Commémoration de la Marche pour l’égalité 1983

En 1983, la marche pour l’égalité  aboutissait à Paris, accueillie par une centaine de milliers de personnes – cette marche des beurs fut initiée dans un contexte social raciste et particulièrement violent, dans la foulée d’années 70 qui avaient déjà leur lot de crimes racistes et campagnes xénophobes, avec une forte modification, aussi, des lois sur l’immigration qui devait être « stoppée ». Evènement souvent considéré comme un tournant de l’antiracisme et comme l’émergence d’une lutte de la jeunesse des banlieues, à travers « le mouvement beur », en parallèle, par exemple aux initiatives des Folles de la Place de Vendôme face aux crimes policiers (dont il existe aujourd’hui une continuité, à travers par exemple les collectifs et comités Vérité et Justice en exigence de justice et résistance face aux crimes racistes et sécuritaires – voir ICI sur le blog) . La Marche de 1983 finit par être récupérée et c’est l’Etat, SOS Racisme et le Parti Socialiste qui en prennent le relais, d’une certaine manière, notamment à travers la campagne « Touche pas à mon pote ». Pour un retour écrit conséquent sur cette marche de 1983 et son contexte, je renvoie à CET article, paru sur le site du GISTI, écrit par Mogniss Abdallah (de l’agence Im’Media et par ailleurs auteur du récent livre Rengainez, on arrive !).

En 2013, se profilent différents retours sur la marche de 1983, notamment en termes de commémoration. Il serait intéressant, dans le cadre du blog et donc la réalisation audiovisuelle, de voir comment se décline cette commémoration. Dans quelle mesure la marche garde sa pertinence, au regard du présent ? Il est question ici de sonder un peu les films déjà réalisés et d’autres en cours de réalisation quant à la marche et/ou les contextes qui lui sont associés. Sans perdre de vue quelques initiatives en cours de préparation, luttes actuelles et autres textes revenant sur la marche…

Pour commencer, comme souvent sur ce blog, je renvoie au présent extrait de Douce France, la saga du mouvement beur, réalisé en 1993, encore régulièrement projeté et accompagné de discussion-débats. L’occasion aussi, à travers cet extrait, de se souvenir de certains propos de Pierre Mauroy, décédé récemment et dont le monde politique ne tarissait pas d’éloges en terme d’hommage. Cet homme qui contribua, aussi, à liquider la sidérurgie, notamment à Denain (voir ICI un long extrait du documentaire indépendant de Christian Deloeuil intitulé Denain, haut fourneau de la colère) :

 

C’est sans doute le film qui dispose, pour le moment, de plus d’attentes et de couverture médiatique : La marche de Nabil Ben Yadir et avec Djamel Debbouze. Un reportage d’une dizaine de minutes est visible ICI quant au tournage et à la genèse du film. Nous pouvons en tirer quelques indications, avec notamment cette éventuelle lecture en mode « Vive la France« ;  éventualité qui pourrait laisser penser que cette lutte est quelque peu dépassée par le présent… Est-ce un tournant figé dans le temps, sans lien d’articulation aux discriminations et expressions racistes, notamment d’Etat, toujours effectives dans la France d’aujourd’hui, face auxquelles des résistances s’expriment et s’organisent, quand bien même elles restent dans l’ombre médiatique et coupées des « réalités sociales de la gauche » ? Un autre reportage consacré au film en cours de réalisation est ACCESSIBLE ICI sur le site Med’in Marseille, questionnant davantage le film depuis les possibles récupérations… d’ici sa sortie.

A noter que des initiatives semblent voir le jour par rapport 30 ans de la Marche et je relaie par exemple, en toute fin de post, un Appel pour la constitution d’un Collectif national, « Egalité des Droits / Justice pour tou(te)s ! ». Je renvoie également à un article intitulé « 30 ans de la Marche des beurs » où sont notamment évoquées les instrumentalisations/récupérations des résistances, y compris dans la sphère associative :  «Tu présentes quelque chose aux institutions et eux ne voient que comment récupérer la chose. J’ai rencontré le cas d’un élu qui m’a fait comprendre que comme la mairie versait des subventions on devait faire allégeance ou presque. Ce n’est pas tolérable». Toujours à propos de la récupération, consulter ICI une brève de Med’in Marseille concernant l’annonce de « la création d’un comité d’experts sur l’histoire des quartiers populaires« .

