitue notamment la particularité de ce film de Godard au regard des précédents cinématographiques.

A noter que le dernier film de Jean-Pierre Thorn, le très bon 93 la belle rebelle, évoque, entre autres films sur la banlieue, Deux ou trois choses que je sais d’elle à travers un panoramique similaire sur un même lieu de tournage… et où une tour a disparu.

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