Trois carnets filmés autour du cyclisme – Gérard Courant

France – EN ENTIER

Comme je précisais dernièrement, de nombreux carnets filmés de Gérard Courant sont postés régulièrement sur you tube. Etant personnellement un amateur (certes fort modeste) de cyclisme, je me suis regardé trois de ses carnets filmés portant sur le sujet. Gérard Courant est en effet un passionné de cyclisme (il aurait même tenté une carrière dans ce domaine), à l’instar de Luc Moullet dont je recommande le sympathique Parpaillon (une montée burlesque de cyclos d’un col et évoquant aussi la passion du vélo).  Je guette la possibilité, bien entendu, de voir le film Chambéry – les Arcs, qui a été édité en DVD en 2011 : retour sur sa passion du vélo à l’occasion d’une étape du tour de France où il y filme également des grands noms du cyclisme et d’autres passionnés tel que… le cinéaste Luc Moullet. 

En attendant, donc, j’ai visionné ces trois carnets :

Olivier Dazat ou l’amour du vélo – 1996 – 50 mn

Un quasi monologue d’Oliver Dazat, avec tout de même des interventions du cinéaste qui n’est pas du tout à la ramasse et qui le maintient bien dans son flot passionné. Il a écrit des livres sur le cyclisme et il nous fait part ici de sa vision du vélo « des grands champions » et de sa passion (il lit des articles de courses hyper datés, se revoit des courses en VHS tout en s’attendant à une nouvelle issue !),  d’anecdotes de courses assez dingues (une sombre histoire de complot d’une équipe/staff mené contre un coureur qui s’est fait ainsi jeté pour dopage, pour empêcher sa victoire), du traitement journalistique du cyclisme, du dopage, de l’ère moderne du cyclisme (et les casques des contre la montre, et les vélos modernes amenés par un record de l’heure…). Un réel plaisir d’une part que d’assister à ses élans, surtout quand il s’emporte avec des comparaisons qui dépassent le sportif terre à terre, pointant du doigt un cyclisme légendaire, mythique, où la part de l’imagination du public (du passionné) est palpable et vraiment jouissive. Il précise d’ailleurs avec beaucoup de pertinence à quel point « tout montrer c’est ne plus rien montrer », en évoquant la médiatisation actuelle, regrettant presque le temps de la retransmission radio. Vers la demi heure, il se lance dans une envolée de 3-4 minutes tout à fait formidables : il en vient à la folie des grands champions, les comparant à Van Gogh et autres « artistes de haut niveau » pour ce qui est de l’aspect déraisonnable, auto-destructeur etc, et à l’exacerbation de tout ce qui est proprement humain avec cette formidable formule tellement évidente pour quiconque apprécie suivre des courses cyclistes : « au début de la montée ils sont 40, puis 30, 20, 10… et 2″… comme une satisfaction de désirs ancrés en l’homme.  D’autre part il a une vision bien critique de tout ce qui tourne autour du dopage et de l’hypocrisie ambiante, avec une espèce de pureté sportive revendiquée dans un domaine où la tricherie a toujours existé, tandis que le système anti dopage est utilisé en faveur de certains contre d’autres… Bref, plutôt que de répéter le contenu, j’encourage vivement à voir ce carnet filmé, qui permet de suivre un entretien avec un passionné de vélo transmettant sa flamme et sa vision, aux côtés d’un non moins passionné qui a eu cette brillante idée d’en faire d’autres de ce style, ainsi avec les deux autres carnets qui suivent…

 

Maurice Izier, coureur cycliste professionnel dans les années 60 – 2006 – 60 mn

Carnet filmé à l’occasion d’une journée « Territoire, regards croisés » à Valence, dans la foulée de projection de films sur le vélo, et avant d’enchaîner sur Parpaillon. S’y trouve notamment, en plus de Maurice Izier du titre (perso je ne le connaissais pas!), Patrick Leboutte, grand critique de cinéma et passionné également de vélo ! Son introduction dans le présent film est tout à fait passionnante entre vélo et territoire, vélo et cinéma; il a d’ailleurs co-écrit un bouquin intitulé Cinégénie de la bicyclette « où l’on découvre comment les courses cyclistes enfantèrent le cinématographe pour redonner aux corps de la lumière : éloge« .  Nous avons donc ici l’échange à trois (Courant/Leboutte/Izier) avec le public, après projection. La caméra, immobile, est axée sur Maurice Izier, avec ajouts au montage d’images, parfois en surimpression sur tout l’écran (je ne sais pas si c’est le terme exact, mais enfin… vous verrez), qui re-situent visuellement ce coureur et l’époque.  Des images qui avec la parole comblent le vide audiovisuel (pas de suivi télévisé en direct alors…) : ainsi des extraits de journaux etc se joignent aux récits, tel celui de la victoire d’Izier dans une étape du tour, où figuraient 4 cols, devant les plus grands, ce qui n’est pas rien ! A l’instar des propos d’Olivier Dazat du précédent épisode de 1996, des anecdotes sont excellentes, là où il n’y a pas l’omnipotence de la caméra qui à force de tout montrer ne montre plus rien; il y a vraiment cette importance de la parole autour du cyclisme qui dépasse le simple fait de course, et comment il peut donner lieu à des commentaires, des anecdotes, des interprétations… bref de l’imaginaire aussi chez le passionné (on remarquera dans ce carnet, comme dans les autres autour du cyclisme comme Gérard Courant notamment amorce des anecdotes et du récit au quart de tour). Finalement le film, en se clôturant sur une archive de l’INA quant à la victoire d’Izier, brève, sans passion, anodine pourrait on dire, un seul constat vaut : la passion s’est vécue dans la discussion, pas dans ces images finales sans vie; la parole au contraire a donné de la consistance à ces images. L’imaginaire autour du cyclisme, la passion qu’il draine (dans la pratique, dans le suivi de son histoire et de ses champions etc), sa vie partagée au-delà du traitement télévisuel, passé et présent,  est aussi le sujet de ces carnets filmés de Courant; c’est en tout cas l’impression que j’en ai.

Aujourd’hui inconnu (sauf des passionnés) et à l’époque dans l’ombre des grands, coéquipier à leur service, Izier a néanmoins donné de sa vie dans le vélo avec tout ce que ça implique (il a débuté à 14 ans!), et nous partage son vécu des années 60, une ère cycliste révolue aussi.  Ça suffit pour lancer des discussions qui devraient intéresser les amoureux du vélo. 

 

Benjamin Chanut, coureur cycliste indépendant dans les années 50 – 2006 – 60 mn

On finit en beauté avec ce carnet de la même année, avec encore la présence du critique Patrick Leboutte. Je vous laisse savourer les discussions, à propos des années 50, mais aussi du cyclisme contemporain (ah ah ce retour sur Vinokourov ! Mais je suis d’accord avec Gérard Courant « il a la classe » et sa fin de carrière est une mauvaise nouvelle !)… La caméra est posée sur une table (fixée sur Chanut et Leboutte à tour de rôle) et ce sont les paroles qui émergent une fois de plus en guise de partage passionné du vélo. Incrustations d’images aussi en supplément aux récits.

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2 réflexions sur “Trois carnets filmés autour du cyclisme – Gérard Courant

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