(« Yo Soy 132 » au Mexique…)// Atenco. Romper el cerco (Atenco. Briser le silence) – Promedios et Canalseisdejulio (2006)

Mexique – EN ENTIER – VO sous titrée anglais – 47 mn

Le Mexique connaît actuellement une mobilisation universitaire sans précédent depuis quelques décennies. Peu de choses sont relayées dans les médias francophones. Ce mouvement universitaire est ouvertement opposé à l’élection comme président d’Enrique Pena Nieto du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), parti au pouvoir de 1929 à 2000, et qui veut y revenir (depuis 2000, le PRI n’a plus le pouvoir exécutif fédéral, mais l’a gardé dans de nombreux Etats du Mexique tandis qu’il dispose d’une majorité relative au Congrès depuis peu). Le mouvement de cette jeunesse mexicaine, indépendant et appelé « Yo soy 132 », se distingue par un refus d’être associé à l’un ou l’autre des partis se présentant aux élections, par une dénonciation claire et nette des médias comme instrument du pouvoir aux mains des politiques au service des intérêts du privé, et vigilant à toute forme de répression qui est un leitmotiv du pouvoir dans ce pays… comme ailleurs dans le monde.

Vidéo « manifeste » du mouvement « Yo soy 132 » :

Globalement, la démocratie est là aussi questionnée dans ce mouvement, qui se distingue par une méfiance farouche de toute récupération politique, bien qu’en opposition nette et tranchée contre Pena et le PRI – attitude que l’on ne peut cataloguer d' »apolitisme » comme le font quelques médias français. Ce mouvement est  politique mais semble se décliner sans représentants tierces et évite, apparemment, toute forme de récupération partisane. Voilà qui donne des échos à des mouvements d’autres pays dans le monde (Espagne etc) et annonce sans doute des continuités constructives d’après élections présidentielles. Il y a comme une société civile qui se met en place, sans tomber dans le jeu politique institutionnel…

Comme le mouvement se décline dans l’ensemble des provinces du Mexique, des vidéos circulent sur le web et illustrent sa réalité, qui prend racine partout dans le pays. Les slogans sont en général anti-Pena, anti-médias officiels et anti-répression. Exemples :

Oaxaca le 23 mai :

Dans une ville du chiapas le 29 mai :

Xalapa (Vera Cruz) le 10 juin :

Mexico, le 10 juin :

Deux vidéos sont particulièrement parlantes. Lors de la venue en mai dernier de Pena, le candidat du PRI, à Zacatecas, de fortes protestations ont eu lieu, derrière l’accueil « populaire » officiel. Ces vidéos témoignent d’un traitement médiatique en faveur du candidat (on imagine comment cela influence l’état d’esprit général et surtout contribue à ôter toute réalité de la contestation civile). Elles montrent le contraste entre l’officiel (le rapide passage médiatique dans le journal TV de la deuxième video) et la réalité du terrain, soit ici de vives protestations populaires, anti Pena. La première vidéo montre en plus Pena discourant devant son électorat:

Bref, je vous renvoie aux vidéos you tube associées au mouvement, aux médias alternatifs et aux articles non francophones pour suivre et en savoir plus sur ce mouvement en construction. L’avenir nous dira s’il ne s’agissait que d’un feu de paille. 

Après toute cette très longue introduction en lien avec l' »actualité » au Mexique (ignorée en France médiatiquement), j’en viens au film que je poste ci-dessous. Pena est gouverneur de l’Etat de Mexico depuis 2005. Une véritable catastrophe. Et il y a donc ce qui s’est passé à Atenco en 2006 pour en témoigner. En voici un résumé rapide :

« Le mercredi 3 mai et le jeudi 4 mai, une violente répression s’est abattue sur la population de la ville de San Salvador Atenco, au Mexique dans l’État de Mexico.

Les paysans d’Atenco s’étaient opposés victorieusement à la construction d’un aéroport international sur leurs terres en 2002 au début du mandat présidentiel de Fox. Les autorités de l’État de Mexico, comme celles de l’État fédéral mexicain ont choisi ce lieu pour faire un exemple sanglant de leur autorité à deux mois des élections présidentielles.

