LES HOBBITS, euh…L’Homme de Florès – Deux documentaires

Et oui, la sortie spectaculaire de Bilbo Hobbit en salles obscures ne doit pas faire oublier que Tolkien n’a pas tout inventé : les Hobbits ont vraiment existé ! Des ossements ont été retrouvés sur l’Ile de Florès en Indonésie, et deux documentaires reviennent sur ces découvertes. Peter Jackson peut renoncer à la trilogie, sa saga est sur le point d’être détrônée, et un sacré déficit s’annonce pour ses producteurs.

Je plaisante bien sûr : les deux documentaires ont déjà été diffusés, et nous sommes loin de l’enthousiasme massif suscité par la sortie du dernier film de Jackson.

Plus sérieusement, dans la foulée du dernier post publié ICI sur le blog, je poursuis mon cycle de visionnages de documentaires archéologiques quant à l’évolution de l’Homme. Un long « post scriptum« , inclus dans la note accompagnant la série documentaire L’aventure des premiers hommes (5 volets), évoque des découvertes récentes et les chamboulements, plus ou moins prononcés, justifiés et/ou remis en cause, de certitudes assez admises dans la majorité du champ scientifique ces dernières décennies. Et que celles-ci nuancent possiblement, au moins, la ligne générale empruntée par L’aventure des premiers hommes. Comme précisé alors, le documentaire archéologique tend à gagner ici en nuançant et en présentant les points de vue scientifiques qui s’affrontent, à partir de données de terrain communes.

Les deux documentaires qui suivent ont ce mérite de mettre en avant une découverte de 2003, taxée d’un côté de mineure et relevant dans ses interprétations de connerie monumentale; de l’autre présentée comme capitale et sans doute l’une des plus importantes pour la paléontologie de ces 50 dernières années ! Et  qui est à l’origine de tout cela ? Les Hobbits bien sûr ! Ces derniers pourraient constituer une remise en cause profonde de certitudes plus ou moins établies quant à l’évolution de l’Homme telle qu’elle est présentée majoritairement à ce jour. Du moins, de sérieux questionnements et de potentielles nouvelles pistes (notamment en Asie) sont à l’ordre du jour. des conséquences qui feraient des Hobbits de Jackson des individus de seconde zone. Bon, j’exagère, il ne s’agit pas d’Hobbits, c’est une appellation voulue qui fait référence à la petite taille de fossiles humains datant d’environ 18 000 ans avant notre ère; et puis si ça peut permettre d’attirer l’attention, hein ! Tant que Peter Jackson ne porte pas plainte pour concurrence déloyale, après tout… Un squelette humain, bien conservé, ne mesure pas plus d’1 mètre de haut. L’équipe scientifique fouillant le secteur a donné l’appellation d’HOMO FLORESIENSIS à ces fossiles humains… Ce qui veut dire, ce qui veut dire… qu’une autre espèce humaine aurait existé il y a encore 20 000 ans, soit contemporaine de l’Homo Sapiens (le beau, le joli, le très Homme moderne – petit rappel : Homme ANATOMIQUEMENT moderne, c’est une appellation scientifique, ne prenons pas la grosse tête). Cela a donné lieu à une polémique très importante (et ça continue ?), car d’autres enjeux sur la compréhension de l’évolution de l’Homme sont engagés par cette appellation.

Je ne vais pas paraphraser le contenu des documentaires, d’autant plus que comme déjà précisé, je ne suis qu’un très modeste amateur dans le domaine, et que je trouve vite mes limites. Néanmoins il y a ici de quoi se passionner aux problèmes soulevés par le cheminement des deux  documentaires. Même procédé que dernièrement : lien du film, synospsis officiel, quelques commentaires et une petite conclusion d’ensemble.

INFO ou INTOX ? Quels problèmes soulèvent ces deux documentaires, au-delà de cette alternative réductrice ?  Allez, je ménage le suspens insoutenable… Passons aux films !

1) Jackie Higgins – L’Homme de Florès  – Royaume Uni – 2005 – 43 mn

« L’Homo floresiensis aurait vécu sur l’île de Florès entre -95 000 et -12 000 ans environ. Il mesure environ 1 m pour 16 à 28 kilogrammes et se tient debout. Sa bipédie est attestée par la position du trou occipital, à la base du crâne, auquel se rattache la colonne vertébrale. Sa caractéristique principale est la petite taille, mais aussi la taille réduite du cerveau. En effet, celui-ci serait encore plus petit que celui de l’australopithèque Lucy. L’Homme de Florès aurait une capacité crânienne de moins de 400 cm3, soit un cerveau de la taille d’un pamplemousse. Homo floresiensis aurait été doté d’un cerveau évolué, présentant un lobe frontal, impliqué dans la résolution de problèmes, et un lobe temporal développé, important dans les mécanismes liés à la mémoire. Homo floresiensis était clairement capable de concevoir des outils. En atteste la présence sur le site archéologique de nombreux outils en silex noir et en roches volcaniques. Ces instruments sont constitués essentiellement de simples éclats, mais comprennent aussi des nucléus avec des traces de coups portés de manière à obtenir des bifaces. Il chassait et maîtrisait aussi l’usage du feu. »

