The music lovers : la symphonie pathétique – Ken Russel (1970)

The music lovers – La symphonie pathétique –  EN ENTIER – VO non sous titrée – 117 mn (1970)

L’auteur de l’excellentissime Les diables (1971, ICI sur le blog) s’est lancé à partir de 1970 dans un cycle de fictions consacrées à la musique, et dont certaines portent plus précisément, avec beaucoup de liberté et de folie dans le style employé, sur des célèbres compositeurs : Mahler, Liszt, Tchaïkovsky. Dans les années 60, ce qui est moins connu, il réalise deux séries de téléfilms pour la télévision (BBC), intitulées Monitor et Omnibus, et où il développe des biopics d’artistes (musiciens, peintres etc). Une part imaginaire y serait déjà travaillée, ce que nous retrouvons de manière amplifiée, avec une liberté davantage permise, dans ses biopics musicaux pour le grand écran.

Russell est décédé en 2011, et des éditions DVD de ses films voient progressivement le jour. C’est ainsi le cas pour la série télévisée évoquée précédemment (Ken Russell at the BBC), mais aussi pour Music lovers dont la commande en médiathèque ne devrait à priori poser aucun souci, avec cet avantage de présenter des sous titres en français. Soit contrairement au lien YT relayé ci-dessous :

Nous sommes loin de ces biographies d’artistes chiantissimes, littérales, à la narration basique et ne comportant aucunement de dimension  esthétique permettant de « signifier » et traduire une oeuvre à l’écran.

Ken Russell fait le choix ici de se concentrer sur un moment de la vie de Tchaïkovsky, et sur les obstacles (et refoulement) portés à son homosexualité. Ce n’est pas que Russell, je pense, cherche à traiter de l’homosexualité et sa perception au 19ème siècle en Russie (pour cela on n’a qu’à regarder le comportement de nos petits fachos et cléricaux nationaux anti-mariage pour tous et on se fera un avis sociologique sur la question). En revanche, il fait de ce aspect important de la vie du compositeur une mise en tension intérieure… traduite musicalement. Et c’est là que la mise en scène intervient également de manière très importante.  Dès l’entame du film, c’est un gros quart d’heure musical durant lequel la mise en scène aborde les illusions et rêves des personnages, tout en suivant les tensions de la musique. Nous vivons des intériorités, dont l’expression est permise par la musique de Tchaïkovsky. Peut être une manière de sortir de la prison du réel ? Pour ma part, un des sommets du film est sans aucun doute la terrible séquence de rapport sexuel impossible entre le musicien et son épouse : sublime passage de la 6ème symphonie, sur lequel s’expose la non conciliation de l’homosexualité de Tchaïkovsky avec une relation hétérosexuelle. Une vision d’horreur se dégage incroyablement à l’image, une tension saisissante, en lien avec l’expression musicale. Je me suis repassé à trois reprises cette séquence, après avoir découvert le film une première fois.

D’un point de vue plus général, il me semble – mais je suis loin d’être un « spécialiste » de Tchaïkovsky ! – que le cinéaste prend des libertés avec les éléments factuels de la biographie. Je crois aussi, par exemple, que la 6ème symphonie (« pathétique ») est bien plus tardive que la période abordée dans le film. Mais peu importe : ce qui compte ici c’est l’approche d’un univers musical,  sous forme cinématographique, avec une place importante accordée à l’imaginaire et à la liberté. Une prise de risques de la part de Ken Russell, que peu de ses contemporains ont osé (comme de nos jours – ah ces innombrables biographies avec leurs lots de stars qui font tout au marketing !) et qui  nécessite une véritable sensibilité (et connaissance) d’un univers musical, au-delà de ses clichés commercialisables. Et, encore une fois, Russell n’est pas un débutant en la matière : j’en ai vu qu’un épisode, mais son travail télévisé dans les années 60 révèle certainement un auteur très concerné par les compositeurs de musique. Ce qui est fort intéressant, aussi, est que le réalisateur ne se limite pas à un fade retour sur un passé, il y met toute une énergie non sans rapport avec notre présent. Cet aspect est par ailleurs renforcé dans les biopics suivants. Je songe ici tout particulièrement à Lisztomania, dont la folie atteint des proportions énormes et tellement jouissives ! Je n’ai pas encore vu Mahler, mais ce retour à Liszt est le plus incroyable que je connaisse… et j’en reparle bientôt sur le blog. A signaler que Russell a également réalisé des biopics non musicaux (ainsi Savage Messiah sur le peintre Henri Gaudier-Brzeska) et des films musicaux sans être biographiques (Tommy, l’opéra rock des Who !).

Les autres biopics musicaux des années 70, peut être encore bien plus « fous » qu’ici, ne semblent exister que dans des éditions DVD anglaises (le cinéaste est anglais, je le rappelle), à importer. Je doute que nos médiathèques peuvent donc se les procurer. Reste donc la « solution » internet, à défaut également de rétrospective Ken Russell dans les cinémas de quartier (quand ils existent encore) à petit prix, et accessible à tous et toutes. Bientôt deux ans qu’il est parti, le Ken, et sa filmographie reste relativement peu accessible.

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Une réflexion sur “The music lovers : la symphonie pathétique – Ken Russel (1970)

  1. Pingback: Valentino – Ken Russell (1976) | citylightscinema

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