Amériques : exploitations minières contemporaines et résistances

Il est question ici de quelques implantations minières aux Amériques (centrale et du sud), à travers quelques documentaires. Il serait intéressant de voir s’il y a eu des productions audiovisuelles quant au passé minier de ces pays à travers les siècles, connoté de colonialismes. Car s’il est aujourd’hui question, ici et là aux Amériques (notamment au Mexique) de candidatures et reconnaissances UNESCO dans certaines zones marquées par le passage minier, il semblerait que le plus souvent la mémoire et le passé sont davantage structurés par les instances institutionnelles autour de l’art colonial. Le chapitre « Héritages de l’époque coloniale » d’une page consacrée au patrimoine UNESCO au Mexique, 6ème au monde en nombre de lieux/monuments classés, est en tout cas, à cet égard, assez symptomatique (Lire ICI).

Peu de choses, vraisemblablement, autour des populations minières exploitées et de leur quotidien, exceptés quelques musées, qu’elles soient indigènes – notamment des temps de l’esclavage – ou issues des immigrations (européennes surtout). Si certains lieux miniers sont aujourd’hui abandonnés aux Amériques – laissant place à un tourisme conséquent autour de villages fantômes quasi désertés -, d’autres reprennent leurs activités par la venue de multinationales minières (en particulier canadiennes), dans le cadre d’accords obtenus avec les gouvernements locaux. La suite de documentaires ci-dessous révèle les conséquences de ces reprises minières, l’absence de considération du choix des populations indigènes ancestrales par les gouvernements nationaux (bien que leurs droits, là-dessus, sont en principes inscrits dans les constitutions) et, parfois, les mécanismes d’implantation et de division des populations locales. Tout cela arrive alors que la mémoire des exploitations passées ne semble pas constituer une place majeure dans les opérations de patrimonialisation (UNESCO etc), plus axées autour des marques coloniales du paysage (notamment artistiques et d’habitat) qu’à propos des mémoires indigènes; la place de ces derniers (bien que le tourisme autour de certains sites indiens explose… parfois au détriment des premiers concernés !) dans les opérations mémorielles se pose sérieusement. Elles ne peuvent en effet se figer dans l’immobilisme muséographique et se réclament souvent d’une vivacité toujours présente ou à reprendre, malgré les génocides (au Guatemala par exemple). J’essaierai donc de consacrer un prochain volet quant à d’éventuels films revenant sur les histoires des exploitations minières, et de la place des mémoires à ce titre aujourd’hui, notamment au regard des opérations touristiques en vogue et d’autres lieux, eux, strictement abandonnés. En attendant, peu de travaux universitaires ont eu l’air de se décliner là dessus, mais il est vrai que mon non espagnol m’a sans doute pas permis de trouver la piste de travaux. En Europe, il semblerait que la Belgique, par des études transversales liées à la mine, a occasionné quelques travaux concernant les histoires minières aux Amériques, y compris du point de vue patrimonial/mémoire . A suivre…

 

GUATEMALA

El oro o la vida – ReColonización y Resistencia en Centro América 
- Caracol Producciones – 2011 (Guatemala) – 57 mn – EN ENTIER – VO sous titrée anglais

Ce documentaire a été récompensé dans plusieurs festivals, notamment au XIème Festival de Cine y Video de los Pueblos Indígenas de Bogota, Medellin 2012 (meilleur doucumentaire dans la catégrie “Défense du territoire et des sites sacrés”) et au  VIIème Festival Latinoamericano Contra el Silencio todas las Voces de México (2012). Il est produit par Caracolproducciones (avec le soutien des Amis de la Terre International), soit un organisme alternatif du Guatemala de vidéo indépendante et de documentaire social, tentant de concilier défense des droits du peuple, expression artistique et communication populaire.

Ici, El oro o la vida examine les conséquences de la vague d’implantations récentes de mines à ciel ouvert en Amérique Centrale : non seulement au Guatemala, mais aussi au Salvador et au Honduras. Il choisit de s’attarder notamment sur Goldcorp, compagnie canadienne la plus importante dans cette partie des Amériques. Outre le constat terrible et les mensonges des multinationales (pollutions, exploitation, puis abandon des lieux), le film aborde les résistances locales qui refusent les présences minières. Un mode de résistance qu’incarne régulièrement la chanson « pas à vendre » : malgré le chômage, les conditions de vie précaires etc, les populations refusent de payer de leur vie et de la dégradation environnementale les propositions d’embauche et le soi-disant enrichissement qui leur est profitable – ces derniers arguments, qui plus est, sont souvent faussés par les réalités de cet enrichissement (à sens unique) bien qu’ils participent parfois à la division, et à la légitimation du point de vue gouvernementale. Les résistances des populations indigènes, accompagnées parfois d’activistes, sont réprimées et le générique de fin rappelle tous les noms connus de personnes assassinées dans les trois pays. Leur autonomie n’est pas non plus respectée, malgré l’inscription dans la constitution de leurs droits à s’opposer à toute emprise sur leur territoire le mettant en péril. Des consultations populaires sont ainsi organisées au Guatemala, mais ignorées par le gouvernement qui n’y voit pas une décision mais un avis à « prendre en considération », tandis qu’il est envisagé, dès lors, de leur faire changer d’avis, mieux leur faire comprendre leur bien être possible en lien avec les compagnies minières. Je renvoie ICI au post consacré aux documentaires sur les anciens Mayas, où il est question de la place des peuples Mayas du présent dans la société guatémaltèque. Bien que le documentaire manque d’approche, je trouve, dans les mécanismes de mise en place des compagnies minières, il reste un témoignage important de ces désastres humains et environnementaux, tout en mettant en lumière les principes d’auto-organisation des peuples indigènes. Il est bel et bien question de néo-colonialisme, dans la foulée de plusieurs siècles d’esclavage, de génocide, de pillage des richesses…