Ce documentaire produit par la BBC a été le premier réalisé semble t il, soit à peine plus d’un an après la découverte. Et cela s’en ressent, à moins que le réalisateur du film ait volontairement adopté, dès le départ de sa conception, cette posture de renversement de situation final (oups, j’espère que vous avez vu le documentaire !) ? Si c’est le cas, bien joué ! Il s’avère que nous avons ici une exposition claire et nette des enjeux du débat, et de ce qui oppose les scientifiques. Cela est très appréciable que de ne pas avoir une vision UNIQUE qui nous vend sa lecture de l’évolution de l’Homme, avec son lot d’effets (ouf pas de reconstitution, ou si peu !), et le film s’applique à poser les questionnements. L’incroyable est que le réalisateur va largement dans le sens d’une découverte mineure, et bien qu’ayant vu le film qui suit avant, je commençais à être convaincu, tel par ces exposés d’industrie lithique, un peu moins présents dans le 2ème qui nous intéresse. Je ne sais si c’est voulu dès le départ, car ce sont surtout des découvertes plus récentes, clôturant le film, qui ont permis de valider la pertinence de l’équipe à l’origine des découvertes. Et c’est là aussi un bien bon compte-rendu, car il ne s’agit pas de conclure de manière unilatérale : des questionnements et rectifications demeurent juste avant le générique; il n’y a pas eu de ponte d’une nouvelle vérité indétrônable. Au contraire, le mystère demeure, et ouvre et appelle à de nouvelles découvertes et investigations de terrain !

 

2) Simon Nasht, Annamaria Talas – Le mystère de l’Homme de Florès – 2008 – 52 mn

« Septembre 2003, île de Florès, en Indonésie. Dans les grottes calcaires de Liang Bua, une équipe dirigée par Mike Morwood découvre les squelettes de sept individus qui s’apparentent en même temps à l’australopithèque et à Homo sapiens. Leur existence peut-elle remettre en cause les certitudes sur l’origine de l’homme, qui serait apparu en Afrique ? L’hypothèse soulève une violente polémique. Pendant plus de huit cent mille ans, les « hobbits » ont vécu sur l’île de Florès. Faut-il voir en eux les premiers hommes ? L’étude détaillée de leur squelette a révélé que leurs origines remontent aux australopithèques. Or, à l’aube de l’agriculture, ils partageaient toujours la planète avec nous. Pour la première fois, ils accréditent ainsi l’hypothèse que d’autres espèces d’hominidés ont pu être la norme sur terre, et non l’exception. »

J’avais vu celui-ci avant le précédent. Réalisé en 2008, le film affirme plus ouvertement la pertinence de l’équipe scientifique quant à l’appellation Homo Floresiensis. Sans doute est-ce lié à des confirmations de terrain, ou plutôt des éléments supplémentaires permettant l’hypothèse plus sérieuse d’une nouvelle espèce d’hominidé. Le documentaire a par ailleurs été sélectionné au Festival du Film d’Archéologie d’Amiens de 2010, ce qui implique toute l’importance accordée au sujet à l’hypothèse présentée et débattue (sachant que nous ne pouvons pas trop soupçonner le Festival d’Amiens, comme d’autres festivals dans le domaine, de favoriser le docu-spectacle au détriment su scientifique). Et du débat il y en a encore ici : comme le premier documentaire, les arguments opposés sont rappelés. Sauf qu’ici l’hypothèse d’une nouvelle espèce y a davantage de place, tandis que ses origines semblent trouver d’autres pistes que celle présentée comme la plus vraisemblable dans L’Homme de Florensiensis (de jackie Higgins).

