Godspeed You! Black Emperor – Clips / performances live

Après avoir abordé, récemment, le groupe The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble et ses accompagnements musicaux de films, me voici là sur le point de consacrer une note à un de mes groupes favoris de « post-rock », véritable OVNI dans le genre : Godspeed You Black Emperor ! Après quasi dix ans d’absence et un dernier album génial, Yanqui U.X.O, le groupe est revenu sur scène en 2010-2011 : l’annonce officielle du groupe alors, qui privilégie toujours l’oeuvre, à l’emballage médiatique et au consumérisme qui en découle, malgré tout ce qu’ils peuvent contenir en façade : esprit contestataire, underground, écologie, art… bref tout cela est récupérable et monnayable et rendu caduque par le système : 

« Après une retraite d’une décennie, la pisse de Dieu a décidé de rouler à nouveauNous sommes, comme toujours, excités, têtus et pétrifiés. Ca fait un bout de temps, et sous la pluie, les freins ont été envahis par la rouille -on va sans doute devoir y aller au marteau, à l’huile de coude et avec fureur, comme au bon vieux temps. Nous avons hâte d’y être. Et Moya est de retour avec nous (alléluia!) »
« Ce que nous avons fait pendant cette absence = pas mal d’autres groupes, des roadtrips solitaires, deux studios construits, un restaurant et trois salles de concerts montés. La bande originale d’un film et 4 nouveaux enfants et 3 nouveaux chiens. Des jobs sans issue. Un peu d’agriculture et des potagers. A petit label. L’acuponcture comme gagne-pain. Et trois d’entre nous sont simplement restés sur la route. »

« Nos plans actuels = ATP UK (nb: le Night Before Christmas du festival ATP, qui se déroulera à Minehead début décembre), quelques concerts au Royaume-Uni et en Europe, et neuf villes américaines. Jusqu’à nouvelle introspection, NOUS N’ETUDIERONS AUCUNE AUTRE OFFRE. Nous ne donnerons pas non plus d’interviews. Les demandes faites au groupe, au label ou au tourneur n’aurons pas forcément de réponse. Tout ce que nous voulons réellement faire consiste en ce que nous faisons, foncer tête baissée dans la tempête. »

« Entre aujourd’hui et ces concerts, il va y avoir des torrents de bruit et de distractions. Et l’Internet est un monstre tyrannique et mesquin. Tout ce qui importe vraiment est le fait de continuer à continuer. Tout ce qui importe vraiment est la scène. Et l’engagement physique dans le Monde. Et les gens comme nous et les gens comme vous.

Merci de comprendre cela, et merci de continuer à nous écouter.

A l’hiver prochain. »

Mais que vient faire Godspeed You Black Emperor sur ce blog « d’un cinéphile », me direz-vous ? Quel(s) prétexte(s) vais-je trouver ? D’une part, de manière générale, le cinéma n’est pas à isoler d’autres modes d’expression, et peu importe si on les considère comme du « grand Art » ou comme de l' »artisanat » (le photographe Henri Cartier-Bresson employait ce terme pour désigner sa pratique, tout comme le cinéaste Luc Moullet) : photographie, B.D, peinture, littérature, musique, théâtre… interagissent avec le cinéma et ce dernier ne peut se « nombriliser » au point de les ignorer et s’en couper totalement. D’autre part Godspeed You Black Emperor, lors de sa dernière tournée (2011), a mis en place un dispositif de projection de films durant leurs concerts, et cette note vise donc à en montrer des facettes, puisque de bonnes vidéo live, au son correct, circulent.

Pour une biographie concise du groupe, je renvoie à cette page du site Fenec.

Peu ouvert aux médias, le groupe est donc peu loquace. Par ailleurs il est ouvertement anticapitaliste, sans user de discours-interviews pour en faire part, hostiles à la communication mass media et à la récupération. Il se contente de créer et de jouer leur musique, sans tomber dans le moralisme que leur célébrité relative pourrait leur permettre . Voici une rare interview du groupe, publiée sur les Inrocks, avant de passer aux vidéos :

 « Engagement, art, politique

La plupart des gens présument qu’écrire sur la musique et l’art est automatiqument dépolitisé. Alors, dès que vous exprimez une opinion, soit sur les mécanismes de création/expression/présentation musicaux, soit sur la manière dont chacun de nous participe à ces économies dangereuses de violence, d’exploitation, d’avarice ; dès que vous soulevez le débat publiquement ou tentez de saisir votre propre place et rôle dans cette tempête de merde, dès que vous participer à cette polémique, vous êtes soit sanctifié et considéré comme un prophète des jours maudits, ou alors discrédité et taxé de politiciens aux sermons naïfs. Selon nous, nous n’avons jamais été assez engagé politiquement et non, nous ne sommes pas des squatteurs végétariens du Mile End ; nous sommes plutôt des musiciens perdus, confus, saouls. En fait des débats sur la musique et la politique devraient avoir lieu, mais ce n’est pas le cas.
Le fait que culture et politique soit traités de manière distincte dans les médias constitue à nos yeux un problème. Nous avons pour notre part toujours pensé que l’acte de création musicale et le politique sont liés.

