Les Mayas : documentaires (1)

Je n’ai pas échappé aux multiples hystéries, commentaires, vulgarités, blagues et autres fonds de commerce liés à la fameuse « fin du monde » du 21 décembre 2012 (et hop, une articulation de mots qui n’échappera pas à la google recherche très prolifique dans le domaine, hum!). Je n’avais jamais prêté attention aux origines de ce délire très partagé, que ce soit second degré ou, plus inquiétant, premier degré. Le cinéma s’est accroché à la « vogue » et a pondu quelques scénarios, pour le meilleur… et le pire, semble-t-il. Bien entendu tous n’ont pas eu de liens directs avec le délire orchestré ici et là, dans les médias, à la télévision, internet etc. Et nous avons eu par exemple Take shelter de Jeff Nichols dont la multiplicité des lectures et ambiguïtés est très réussie, dans une atmosphère particulièrement oppressante. Bref je m’éloigne déjà du sujet.

Donc, oui, c’est tout à fait par hasard que j’ai découvert la « source » majeure de l’annonce de cette « fin de monde » du 21 décembre 2012, soit en regardant la courte mais excellente vidéo ci-dessous, réalisée par le CNRS. Elle revient sur l’usage aberrant et faussé du calendrier Maya, à la fois pour la date qui reste discutée mais aussi et surtout pour l’interprétation totalement délirante autour de la prédiction d’une fin de monde, reprise parfois par des scientifiques. Instructive quant au calendrier Maya (pas que sur ses aspects de datation), la vidéo situe également, d’emblée, les Mayas actuels et notamment sur ce que recouvre comme langues et peuples cette terminologie « Maya » appliquée par les anthropologues à ces derniers. Un rappel nécessaire aussi quant à l’existence ACTUELLE des Mayas, malgré les massacres orchestrés dont ils ont été victimes et des injustices subies encore actuellement, comme bon nombre de peuples indigènes, dans la foulée des colonisations européennes. L’usage crétin de leur calendrier témoigne notamment de l’ignorance et du mépris vis à vis de ces peuples et de leur culture, dont l' »invisibilité » entretenue me rappelle fortement le titre du superbe documentaire de Richard Desjardins Le peuple invisible (2007).

 

Invisibilité que les Mayas refusent; par exemple il n’est qu’à jeter un oeil ICI sur la dernière manifestation Zapatiste au Mexique à l’occasion du 21 décembre 2012 où la fin de notre monde est annoncée dans le court mais très éloquent communiqué de l’EZLN : « c’est le son de votre monde en train de s’effondrer« , en écho à la marche silencieuse de plusieurs milliers des indigènes du Mexique. Une réplique très en phase avec, entre autres, le vide incarné par le spectacle mené dans nos sociétés à partir de la culture Maya. Il est certain que par exemple le récent génocide des Mayas du Guatemala est  une histoire moins judicieuse et « populaire » que la somme des « informations » alimentées par cette date de fin de monde…

Et ci-dessous, un Maya à propos du calendrier :

 

Toute cette longue introduction m’amène à évoquer les quelques documentaires consacrés à la civilisation Maya que j’ai visionné ces derniers jours. Je recherchais à la fois des documentaires évoquant l’Histoire des Mayas (à partir des fouilles archéologiques etc) mais aussi les liens entre les Mayas actuels et leur Histoire, les résistances des Mayas (car comment évoquer les Mayas sans parler de la colonisation et de ses impacts etc ?), le rôle et la place des Mayas dans les recherches historiques/archéologiques, dans la réappropriation (?) d’un patrimoine… etc. Au départ je décidais surtout de découvrir l’existence (ou non) de films traitant à la fois de l’Histoire des Mayas et de l’Histoire de cette Histoire et ses déclinaisons actuelles (et donc le rôle des Mayas dans leur propre histoire, au-delà des terribles synonymes « disparus », « perdus »… entretenant l’ambiguïté autour de l’existence actuelle des indigènes issus de cette civilisation si fortement commentée et connotée de fascination occidentale).

Ci-dessous je glisse donc les quelques films vus (exceptés deux que je ne prend même pas la peine de mentionner, interrompus au bout de quelques mn de visonnage ! ). Pour chacun j’y joins le synopsis officiel, et j’y ajoute quelques rapides commentaires personnels. J’ai d’autres films listés, que je me réserve pour une autre fois.

