Network, main basse sur la T.V – Sidney Lumet (1976) – ( + extrait du Dictateur de Chaplin)

EXTRAITS –

Sidney Lumet, décédé en 2011, réalise à travers ce film une attaque virulente des médias, mais aussi au-delà, d’une société aseptisée, où les pouvoirs et la léthargie générale ont eu raison de soubresauts collectifs. Le citoyen y est particulièrement aveuglé et fondu dans l’anonymat collectif. Le personnage aux allures de contestataire du système, en une période de « crise », dévoile en fin de compte une société du spectacle, biaisée à la base par toute forme de contestation passant par le médium médiatique (la télévision en tête), et au service d’une déshumanisation très bien rendue dans le film.

Trailer :

Howard Beale (Peter Finch), présentateur vedette d’une chaîne de télévision américaine, déclare en direct, qu’il se suicidera la semaine suivante, en raison de son licenciement avec préavis, annoncé dans la journée.
La panique s’empare de la direction, qui n’avait pas prévu une telle réaction et décide de lui laisser une chance de partir dignement le lendemain en revenant sur ses propos. Au lieu de cela, il confirme et signe.
Mais entre temps, il a gagné de précieux points d’audience, les sondages sont au beau fixe pour la chaîne en difficultés financières. Diana Christensen (Faye Dunaway) voit en Howard l’homme qui va la propulser dans la hiérarchie du secteur Informations du network, elle, programmatrice du divertissement. Franck Hackett (Robert Duvall) assoit un peu plus son emprise sur les rouages de la chaîne, grâce aux choix difficiles mais concluants qu’il a pris vis à vis des actionnaires du groupe.
Seul Max Schumacher (William Holden), ami de longue date de Howard, voit la santé morale de celui-ci se dégrader à grande vitesse, persuadé d’être un « prophète ».

Une séquence, la plus forte du film et sans doute la plus connue, est essentielle. Lumet y développe une mise en scène qui dépasse le contenu du message du personnage Howard Beale, au premier abord séduisant par son incantation aux auditeurs à exprimer leur ras le bol. En effet, il est visuellement question ici d’ordres, de réactions d’automates, dans une Amérique filmée en quelques secondes comme un territoire froid, cloisonné, solitaire et précaire. Tout nous renvoie ici à un message tronqué et horrifique par la réaction qu’il engendre et sa forme employée. Non pas que l’urgence d’une révolte collective soit niée, mais plutôt qu’un tel réveil engendré dans la présente séquence est caduc à l’avance, les dés sont pipés. Et la suite démontrera que la télévision gagne intérêt à une telle pratique, tant elle forge sa contribution à la déshumanisation, où la marchandisation et la virtualisation du monde lui vont à merveille (tandis que Beale devient hystérique et mégalomaniaque).

 

Un parallèle est tentant avec le très célèbre film de Chaplin Le dictateur, pour ce qui concerne le discours final. Le message, aux bonnes intentions mais garni de lieux communs, laisse percevoir une expression de visage de Chaplin fort intriguante : le bref silence de sa dernière parole, suivi de la réaction de la foule, anonymisée complètement (ça pourrait être une foule applaudissant un discours d’Hitler…), engendre chez Chaplin un visage surpris et inquiet, comme terrorisé (vers la 3,30 mn de la vidéo ci-dessous)… Au-delà du discours, prononcé par UNE personne, n’y a t-il pas ici une indication du danger du procédé ? On peut penser à un bien fondé du discours, prônant l’égalité, la tolérance etc, soit des valeurs portées par le personnage, auxquelles il croit, mais une interrogation demeure : l’aspect autoritaire révélé ou sous entendu dans la séquence n’indique t-il pas une crainte ? La liberté est-elle réelle ici ? Finalement, l’espoir semble davantage permis par le relais du personnage féminin, plus en phase avec la personne au discours. Les solutions collectives ne peuvent venir d’UNE voix, d’UNE pensée, d’UNE vision des choses, aussi bien fondées soient elles en apparence (universalistes etc). Il est intéressant de pouvoir observer qu’au delà de la présence sonore, dans ce final fort célèbre et marquant, l’expressivité du visage de Chaplin, issu d’un grand cinéma MUET, amène une réflexion inquiétante, malgré une annonce de libération. Un totalitarisme semble pouvoir perdurer, et Network de Lumet démontre celui des médias.

Et je conclus, vis-à-vis de l’ambiguïté de Chaplin de fin de film, sur Citylights (Les lumières de la ville) et son final, pour moi un sommet du cinéma et dont je ne me lasserai jamais : là aussi l’expressivité des visages (l’actrice est formidable, quant au sourire de Chaplin je n’ai pas de mots…) ne concordent pas avec les intertitres et des retrouvailles en principe  « happy end » – même si bien sûr, toute interprétation est possible, suivant le ressenti du spectateur :

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3 réflexions sur “Network, main basse sur la T.V – Sidney Lumet (1976) – ( + extrait du Dictateur de Chaplin)

  1. Bonjour,
    Je vous prie de m’excuser. Je n’ai malheureusement pas trouvé comment vous contacter autrement que par commentaire.
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  3. C’est de la récup’. Plus aucun moteur de recherche ne renverra au site source, ça ira directement sur Paperblog (qui certes met un lien de référence à votre site). Je n’ai donc pas essayé ça. A mon avis, c’est à éviter car du coup vos articles sont dé-contextualisés de votre blog et figure dans le fourre tout de Paperblog

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