Garder le cap, rester indépendant

Aucun de nous ne vit de façon abstraite. Nous sommes tous confrontés à la violence, au désespoir, et à la tyrannie de la peur. Devant un tel constat, il semble que partout où l’on regarde, l’indifférence et la complaisance sont récompensées, alors que toutes les tentatives d’articuler des préoccupations simples et concrètes – quant au rôle que nous jouons tous dans le cycle de la consommation ou de l’aliénation – sont elles méprisées ou ignorées. Nous sommes souvent découragés de voir ce que les gens écrivent sur nous dans les magazines ou sur l’Internet, et nous essayons de faire de notre mieux pour que notre message puisse être diffusé de façon plu satisfaisante. Mais nous ne somme malheureusement pas les seuls à évoluer dans ce bourbier. Nous espérons simplement un jour, grâce à nos efforts et à ceux que font des millions de personnes, parvenir à nous extraire de l’emprise mondaine, cynique, ironique et complaisante qui nous écrase. Qui nous écrase et qui chaque jour foule au pied la moindre tentative utopique qui essaie d’éclore.

L’après 11 septembre et l’enregistrement de Yanqui U.X.O

Yanqui U.X.O. a été enregistré dans le contexte de l’après 11 septembre, au beau milieu de la peur de l’anthrax, de la tyrannie des étendards nationaux, et des multiples exhortations à “faire comme d’habitude”, à continuer d’aller dans les magasins. Nous n’avons pas choisi ce contexte, et nous n’avons pas souhaiter l’ignorer. Ce disque à été fait dans l’ombre de décrets présidentiels, dans l’indifférence devant le nombre de morts en Afghanistan, et devant l’étrange sentiment de découragement devant ce monde qui continue à tourner tant bien que mal, à la merci du business et de la doctrine de la guerre éternelle prônée par Bush. Pour nous, l’idée de présenter sur la pochette de notre disque un schéma reliant l’industrie du disque à celle de l’armement prenait alors tout son sens. Ce n’était pas une tentative de nous déculpabiliser, mais simplement de montrer comment aujourd’hui chacun de nous évolue dans ce contexte, et prend donc sans le vouloir sa part de responsabilité dans le bombardement d’innocents.

L’artiste, la musique, le business

Nous travaillons tous sous une terrible chape de plomb. Et sous la coupe de tous ces gouvernants, qui couchent les uns avec les autres, et qui s’enrichissent chaque jour. Notre labeur alimente tout un réseau qui mène finalement à la production de bombes mortelles. C’est si évident que, dit comme ça, cela apparaît comme un cliché bien ennuyeux. Nous sommes sans illusions quant au fait que la charte qui apparaît au verso de notre dernier disque dévoile une vérité. Nous connaissons tous l’existence de ces relations au sommet.

Le plus triste, c’est qu’il est si facile de les révéler, de les retracer. Elles sont si évidentes. Et pourtant, nous ne réagissons pas. Nous ne manifestons pas. On sait tous que l’industrie musicale est détestable, corrompue, cynique, pleine de lacunes. Et pourtant encore une fois, elle va de l’avant, aveuglément, se gavant de l’agent durement gagné par des individus, mais aussi de leurs espoirs et rêves frustrés. Ne sommes nous pas tous d’accord sur le fait que la musique devrait être libre et que l’argent est toujours le problème fondamental ?

Godspeed et le système

Nous ne pensons pas que Godspeed soit innocent et extérieur à cette économie. Nous sommes, comme tout le monde, dans cette porcherie et nous profitons d’un système que nous détestons. Les contradictions inhérentes à notre quête nous sont douloureusement apparentes. Aucun adjectif affriolant, ni aucun accord parfait ne feront disparaître ces contradictions.

La seule chose qui est en notre pouvoir, c’est d’articuler plus clairement le lieu où s’érige, selon nous, la ligne de front : c’est à dire effectuer des petits pas pour nous sentir un peu moins perdus.
La charte n’est pas, à nos yeux, une manière systématique de pointer du doigt. Nous n’appelons pas au boycott des produits de tous les grands labels (quoique ce ne serait pas si mal), et nous ne sommes pas intéressés par le fait de crier sur tous les toits ce que tout le monde sait déjà.

C’est plutôt une façon d’exposer un état de fait qui se doit d’être souligné, mis en évidence, plus qu’il ne l’est actuellement. Nous sommes bien conscients d’être paresseux, sans vision, coupables. Nous devons tous prendre un peu nos responsabilités et à ce niveau, en tant que groupe, nous merdons tout le temps. Il nous semble que la moindre des choses est celle de faire des choix, personnels et professionnels, avec une certaine lucidité quant aux pattes graissées et aux poches qui se remplissent chaque fois que nous vendons un album.