1) Martina Balazhoua – Les cités perdues des Mayas (50 mn) – Royaume Uni – 2003

EN ENTIER sur Dailymotion, en 5 parties. 1ère partie : CLIQUER ICI

« Au Guatemala, une équipe d’archéologues part à la recherche des cités perdues mayas et tente de comprendre ce qui a fait disparaître cette civilisation. La sécheresse et la famine ont été souvent invoquées comme causes du départ des populations mayas. Mais la jungle et les ruines de Naachtun, au Guatemala, sur lesquelles les archéologues concentrent leurs efforts, renferment les traces d’une autre explication : une guerre civile que la sécheresse et la famine auraient exacerbée. »

Le parti pris du documentaire est posé dès les premières minutes : pourquoi et comment la civilisation Maya a t elle disparu si abruptement, laissant derrière elle de tels vestiges au milieu des forêts ? Pour y répondre, le film, à l’instar d’explorateurs passés, suit une équipe d’archéologues qui se rend sur trois sites importants des Basses Terres. Toute une imagerie a été développée autour des explorateurs-archéologues, et l’une des plus célèbres est sans doute celle créée par la série de films Indiana Jones. Le film garde l’aspect « enquête » et souligne les aspects mystérieux et aventuriers de l’expédition (randonnées dans la jungle par temps de pluie, histoires frémissantes autour d’un feu…). Pour ce qui est de Naachtun, le temps de marche semble être de 48 heures par mauvais temps, et il faut des experts locaux, soit ici un Maya. Une légère mise en scène donc pour le côté « aventures »/découvertes. Il y aurait pu y avoir un travail visuel plus appuyé sur le côté incroyable de ces cités retrouvées en pleine jungle (surtout Naachtum !) mais c’est essentiellement la voix off qui oriente les impressions (on aura néanmoins ici un serpent, là des grandes végétations à couper, pour illustrer le danger). Le film me semble bien léger, bien qu’intéressant par son sujet, et il vise à mettre en avant UNE hypothèse orientant la fin des cités Mayas des Basses terres : la guerre régulière entre Cités, avérée par quelques stèles et repérage de terrain. La voix off évoque, au détour des découvertes, la fin de  l’illusion d’une société à visage humain, qui s’exprimait par la guerre et le sacrifice (!). Voyons y une bien fragile pertinence, en retard de plus de 40 ans sur les travaux de la russe Tatiana Proskouriakov qui fut la première à remettre en cause la vision de la civilisation Maya exclusivement pacifiste et gouvernée par « des prêtres sages ». Le documentaire en imite sans doute a posteriori l’audace et la force de telles découvertes, surtout qu’il évite ici les nuances. A noter que ce film correspond à la première expédition de l’équipe de Kathryn Reese-Taylor de l’Université de Calgary (Canada) à Naachtun, cité Maya abandonnée en pleine jungle au nord du Guatemala et très difficile d’accès. En 2004 et 2005 des fouilles seront programmées avec cette équipe canadienne. Depuis peu c’est une équipe française qui fouille, de manière plus approfondie, cette cité de Naachum (VOIR ICI) et dont les travaux semblent apporter des nuances au film de 2003. Sur la disparition des cités Mayas, un article du Monde ICI qui revient sur différentes explications actuellement mises en avant, mais les recherches et les débats sur le sujet sont loin d’être clos.  La seule unanimité est la faillite interne aux Mayas… Mais signifie t elle la fin d’un peuple ?  Bien sûr que non, et l’arrivée des Espagnols amorcera la coupure des Mayas avec cette histoire et culture.

 

2) Pierre Combroux, Hideo Nashimoto – Mayas, le monde perdu (Série Peuples du soleil) – 50 mn – 2007 

EN ENTIER, en 3 parties sur dailymotion. 1ère partie : cliquer ICI

« Les Mayas ont réussi l’inconcevable en développant, entre le IIIe et le Xe siècle, une des plus brillantes civilisations de l’histoire de l’humanité. Ils ont créé un monde raffiné, édifié des monuments impressionnants avant de disparaître subitement. Au temps de sa splendeur, au VIIIe siècle, la civilisation Maya s’étendait sur un territoire couvrant la totalité de la péninsule du Yucatan, l’Etat du Chiapas au Mexique, le Bélize, et le Guatemala.Découvrez la formidable histoire des Mayas, de leurs traditions, de leur architecture et de leur ingéniosité. »

