Festival du Film de Préhistoire de Pech Merl (Juillet 2012)

Extraits/Films en ENTIER

Comme signalé depuis un certain temps, le cinéma archéologique prend de plus en plus d’importance dans le paysage du documentaire. Pendant longtemps ont prévalu les films strictement scientifiques, mais au fur et à mesure des décennies des festivals ont été créés (Amiens, Bordeaux…) tandis qu’en parallèle des réflexions ont été menées pas seulement réduites au cercle scientifique.

La discipline archéologique prend de plus en plus sérieusement en compte la production audiovisuelle – parfois la direction scientifique reste maîtres à bord de la réalisation, parfois des auteurs indépendants se dégagent sans pour autant tourner le dos aux travaux scientifiques et perdre des conseillers en la matière. Si la télévision reste sans doute l’organe qui reste dominant dans la circulation des films (et elle est souvent co-productrice), il est très important de souligner à quel point les programmations des festivals sont de plus en plus fertiles en diversité (en périodes, approches scientifiques, regards…)  tandis que, par exemple, au Musée national d’archéologie de Saint Germain en Laye un cycle de projections intitulé « La caméra et l’archéologue » est établi pour cette saison 2012-2013. Les films archéologiques font part de dimensions scientifiques, de vulgarisation (parfois outrancière et spectaculaire), de parcours d’archéologues et/ou passionnés amateurs, de réflexions outrepassant le cercle des scientifiques quant à l’impact de certaines découvertes (se souvenir par exemple de la fin du La mémoire perdue de l’île de Pâques de Thierry Ragobert)…

Dans ce cadre il est donc très intéressant de constater que la diffusion est prise également au sérieux, au-delà des seules réalisations et d’une banale retransmission télévisuelle. De même, il ne s’agit plus de réaliser uniquement des films scientifiques à destination de la recherche, avec une diffusion très interne au secteur des disciplines concernées. Sans mettre un terme à ces derniers (le site du CERIMES par exemple reste prolifique en la matière), il est fort appréciable de constater comment l’outil audiovisuel-cinématographique commence à être pris en main par les structures de l’archéologie pour diffuser les films (tout comme l’audiovisuel et le cinéma documentaire investissent le milieu archéologique et notamment ses découvertes).

Ainsi une récente initiative, en juillet 2012, a vu naître un premier festival du film de Préhistoire à Perch-Merle dans le Lot. Cette première édition consistait à projeter une série de films sélectionnés, réalisés depuis 2009. Méconnaissant un peu la production de films consacrés à la Préhistoire, les organisateurs ont semble t il été surpris d’avoir eu trace d’une quarantaine de films sur les 3 dernières années, consacrés à la Préhistoire. La diffusion de ces films est accompagnée (comme aux festivals du film d’Archéologie à Amiens et Bordeaux en France, de Nyon en Suisse etc)  de discussions avec les auteurs et acteurs des découvertes archéologiques, permettant de développer la rencontre cinéma-archéologie (comment représenter une découverte, un lieu, des recherches ? Quelles informations et actuel devenir de tel site archéologique montré dans un film et autres questions plus spécifiquement liées à l’archéologie ? ).

Le festival s’est déroulé sur trois jours, sans tarif d’entrée, et a permis également la mise en place de visites de sites archéologiques du Quercy, voisin du Périgord (très prolifique aussi en sites préhistoriques). Perch Merle dispose d’une grotte ornée de peintures rupestres datant du Magdalénien et c’est ici,  à travers le festival, l’occasion de rendre vivant l’archéologie, ses sites et rendre possible une interaction entre les découvertes et le public, avec les apports des films et des chercheurs présents. D’autant plus que la Préhistoire est souvent condamnée à ses trouvailles spectaculaires pour alimenter les voraces médiatiques de l’objet spectacle et parfois financements conséquents qui peuvent être relancés. De telles manifestations qui se multiplient contribuent, je pense, à maintenir un intérêt des découvertes et une meilleure compréhension de ce qui se fait dans l’archéologie. Ça permet aussi, sans doute, d’éviter les seuls coups spectaculaires et les vulgarisations grand public parfois bien idiotes et contre productives (sauf sur le plan financier – nous pouvons comprendre la tentation étant donné les subventions culturelles pas au mieux tandis que la privatisation de la culture n’est pas une menace fantasmée). Il est question, je pense, de renforcer les liens entre archéologie et public, d’une certaine pédagogie à l’intention de ce dernier, mais aussi d’un regard du public sur les découvertes, les questionnements, les avancées actuelles des recherches… Cette manière de procéder est un apport positif pour créer du liant entre discipline archéologique et la société, et rappeler que sa précarisation, tout comme d’autres domaines culturels, n’est pas une bonne nouvelle. Nous y verrons là une articulation à la société plus intelligente et constructive que la soumission à des effets spectacle qui ne font que reléguer l’archéologie dans la méconnaissance ou l’ignorance (aspect cependant que certains films continuent de reléguer) tandis que la quête de financements et de statuts témoignent, comme ailleurs, de recherches en danger.

