Godspeed you black emperor – Live 2012

Petite parenthèse musicale – Godspeed you black emperor (GYBE) – LIVE 2012

C’était en novembre dernier. J’ai mis beaucoup de temps pour m’en remettre et pouvoir aligner quelques mots sur une expérience tout à fait particulière : assister, pour la première fois, à un concert de GYBE !

Il était question de ce groupe il y a quelques mois ICI sur le blog. Or, la grande nouvelle musicale de 2012 était le retour de GYBE avec un nouvel album, allelujah don’t bend ascend, et une grande tournée dans la foulée.

Depuis novembre, les souvenirs sont sans doute moins vivaces, et la tête moins soumise à l’impact d’une soirée hallucinante. Mais je le dis de suite : je n’ai jamais vécu ainsi un concert, assez éprouvant mentalement et physiquement. Ce fut une claque, euh, monumentale. Je restais bouche bée de longues minutes une fois les lumières revenues. Je me repassais les moments du concert, l’incroyable articulation d’images projetées sur un grand écran à la performance musicale qui envoie très loin. Je vivais ce soir là, à ma grande surprise, une certaine rage exprimée dans la musique de GYBE, avec notamment des assauts anti-capitalistes; le groupe a parfois été traduit par la presse de bobos écolos, et bien ce fut là l’occasion, pour moi, de définitivement mettre un terme à cette bêtise médiatique.

C’est donc dans une salle pleine que je découvrais GYBE en concert, tandis que le groupe contraste avec nombre de ses pairs en étant particulièrement sobre dans son attitude sur scène, sans faire le jeu de la « starification » et de l’idolâtrie, et laissant le privilège de la scène aux films projetés. De simples signes au public concluront d’ailleurs le concert, tandis que le public avait pris sa baffe.

Je poste ci-dessous des morceaux de leur dernière tournée live et qui correspondent, dans l’ordre, à la setlist du concert donné à Roubaix le 3 novembre 2012.

Hope drone

Une bonne entrée en matière, dans l’univers de la soirée. Soit un très bon « échauffement » introductif.

 

Mladic

Ce morceau tiré du dernier album studio a notamment pris son titre en référence aux crimes de Milosevic en ex-Yougoslavie. C’est le moment ici de toucher un mot quant aux projections sur les deux grands écrans. Ces petits films de 16 mm sont l’oeuvre du cinéaste expérimental québécois Karl Lemieux. Ils contribuent énormément à l’expérience musicale. Ils sont constitués de paysages, d’écritures, d’images de la société capitaliste (son urbanisme etc)  ou encore d’images de manifestations. Les montages sont parfois construits en collages et surimpressions. Cette participation de Lemieux lors des tournées n’est nullement décorative et anecdotique. De véritables liens se créent avec la performance musicale du groupe, sans qu’ils soient perceptibles dans un sens unique; le public a sa propre expérience à vivre face à l’image et à la musique. C’est aussi pour cela que livrer des mots après une telle soirée n’est pas chose évidente; l’intensité du moment n’est pas forcément traduisible en phrases. Dans une interview, Lemieux précise ceci : « Le cinéma expérimental, qui nécessite une participation active du spectateur, peut se » comparer aux vibrations sonores de la musique expérimentale. On pense souvent le cinéma narratif en termes d’émotion : un film fait peur, un autre rend triste. Pourtant, le cinéma possède en lui-même un langage capable de nous faire vivre une expérience physique. (…). Je trouve fascinant que par l’improvisation musicale certaines personnes puissent établir un dialogue en utilisant d’autres moyens que la parole. Un jour, j’ai compris que je pouvais moi aussi créer mon propre langage pour improviser avec l’image. Maintenant, beaucoup de ces performances se font en video (…).  »

Ce morceau Mladic réfère également au printemps érable (mouvement social québécois) par la présence de bruits de casseroles dans la version studio. Le groupe affirme ici, comme par ailleurs, son parti pris anti capitaliste, et pas que pour le spectacle et le fun. Le concert auquel j’ai assisté m’a plus que jamais fait sentir cet aspect du groupe, d’une force difficilement communicable tant cela passe également par une expérience sensible. Je ne m’attendais pas à une telle rage musicale, et à une telle association avec les films projetés.

Les termes écrits apparaissant sur les écrans (« more prison » etc), les photos d’identité d’individus renvoyant au fichage et aux victimes, les solitudes urbaines (tels les immeubles à cases) traduisent une société de massacre bureaucratique et de négation de la liberté.

 

Gathering storm

Ce morceau est l’un des plus régulièrement joués en concert par le groupe, aux côtés, par exemple, de Moya et World police qui fut ma première rencontre avec GYBE. Ce soir là, GYBE opta pour Gathering storm dans sa setlist. Ne pas s’étonner des vibrations du public dès les premières notes, que je rejoins puisqu’il s’agit là, sans aucun doute, du morceau que j’écoute le plus régulièrement du groupe. La prestation en concert ne fit qu’en renforcer mon appréciation. La thématique du train m’a alors particulièrement saisie, autant par le rythme sonore que par le défilement des images. Plusieurs « lectures » sont possibles et les dernières minutes ont dégagé, je trouve, un parfum de parcours dans l’horreur moderne.

 

Behemoth

THE surprise du concert ! Behemoth n’a jamais été enregistré en studio, et c’est le morceau phare, sans aucun doute, de cette tournée de GYBE. Joué à cette occasion, il se déroule sur plus de 40 mn. A lui seul, Behemoth résume bien le groupe. Une expérience intense, où nous pouvons aller très très loin. Je crois qu’à la fin du morceau, je me demandais encore ce qui s’était passé pendant un laps de temps qui ne m’était alors même pas apparu. Des aspects du morceau ne sont pas sans rappelés Pink Floyd : je pense ainsi, par exemple, au live Ummagumma. A noter que le groupe Silver Mt Zion, constitué de membres de GYBE, dénote également quelques influences Pink Floyd dont par exemple un morceau de je ne sais plus quel album qui me fait penser au morceau central de l’album Atom heart mother.

 

The sad mafioso

Voilà ce qui s’appelle finir en beauté. Nous sommes à peine sortis de Behemoth, sans vraiment réaliser ce qui nous est arrivé, que le groupe enchaîne sur ce morceau rempli de rage dans les images. Un renvoi incontestable à la société dans laquelle nous vivons, telles ces images de misère et solitude urbaine. La dernière partie donne lieu à des images de révoltes, manifestations, puis un énorme « peace » inscrit sur les deux écrans entérine la soirée. Après ça, c’est quasi la rage au ventre que nous rentrons chez soi. Heureusement, je n’étais pas seul à ce concert, et j’échange encore régulièrement avec la personne qui m’y accompagna. Depuis, je dirais même qu’une certaine complicité a vu jour autour de ce live. Fallait être là pour saisir l’incommunicable à des tierces personnes absentes. Quelques jours après se tenait un concert en Belgique, nous comptions alors nous y rendre pour vivre une nouvelle prestation du groupe, avec peut être une setlist légèrement retouchée. Zut, c’était complet…

 

 

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3 réflexions sur “Godspeed you black emperor – Live 2012

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