Cheikh Anta Diop, le plus grand savant du 20ème siècle (montage audio)

EN ENTIER – Cheikh Anta Diop, le plus grand savant du 20 ème siècle – 107 mn

« Propos de Cheikh Anta Diop, éminence en terme de culture, histoire et Panafricanisme au Sénégal et partout en Afrique Francophone. »

 

Lors d’un récent cycle de visionnage consacré aux recherches archéologiques, anthropologiques etc quant aux origines de l’humanité et son évolution, il avait été question à un moment donné du scientifique Sénégalais Cheik Anta Diop, en écho aux dérives et attitudes d’une certaine science, tels les propos de l’africaniste Bernard Lugan, relayés par le site internet Egalité et réconciliation.

L’occasion ici de revenir plus précisément sur ce grand savant africain qui a considérablement modifié le paysage scientifique par ses recherches, tandis qu’un net panafricanisme s’y est développé. Il s’agit d’un montage audio (illustré de références bibliographiques etc) particulièrement frappant, constitué d’interventions d’Anta Diop.

Voici un petit plan du montage audio, pour mieux s’y retrouver et éventuellement revenir sur certains passages plus aisément (soit une forme de chapitrage) :

 

1) Introduction et premières recherches (0′ -> 5′) :

Citations fortes présentant son travail et notamment la question d’une Histoire africaine et d’un patrimoine, non figés dans le temps, d’une unité culturelle africaine. « Souvent la gauche [occidentale] est plus minable que la droite. On vous accorde l’égalité abstraite mais l’idée que les nègres aient pu connaître une promotion historique dans le passé leur est réfractaire ». Présentation de sa thèse d’Etat. Le fil conducteur est cette émergence d’une Histoire africaine à connaître, à partir des recherches scientifiques. Une sévérité scientifique que Diop a toujours défendu, d’où le peu de prise contestataire vis à vis de ses recherches sur le plan scientifique (au mieux il y a des nuances scientifiques, mais aucune remise en cause scientifique fondamentale !). Les oppositions se font davantage par le prisme eurocentriste et raciste (ainsi des africanistes par exemple…).

 

2) Origines de l’Humanité (5′ -> 10′)

Retour sur les origines de l’Homme dans le berceau Africain, la pigmentation de la peau liée aux ultra violets etc. Sur ces origines, incontestables, des nuances scientifiques sont de mise de nos jours. Cette intervention date des années 70 et depuis il y a eu des découvertes (engendrant des retours de théorie, des nuances etc où les interprétations idéologiques vont parfois bon train, quitte à instrumentaliser le champ scientifique). Notamment sur la colonisation par l’Homo Sapiens du reste du monde, vraisemblablement très complexe.

 

3) Peuplement de l’Egypte Ancienne (10′ -> 25′)

L’Egypte noire (des pharaons, une population noirs…). Nous sommes là dans un des champs essentiels des recherches d’Anta Diop, qui a eu affronter la communauté scientifique là-dessus, notamment toute une génération d’égyptologues et africanistes. Les méthodes sont proches de celles qui ont permis de dégager, par exemple, le groupe Indo-européen à travers la désignation d’origine commune de langage. Par ailleurs étude de la peau des momies, de la Bible, textes grecs (Hérodote, Eschyle…)… Il ne s’agit pas de désigner une couleur de peau, mais bel et bien de dégager un apport de l’Afrique Noire à l’émergence de la civilisation Egyptienne. Cela a fait scandale (et continue…), même si des nuances sont à apporter semble-t-il. Je me suis remémoré un documentaire consacré aux Mayas (voir ICI sur le blog), où l’explorateur avant gardiste Stephens flaire que les peuples indigènes qui lui sont contemporains au 18ème siècle (ces « misérables petits paysans« ) sont issus d’un peuple qui est à l’origine de l’établissement des cités perdues, dont il subsiste des monuments impressionnants au coeur de la jungle. C’est la scientifique russe Tatiana Proskouriakov qui reprend l’intuition de Stephens et perçoit un lien historique entre Mayas du 20 ème siècle et cités perdues, celles-ci génèrant alors encore beaucoup de fantasmes et d’exotisme. Elle se distingue des autres scientifiques, et quelque part on pourrait établir des parallèles entre mayanistes et africanistes qui excluent l’indigène de son Histoire. Je rappelle que le dernier documentaire abordé dans le post consacré aux Mayas aborde l’impact des recherches pour les peuples Mayas actuels (notamment au Guatemela) qui retrouvent une Histoire, une certaine unité et engage une dynamique de réappropriation de l’espace public, social et politique au Guatemala (du moins, tentatives), après des décennies de massacre, dont le dernier génocide remonte à peu.

