Nazion – Ernesto Ardito et Virna Molina (2011)

EN ENTIER – Ernesto Ardito et Virna Molina – Nazion – VO sous titrée ANGLAIS – 2011 – 110 mn

Les auteurs du documentaire Raymundo ont mis à disposition sur leur compte Vimeo leurs différents films. J’ai là encore profité d’une version sous titrée en anglais pour découvrir Nazion. Le documentaire a été auto-produit, tandis que pour Raymundo la fondation AlterCiné avait été d’un bon apport à la réalisation du projet.

Le présent documentaire recherche les origines idéologiques de la dictature militaire argentine, en partant de la  fin du XIXe siècle (présidence Sarmiento).

Une certaine Histoire argentine sous l’angle de son nationalisme « civilisationnel », garni de catholicisme, race blanche, antisémitisme, xénophobie, anticommunisme et antianarchisme… Donc il ne faut pas s’attendre à un documentaire voulant retracer toute l’Histoire argentine durant la période, mais plutôt un éclairage sur ses dimensions dictatoriales, ses sources et ses déclinaisons. Le projet a démarré sur une idée du cinéaste Leopoldo Nacht, qui a participé au Cine de la base et s’est exilé à Mexico sous la dictature Videla.

Le documentaire met à l’honneur, une fois de plus, un gros travail d’archives, déjà bien présent pour Raymundo (sans oublier les choix de peintures etc). Surtout, aspect déjà travaillé dans ce dernier (ainsi le passage consacré au Festival de Vina del Mar que j’ai particulièrement apprécié), une animation/mise en scène des archives y donne beaucoup de force, en travaillant les éléments entre eux, sans une simple juxtaposition. Un traitement qui m’a beaucoup interpellé ici, confirmant le travail effectué sur Raymundo. La narration (entreprise par Nacht) alterne également avec des citations (certaines atteignent des sommets !). Quant à l’accompagnement musical, il est encore excellent.

L’articulation passé/présent est sans doute l’aspect le mieux réussi du film : une certaine continuité est évoquée durant la période chronologique abordée, et les choix de tournage dans le présent ne sont pas anodins (tel ce monument « nostalgique » et d’hommage en plein coeur de Buenos Aires, ou encore le choix de filmer la vente aux enchères de vaches avec ces gros plans sur les acheteurs…). Les déambulations dans les couloirs et autres plans sur les palais et statues etc me rappellent Mémoires d’un saccage de Pino Solanas, avec cette richesse et grandiloquence aux racines si sombres. D’une certaine manière, Nazion fait un travail de mémoire tout en revisitant le présent d’une menace de retour à la dictature qui n’est pas écarté. Les traces dictatoriales (ou de ses racines) dans la ville témoignent peut être d’une amnésie inquiétante. Le final est même percutant quant à la contestation politique qui se perd, tandis que des allusions aux guerres impérialistes actuelles peuvent être décelées (c’est mon impression) dans un contexte d’individualisation forcenée, où le collectif se perd. Mon bémol concerne la partie un peu trop longue, je trouve, quand elle se charge de citations antisémites accumulées (comme s’il y avait besoin de forcer l’indignation et la prise de conscience); on peut néanmoins y voir aussi une montée en puissance des fondements racistes abordés en début de film, tandis que le lien avec le nazisme y est précoce, dès le début des années 30, pour finalement imprégner les rouages étatiques et l’Eglise (tel l' »accueil » pour les milliers de juifs fuyant le génocide européen). Malgré une entame très forte, la population indienne est peu revenue dans la suite. Quant à l’histoire des travailleurs immigrés et des luttes sociales du début du 20 ème siècle, elle est très instructive en ce qui me concerne, notamment pour ses archives.

Un film de démystification d’un certain nationalisme argentin, qui a trouvé parfois un appui populaire, ce que le documentaire décline intelligemment, sans effectuer de moralisme. Une nécessité de saisir les fondements de la dictature du triple A et ce qui l’a rendu possible, à travers cet angle de vue privilégié, mettant en garde dans le présent. Une contextualisation qui échappe aux raccourcis. Un excellent retour aussi sur le terme « révolution » et ce qu’il peut engendrer dans ses usages politiques institutionnels et dictatoriaux. Se souvenir ici de la filmographie de Gleyzer, cinéaste que le film évoque une fois de plus. Un film mémoire et de réflexion, qui a le mérite d’articuler le passé avec un présent, tout en interrogeant le spectateur quant au passéisme ambiant… et l’absence d’engagement /conscience politique.

Je me le regarderai bien une deuxième fois car des passages m’ont échappé, surtout que mon anglais a parfois flanché, tandis que la mise en scène et animation m’ont laissé interrogateur plus d’une fois. En attendant, je propose un texte intéressant sur ce qui est considéré comme le premier coup d’Etat militaire, celui de 1930, où l’auteur revient sur les usages du terme révolution parmi les différents acteurs (nationalistes, société civile, militaires etc) : Le 6 septembre 1930, un coup d’Etat investi de révolutions.

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3 réflexions sur “Nazion – Ernesto Ardito et Virna Molina (2011)

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