Freeway – Matthew Bright (1996)

USA – Extraits (et EN ENTIER VO non sous titrée)

Entre comédie déjantée et film à teneur sociale quelque peu virulente, Freeway est une adaptation moderne du conte du petit chaperon rouge. Vanessa, adolescente de 16 ans, vit à Los Angeles chez sa mère prostituée et toxicomane tandis que son beau-père abuse d’elle  en la tripotant. L’arrestation de sa mère par la police, qui lui tend un piège, incite Vanessa à refuser l’aide d’une assistante sociale qu’elle finit par ligoter, évitant ainsi d’être placée dans une famille d’accueil. Résolue à s’installer chez sa grand-mère, elle fait la rencontre de Bob sur la route, serial killer qui assassine de jeunes prostituées. Bob le psychologue va vite s’avérer être pour Vanessa un dangereux psychopathe. Lui échappant une première fois, les ennuis s’enchainent pour Vanessa sur la route la menant à la caravane de sa grand-mère. 

D’emblée le film nous situe dans un milieu social marginalisé qu’on pourrait qualifier de « sous prolétariat » : chômage et pauvreté, drogue, prostitution, guerre des gangs… Vanessa grandit dans un milieu qui n’est pas épargné par la répression policière (l’arrestation de la mère est particulièrement violente, emballée dans un sac elle n’est pas considérée comme un être humain), par les préjugés racistes bien que noirs et blancs vivent une misère commune et dont la survie économique passe par les aides sociales. Outre le sort réservé à cette classe sociale tenue à l’écart, Vanessa subit l’abus sexuel de son beau-père (il la tripote devant un film porno, réduisant sa belle fille mineure à un objet sexuel à exploiter) et voire même l’abus de pouvoir d’un psy particulièrement louche qui insiste pour savoir en détails sa relation avec le beau-père. Seule l’assistante sociale semble sauver un peu le tableau tant elle nous paraît un peu plus humaine, mais on comprend vite qu’elle est impuissante à agir, car sa bonne volonté se heurte à une population récalcitrante, si l’on en juge l’attitude de Vanessa à son égard. La mort de son petit copain noir Chopper assassiné par balle achève le terrible tableau de ce début de film.

Par la suite le film nous confronte Vanessa, l’ado issu d’un certain sous prolétariat, à Bob le tueur (le grand méchant loup), issu lui d’une classe sociale aisée et psychologue de profession. Dès lors le film est une confrontation de ces deux mondes, et nous donne à voir comment la classe aisée peut à loisir bouffer les exclus du système définitivement réduits à des « déchets » dont on peut se débarrasser en toute impunité, avec une complicité institutionnelle plus qu’évidente (médias, police, justice en particulier). Bob a une apparence de quelqu’un de « bien » au premier abord,  c’est à dire de propre et de sensé, convenablement cultivé et intelligent, bien inséré dans la société. Néanmoins une ballade nocturne entre Vanessa et Bob nous ôte vite cette première impression et l’apparence commence à se fissurer: Bob y fait preuve d’une séduction basée sur un abus de pouvoir intellectuel et psychologique sur une jeune fille mineure, intimidée ici par la fascination qu’exerce sur elle Bob, à la fois verbalement et physiquement. Il va jusqu’à lui proposer d' »ouvrir la porte« , on devine la perversité et la violation qui se cache derrière ces paroles… Cela se confirme dans la voiture, où Bob commence à faire part de sa propre névrose, et de comment il perçoit en réalité Vanessa et sa classe: la « lie de la société » dont il faut se débarrasser pour protéger une certaine élite sociale. Son discours sonne comme le plus extrême des conservatismes !

La prétention de la classe aisée à pouvoir inférioriser et éliminer toute une classe de marginalisés est brillamment mis en évidence à travers le personnage complètement taré de Bob. Vanessa face à cela, malgré son peu d’éducation et de culture officielle, apparaît comme digne et combattive. Bien entendu la police a elle aussi ses préjugés et ne pense à aucun moment que Bob puisse être un dangereux psychopathe du fait de son appartenance sociale et de sa fonction.  Et le film engage même un parallèle très intéressant car c’est un policier noir qui s’acharne sur Vanessa à partir de ses préjugés vis à vis de son origine sociale. Ici, le noir, figue infériorisée par excellence dans l’histoire des USA, jouit d’une assise sociale pour à son tour inférioriser… Il faudra approcher le dénouement du film pour que le flic noir reconnaisse à demi-mots qu’il s’est trompé au sujet de Vanessa et que bien qu’issue d’un milieu sous prolétaire, elle n’est ni raciste, ni prostituée – vulgarité, racisme institutionnel, broyage d’une catégorie de population, fonctionnement élitiste pervers… se situent ailleurs. 

Freeway est en fait un film en partie sur les préjugés sociaux au service d’un certain discours, largement relayé par les médias. Ainsi par exemple le soutien ouvert des journaux TV à Bob qui y passe comme victime suite à son passage à tabac par Vanessa qui a utilisé la légitime défense. Vanessa est en prison durant ces passages TV, et sa compagne de prison, sèchement passée à tabac, apparaît comme une victime du système dont on ne parle pas…et dont on ne parlera jamais. Son sort semble tout tracé. A noter que dans la même prison, la relation de Vanessa avec cette même femme laisse apercevoir une certaine solidarité entre gens issus de ce milieu marginalisé. Leur évasion et la fuite de la police qui jouit de l’appui médiatique et d’un discours sociétal dominant n’est pas sans me faire penser au chef d’oeuvre de Ridley Scott Thelma et Louise – allez je poste pour le coup ce final si emblématique (et j’encourage à s’intéresser aux échos possibles de Freeway à Thelma et Louise) :

Je ne vais pas plus loin afin de ne pas révéler le devenir du « petit chaperon rouge » Vanessa à la fin du film, et je conclue donc en conseillant vivement de voir Freeway. Pour ma part le côté social m’a particulièrement plu. J’ai fait abstraction de tout ce qui relève du comique dans le film, notamment dans les corrections infligées à Bob par Vanessa, et du jeu effectué autour du célèbre conte, ou encore de la qualité de la BO…

Bright, cinéaste américain indépendant que j’apprécie beaucoup, enchaîna avec Ted Bundy, film sur un serial killer célèbre des USA. Une continuité s’établit sur le fond, bien que la mise en scène diffère et qu’il rebute au premier abord si on a vu auparavant Freeway. C’est intéressant car Bright n’en reste pas à une formule facile, dans une perspective de succès commercial. La marque d’un cinéma indépendant américain de qualité…

Ci-dessous Freeway en entier, VO non sous titrée – 102 mn

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Une réflexion sur “Freeway – Matthew Bright (1996)

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