Diop précise ici qu’il n’a pas cherché, initialement, à prouver l’origine africaine de l’Egypte Ancienne : c’est par ses recherches qu’il est tombé sur cette hypothèse. De quoi renverser les attaques idéologiques vis à vis de son travail qui ramène son panafricanisme à l’origine de recherches tronquées en Egypte. Son panafricanisme a au contraire été nécessaire pour passer outre l’idéologie coloniale/néocoloniale qui contamine le champ scientifique, et faire accepter la portée scientifique de ses travaux, aux méthodes irréprochables et validées. Le panafricanisme de Diop a permis d’avancer considérablement sur nos connaissances de l’Egypte Ancienne, et au-delà, de forger des bases historiques à l’Histoire Africaine, souvent réduite à un néant historique, catégorisée comme figée, comme si le sujet historique Africain n’existait pas. Une ouverture considérable dans le champ scientifique et historique, au contraire de l’africanisme dont les présupposés et préjugés ont massacré toute une histoire, transmise de génération en génération. Diop n’hésite pas à parler de « CRIME ».

 

4) Apports de l’Egypte à la Grèce Antique (25′ -> 29′)

Retour sur le rayonnement scientifique Égyptien  notamment à Alexandrie, où ont été instruits Pythagore et Thalès. Des images d’outils africains, imprégnés de règle mathématique,  illustrent les propos. Tout cela mène… à des racines Africaines de la civilisation Européenne… Imaginons le scandale alors !

 

5) Falsification de l’Histoire (29′ -> 34′)

Là encore des formules excellentes. Anta Diop s’exprime, au-delà de l’implication scientifique de ses travaux, avec une verve réjouissante (nous verrons plus loin que le public rit parfois lors de ses interventions publiques, assez sarcastiques). D’où l’intérêt aussi d’écouter ce formidable montage sonore. « C’était pas possible de le dire à l’époque. L’occident qui se charge d’une mission civilisatrice en Afrique, découvre en fouillant dans le passé que c’est précisément cette Afrique noire, aujourd’hui son esclave, apparemment en régression, qui lui a donné tous les éléments de la civilisation« . Il entre dans les détails, et j’invite donc à écouter (notamment pour toute un passage consacré au langage et aux origines sémitiques ou non de l’écriture Égyptienne – Champollion n’était pas très éloigné d’Anta Diop !). Il désigne bel et bien un « véritable crime contre l’humanité« . Les notions d’Histoire, de transmission du savoir, de connaissances scientifiques etc sont abordées avec beaucoup de force et de conviction. Je vais ici établir un parallèle qui me semble primordial : le film d’Alain Resnais et Chris Marker Les statues meurent aussi. Ou quand un art, par exemple, est classifié dans l’ethnographie (exposé au Musée de l’Homme !), et non dans un musée artistique… L’art ne saurait il être noir ?! Un bon petit dossier ICI, à propos d’un film censuré pendant 8 ans. Tout comme l’Africain n’a pas de place dans l’Histoire et ne saurait être historique, son Art ne serait pas un art mais une curiosité ethnographique.

Petit intermède filmique :

 

6) Colloque du Caire (34′ -> 45′) :

C’est un évènement considérable que ce colloque de 1974. Convoqué par Anta Diop et Théophile Obenga (ce dernier est encore en activité), il s’agissait de réunir les grands égyptologues mondiaux (de France, de Scandinavie, des USA… et donc ces deux d’Afrique) pour trancher de l’origine africaine ou non del’Egypte. Ce « combat à armes courtoises » aboutit à cette reconnaissance SCIENTIFIQUE, bien qu’encore une fois des nuances sont à apporter (déjà dans le rapport de l’époque mais aussi par les découvertes plus récentes). Vercoutter, grand égyptologue reconnu mondialement, notamment contributeur essentiel au grand département d’Egyptologie de l’université de Lille 3 en France, déclare alors lors de ce colloque que « L’Egypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser« . J’en reviens à ce que je précisais en début de post : ce n’est pas la couleur de peau qui est si importante dans la recherche de Diop, c’est plutôt cette dimension historique et culturelle africaine en tant qu’unité et patrimoine commun à l’Afrique Noire. Les piètres adversaires, derrière l’apparence « scientifique », ont dès lors des difficultés à ne pas exprimer une haine du nègre, qui ne saurait être acteur de son histoire, et contributeur aux racines mêmes de la civilisation occidentale. Le Noir n’est pas réducteur à sa couleur de peau et à un produit ethnographique qu’on étudie comme on le ferait pour un animal proche. Les travaux de Diop sont en ce sens un grand apport pour le panafricanisme face au colonialisme. Non seulement celui-ci a forgé pour Diop une orientation scientifique infaillible devant les présupposés occidentaux, mais en plus a été renforcé par ses recherches, encore une fois, SCIENTIFIQUES. Diop « Il faut être sévère avec soi-même, ne pas s’attarder aux motifs des autres« . Cette formule est géniale car dans le même temps elle dénote le caractère peu scientifique des adversaires qui travaillent d’abord contre la portée panafricaine des travaux, sans affronter le caractère scientifique de terrain (ou alors que quand des données sommaires les arrangent). Anta Diop rappelle aussi l’importance des avancées archéologiques, des « informations dans la terre ». L’archéologie Africaine, et en Afrique, doit se développer, faire avancer les connaissances. Je case ici deux intermèdes filmiques :

