Le bénévole – Jean Pierre Mocky (2005)

EXTRAITS     

« Le film Le bénévole décrit le petit monde de bénévoles divers qui se répandent en France comme une trainée de poudre pour des tâches ingrates et souvent sans intérêt vital. Ceux-la sont nombreux et on les exploite de toutes parts misant sur leur naïveté et leur bonté. C’est à ceux-là, à ces anonymes, qu’est dédié le film. Une indestructible sympathie pour eux nous a pouissé à raconter leur histoire.  » Jean-Pierre Mocky

Cela n’est pas la première fois (et ni la dernière) que Jean-Pierre Mocky est abordé sur ce blog : je renvoie ainsi à SoloLe piège à cons et Un linceul n’a pas de poches.

Il est donc question ici du bénévolat. Intéressant pour la thématique traitée, il faut bien avouer qu’en ce qui me concerne je n’apprécie que très modérément ce film à cause d’acteurs que je ne supporte pas (Yvan Le Bolloc’h et Bruno Solo particulièrement) et du côté vraiment lourd parfois et trop décousu. Au demeurant, quelques bonnes séquences et puis ça reste du Mocky déjanté et à contre-courant des réalisations formatées dans le domaine de la comédie française. 

Ces derniers mois j’eus l’occasion dans quelques discussions, avec second degré, d’évoquer l’émergence d’un syndicat de bénévoles… et je pensais bien évidemment à ce film de Mocky. Ce qui peut paraître comme une boutade, donne lieu finalement à une critique d’un état de fait difficilement acceptable : l’utilisation excessive de bénévoles afin de les exploiter, à la place de salariés dont les rangs de chômeurs sont de plus en plus renforcés, entre deux emplois précaires. 

Le discours de création du syndicat de bénévoles est disponible sur daily motion, et je renvoie donc à la vision de ce bon passage ICI

Les intentions de Mocky sont, pour le coup, les fort bienvenues :  » Un jour, je vais au festival de Cognac et je vois des filles de 20 ans qui font bénévole. A l’époque, j’étais invité en tant que jury. Chaque soir, à deux heures du matin, il y avait une fille qui me ramenait. Je croyais qu’elle était payée par la ville mais non, elle était bénévole. Après ça, j’ai vu des mecs qui enlevaient le pétrole pied nus sur les plages, et ils étaient également bénévoles. Alors, j’ai fait une enquête, figurez-vous qu’il existe 15 millions de bénévoles. Il existe des bénévoles qui s’occupent de choses graves comme lors du typhon en Thaïlande encore que leur staff est payé, mais je parle des autres. Il paraît que lorsqu’il y a une vieille qui est dans un coin, il y a un mec qui se présente et qui dit: «je suis bénévole, je vais te faire ta piqûre». Ce qui fait qu’il enlève le travail à l’infirmier. Le film raconte l’histoire d’un homme joué par Serrault qui est devenu fou à force de vouloir faire le bien (c’est un ancien syndicaliste). Il s’évade de cette prison qui est dirigée par Jean-Claude Dreyfus, se retrouve dans une association et remplace un ancien directeur qui est joué par Yann Moix. Une fois qu’il atteint ce stade de directeur, il décide de payer les bénévoles. Seulement, le maire appelle les bénévoles pour qu’ils aillent enlever les galettes de pétrole en se disant que ces cons allaient y aller. Ils arrivent à 300 sur le terrain et il y a Serrault qui dit: «maintenant, il faut payer». Au bout d’un moment, il y a le président du conseil général qui arrive et dit à Serrault: «vous allez arrêter ça». Et là, Serrault l’attrape et lui casse la gueule. Jérôme Seydoux me dit que le film est drôle, mais je casse la gueule à un président du conseil général, je dis que les maires sont pourris, qu’ils touchent des commissions sur les travaux publics, qu’ils font des économies en utilisant le bénévolat. Au bout du compte, Pathé me l’achète en dvd mais ne veut pas me le sortir au cinéma. Finalement, j’ai décidé avec ma société de fabriquer un dépliant en marquant «Mocky sort son film lui-même, est-ce que vous en voulez?». J’ai reçu 167 réponses et je suis en train de faire ces 167 salles. Sauf que je suis obligé de les faire en chair et en os. Il va donc avoir une carrière de 167 salles en France, plus à Paris où il va sortir au Brady et dans quelques salles. Mais c’est bizarre comme exploitation. Il est au moins sûr de sortir en dvd.  » (DVDrama, septembre 2006)

