Origines de l’humanité (bipédie et langage) – trois documentaires

Le cycle de visionnage de cette fin 2012 se poursuit. Récemment, il a été question sur le blog, à travers plusieurs documentaires/reportages archéologiques-scientifiques, des théories de l’évolution de l’Homme, des « hobbits « de l’île de Florès (Homo Floresiensis), de l’Homme de Neandertal, des apports de la génétique dans les avancées des recherches… Tout cela est bien complexe, et j’évoquais alors le rôle des documentaires archéologiques : pédagogie et relais des découvertes certes, mais pas seulement, au profit d’une diversité des approches. Même si le traitement caricatural/spectaculaire, les formules sans nuances ou encore le caractère purement informatif (journalistique) restent une tendance importante.

Nous ne quittons toujours pas le cycle consacré aux origines de l’Homme, mais cette fois-ci il s’agit de documentaires relayant d’autres approches, nous ramenant davantage aux sources. L’Homme, c’est bien connu, est un primate et  « nous venons du singe », mais attention pas des singes actuels. En effet, nous avons connu par le passé, à un moment de notre histoire, une séparation d’avec nos cousins les grands singes dont nous partageons un même ancêtre commun. Qu’est-ce qui fait l’Homme et comment ses ancêtres se sont distingués des autres primates ? Un petit tour du côté des ancêtres en Afrique qui révèle encore régulièrement des surprises fossiles (Toumai par exemple), puis des chimpanzés et bonobos. 

Avant de passer aux films, un petit graphique sur le site Hominidés ICI.

 

1) Graham Townsley – Aux origines de l’Humanité – Première partie : les premiers pas – 53 mn – 2009 

« Il y a plusieurs millions d’années, un évènement capital a eu lieu dans les plaines d’Afrique : des grands singes quadrupèdes se sont redressés et ont marché sur leurs seules pattes arrière. Ce changement de posture a petit à petit entraîné une évolution de leur cerveau et, au fil du temps, ces singes sont devenus des hommes. Les scientifiques savaient que la chose s’était produite, mais ils ignoraient quand et pourquoi. Cet épisode revient sur la découverte en Ethiopie, en 2000, du fossile de Selam, une petite fille morte à un âge estimé à 3 ans, et qui aurait vécu il y a environ 3,3 millions d’années. »

Le documentaire a un aspect instructif et permet de revenir sur des découvertes récentes sur le continent Africain. Même si le traitement choisi, comme d’autres documentaires vus dernièrement, a le problème de ne pas afficher les contradictions/débats qui existent (ici sur les origines de la bipédie), et en privilégiant une hypothèse sur les autres il peut mal vieillir. Le genre de documentaire, en quelque sorte, qui se consomme quelques années, avant de céder la place à des produits audiovisuels mieux à jour. Heureusement, sa qualité est aussi de souligner l’importance des découvertes en Afrique et des questionnements qu’elles permettent de résoudre en partie… tout en laissant place à d’autres questionnements éh éh. L’hypothèse ici largement avancée a été contredite par un autre documentaire, plus ancien, évoqué dans le post inaugurant l’actuel cycle de visionnage : Homo sapiens, une nouvelle histoire de l’homme de Thomas Johnson (2005). Nous avons de la chance car en combinant ces différents documentaires, intervient une idée générale des différents facteurs de l’évolution de l’homme, et notamment de sa bipédie. Sans avoir de réponses, nous suivons un peu les débats scientifiques actuels et les différentes pistes élaborées à partir de plusieurs critères.

 

2) Martin Gorst – Homme VS Singe – 2007 – 48 mn

« Qu’est-ce qui nous sépare des grands singes? Qu’est-ce qui nous a fait évolué et pas nos cousins? Nous ne sommes pas toujours les meilleurs, par exemple les singes ont une bien meilleure mémoire instantannée, mais nous bénéficions d’atouts maîtres : une apréhension des lois physiques bien supérieure, un langage plus évolué et un instinct de collaboration. Finalement, le reliquat d’ADN nous différenciant semble primordial. »

Malgré un titre horrible (comment ne pas penser à l’extermination progressive des grands singes ?!) et des images donnant à voir des singes étudiés et incarcérés par le monde scientifique, le document se propose d’envisager les origines de l’hominisation à travers une question : qu’est-ce qui différencie l’Homme du Singe, pour en être arrivés à notre évolution actuelle ? Un exposé assez captivant donc, qui nous rend compte aussi de l’intelligence des singes. Dommage qu’il n’y ait rien sur leur vie en milieu sauvage.