– tout d’abord un documentaire sur les découvertes de l’archéologue suisse Charles Bonnet en Egypte : Stéphane Goël – Sur les traces des pharaons noirs – 53 mn – 2005

EN ENTIER EN 3 PARTIES, VISIBLE SUR DAILYMOTION

Le documentaire élude la présence africaine dans d’autres périodes chronologiques de l’Egypte Ancienne, mais il vaut le coup d’oeil. En voici un synopsis : « Depuis quarante ans, l’archéologue suisse Charles Bonnet fouille le Nord du Soudan. Ancien vigneron passionné d’archéologie, chercheur atypique, il s’intéresse à l’Afrique où il arrive dans les années soixante. Ce film nous permet de le suivre sur le terrain, lui et son équipe composée de dix membres : parmi eux, Matthieu Honegger, préhistorien, qui a découvert Kerma, la plus ancienne nécropole de la vallée du Nil ; et Louis Chaix, zoologue, qui étudie les squelettes d’animaux trouvés sur le site. Les travaux de Charles Bonnet et de la mission archéologique de l’Université de Genève révèlent l’importance de la civilisation nubienne et l’existence du premier grand royaume africain. En janvier 2003, l’équipe exhume sept statues monumentales de pharaons noirs en remarquable état de conservation. Cette découverte majeure montre la puissance et la richesse de cette ville : Kerma fut probablement la capitale d’un vaste empire nubien qui, pendant mille ans, sut préserver son indépendance face à son voisin égyptien, garder une identité propre. Si les Nubiens furent influencés puis conquis par les Egyptiens, ils envahirent à leur tour l’Egypte et, de 650 à 750 av. J.C., et les pharaons noirs régneront sur celle-ci. La dynastie nubienne s’effritera sous la domination des Assyriens. Dès lors, les Egyptiens feront disparaître les traces de ces pharaons noirs. Dans ce film, de forme classique, où alternent voix-off, témoignages des archéologues, images d’archives et de synthèse, Charles Bonnet, personnage éminemment sympathique, simple, modeste, clair dans ses propos, communique sa passion. La découverte de Kerma permet au peuple soudanais de renouer avec un passé ancien. Visionnaire, Charles Bonnet pense que les fouilles doivent être poursuivies vers le Sud afin de faire surgir les pans d’une véritable Histoire africaine. »

– Philippe AYME – Brigitte Senut, la dame aux fossiles – 2012 – 52 mn

Synopsis officiel : « Parfois perçue comme « hérétique » dans son combat contre les idées reçues, Brigitte Senut, professeure de paléontologie au Muséum d’Histoire Naturelle et chercheuse passionnée, a fait de la transmission des connaissances son cheval de bataille. Questionnant la place de la femme dans la recherche et celle de la science dans nos sociétés, ce film nous fait aussi découvrir le rift kenyan, terre d’Orrorin et de la communauté Tugen qui a su, au fil des missions de Brigitte et de son équipe, s’approprier une science et un patrimoine. »

Récompensé dans des festivals (notamment Prix du nouveau talent au Festival de Film et Science d’Amsterdam 2012), ce documentaire m’intrigue beaucoup et je n’ai malheureusement pas encore pu le voir. La bande annonce ci dessous aborde la dimension d’appropriation de la science et d’un patrimoine culturel par les Africains (les médias ont l’air d’insister surtout sur la dimension de la place de la femme dans la science, ce qui est une bonne chose, mais délaisse j’ai l’impression cet aspect d’appropriation africaine, pourtant bien mis en valeur dans la bande annonce) :

 

7) Le devenir des sciences humaines en Afrique (45′ -> 50′)

Un très bon retour sur les procédés d’intention des adversaires, avec notamment l’usage (encore en vogue) du terme « Afrocentrisme« . Diop : « Connaître le patrimoine culturel de l’Afrique pour que les Africains puissent bâtir un corps de sciences humaines » où il ne faut pas se couper de son référentiel culturel.