Il y aussi un projet documentaire en cours, concernant cette fois-ci la décennie 70 et les luttes immigrées, notamment à travers le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA). Ce projet est lancé par Dahmane Bouaziz qui pour sa concrétisation fait un appel à dons afin notamment de pouvoir y inclure des images d’archives; le projet du film est présenté ICI.

Nous pouvons mesurer également l’importance des luttes des ouvriers immigrés dans les années 80 à travers un documentaire de Claude Blanchet et intitulé Haya, chronique de la grève de Citroën-Aulnay en avril et mai 1982 :

1 ère partie (les autres parties sont aussi sur YT)

 

Pour en revenir aux années 70 précédant la Marche de 1983, des climats racistes aux conséquences concrètes ont fait l’objet de films, ainsi Souvenir de Grasse de Jean jacques Beryl (1973) et récemment projeté en articulation à une journée de rassemblement en hommage à Akim Ajimi, mort lors d’une interpellation policière… et le comité Akim Ajimi exigeant toujours la justice !

Un documentaire de Morad Aït-Habbouche et Hervé Corbière (2006) évoque  les ratonnades de Marseille de 1973, visible en entier sur YT  – Article en complément ICI :

 

Si un lien s’est progressivement articulé entre les années 70 et les années 80, depuis les luttes des immigrations dans le monde du travail jusqu’aux personnes immigrées ou issues de l’immigration (arabes français etc) ayant à subir le racisme d’Etat et de certains CONcitoyens, les crimes policiers sécuritaires et/ou racistes, les discriminations, qu’en est-il aujourd’hui ? Une ou des filiations sont-elles articulées, dont rendraient compte certaines réalisations audiovisuelles ? Où en est également la ou les mémoire(s), en ces temps où l’Etat semble également investir ce champ, non sans s’attirer méfiances légitimes des acteurs et habitants des quartiers ?

De nos jours, l’islamophobie, par exemple, s’exprime autant dans les mesures politiques d’Etat et dans les discours politiques (de Mélenchon au FN, en passant par le PS et l’UMP) que dans la rue et son lot d’agressions, ainsi à Argenteuil. Finalement, comme pour les années 70 et 80, le climat raciste de la France ne relève pas que du discours et trouve des racines profondes; nullement nouveau, il s’exprime avec toujours autant de force : crimes policiers impunis et répression des comités organisés autour des victimes, islamophobie, lois racistes sur l’immigration, inégalité des droits pour les Roms et réprimés au quotidien… Un récent rassemblement à Argenteuil rappelait la violence islamophobe qui s’exprime en France, et où la solidarité avec les victimes et le front contre les discours politiques et de l’ordre d’Etat (lois sur le voile etc), engendrant également des actes racistes meurtriers (une musulmane enceinte a ainsi perdu son bébé suite à une agression dans la rue), s’expriment avec beaucoup moins de force de la part de la gauche et des tendances antifascistes, souvent déconnectées des immigrations et des banlieues. Là dessus, un texte percutant a été publié ICI sur le site Etat d’exception.net, intitulé « Antifascisme et luttes de l’immigration et des banlieues : parallèles et paradoxes ».

 

Appel pour la constitution d’un Collectif national, « Egalité des Droits / Justice pour tou(te)s !