La brutale répression d’Atenco a pour fonction évidente de faire peur à la population et plus particulièrement aux mouvements sociaux. Cette politique de terreur ordinaire combinée à la propagande martelée par la télévision est une stratégie de criminalisation des luttes sociales. C’est pour cela qu’il est important que les gens sachent ce qu’il s’est passé et en discutent.

Ce qu’il s’est passé à Atenco représente un antécédent qui, s’il n’est pas questionné et demeure impuni, ouvre la voie à de futures répressions du même type et à l’avènement d’un système autoritaire au Mexique.

Ce film analyse les événements qui se sont déroulés à San Salvador Atenco durant les premiers jours de mai 2006, et dénonce les graves violations des droits de l’homme commises par les forces de police de l’État de Mexico et fédérales contre la population civile.

Le documentaire démonte de la même manière la façon d’opérer des médias de communication massifs, responsables de la création d’un climat de peur et du silence informatif autour des événements de San Salvador Atenco, dans le cadre d’une situation spécialement délicate : le processus de succession présidentielle au Mexique en 2006. »

 

Ce film résume en quelques sortes beaucoup de maux associés au PRI (médias, répression, clientélisme, corruption etc). Il n’est pas le seul à circuler, et des collectifs ont permis la diffusion d’autres films. 

Je glisse ci dessous le communiqué du 4 mai 2006. Alors , un mouvement « apolitique » Yo soy 132 ?! Nous noterons aussi la prudence, au demeurant fort légitime dans un climat de violence extrême depuis des années au Mexique, du mouvement actuel attaché  à une forme de « non-violence ». Je me souvins d’une manifestation dans une ville en France, l’an dernier, en solidarité avec les évènements du Mexique : la violence y semblait comme l’élément socle d’une situation politique du pays, où société civile semble être pris entre pouvoir étatique, libéralisme et narco-trafiquants (dont les « frontières » semblent de plus en plus ténues), en ces heures aussi où indigènes du Mexique sont de plus en plus réprimés et condamnés à la non-existence.

« COMMUNIQUÉ DU FRONT COMMUNAL POUR LA DÉFENSE DE LA TERRE – ATENCO

San Salvador Atenco, État de Mexico, le 4 mai 2006.

Aux organisations sociales, Au peuple mexicain, Aux moyens de communication,

Depuis le 20 avril dernier, dans la commune de Texcoco, gouvernée à actuellement par le PRD, tous ceux qui cherchent à gagner honnêtement leur pain en vendant des fleurs ou tout ce que produit notre terre subissent un siège en règle. Depuis ce jour-là, le conseil municipal a décidé de nettoyer Texcoco des pauvres qui l’enlaidissent, selon lui, mais veut aussi l’envahir avec encore plus de chaînes multinationales, comme Wal-Mart, etc.

Le 2 mai, les communautés et commerçants ont organisé une concentration devant la sous-préfecture de Texcoco, mais aucune réponse ne leur a été donnée, ni par les autorités municipales ni par celles de cet État. Non content d’avoir spontanément occupé la rue pour empêcher les vendeurs d’occuper leur poste de travail, aujourd’hui 3 mai, très tôt, les forces de l’ordre ont commencé à expulser par la force tous les occupants du marché « Belisario Domínguez » et ont arrêté quatre compañeros fleuristes : Patricia Romero, Raúl Romero, Adalí Sánchez et Rosalba Castillo.

Devant une telle situation, une commission de plus de quarante compañeros du Front communal pour la défense de la terre y sont allés pour se solidariser avec les vendeurs et savoir ce qui se passait. La commission à peine arrivée sur les lieux, des effectifs policiers sont arrivés en renfort, ont encerclé le marché et ont recommencé à agresser ces compañeros. Les affrontements ont à nouveau causé plusieurs blessés graves, sans aucune possibilité de recevoir des soins médicaux ou autre aide.