L’ensemble des films projetés à cette édition 2012 du premier Festival du film de Préhistoire démontre une diversité des sujets et des approches. Le programme est présenté ICI sur le très bon site Hominidés. Preuve en est les différents prix remis à l’issue du festival, récompensant aspect scientifique, appréciation du public, originalité du regard, appréciation des enfants. Toute cette diversité, ces initiatives de diffusion etc participent à l’éclosion d’un nombre croissant de documentaire d’auteur, cohabitant avec des films plus strictement scientifiques, et pour certains établissent des passerelles et permettent de sortir le cinéma archéologique à la fois du seul monde de l’archéologie… mais aussi, du moins je l’espère, du documentaire spectacle-commercial (sur ce dernier point la télévision a sans doute son impact avec son lot de reconstitutions imaginaires à contre courant des recherches et surtout plus emblématiques de visions fantasmées du passé, illustrant parfois des mythes de notre présent au service de conceptions de l’Autre bien à côté de la plaque).  Les festivals et autres projections publiques favorisent une expression cinématographique qui se diversifie, rejoignant le Documentaire avec un grand D, sans tourner le dos à l’archéologie.

Je conclue donc ce post en mettant dans la mesure du possible un lien video pour chaque film récompensé, en y mettant quelques commentaires pour les films que j’ai vu :

L’Homme de Florès ou le conte des derniers Hobbits de Laurent Orluc

Grand Prix du Jury Présentation du film ICI sur le site de Médiathèque départementale du Nord, annonçant sa diffusion en Novembre à Annoeullin… dans le cadre du film du mois du documentaire 2012 !

 

Les premiers européens d’Axel Clévenot Le Prix de la méditation scientifique

Bande annonce ICI

Un dossier de présentation très complet ICI sur le site d’Hominidés. Je n’ai pas vu le film, mais la présentation fait part d’un usage mesuré de la reconstitution 3D des préhistoriques et animaux. L’auteur y rappelle fort justement la non pertinence des excès en la matière dans le domaine du film archéologique (mais aussi historique pourrait on dire). Le réalisateur prépare un nouveau tournage dans la région PACA, intitulé La route des hommes, soit la Préhistoire en Provence sur un million d’années… (voir ICI)

 

– Le Messager de Lascaux de Bernard Ferié – Prix de l’approche originale

Le film est visible EN ENTIER ICI – Il faut juste disposer de real player…

Et une interview du réalisateur ici :

Cela n’est pas la première fois qu’un documentaire porte sur Lascaux. C’est ainsi que Mario Ruspoli, dont une superbe rétrospective a eu lieu à la dernière édition du Cinéma du réel 2012, passionné de Préhistoire, a tourné dans la célèbre grotte. Plus récemment en 2010, à l’occasion des 70 ans de la découverte de Lascaux, s’est tenu « Filmer Lascaux » en Dordogne, soit une journée de projections des films qui lui ont été consacrés, dont certains très rares (dont celui de Chapman, alors soutenu par le grand Flaherty). Voir ICI le blog qui a été créé pour cet évènement, avec liens vidéos, présentation des films etc.

Le film de Ferié est vraiment intéressant pour son approche de l’écho de la grotte auprès de peintres, philosophe, écrivains… Leurs interventions soulèvent des questions pertinentes, surtout dans le final à propos de l’ouverture ou non de la grotte au public, probablement condamnée à disparaître pour ce qui est des peintures. Est interrogé le rapport du public à un patrimoine archéologique. Le film par ailleurs laisse entretenir l’interrogation qui demeurera sur ces peintures. Les intervenants ont beau laissé aller leur imaginaire, le mystère restera. Jean-Michel Geneste est le seul préhistorien à intervenir, et cadre un peu le caractère scientifique. Mais pour l’essentiel le film développe la réception vis à vis d’un site extraordinaire. Il est à noter également qu’il tourne très peu vis à vis de la grotte et de ses peintures (ou plutôt Lascaux 2 puisque plus personne ne peut filmer dans l’originale). Il en a été de même pour Herzog dans son film consacré à la grotte de Chauvet. Dans les deux cas nous pouvons percevoir une certaine impuissance du cinéma à relayer quelque chose face à une telle découverte, comme si rien ne valait l’expérience sensible sur les lieux. Dans les deux films les témoignages des personnes devant les peintures et le cadre (la grotte) sont privilégiées. Ferié innove cependant par une interrogation suscitée par des personnes situées hors du domaine archéologique, abordant aussi le champ de l’art (un historien de l’art intervient quelques minutes). Il est question donc avant tout ici du regard poétique, de l’art au contact de Lascaux (et des oeuvres rupestres en général ?). Nous regretterons peut être le côté un peu élitiste parfois dans la manière de s’exprimer de certains, surtout Sollers quand il défend l’entrée aux gens qui ne savent pas voir et sentir. Certes, le consumérisme touristique pour un tel site est suicidaire et représente un certain gâchis, mais finalement ça pose la question : qu’est-ce qui est plus à même de prétendre à exercer un droit de regard sur cette découverte en voie de disparition ? Le film est original de par son choix d’approche d’un patrimoine archéologique (notamment par le biais de la poésie) et questionne son articulation à notre société, aux regards, malgré le gouffre de temps immense (et difficilement représentable) qui nous sépare des auteurs des peintures. Pas étonnant qu’il ait gagné ce prix…