« Le 3 décembre 1983, 100 000 personnes manifestaient à Paris, concluant une Marche partie de Marseille le 15 octobre. Décidée par un groupe de marcheurs issus des cités de la banlieue lyonnaise, cette Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme marqua l’émergence d’une nouvelle génération, celle des enfants d’immigrés. Elle fût organisée suite aux crimes racistes, aux violences policières, et à une campagne électorale marquée par la xénophobie et l’idéologie sécuritaire qui vit, comme à Dreux, des alliances avec le Front national. Elle prolongeait à sa manière, les luttes menées dans la décennie précédente par les travailleurs immigrés pour l’égalité des droits. Les « invisibles » devenaient des acteurs à part entière de la société française.
Notre Marche ne s’est pas terminée le 3 décembre 1983. Nous n’avons jamais cessé de marcher et de lutter. Même si nous avons remporté des victoires ou obtenu quelques avancées, la situation des immigrés et de leurs descendants, dont beaucoup sont français, n’a cessé de se dégrader. Les habitants des quartiers populaires d’aujourd’hui sont confrontés à des situations plus dures qu’en 1983. Trente ans pour arriver à ce constat amer : les violences policières comme les crimes racistes n’ont pas cessé et restent impunis. Pire, un racisme d’Etat fait de lois, de pratiques et de discours nauséabonds s’est propagé d’en haut ; la négrophobie et l’islamophobie se sont développées, prolongeant le racisme anti-arabe. La promesse du Président de la République d’alors, celle du droit de vote pour les étrangers extra-communautaires n’a jamais été tenue. Aujourd’hui, après une décennie de pouvoir de droite avec tous ses excès et ses démagogies populistes – débats sur l’identité nationale et le « rôle positif » de la colonisation – le nouveau gouvernement reste dans la ligne de tous ses prédécesseurs : restriction au droit d’asile, accentuation des discriminations dans tous les secteurs de la société, relégation des quartiers populaires et de leurs habitants, menaces de disparition des associations de terrain et de proximité, contrôles aux faciès, justice à deux vitesses, chasse aux sans papiers et aux Roms, multiplication des expulsions… Et pendant ce temps, les Chibanis, nos anciens, sont reclus et privés de leurs droits.
Trente ans se sont écoulés, après le formidable espoir soulevé par la Marche de 1983. Notre détermination reste intacte. Nous ne lâcherons rien. Le message de la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, même s’il n’est pas enseigné comme il se doit à l’école, est plus que jamais d’actualité et nous voulons qu’il soit à nouveau entendu avec force. C’est pour cela que partout, dès maintenant, et entre le 15 octobre au 3 décembre 2013, nous proposons à toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans cet appel de mettre en place des assemblées générales et des initiatives au niveau local, régional, national. Nous ne nous contenterons pas de crier notre colère contre les injustices et les inégalités. Nous proposerons à toute la société d’autres solutions, celles de l’égalité des droits pour en finir avec la République du mépris. D’ores et déjà, nous appelons à deux rencontres : le 15 octobre, date du départ de la Marche à Marseille en 1983, et les 18 et 19 octobre à Vaulx-en-Velin, pour rappeler que la banlieue lyonnaise a été le berceau de ce mouvement. Nous organiserons dans toute la France une quinzaine pour l’égalité des droits et la justice pour toutes et tous du 25 novembre au 8 décembre. Faisons du 3 décembre, une journée de rassemblements et de manifestations.
Contre le racisme et pour l’égalité des droits

Tous en marche, on arrive !

Les mouvements, associations ou organisations qui veulent s’associer à ce texte peuvent signer cet appel sur : marche30egalite -AT – gmail.com.

Premiers signataires : Au nom de la mémoire, L’Echo des cités,  Agence Im’média, Forum Social des Quartiers populaires, (FSQP), Vies Volées,

Réseaux, Interventions, Réflexion Quartiers Populaires (RIRQP), Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Sortir du colonialisme, Femmes plurielles, AIDDA, Collectif 3 C,  FASTI, Cie Espace Temps, Association de Solidarité et d’Information pour l’Accès aux Droits (ASIAD), association L’Yeux Ouverts

Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR,) UJFP (Union juive française pour la paix), Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN), Feyka (Fédération des Associations Kurdes en France), la Maison du Tamil Eelam, AFAPREDESA (Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis) Association les Orange (Nanterre), collectif “Capagauche 07 (Hautes – Alpes)

Nord pas de Calais : Algériens Nord Pour le Changement et la Démocratie (ANDC),  Association des Mineurs Marocains du Nord-Pas-de-Calais (AMMN) ,Collectif Manouchian, Collectif Afrique, Association Tribu, Comité des Sans Papiers 59, Association Ch’faid, Association  Etouchane, Association des Tunisiens du Nord de la France (ATNF) ,  Association Place Publique, Comité pour les respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) Association Citoyenne pour la Démocratie Participative (ACDP Tunis), Association Tunisienne de Soutien Aux Minorités, l’Association Tunisienne du Défense Des demandeurs d’Emploi-Kasserine

Organisations Politiques soutenant le texte : NPA, Fédération pour une Alternative sociale et écologique (FASE), GA54-FASE, la Gauche Cactus . »

 

 

 

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5 réflexions sur “Commémoration de la Marche pour l’égalité 1983

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