La nouvelle vague du cinéma roumain – Vincent Guyottot et Marius Doïcov (2009)

La nouvelle vague du cinéma roumain – Vincent Guyottot et Marius Doïcov – 2009

Depuis quelques années, le cinéma roumain et sa « nouvelle vague » pénètre les écrans en Europe de l’Ouest, en parallèle à des récompenses en festivals. C’est ainsi que des noms ont émergé, tels Cristi Puiu, Corneliu Porumboiu ou encore Cristian Mungiu.

Dans la foulée du court métrage La légende du photographe officiel scénarisé par Mungiu, évoqué brièvement ICI sur le blog, je propose dans le présent post un retour à la « nouvelle vague » du cinéma roumain de ces dernières années. Corneliu Porumboiu, sans être le seul en Roumanie dans ce cas, conteste d’ailleurs ce terme de « nouvelle vague » : « Il n’y a pas de vague au sens d’un manifeste. Il s’agit plutôt de jeunes cinéastes qui en sont à leurs premiers films et qui cherchent chacun leur propre voie dans le cinéma. » Tout à fait intéressant de la part d’un jeune cinéaste qui dit avoir découvert, à la cinémathèque, de nombreux films à 19 ans, pour la plupart des nouvelles vagues française et tchèque.

Je conseille vivement, à ce propos, de découvrir le documentaire La nouvelle vague du cinéma roumain de Vincent Guyottot et Marius Doïcov (2009).

EXTRAIT VISIBLE ICI

Découvert lors de la 2ème édition du festival de films documentaires d’Est en Est qui s’est déroulé à Lille en 2011, ce film a le mérite de revenir sur cette nouvelle génération de cinéastes roumains. Disposant de peu de moyens (les chiffres sont totalement dérisoires comparativement aux autres cinémas européens dans leur majorité), les cinéastes roumains, à travers des expressions cinématographiques qui leur sont propres et une certaine forme d’absurde relativement bien partagée, ont beaucoup attiré les regards médiatiques, ainsi en témoignent les diverses récompenses au Festival de Cannes par exemple. Reste à voir si la réception en Europe de l’Ouest (et ailleurs ?) obéit à une certaine mode, où il est bon ton donc d’utiliser ce terme de « nouvelle vague » (dans la presse) à partir d’éléments qui se retrouvent dans un certain nombre de films. Le documentaire de Guyottot contient quelques savoureux extraits d’interviews avec des cinéastes roumains (en particulier Cristi Puiu) qui s’expriment quant à cette appellation, quitte à la nuancer.

Au-delà des récompenses médiatisées, les films roumains ne sont pas forcément diffusés outre mesure, malgré un certain succès critique, en témoigne une diffusion relativement modeste en France de Policier, adjectif (2009) de Porumboiu par exemple, récompensé à Cannes. Par ailleurs le nombre de films roumains produits chaque année n’a rien à voir avec le cinéma français. La diffusion des films roumains au sein même de la Roumanie doit faire face à un manque flagrant de salles de cinéma (moins de 100 dans tout le pays !) et à un public les boudant particulièrement (avec une concurrence internet, sans doute). Il est à signaler à cet égard l’incroyable accompagnement entrepris par Mungiu pour la circulation du 4 mois, 3 semaines et  2 jours en Roumanie : il a entrepris avec une équipe la diffusion du film via une caravane dans plusieurs coins du pays, ce qui a permis à un large public roumain de le voir. C’est ainsi que Mungiu critique fortement l’absence de salles de type art et essai en Roumanie, à vocation de diffusion de films d’auteur européens, tel le signale cet article du Point en 2010. Des coproductions avec la France et l’Allemagne voient également le jour, en plus des nombreux films roumains présentés dans les festivals de cinéma.

Enfin, il est à noter la présence des studios MediaPro pictures, compagnie aux infrastructures de tournage conséquentes, où a notamment été tourné Amen de Costa Gavras mais aussi… California dreamin’ de Cristian Nemescu (2006), cinéaste roumain mort avant la fin du montage de ce film. A l’origine, ce fut créé en 1950 en lien avec le parti communiste. Dans les années 90, en pleine crise cinématographique en Roumanie (ce qu’évoque bien La nouvelle vague du cinéma roumain), le groupe espagnol MediaPro rachète la structure.

Un documentaire donc qui permet un bon retour, et une bonne introduction contextualisée au récent cinéma roumain. Ca incite également à découvrir des films, je pense ainsi à California dreamin’ de Nemescu, dont la mort précoce est une grande perte pour le cinéma roumain. Des dires des organisateurs du festival d’Est en Est de Lille 2011 où fut projeté La nouvelle vague du cinéma roumain, cet auteur dégage une approche très absurde, tout à fait appréciable.

Le reproche que je ferai ici au documentaire est cette tentation de revaloriser les films surtout par leur reconnaissance médiatique et en récompenses primées. Il est intéressant de constater, à ce titre, que les succès critiques en France (et ailleurs) sont des garants justifiant des efforts de diffusion/production du cinéma roumain, sans que cela ne vienne de l’intérieur au niveau infrastructures et organisation économique du cinéma roumain. Alors même que ce « renouveau » du cinéma roumain est parti de l’intérieur du pays, par des cinéaste aux moyens réduits, disposant le plus souvent d’expressions et d’approches de leur pays qui leur sont propres, sans dépendance de la reconnaissance extérieure. Bien entendu, il ne s’agit pas ici de « cracher dans la soupe » et de prendre à la légère les récompenses critiques en festivals. D’autant plus si ça peut permettre une meilleure diffusion du cinéma roumain. Mais ça ne devrait pas créer des liens de « dépendance » à l’égard des réceptions dans les pays tels que la France ou l’Allemagne ou encore les USA. Ca serait là un dangereux cheminement qui nuirait sans doute aux spécificités de ce cinéma roumain : à défaut de constituer une  « école » » ou « un mouvement avec un manifeste », il constitue bel et bien une incroyable dynamique, très particulière dans le cinéma européen, dont les oeuvres incontournables s’accumulent. La réception de ce cinéma par le public roumain dans le pays est à ce titre d’une très haute importance. Une interaction qui peut s’avérer, avec le temps, très propice non seulement au « développement » de ce cinéma- sans dépendance à la reconnaissance d’ailleurs-, mais surtout à une émulation toujours croissante des expressions et des thématiques déclinées.

Publicités

2 réflexions sur “La nouvelle vague du cinéma roumain – Vincent Guyottot et Marius Doïcov (2009)

  1. Pingback: Les chômeurs (1968) / Early works(1969) – Zelimir Zilnik | citylightscinema

  2. Pingback: Les chômeurs (1968) / Early works(1969) – Zelimir Zilnik | citylightscinema

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s