 

– Le génie Magdalénien, Grands maîtres de la préhistoire de Philippe Plailly et Pierre-François Gaudry – Prix du Public
Présentation très complète, là-encore, ICI sur le site d’Hominidés.
 – Tadufeu de M.Bellamy, C.Braconnot, F. Delfortrie, J.Jamme et O.Pierre – Prix des enfants
EN ENTIER – Un film d’animation… montrant une fois de plus la diversité des approches, également mise en avant par la sélection des films par les organisateurs du festival.
– Deux mentions spéciales du jury ont été attribuées à
1) Le dernier paysan préhistorien de Sophie Cattoire
2) Les montagnes néolithiques de Rob Hope
Le sujet a été traité dans deux films lors de ce festival. L’un par le couple de chercheurs Pierre et Anne Marie Petrequin eux- mêmes, intitulé Jade. L’autre par ce film récompensé de Hope. Ci-dessous une vidéo mixant des extraits des deux films :
Pour ma part je n’ai vu que le film Jade. Les archéologues Petrequin ont réalisé de nombreux films archéologiques associés à leur recherche (ou alors ils ont été en direction scientifique de leur réalisation). Leurs films sont très scientifiques, très orientés sur la recherche en tant que telle (ainsi un film de 60 mn montrant la fabrication d’un outil en Nouvelle Guinée Occidentale, soit un film objet de recherches avant tout). Avec le temps les deux archéologues ont davantage travaillé le côté documentaire, en y mettant davantage de construction sortant du seul film de recherches. Il est néanmoins fort intéressant de noter que sur le même sujet, ce soit ici le documentaire de Rob Hope qui ait suscité une mention spéciale.
Le sujet en tant que tel est passionnant, même si les conclusions me paraissent très rapides. Le film des Petrequin (en entier ICI) est à mettre en parallèle avec ses films ayant trait à l’ethnoarchéologie du côté de la Nouvelle Guinée. Récemment, en 2000, il a même été fait un usage d’images tournées en 1990, pour un petit film de 15 mn, intitulé Ormu WariLa hache d’échange en Nouvelle Guinée (visible ICI)Nous comprenons alors l’importance accordée à ces recherches dans le cadre des travaux menés en Europe, notamment du point de vue interprétations (du point de vue de la circulation des haches surtout, possible sur très longue distance sans déplacement des populations).
Le film rappelle aussi en introduction que la culture de la hache polie se perd, notamment au contact destructeur de l’occidentalisation auprès des tribues; pour ce qui est de la Nouvelle Guinée occidentale, ne pas oublier que les Papous sont sous emprise Indonésienne dont le gouvernement réprime toute réclamation d’indépendance. Les tribues sont régulièrement soumises à des massacres et autres viols, tandis que l’environnement, comme en Papouasie Nouvelle Guinnée, est menacé par les ravages des industries capitalistes. Plutôt que de développer un nouveau chapitre ici, je renvoie à un documentaire radio diffusé sur France Inter récemment, intitulé Les nouveaux colonisateurs (ICI), dans le cadre de toute une série de reportages consacrés à la Papouasie Nouvelle Guinée depuis quelques temps.
Pour ce qui est des résistances des indigènes de la Nouvelle Guinée (ainsi qu’ailleurs dans le monde) il y a le site Survival (ICI) qui contient des infos régulièrement mises à jour, tout en dénonçant les préjugés et comportements de supériorité affichés par les sociétés « modernes » autorisant les massacres, d’ordre humain, culturel et environnemental. Un mépris de l’Autre qui peut se retrouver aussi parfois dans les représentations qui sont faites de la Préhistoire, témoignant par là d’une méconnaissance certaine de nos ancêtres, tout en insinuant que certains peuples contemporains seraient en « retard » sur nos belles sociétés modernes, tellement humaines et respectueuses de la vie.
Ci-dessous en haut de la photo : crâne D3444, Homo Georgicus (un Homo Erectus), trouvé à Dmanissi ( – 1,8 millions d’années environ). Il avait perdu plusieurs de ses dents depuis un certain nombre d’année, et sa survie a probablement été rendue possible par l’entraide au sein de son groupe. 
Il est temps que je m’arrête, je déborde…
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2 réflexions sur “Festival du Film de Préhistoire de Pech Merl (Juillet 2012)

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