Un film inclus dans une série grand public intitulée Peuples du soleil (Mayas, Aztèques, Incas). C’est vraiment du survol, mais enfin il reste plus intéressant que le précédent bien qu’il ne coïncide pas avec une expédition particulière. Ce qui le rend plus « éducatif » pour les novices comme moi, en évitant les raccourcis pseudo audacieux et en apportant des infos larges de première base (tels les constructions de bassins d’eau et les méthodes de récupération/utilisation), au contact de ruines de deux grandes cités des Basses Terres (Tikal et Calakmul), puis la célèbre Chitchen Itza au Mexique (Yucatan). Les apports archéologiques sont ici importants et le film donne ainsi la parole à des archéologues mexicain, français, américain et asiatique, tout en gardant la nuance sur la fin des cités Etats, en employant un mode interrogatoire. Un scientifique glisse une fin du monde annoncée par le calendrier Maya pour le 21 décembre, hum. Là où ce court documentaire est vraiment intéressant est qu’il revient à plusieurs reprises sur les Mayas actuels, qui n’ont pas disparu. D’une part sur les pratiques héritées de leur histoire (la culture sur brûlis notamment), et d’autre part, en conclusion, sur l’investissement des communautés Mayas quant à leurs racines. Une filiation/continuité est évoquée en voix off comme à l’image, sans tomber dans le folklore.

 

3) Graham Townsley – Les chasseurs de trésor : les codes des rois Mayas – 55 mn – USA – 2003

« Pour expliquer la fin de la civilisation maya, survenue au début du XIIIe siècle, les historiens invoquent une succession de catastrophes écologiques. Le passage des conquistadors et des missionnaires occidentaux, qui voulaient détruire ou éliminer tout souvenir de cette période, n’a pas rendu le travail des archéologues facile. Toutefois, il reste encore de beaux sites à découvrir, notamment dans le Sud-Est mexicain. »

EN ENTIER sur dailymotion : cliquer ICI

Série de reportages vraisemblablement consacrée aux explorateurs. Le parti pris ici n’est donc pas tant l’histoire de la civilisation Maya en tant que telle mais plutôt les cheminements d’explorateurs/chercheurs ayant posé des bases de re-découverte de cette histoire. Le reportage est découpé en deux parties : une consacrée à Stephens et Catelwood (années 1830), une autre à Tatiana Proskouriakov (20ème siècle). Le documentaire use des reconstitutions pour illustrer une partie du reportage, ce que je n’apprécie pas en général. Néanmoins, il reste intéressant, notamment pour les changements apportés par les travaux des personnes évoquées ici, et leurs conséquences. Pour le duo Stephens/Catelwood il y a un sacré chamboulement en avant garde : l’intuition que les monuments Mayas portent en eux (les glyphes) l’histoire des Mayas et que les « misérables petits paysans » indiens du 18ème siècle sont issus d’une société qui a bâti ces cités enfouies dans les forêts. Un lien est clairement établi entre les Mayas du 18ème siècle et l’existence de cités antiques exerçant une certaine fascination. Pour Stephens il y a une continuité, loin d’être reconnue alors. La partie consacrée à Proskouriakov, femme qui a émergé dans un monde scientifique exclusivement masculin, bien qu’un peu trop biographique (sa relation intime avec un archéologue par exemple…), est très importante. Elle a totalement remis en cause par ses recherches la vision faussée de la civilisation Maya portée par la sommité incontestable d’alors : Thompson. Tout comme Stephens, elle s’intéresse de très près aux Mayas contemporains et y a l’intuition d’un lien historique. Elle découvre par une méthode de lecture structurelle la signification de quelques glyphes, confortant la vision de Stephens : les glyphes des monuments Mayas racontent la vie d’êtres humains du monde Maya. Elle contribue aussi à découvrir les aspects guerriers présents dans la civilisation Maya, totalement réfutés par Thompson. Le reportage ne va pas outre mesure en réduisant la civilisation Maya à ses aspects guerriers et évite le commentaire leur dénuant l’humanité. Sans rechercher le jugement d’une histoire, le reportage indique les prises de position occidentales d’alors dans leurs visions de la civilisation Maya. C’est en quelque sorte le cheminement des recherches occidentales quant à l’émergence d’une reconnaissance d’une histoire des ancêtres des Mayas actuels. Reste la question de la réappropriation de cette histoire…