Les deux documentaires ont donc cette double qualité d’aborder, d’une part, un débat scientifique à propos d’une découverte potentiellement renversante de connaissances actuelles de l’évolution de l’Homme; d’autre part de questionner la confrontation scientifique en tant que telle. En effet, nous voyons que les arguments, à partir de mêmes fossiles, peuvent s’affronter selon des points de vue divergents. L’apport de plusieurs disciplines, là aussi, est capital : il ne s’agit pas que de fossiles (même s’ils sont très précieux !) mais aussi d’outils en pierre, de géographie, d’articulation avec les autres découvertes dans le monde, l’ethno archéologie etc. Il s’agit bien de champs scientifiques très remuants, et rien n’est figé. C’est en cela que la conclusion du premier documentaire est réussie : la nuance (sans doute liée à l’incertitude d’alors, dans le cadre d’une véritable polémique) est de mise continuellement, et une fois une hypothèse avancée plus sérieusement, d’autres questions surgissent.

Deux documentaires sur un même sujet (tellement le cas que parfois des passages se recoupent), mais un peu différents dans l’appui d’une hypothèse. Si dans quelques années on regardait ces documentaires, lequel des deux resterait moins anecdotique ? Quelque chose me dit que le 1er, pourtant moins au point au niveau des avancées scientifiques (déjà presque mal vieilli ?), a le mérite de poser l’historique d’une confrontation, et comment la polémique s’est exprimée. On y sent plus le « danger » que représente des découvertes qui chamboulent toute une lecture de l’évolution. Cela m’attire pas tant parce que l’humble amateur que je suis pencherait plus pour l’une ou l’autre de ces hypothèses à priori, mais plutôt parce que rien n’est acquis, et que finalement l’archéologie est davantage une suite de questionnements qu’une réponse établie ad eternam, qu’on emmagasinerait ensuite en vitrine. Aussi scientifique soit la discipline, il y reste énormément de mystères, que sans doute la Préhistoire ne « résoudra » qu’en partie. Euh il y a quand même des certitudes sur certains points hein; par exemple nous pouvons dire avec aisance que l’Homo Florensiensis n’a pas rencontré d’Elfes !

D’ailleurs, pour ce qui est de l’Homo Florensiensis, des découvertes plus récentes donnent de plus en plus d’importance à la découverte de ces fossiles; je renvoie ICI à la page d’Hominidés qui résume un peu sur ces dernières années. Sans doute que la toile permet de lire de nombreuses documentations, au moins résumant les découvertes actuelles.

Un documentaire, le troisième au moins, a été consacré à l’Homme de Florès en 2011, et sans doute enrichi d’une nouvelle approche… : L’Homme de Florès, ou le conte des derniers hobbits, de Laurent Orluc. Réalisé en 2011, il a été diffusé au Festival du Film d’Archéologie d’Amiens de 2012, et également dans le cadre du Mois du Doc (ici par exemple), comme quoi on quitte aussi la seule sphère du monde archéologique et/ou de la télévision avec un tel procédé de diffusion du documentaire. En voici le synopsis, sur lequel je conclue ce post (la prochaine fois, la rubrique Cinéma archéologique du blog abordera l’Homme de Néanderthal… ou peut être avant une autre découverte récente, qui chamboule pas mal également. Petit indice : c’est en Asie !) :

« Mars 2008. La célèbre revue ‘Science’ publie un article qui confirme que les ossements humains découverts en 2004 sur l’île de Florès en Indonésie sont bien ceux d’une nouvelle espèce d’homme. Ces hommes, tout petits, vivaient là-bas il y a à peine quelques milliers d’années… Les scientifiques ont baptisé ce nouveau cousin « Homo floresiensis », l’Homme de Flores.
Un nouveau cousin proche des « hobbits » de nos légendes…Découvrir une autre espèce d’hommes est un évènement en soi.
Savoir grâce aux paléontologues qu’à l’âge adulte ces êtres faisaient à peine la taille d’un enfant d’aujourd’hui, ou d’un « hobbit », a de quoi surprendre…
Apprendre grâce aux géologues que ces petits êtres auraient vécu il y a à peine quelques milliers d’années, auraient peut-être croisé l’Homo sapiens que nous sommes, continue de piquer la curiosité…
Ajouter encore, preuves scientifiques à l’appui, que ces petits hommes vivaient sur une île peuplée d’éléphants nains et de dragons géants, nous plonge dans un univers fortement onirique…
Entendre enfin sur place les anciens raconter des histoires, des légendes où apparaissent de petits hommes couverts de poils, nous impose comme une évidence de faire le rapprochement entre ces contes et la découverte scientifique… et achève de brouiller nos repères pour nous transporter dans un monde fantastique, et pourtant bien réel…
C’est cette histoire, à la croisée des sciences et des légendes, que se propose de raconter ce film, ou plutôt « conter »… Sauf qu’ici tout est vrai, étayé par les dernières découvertes des scientifiques. » 

 

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions sur “LES HOBBITS, euh…L’Homme de Florès – Deux documentaires

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