J’ai même rencontré des tziganes heureux – Aleksandar Petrovic (1967)

Skupljaci perja (J’ai même rencontré des tziganes heureux) – Aleksandar Petrovic – 1967 – Yougoslavie – 82 mn – EN ENTIER

Aleksandar Petrovic est un cinéaste Serbe de l’ex-Yougoslavie dont le film Dvoje (Elle et lui, ou deux – 1961) a été brièvement évoqué ICI sur le blog (malheureusement, comme souvent parmi les films yougoslaves, le lien YT du film n’existe plus).

Petrovic est un contributeur important à la « Vague noire » yougoslave, sanctionné par le pouvoir pour ses prises de position jugées anticommunistes. En 1973, parmi d’autres cinéastes réprimés dans la décennie, le cinéaste est démis de sa fonction d’enseignant de la Faculté d’art cinématographique à Belgrade… J’ai même rencontré des tziganes heureux est souvent considéré comme l’un des meilleurs films du cinéma yougoslave. Primé au Festival de Cannes, il connait un grand succès international et fut distribué dans plus de cent pays.

« Bora sillonne les villages de Voïvodine, une des régions les plus multiculturelles de Yougoslavie. Il y rencontre Tissa, une jeune Tzigane, offerte en mariage, comme le veut la coutume, à un jeune gitan. Mais elle rejette son époux qui n’est pas en mesure de consommer le mariage. Alors Bora la rejoint et l’emmène dans les montagnes où un moine célébrera leur mariage. »

En VO sous titrée anglais :

Le film se situe en Voivodine, soit une région de Serbie où les cultures et langues parlées sont très diverses, et il rend bien compte de cela. C’est sans aucun doute l’un des premiers films à aborder le monde tzigane en Yougoslavie et, à ce titre, une certaine inégalité sociale qui lui est imposée. Aspect qui devait rebuter le pouvoir yougoslave étant donné que l’égalité était censée être une des grandes valeurs incarnées par le parti communiste.

Contrairement au cinéaste Emir Kusturica qui a réalisé deux films avec une forte présence tzigane (Le temps des gitans et Chat noir, chat blanc), J’ai même rencontré des tziganes heureux se décline avec davantage de réalisme, à portée quelque peu documentaire, même si le cinéaste ne veut pas se limiter à cela. Il souhaite en effet transcrire à l’écran une certaine « irrationalité » tzigane dans le rapport à la vie. Il est vrai que des passages dégagent plus de folie que ne le laisserait faire un documentaire et la fiction reste de mise au service d’une certaine poésie. La part documentée est amplifiée par des acteurs et actrices en partie tziganes, non professionnels, parlant le romani naturellement. Le procédé mis en place par le film, avec un lieu de vie très particulier où on sent une marginalité évidente, me rappelle un récent film croate que je relaierai prochainement sur le blog (même si dans ce cas il n’est aucunement question de Tziganes, mais plutôt d’un certain univers rural à la marge).

Pour creuser un peu le retentissement public et critique du film, et découvrir quelques déclarations du cinéaste lui-même, j’encourage à consulter cette page qui est consacrée au film.

Aux dernières nouvelles, il n’y a toujours pas d’édition DVD, ce qui est fort dommage (mais j’espère me tromper). A signaler que sur YT est présente également la version originale du film en 6 parties, distinguée d’un bien meilleur son que la VOST anglais. Outre Kusturica (dans un style « flamboyant » qui lui est propre), se rappeler également de la trilogie Kennedy du Serbe Zelimir Zilnik (autre cinéaste issu de la « vague noire » yougoslave) et évoquée ICI sur le blog. Malheureusement, les liens internet (même les extraits) autour de la trilogie ont également disparu… alors que nulle édition DVD n’existe (non plus) à ma connaissance (ou peut être une éditions serbe-yougoslave ?). A moins de sauter sur d’éventuelles rétrospectives du cinéma de la « vague noire » (et réalisations plus récentes) yougoslave, voilà tout un pan cinématographique bien peu accessible. Raison de plus de découvrir à l’occasion des liens internet – même éphémères – quelques raretés et notamment J’ai même rencontré des Tziganes heureux (tant que c’est encore possible…).

Ci-dessous, séquence de « Djelem djelem » – Cette chanson eut un grand succès à l’occasion de la sortie du film, et quelques temps plus tard elle devint hymne officiel des Roms. Ce superbe passage permet également de découvrir un antécédent à l’oeuvre de Kusturica, et que ce dernier s’en est sans doute inspiré et s’inscrit en partie dans l’histoire du cinéma yougoslave.

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7 réflexions sur “J’ai même rencontré des tziganes heureux – Aleksandar Petrovic (1967)

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