Natasha Dudinski – Les fouilles de la discorde (2008)

EN ENTIER – Israël – 24 mn

A l’occasion du cycle de visionnage de documentaires/reportages archéologiques consacré aux origines et évolution de l’Homme, j’insistais régulièrement sur l’importance de la diversité des approches et des thématiques, au-delà des sentiers battus du formatage télévisuel et/ou soporifique et cadenassé du film scientifique. Dans ce contexte, une fois de plus, les festivals de films d’archéologie sont d’un apport très important pour favoriser et diffuser une telle éclosion de diversité. En témoignent, par exemple, les thématiques de projection du Festival du Film d’Archéologie d’Amiens de 2010 : « L’homme du néolithique », « Voyage à travers les civilisation », « évolution et adaptation de l’homme préhistorique », « ces artistes de la Préhistoire », « archéologie des Mayas et des Aztèques »… soit de nombreuses périodes et lieux du monde concernés. Et une autre thématique révèle également une certaine mise en abîme de l’archéologie, intitulée : « Entre instrumentalisation de l’archéologie et pillage ». C’est dans cette séance que Les fouilles de la discorde a été projeté. Le film obtient du jury la mention spéciale « l’archéologue dans la cité » lors de cette édition 2010 du festival d’Amiens.

Réalisé par la cinéaste et journaliste indépendante d’origine tchèque Natasha Dudinski, le documentaire a été commandité par l’association d’archéologie israélienne Emeq Shaveh, dont Raphael Greenberg est le fondateur. Un petit film qui revient sur la colonisation de Jérusalem Est, plus précisément du quartier de Silwan, à travers l’instrumentalisation de l’archéologie par les colons et l’association sioniste Elad : à la fois du point de vue idéologique et pragmatique. Une manière aussi de nous donner à voir l’hystérie sioniste à l’origine de l’expulsion des Palestiniens de leurs maisons et de leurs terres :

 

Le documentaire est clair en lui-même pour ce qui relève de la colonisation « archéologique ». D’une part il décortique le comment de la colonisation et un de ses aspects idéologiques dont la finalité est bel et bien la dépossession généralisée des Palestiniens, ô combien déjà bien avancée depuis des décennies; d’autre part il questionne largement l’archéologie et son articulation à la société. Non seulement l’instrumentalisation ici est flagrante, mais en plus il y a un questionnement qui va au-delà : l’archéologie peut-elle s’exercer contre la vie présente, au nom d’un passé fouillé ? Le cercle vicieux est terrible : l’idéologie sioniste  justifie de fouiller et s’approprier une zone, et la fouille (la cité mise à jour) justifie l’idéologie  Il est évident qu’ici l’éthique n’existe pas, et que cette archéologie vouée à jeter dehors des familles n’en est pas une. Son fonctionnement à huis clos et la mainmise exclusive sur le site, sans transparence des fouilles, avec des découvertes fermées au public, sont aussi des indicateurs d’une opération idéologique et de conquête d’un territoire (ce que le documentaire aborde très bien). Ce qui est flagrant ici, l’est peut être moins ailleurs : comment articuler, à travers l’archéologie, passé et présent ?

Pour des infos-réflexions complémentaires, il y a tout d’abord, en anglais, ce site de l’association de Tel Aviv « Emek shaveh, l’archéologie dans l’ombre du conflit » ICI. Un article a d’ailleurs relayé leurs oppositions à Elad et la colonisation de Silwan, appuyée par l’université de Tel Aviv, et face à une situation qui s’aggrave pour les Palestiniens de Jérusalem, ICI sur le site internet d’Info Palestine :  » « C’est une politisation claire des recherches » a déclaré le professeur archéologue Rafael Greenberg de l’université de Tel Aviv à Ha’aretz. « Pour tous ceux qui connaissent la situation sur le terrain, il est clair que chaque fouille est annexée à l’association, conduite sous son contrôle, séparée du village où la Cité de David est située, et que, essentiellement, elle s’intègre dans le projet colonialiste de l’Elad. » « . Un article sur la situation à Silwan a également été publié en novembre 2012 ICI sur le site du magazine Tant qu’il y aura des olives et du thym.

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Une réflexion sur “Natasha Dudinski – Les fouilles de la discorde (2008)

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