Se prémunir de l’oppression du système

Ce serait bien si tout ça n’était pas une préoccupation. Ce serait agréable de ne pas stresser quant à l’argent. Ce serait bien aussi si on ouvrait sa gueule plus qu’à l’habitude, même juste pour crier : “Mais qu’est ce que c’est que ce bordel !”
La seule chose que nous pouvons faire, c’est de demeurer intègres ; de rester le plus loyaux vis-à-vis des sujets qui nous importent vraiment, peut-être attacher des fusées à ces rêves éveillés croiser les doigts’

Habituellement, nous sommes en mesure de résoudre la tension chronique qui peut exister entre un succès modéré et quelques idéaux têtus. Prendre des décisions en tant que groupe exige travail et réflexion. Je crois, qu’à ce niveau, nous nous améliorons. Nous répétons moins les mêmes erreurs. Nous sommes capables aujourd’hui de payer notre loyer avec nos tournées et ça, c’est une bonne chose. En fait c’est la seule chose dont nous avons besoin. Il est plus facile faire des choix sans compromis lorsque vos yeux ne sont pas plein d’étoiles.

Nous souhaitons donc toujours que les gens saisissent un peu de ce que nous avons à offrir, pas comme une vision parfaite ou encore une solution de rock star sanctifiée, mais plutôt pour ce que c’est : une manière de dénoncer le mensonge généralisé que tout le monde finit par vendre, que l’idéalisme est pour les lèches cul et les élitistes. Nous souhaitons aussi que nos disques donnent un peu de jus à ceux qui en veulent ou qui en ont besoin.

Le label Constellation, l’indépendance

La question n’est pas de nous isoler de l’industrie musicale, et nous ne sommes définitivement pas des isolationnistes. Lorsque nous avons débuté dans le milieu, nous avons dû, par nous-même, organiser nos spectacles, construire nos propres espaces de performance, trouver notre propre voie, petit à petit. NOUS N’AVIONS PAS LE CHOIX. Et c’est tant mieux.

L’autonomie est à nos yeux très importante. Nous sommes, en général, très heureux d’être livrés à nous-mêmes. Cela ne signifie pas, construire autour de son jardin des barrières. Notre situation est plus celle d’un jardin abandonné dont personne ne voulait. Alors nous avons construit, de bric et de broc, un petit abri afin de nous protéger de la pluie et de la neige… Nous avons, en chemin, fait la rencontre de confrères avec qui nous avons acheté d’autres matériaux de construction.

Ce qui importe de toute manière, c’est le travail mis en commun. Il faut laisser derrière soi les amères disputes et consolider nos efforts afin que notre uvre résiste et grandisse (voir même s’en détacher juste pour que les semences croissent). Ce sont les valeurs que nous partageons avec Constellation car nous avons la même histoire. Nous sommes heureux aujourd’hui que Constellation sorte le CD et le vinyl ; et que finalement, les champs que nous avons, ensemble, labourées et ensemencées, portent leurs fruits ? Et qu’un tel processus de création commun nous permettent aujourd’hui de regarder de petites fleurs éclorent.

Le futur de Godspeed

Godspeed est né et mourra comme une créature fragile. Pour nous la question n’est pas de savoir si nous voulons mettre un terme au groupe mais si nous avons encore assez d’énergie pour continuer. Chaque album est réalisé comme si c’était peut-être le dernier. Et c’est à la fois sain et bon. Nous avons beaucoup d’estime pour ceux qui ont tracé la voie avant nous et ressentons une forte complicité avec une multitude de gens’ pionnés et contemporains.

Nous considérons ce qui se passe, par exemple, dans l’underground et les lieux de répétitions comme un processus de collaboration ; comme si nous en venions tous aux mêmes conclusions. Nous croyons qu’il est naturel de respecter le travail que chacun effectue dans cette sphère que nous partageons, d’ouvrir toujours plus de chantiers pour nous tous et ceux à venir. Garder la chose sainte. Sainte et ne pas pisser systématiquement sur la tradition. Il est important de garder en mémoire que nous ne sommes qu’une infime part d’une équation infinie, qui prend de l’ampleur, puis se contracte, puis prend de l’ampleur à nouveau. » Propos recueillis par Joseph Ghosn et Pierre Siankowksi. Traduction Anaïs Le Guennec

 

Histoire de nouer un premier contact avec le groupe, rien de tel que ce World Police, dont voici une prestation live à Paris en 2011 – TOUT SIMPLEMENT ÉNORME :

 

Un collage ici du morceau Sleep à un film d’archives sur Coney Island :

La version live ci-dessous – Athènes 2010 :

 

Gathering storm (terrible !) – Montréal 2011

 

Rockets fall on rocket falls 

Un morceau phare du dernier album. 1ère partie ci dessous à Athènes en 2010 :

 

2ème partie dans une autre ville :

 

Moya – Amsterdam 2011

 

Providence – Athènes 2010

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Une réflexion sur “Godspeed You! Black Emperor – Clips / performances live

  1. Pingback: Godspeed you black emperor – Live 2012 | citylightscinema

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