Mocky a eu quelques soucis avec certaines associations qui y ont vu une condamnation de leur appel à bénévoles. Il a dû leur préciser que le film ne vise pas à s’attaquer à toute sollicitation de bénévoles, et que celle-ci est souvent une question de survie d’une activité : culturelle, humanitaire ou autre (et surtout quand c’est sans but lucratif). Ce qu’il vise c’est bel et bien quand l’appel à bénévoles vise une opération de profit, d’une part, et à la défaveur de l’emploi d’autre part. En allant un peu plus loin, nous constaterons, comme souvent dans la filmographie de Mocky, qu’il met en avant un aspect de manière quelque peu visionnaire : l’ère Sarkozy a en effet mis en place du bénévolat obligatoire pour RSAstes courant 2011. C’est à dire de fabuleux contrats précaires obligatoires et non rémunérés (ou si peu, moins de 5euros l’heure), soit les CUI de 7h semaine, sous peine de supprimer le RSA aux réfractaires. Y collaborent les institutions, dans la foulée de pratiques communales et des collectivités territoriales de plus en plus répandues. Bien entendu cela n’est pas remis en cause par les gouvernants du glorieux  » Le changement, c’est maintenant« . Pire, le bénévolat assumé comme tel, choisi par soi et géré comme on l’entend, peut être cause de radiation et de suppression d’allocation CAF (revenu d’ordre vital) sous prétexte que l’on ne se plie pas au « bénévolat » institutionnalisé. Ce dernier signifiant « recherche de travail », « remise à niveau », « acquisition de compétences », « expériences du terrain », « recherche d’insertion »… bref tout le langage bureaucratisé de la machine à précariser que sont les institutions sociales pôle emploi et CAF, que chacun et chacune a sans doute le loisir d’entendre au guichet ou de lire dans son courrier du lundi – Je renvoie ICI aux dernières mesures Sarko, soit les « durcissements » du RSA, même pas remises en causes par les cravates socialistes entre deux « Valls de gitans ». 

Bref, histoire de ne pas rédiger un tract, éh éh, je souligne donc l’incroyable constat de Mocky dont la fiction rattrape vite la réalité en fin de compte. Et oui, n’y t il pas des « syndicats de chômeurs » qui se fondent après tout (ou des collectifs), ici et là ? Il y a des décennies, l’association stricte « syndicat / chômeurs » n’aurait jamais pu tenir et aurait davantage donné le sourire. Une fois de plus, Mocky effectue un regard à contre courant de ses contemporains, où peu regardent. Et il y a sept ans il pointait donc avec son habituel humour et traitement farcesque de la comédie institutionnelle, à travers cette critique d’un certain bénévolat, le chômage depuis un angle incroyablement pertinent, tout en faisant le lien évident avec le salariat.

Pour ce qui est de la diffusion de son film, Mocky a eu de gros soucis, comme il le précise plus haut. Il a donc accompagné son film, bobines sous le bras, dans plus de 100 salles en France, notamment du côté d’Aubenas en Ardèche ou encore de la Côte d’Or en Bourgogne avec le concours des MJC. Non distribué officiellement en salles, notamment parce que « peu porteur économiquement » (ah la superbe censure économique !), il faut souligner aussi que le film a été tourné avec très peu de moyens en trois semaines, tandis que certains acteurs y ont contribué comme… bénévoles, Michel Serrault par exemple. 

Et maintenant… au boulot les feignasses ! 

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Une réflexion sur “Le bénévole – Jean Pierre Mocky (2005)

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