 

8) Colloque du Caire (50′ -> 81′)

Extraits du colloque proprement dit, avec un passage linguistique tout à fait intéressant. Une manière de mesurer la déclinaison scientifique des travaux d’Anta Diop.

 

9) Conférence à Niamey de 1984 (81 -> 87′)

Retour en force sur la colonisation blanche de l’histoire, culture et science en Afrique. Diop aborde clairement l’ « aliénation culturelle » de l’Africain, dont il faut se libérer. La conférence est accessible en entier ci-dessous :

 

10) Conférence au centre George Pompidou à Paris en 1985 (87′ -> FIN)

Origines africaines de l’Humanité, soit négroïdes. Nous avons pu voir lors du cycle de visionnage consacré à l’évolution de l’Homme à quel point cette histoire est controversée scientifiquement (et de manière extra scientifique !) et remuée de multiples découvertes passionnantes. Des nuances et de nouvelles découvertes sont nécessaires. De bons documentaires archéologiques trouvent un certain équilibre à cet égard, tout en abordant parfois la genèse des théories scientifiques et ses à-côtés dans la société et ses contextes.

Un petit boulet de canon que cette vidéo, bien structurée, et très instructive à pleins d’égards : l’histoire africaine, le panafricanisme, les sciences etc. Pour approfondir un peu, deux vidéos (que je n’ai pas vu entièrement ceci dit…) :

 

– Conférence-débats au Centre National de Presse Norbert Zongo, Ouagadougou, Burkina Faso : Cheikh Anta Diop et les crises africaines – 140 mn (2011)

« Les crises de sous-développement sont monnaie courante en Afrique depuis 1960. En 50 ans près de 104 crises ont jalonné le continent Africain. Et ces crises ont été causes d’exode de populations, de pauvreté etc. Loin de considérer cette situation fatalement, comme irrémédiable, la génération cheikh Anta Diop estime que les choses peuvent et doivent changer. D’ailleurs, Cheikh Anta dans son écrit « les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral en Afrique noire » avait déjà prédit ces évènements et avait aussi posé les conditions de dépassement de ces crises ! La diffusion du film « cheikh Anta vous parle » permis au public de comprendre les solutions de cheikh Anta diop. D’abord, à travers l’explication scientifiques de l’origine négro-africaine de la civilisation égyptienne, il s’est attelé à décoloniser les mentalités africaines ! Tant que les africains ne seront pas mentalement décolonisés, les chances de changements seront minces ! Pour cela, il préconise la recherche de la connaissance directe ! Outre cette décolonisation des mentalités Africaines, cheikh Anta écrivait déjà en 1960 dans les fondements que pour asseoir ce développement, l’Afrique devra dépasser certaines limites notamment celle du contrôle de l’énergie ! Et que seule une fédération pourrait permettre de réaliser ce développement de l’Afrique ! Après la projection du film, la conférence débat fut ouverte par Monsieur Nébié Béteo, chercheur au CNRST, linguiste et égyptophile. L’un des invités, Monsieur Valère SOME n’a pas pu être présent. La modération de la soirée fut assurée par Osiris Issouf SAWADOGO. »

EN ENTIER ICI SUR DAILYMOTION

Les africanistes – 2009 :

EN ENTIER EN 6 PARTIES ICI SUR DAILYMOTION

Après tout cela, comment ne pas percevoir une violence supplémentaire au discours de Sarkozy de juillet 2007 sur la colonisation positive qui se tint… à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal ! Il va de soi que Sarkozy a trouvé un digne successeur pour la sauvegarde de la Francafrique en la présidence d’Hollande du parti socialiste, cette « gauche [occidentale] plus minable que la droite« .

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2 réflexions sur “Cheikh Anta Diop, le plus grand savant du 20ème siècle (montage audio)

  1. Pingback: Dallo zolfo al carbone (Du souffre au charbon)- Luca Vullo (2008) | citylightscinema

  2. Pingback: Brigitte Senut la dame aux fossiles – Philippe Ayme (2012) | citylightscinema

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