 

4) David Lebrun – Le code Maya enfin déchiffré – 2008 – France – 90 mn

« Magnifique et complexe, l’écriture maya est restée indéchiffrable pendant quatre siècles. Le récit en images de «l’une des plus formidables histoires de découverte scientifique du XXe siècle» selon le New York Times. En 1519, l’invasion des Espagnols et la prise de Cozumel par Cortez contraignent les Maya à fuir vers la forêt vierge. Dans les cités abandonnées, les conquistadores découvrent des objets sacrés et utilitaires, mais aussi des milliers de livres rédigés selon un mystérieux alphabet composé de hiéroglyphes. Pour les très chrétiens envahisseurs, il ne peut s’agir là que de l’oeuvre du diable : ils interdisent ces ouvrages et en brûlent un nombre considérable. »

Des quatre films visionnées, c’est incontestablement le plus intéressant ! Il a d’ailleurs été sélectionné au Festival du Film d’Archéologie d’Amiens de 2010, dans la section Archéologie des Mayas et des Aztèques.

Après une rapide introduction, le film débute très bien en abordant les Mayas aujourd’hui au Guatemala, un jour de cérémonie du calendrier Maya (le 8 Batz), en présence des gardiens du jour. Rappel de l’existence de plus de 6 millions de Mayas, avec une trentaine de langues différentes etc. La colonisation n’est pas anecdotique et tient aussi une place très importante dans le film. C’est ainsi que ce début souligne impeccablement que la tradition et l’histoire des Mayas passent par l’écrit, mais que ces derniers ont été coupés des archives par les Espagnols. L’impact des autodafés des livres mayas (il n’en restent que 4 ce jour, sur des centaines, voire des milliers !), l’interdiction des traditions Mayas, de l’écriture Maya (les scribes sont éduqués obligatoirement à l’alphabet latin) sont abordés et ne sont pas une décoration dans la logique de construction du film. Le déchiffrement en tant que tel est tout à fait passionnant, et tient une espèce de mise en abîme des recherches occidentales, bien mises en contexte. J’avoue m’être perdu sur quelques explications et peut être que le documentaire va un peu vite en besogne parfois, mais au moins il ne se perd pas non plus dans un exposé trop pompant. Un très bon équilibre est trouvé, et il me rappelle les apports d’un Thierry Ragobert dans le domaine du film archéologique (voir ICI sur le blog). A la fois instructif et pas coupé des réalités actuelles. La dernière partie du film insiste sur l’héritage Maya, les possibilités de réappropriation de cette découverte du déchiffrement, après les 4 siècles de colonisation et récent génocide au Guatemala (la voix off évoque les « massacres » et « guerre civile »). Des images d’atelier d’apprentissage des glyphes sont prises, des Mayas ont la parole… Comme pour La mémoire perdue de l’ïle de Pâques de Thierry Ragobert, le film ne donne pas aux découvertes un simple objet de fascination mais l’articule au présent. J’encourage vivement à découvrir ce film d’archéologie qui se détache des trois précédents, assurément. Pour approfondir cette question de patrimoine, culture et histoire réappropriés par les indigènes, je renvoie à un long article qui évoque cet aspect au Guatemala, intitulé Mouvement Maya et culture nationale au Guatemala : cliquer ICI. Un autre article (du Monde Diplomatique, 2011) vaut un sérieux détour, c’est à propos des partenariats liés à un patrimoine indigène, à la belle façade mais en fait menant à un certain folklorisme culturel et dégâts locaux (sous couvert de culture), intitulé Comment le capitalisme étouffe les sites touristiques Mayas : cliquer ICI A l’image de ce documentaire, il est question d’une réappropriation des premiers concernés, de leur identité et de leur place dans la société.

Peut être conclure ce par quoi je commençais ce post : l’EZLN et l’annonce de fin d’un monde…

« C’est le son de votre monde en train de s’effondrer,
C’est celui du notre qui resurgit.
Le jour qui fut jour, était nuit,
Et nuit sera le jour qui sera le jour. » (communiqué EZLN)

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3 réflexions sur “Les Mayas : documentaires (1)

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