Mezzanine (2011) et Kino Lika (2008) – Dalibor Matanic (Croatie)

Court métrage (bande annonce) / Long métrage (EN ENTIER) – Croatie

Je connais très mal le cinéma croate contemporain, notamment parce que je suppose que la distribution des films n’est pas particulièrement favorable à leur circulation sur grand écran, à part les quelques festivals et initiatives locales (comme pour les autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, ainsi les réalisations de Zelimir Zilnik par exemple).

Dalibor Matanic est un cinéaste croate assez « réputé » de ce côté de l’Europe (France and co), sans qu’il ne semble faire de concessions à un cinéma commercial et propice à un regard superficiel sur son pays. Un cinéma qui rejoint également des thématiques transversales, notamment très axé sur les femmes (d’après ce que j’ai pu lire de sa filmographie).

Mezzanine – 2011 – 14 mn

« Mezzanine se déroule dans une ville aliénée régie par des principes impitoyables de la société d’entreprise. Une jeune femme consent à être réduite à l’état de chair humaine, son seul moyen de survivre. Sa mère l’encourage à s’embarquer dans ce monde sans-cœur, se rendant compte que sa propre enfant subit des dommages irréversibles. »

J’ai découvert ce court-métrage lors de l’édition 2011 du Festival International du court métrage de Lille. Et le moins que je puisse dire est qu’il m’a considérablement marqué. Depuis je cherche à le revoir, notamment sur la toile, mais sans résultat. Il semble que Mezzanine ait fait le tour de nombreux festivals en Europe, tant il percute, avec une qualité de mise en scène indéniable. Lors de son passage au Festival de Lille, je m’empressai de « voter » comme spectateur en faveur de ce film pour meilleure court de la sélection. Au final, il n’obtint aucun prix, ni du jury… ni du public. Peut-être que la dureté du film explique en partie le manque d’engouement du public et du jury. Mais aucune gratuité là-dedans, c’est à signaler, et au contraire une fiction redoutable quant à notre société « moderne », en plus d’une réflexion ardue sur la marchandisation du corps de la femme, en cette époque de pseudo « égalité » entre les sexes qui serait acquise si l’on en croit la propagande occidentale.

Dans ce court métrage, il est question du harcèlement sexuel, de la soumission du corps pour survivre. Une jeune femme se soumet sexuellement pour pouvoir travailler, survivre, avec les encouragements familiaux (de la mère). On comprend que le refus de la soumission sexuelle expose au chômage. Pour travailler, il faut se vendre, jusque dans son corps. il est intéressant de noter que ce film questionne le regard – je trouve – porté sur le jeune femme, à multiples reprises : a t on affaire à un objet ou une personne ? Telle l’ouverture du film où la mission de la mère est de rendre « belle » sa fille, la rendre « disponible à » ; puis cette séquence d’attente au bureau où le regard pourrait se poser sur les jambes de la jeune femme…ou sur le stress des mains; cette séquence finale où la jeune femme, démaquillée, nous regarde et révèle un visage d’adolescente. La personne alors nous apparaît clairement, derrière toute la fonctionnalité qu’on lui a donné dans le film pour survivre, et nous manifeste son dégoût (envie de vomir). La violence de l’acte de soumission sexuelle est filmé froidement et sans effets spectaculaires. Il n’empêche que ça dégage une grande violence; ainsi cette scène de la baignoire où apparaissent  des bleus sur une jambe soit les marques de la prise de possession de l’employeur. L’acquiescement de la mère face à cette situation est assez terrible et se contente de recoudre la robe déchirée…

La violence invisible, diffuse dans la société, notamment déclinée sous forme de harcèlement-« consentement » révèle toute son horreur dans Mezzanine. Nos sociétés occidentales sont constituées de violence latente à l’égard des femmes, souterraine, derrière les façades d’ « égalité » et d’ « émancipation ». Les violences faites aux femmes, tel que le viol, restent cantonnées aux « faits divers » sordides, ainsi quand il s’agit de s’attarder sur « un cas » exemplaire de monstruosité, dont le « spectacle » permet la mise à distance de tous les autres comportements et rouages ancrés dans les pratiques du quotidien (au travail, dans la vie privée…). Plus l’acte est spectaculairement odieux, laissant visiblement du sang sur son passage, plus ça exempt les violences « invisibles » et insérées dans les profondeurs de la société.

Ce film est aussi un incroyable crachat sur le monde du travail et de l’asservissement qu’il exige. Le tout est froid, clinique, subtil mais assez violent psychologiquement. Il est question d’esclavage, tel ces slogans militants qui parfois parsèment les lieux de travail : « travail précaire, esclavage moderne« . A ce propos, il y a une interview réalisée par le site internet Un autre futur avec des salariées syndiquées du nettoyage, intitulée « Les femmes dans le nettoyage et l’hôtellerie-restauration » (ICI) : s’y développe, dans les propos, un combat contre les conditions précaires qui ne se résument pas qu’à la seule dimension financière. Le harcèlement, par exemple, et son credo « normal » y est dénoncé avec beaucoup de précision.

Un film que je recommande beaucoup, qui reste pour moi très marquant. Je pense que beaucoup de choses sont à dire de ce film, beaucoup d’impressions diverses sont possibles.

 

Kino Lika – 2008 – 116 mn – VO non sous-titrée

Il est dommage que le film ne soit pas sous titré, ça enlève beaucoup de choses, notamment la déclinaison d’un humour particulier et fort appréciable. L’occasion cependant de se faire une première impression du film,  avec une mise en scène très réussie. Ainsi qu’un procédé de tournage fort particulier, comme le précise Matanic dans une interview, et c’est en cela que je faisais un rapprochement, dernièrement, quand j’évoquais ICI sur le blog J’ai même rencontré des tziganes heureux : acteurs et actrices non professionnels pour la plupart, l’improvisation est de mise, sans texte imposé. Ce qui occasionne, d’ailleurs, quelques anecdotes de tournage fort drôles.

Bref, je ne peux que renvoyer à une excellente interview portant sur le film, parue ICI sur le site Divergences.

 

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