Pendant la journée, la situation a été dénoncée et on insistait pour que les autorités concernées se montrent et résolvent, à travers le dialogue, le problème qu’elles avaient elles-mêmes créé. Rien n’y a fait et, au contraire, les forces de répression ont encore augmenté leurs effectifs, mais cette fois pour éviter que les autres communautés villageoises s’organisent et lèvent le blocus de la route nationale reliant Lechería à Texcoco. La répression a été particulièrement féroce contre la commune de San Salvador Atenco, où il y a eu à nouveau plusieurs blessés et où un jeune homme de la communauté d’Acuexcomac a été assassiné.

Pendant que tout cela avait lieu, les médias officiels se sont chargés de concentrer l’attention du public exclusivement sur le moment où plusieurs compañeros se défendaient contre la police : on a pu voir ensuite des policiers à terre, qui ont été évidemment utilisés pour illustrer une violence répréhensible et justifier le fait que tous les compañeros retranchés dans le marché – plus d’une quarantaine – soient arrêtés par la police sous les ordres des autorités suprêmes de l’État de Mexico, avant d’être conduits à Toluca.

Pour nous, il est clair que de tels agissements ne constituent pas un élément isolé de la répression déclenchée par l’État de Mexico, au moment où l’Autre Campagne, qui signifie organisation et solidarité chez ceux d’en bas, traverse littéralement les villes du Mexique : Nous ne sommes pas plus étonnés de la peur que connaît le système politique et qui se montre dans la répression et l’emprisonnement de nos compañeros. Il est clair que tout cela correspond à une provocation préméditée pour emprisonner précisément des compañeros qui, au cours de nos luttes pour défendre la terre, en 2001, ont acquis une réputation non seulement dans les communautés de la région, mais aussi à l’échelle nationale. Autrement dit, ils ont mérité la reconnaissance et le respect d’autres communautés avec lesquelles ils se sont solidarisés, ils ont mérité de continuer à inciter à l’organisation et à la défense des droits des communautés.

Nous savons que ce dernier motif est plus que suffisant pour que l’État voie en eux un danger, le Front communal pour la défense de la terre ayant démontré que l’on pouvait vaincre le diktat d’une poignée de gouvernants tout-puissants. Cette maladroite provocation cherche, d’une part, à justifier la violence à l’encontre des gens qui se dressent contre les abus et élèvent la voix partout dans ce pays, et, de l’autre, pour liquider une organisation qui est parvenue à stopper l’expropriation de nos terres. Ce que veut l’État, c’est venger l’affront que représente pour lui la résistance d’hommes et de femmes qui ont défendu la seule chose qu’ils possédaient en jetant aux oubliettes un décret présidentiel.

Nous exigeons du gouvernement de l’État de Mexico et du gouvernement fédéral :

La liberté totale et inconditionnelle pour tous nos compañeros arrêtés, et le retrait immédiat des forces de police hors des alentours de nos communes,

Comme condition minimale pour l’établissement d’un dialogue direct avec les autorités responsables, c’est-à-dire avec le gouvernement de cet État et le gouvernement mexicain.

Nous appelons à une concentration devant la prison des femmes (Cárcel de Mujeres, avenida Ignacio Zaragoza, près du métro Acatitla), à 8 heures du matin.

Nous appelons à se réunir pour discuter d’un plan d’action commun, à 18 heures, au local de l’Uníos (rue Carmna y Valle, n. 32, près du métro Cuauhtémoc).

Nous appelons toutes les organisations sociales conséquentes du Mexique, qu’elles soient ou non adhérentes de la Otra, à organiser des actions à partir de 8 heures, aujourd’hui 4 mai, pour exiger :

La liberté totale et inconditionnelle de nos compañeros et le retrait des forces de répression.

POUR LA DIGNITÉ DU PEUPLE ! POUR LA LIBERTÉ TOTALE ET INCONDITIONNELLE DE NOS FRÈRES ! NOUS NE FERONS PAS UN SEUL PAS EN ARRIÈRE !

FRONT COMMUNAL POUR LA DÉFENSE DE LA TERRE (FRENTE DE PUEBLOS EN DEFENSA DE LA TIERRA) »

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