 

MEXIQUE 

Le Mexique est lui aussi concerné par des activités minières, qui ont tendance à reprendre… sur d’anciens lieux miniers ! L’une des zones les plus célèbres concernée dans ce pays est sans doute le Chiapas, tant cet état suscite nombreux écrits altermondialistes et solidarités internationales. Nous y retrouvons des compagnies canadiennes (notamment la Goldcorp articulée au précédent documentaire), dont l’implantation est fortement permise par l’ALENA et ses tournures néo-libérales.

A partir de trois vidéos, il est question ci-dessous de la région de la Sierra Catorce, dans l’Etat San Luis Potosi du Mexique. Voilà une région marquée par la colonisation et l’exploitation minière (coloniale et post-coloniale), en particulier à Real Catorce, désormais haut lieu touristique, et autrefois l’un des plus importants centres d’exploitation d’argent. Real Catorce, qui doit être un endroit tout particulier à découvrir (ville abandonnée à plus de 2700 m d’altitude), est passé à 2 000 habitants.  Sa réputation « mystique » en a fait un centre touristique important, tandis que des tournages de films internationaux s’y sont déroulés (tel Le trésor de la sierra madre).

Or la Sierra de Catorce est également le lieu ancestral de la communauté amérindienne Huichol (ou Wixarica, Huirikita), territoire sacré, lieu de naissance du Soleil, et où elle effectue notamment un pèlerinage annuel où il s’agit de recueillir les peyotl (champignons hallucinogènes dont la récolte est interdit pour les non Huichol). Tandis que Real de Catorce, marqué par la culture Huichol, voit son présent quelque peu modifié par des opérations de promoteurs privés (hôtels etc), tout autour ce sont les concessions minières qui menacent à la fois la communauté et l’environnement. Une région qui constitue « la seule réserve historico-culturelle et naturelle du Mexique » précise un guide touristique francophone…

– In defense of wirikuta and Sierra de Catorce – Edurado Ustarroz – 2011 – 13 mn – EN ENTIER – Version anglaise

Documentaire de sensibilisation quant à la menace pesant sur la communauté Wirikuta face aux exploitations minières d’argent.

 

– Message du peuple Wixarika – Octobre 2012 (Wirikuta) – 3 mn – VOSTFR

 

– Huicholes: los últimos guardianes del peyote – Hernan Vilchez (Mexique, Argentine) – 2013 – 75 mn – Bande annonce

Le documentaire aborde le conflit entre le peuple wixarika, le gouvernement mexicain et l’emprise des multinationales minières autour de la préservation de Wirikuta, territoire sacré d’une culture millénaire.

Je ne l’ai pas encore vu, et je me suis contenté de la bande annonce… intrigante.

 

ARGENTINE 

A ciel ouvert – Ines Compan – 2010 – 94 mn 

« Sur les hauts plateaux du Nord-Ouest argentin, les populations indigènes Kollas sont en lutte. La communauté de Cerro Negro cherche à attirer l’attention du gouvernement argentin pour que la construction de son école, débutée il y a quinze ans, soit enfin achevée. Dans un village proche, la population est confrontée à la réactivation de son ancienne mine par une multinationale canadienne, avec pour objectif de devenir l’une des plus grosses mines d’argent à ciel ouvert du monde !
Deux histoires parallèles qui nous plongent dans un territoire grandiose et malmené, théâtre de conflits faisant résonner de nombreux mythes... »

Je n’ai pas encore pu découvrir ce documentaire, mais comme pour les précédents pays il s’agit d’une implantation de mines à ciel ouvert. La cinéaste, qui vit régulièrement dans des contrées d’Argentine, souvent en contact avec des communautés indigènes, semble aussi avoir privilégié le rapport filmant-filmé. Par ailleurs, d’après les retours critiques et quelques interviews (notamment ICI ), elle ne se limite pas à un credo ONG qui, de fait, contribue souvent au statu-quo : d’une part en se suppléant parfois aux communautés (dans son rôle d’intermédiaire) et d’autre part en maintenant le principe du discours bienfaiteur, humaniste, au détriment des résistances concrètes mises en oeuvre dans certaines résistances indigènes. Les ONG participent au jeu communicatif et aux langues de bois, si l’on se confronte à certaines réalités vécues sur le terrain. Et, à l’instar de certains comportement de Greenpeace (notamment au Canada, qui valut un gros coup de gueule du cinéaste-chanteur Richard Desjardins), elles peuvent décliner des intérêts qui plantent dans le dos les revendications et l’autonomie des populations en lutte (indigènes, mouvements sociaux plus larges). A chacun sa part du gâteau, mine de rien, dans les luttes de pouvoir autour de l’environnement, dirait-on… Il est donc intéressant de voir à quel point A ciel ouvert développe (ou non) cet aspect des choses.

Extraits d’une discussion avec la réalisatrice, après projection à la cinémathèque suisse (il y a juste à passer l’introduction de l’organisateur) :


ET POUR FINIR EN MUSIQUE 

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Une réflexion sur “Amériques : exploitations minières contemporaines et résistances

  1. Pingback: Trou story – Richard Desjardins, Robert Monderie (2011) | citylightscinema

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