Par ailleurs des méconnaissances/raccourcis se déclinent à propos des hominidés HOMO : il est dit par exemple qu’un gène considéré comme celui du langage est absent du Neandertal, ce qu’a vraisemblablement démenti la génétique de ces dernières années (voir le documentaire Neandertal Code par exemple). Dans un autre documentaire le Neandertal était perçu de manière assez schématique également, dont la cause de disparition serait une absence de langage et un réseau social bien moins évolué que l’Homme (soit les mêmes arguments que pour différencier ici l’Homme du grand singe); des « explications » schématiques font souvent représenter l’homme de Neandertal comme un hominidé caractérisé par son adaptation au froid et expert e chasse très physique (le fameux mamouth) : or il a vécu aussi en climats tempérés et aurait peut être eu des comportements rituels vis à vis des morts…

La conclusion du documentaire m’a irrité : les réponses apportées aux différenciations (langage complexe et coopération renforcée chez l’Homme), peut être schématiques en soi, vont dans le sens d’une explication logique de la disparition progressive du grand singe… Certes on peut imaginer que la différenciation de l ‘homme n’est pas ici « applaudie » en terme de destruction, mais c’est tout de même assez dingue que ne soit mentionnée que la supériorité de l’homme comme gage de « réussite » et la stupidité du singe comme facteur de disparition, sans évoquer, entre autres, l’abominable déforestation à l’origine de leur extermination ! Ca tombe bien car la prochaine étape sur le blog : quelques documentaires sur nos cousins les singes, dont certains approchent directement cette extermination en cours tandis que d’autres les donnent à voir en milieu sauvage. Nous reviendrons sur les singes d’une manière un peu plus innovante et constructive que ce documentaire qui, il est vrai, se positionne d’emblée comme un film sur l’hominisation et pas sur les singes. Mais comment comprendre notre histoire… sans comprendre les singes dont nous partageons des ancêtres communs et, pire, que nous éradiquons de la planète (comme tant d’autres espèces, tel que le loup pour n’en citer qu’une, soit le mammifère de l’hémisphère nord le plus important il y a encore quelques siècles) ?

 

3) Bernard Favre – Les origines du langage – 2008 – 52 mn

« Longtemps, les scientifiques ont pensé que parole et langage, autrement dit cerveau et larynx, étaient indissociablement liés. Selon cette hypothèse, le langage articulé était apparu il y a environ 100 000 ans avec Sapiens. Or, au début des années 1990, ce postulat a été balayé par une nouvelle découverte : celle d’un larynx ayant appartenu à un néandertalien, hominidé apparu il y a 250 000 ans. L’homme de Neandertal aurait donc parlé avant Sapiens ! Comment est né le langage ? À quelle date ? D’Israël aux États-Unis en passant par le Canada, la France et l’Allemagne, ce film met en parallèle les connaissances de paléontologues, d’anthropologues, de généticiens, de linguistes et de chercheurs en intelligence artificielle pour évoquer les hypothèses les plus en pointe, avec le recours de l’animation. »

Je conclue ce post avec ce documentaire très intéressant, qui plus est dans la foulée donc des objections données au précédent Homme VS Singe. Découvertes récentes sur l’apparition du langage (développé) chez l’Homme, avec la contribution de plusieurs disciplines. Diffusé aux éditions 2010 des Festival du Film d’Archéologie d’Amiens et de Bidasoa (Espagne) , coproduit par la télévision, nous avons là un documentaire de qualité, à défaut d’être original dans le traitement formel (mis à part une animation ludique, meilleure que les prétentions réalistes et manipulatrices du docu-fiction), au service d’un sujet passionnant !  La diversité des intervenants est un des points forts et nous y retrouvons par exemple un certain… Noam Chomsky, que je ne m’attendais pas croiser ici.

 

 

 

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