Ted Bundy – Matthew Bright (2002)

USA – Extraits et EN ENTIER en VO non sous titrée

Nous retrouvons Matthew Bright après avoir évoqué le très bon Freeway (1996). Comme son titre l’indique, le film porte sur le tristement célèbre Ted Bundy (1946 – 1989), pour lequel fut employé pour la première fois le terme « serial killer ». Ted Bundy a en effet assassiné une centaine de personnes, que des femmes, avec violences sexuelles. Bright ici revient sur cet individu, de ses premiers meurtres à sa condamnation à mort et exécution par chaise électrique.

Glaçante et distanciée, voilà comment je résume l’impression que m’a laissé la forme du film. Bright nous révèle un Ted Bundy à la fois psychopathe (aucun ressenti pour autrui) et « normal ». C’est le point le plus inquiétant du film. Les meurtres (certaines scènes dures mais sans effets surajoutés) s’enchaînent avec simplicité des gestes, et indifférence de Bundy, voire moquerie, pour ses victimes. Bundy accomplit ses meurtres comme il s’accomplit dans la société. Car Bundy n’est pas un tueur à l’écart de la société, exprimant une névrose; il est DANS la société. Professionnellement il se fait une place, il suscite du respect tandis que d’un point de vue relationnel il n’a pas de difficulté pour séduire des femmes. Ted Bundy rejoint un aspect important de Freeway: la manipulation d’autrui par le contrôle de la parole (Bundy amène beaucoup de femmes dans son piège ainsi), la bonne apparence et l’intégration dans la bonne société comme alibi et couverture à toute déviance inhumaine.

Le film de Bright peut troubler car la mise en scène ne porte pas de jugement sur Ted Bundy; regard distancié qui se contente de « raconter » des meurtres, les quelques faits marquants de sa vie (notamment les évasions) et sa banale vie de bon citoyen américain intégré à la société. Mais justement cette approche « neutre » sert très bien le film. Ca renforce cette cohabitation du citoyen banal avec le tueur psychopathe. Cette association est la véritable violence du film. D’où l’importance que revêt dans le film celle qui fut un certain temps la compagne régulière de Bundy: lorsqu’elle comprend ce qu’il a fait une fois en prison, elle tombe de très haut ! Elle a côtoyé un être sans connaitre cet aspect et sans en douter.

Cette association est terrifiante car elle rend complice l’intégration dans la société avec la folie meurtrière. Plus que Bundy lui-même, c’est son articulation avec la bonne société qui donne des frissons en fin de compte. On peut être totalement intégré et « réussir » dans la société tout en développant un comportement meurtrier et inhumain. La folie meurtrière n’est pas un obstacle à la réussite du bon citoyen…

La masse se rassure comme elle peut en fin de film, et se contente de la vengeance par la peine de mort prononcée pour Bundy. Bright se sert d’archives pour illustrer quelques passages en justice de Bundy et de ses effets sur la foule. Celle-ci applaudit sa mort et refoule le bon citoyen meurtrier. Il y a comme un acharnement outrancier pour mieux cacher une normalité assassine quotidienne, celle qui ne concerne pas que le tueur braqué par les médias. Il s’agit de se donner bonne conscience, tranchant avec une banalité meurtrière qu’applique le fonctionnement d’une société où l’accomplissement de « réussite » individuelle n’est pas incompatible à l’écrasement de l’autre – c’est même quelque part un leitmotiv structurel. Quitte à digresser largement, il y aurait à voir un des films les plus percutants que je connaisse de Jean-Gabirel Périot, Eut-elle été criminelle, évoqué ici sur le blog :

 

Excellente fin de film très documentaire dans sa façon d’aborder les préparatifs de l’exécution finale (et ça me fait penser aussi à d’autres films sur la peine de mort : La dernière marche de Tim Robbins avec Sean Penn, et surtout Tu ne tueras point du cinéaste polonais Kieslowski). Glaçante mécanique de mise à mort, et bizarrement c’est le crime le plus dur du film tant ici il répond à un acte réfléchi et raisonnable. La société a sa propre mécanique de mise à mort, ses propres logiques, et fait écho à celles de Bundy qui avait son propre fonctionnement logique (le film amène les meurtres comme un mécanisme bien huilé, comme une occupation courante tout à fait banale).

Aux allures au premier abord de film descriptif d’un sérial killer, Ted Bundy va bien plus loin que ça et Bright révèle une fois de plus une mise en scène pertinente. Il n’a pas fait le choix d’un film spectacle commercial exploitant les meurtres pour en faire un film à sensations fortes de type horrifique. Le malsain dans ce film est au service d’une réflexion quant à la société. Pas de violence gratuite, mais un propos qui glace le sang.

Les spectateur qui ont aimé Freeway seront sans doute surpris par ce film plus « froid » mais Bright garde une patte semblable même si beaucoup moins déjantée. Quelques scènes d’ailleurs rappellent Freeway, notamment une séquence où Bundy se prend une petite raclée dans sa voiture par une femme qui parvient à lui échapper… Bright maintient une sérieuse critique d’un patriarcat entretenu dans la société américaine qui le protège, sous couvert de réussite personnelle dans la « bonne » société; le statut social est un privilège de domination d’ordre raciste, social, sexiste… 

Le film en entier ci-dessous (non sous titré) :

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