Matana Roberts : 1er volet – Les gens de couleur libres

Dans la foulée de The Rustle of the stars et Godspeed You Black Emperor, une troisième parenthèse musicale estivale sur le blog.

Allez, je propose sans tarder de découvrir l’univers de Matana Roberts via un premier lien, qui présente également un intérêt visuel via la réalisation de Radwan Moumneh :

J’ai eu le plaisir de découvrir Matana Roberts en première partie de concert de Thee Silver Mt. Zion (groupe constitué de membres de GYBE), en fin 2012 à Tourcoing.  Elle est saxophoniste et compose elle-même ses morceaux, tout en donnant beaucoup dans l’improvisation. Il est judicieux de signaler que son label n’est autre que Constellation records, soit un label indépendant basé à Montréal, aux tendances ouvertement anticapitalistes et voulant se différencier des majors de l’industrie musicale; signalons ainsi, parmi d’autres artistes de Constellation records : GYBE, Tindersticks ou encore HRSTA.

Le concert donné par Matana Roberts à Tourcoing fut particulier car elle était seule sur scène, à la différence de son premier album, intitulé Coin Coin chapter one : Les gens de couleur libre,  inaugurant une série de 12 volets pour 12 albums consacrés à l’histoire de Marie-Thérèse « Coin Coin » Métoyer, femme noire éancipée de l’Amérique des 18 et 19èmes siècles. Basés sur une histoire particulière, il s’agit aussi de revenir sur la grande Histoire, par le biais de la musique afro-américaine mais aussi à travers une forme de théâtre et le spoken word.

J’ai bâti Coin Coin sur mes fascinations d’enfant, celles que j’avais pour les fantômes, les esprits et les apparitions, et sur mon amour des mélodies et de la transe. Ce langage sonore m’aide à communiquer et me permet de revenir sur l’histoire des Africains en Amérique. J’ai un intérêt profond pour les vieux objets, antiques de l’existence humaine, surtout à cause de la variété d’histoire qui peut être créée, factuelle ou pas, des possibilités de leur existence. Ce projet est une combinaison de ces intérêts aussi bien que mon plaisir dans la communication musicale, l’ornement rituel et l’histoire généalogique d’Africains en Amérique du 20ème siècle. Dans quelques cas j’utilise des informations que j’ai glanées de la recherche dans ma propre histoire héréditaire, comme l’inspiration et le domaine créatif. La racine musicale d’une grande partie de ce travail provient aussi de mon attraction/répulsion continue à certains aspects de la tradition de Jazz américain avec laquelle je suis profondément impliqué comme saxophoniste d’alto.«  (Matana Roberts)

J’ai longuement écouté le premier opus de la série, et c’est le genre de baffes dont on a dû mal à se détacher. L’improvisation, la variété de styles, le contenu des textes, les choeurs et la voix de Matana sont tout à fait remarquables. D’où que sa prestation solo lors de son passage à Tourcoing me surprit au départ, tant je m’attendais à une sortie collective, en lien avec l’album que je venais de découvrir. Matana s’excusa d’ailleurs avec beaucoup d’humour, en anglais, de sa présence en solo. Très communicative avec le public, elle développait un rapport simple tandis que beaucoup attendaient surtout la venue de Silver Mt. Zion. Soucieuse de communion avec le public, coupant avec une disposition de simple consommation auditive qu’on lui confère souvent, Matana réussissait peu à peu à faire du public son compagnon de musique, le sollicitant notamment dans la reprise de certains morceaux chantés. Ainsi par exemple sur l’incontournable « Libation for Mr Brown : Bid em in » (en écoute ICI).Parmi ses propos, l’artiste nous faisait également sentir l’aspect biographique de sa démarche. Ainsi en rappelant, par exemple, l’importance de sa mère quant au morceau, MAGNIFIQUE, « How much would you cost ? » (en écoute ICI) et chanté alors à capella si mes souvenirs sont intacts. Matana Roberts consacre énormément d’importance au chant, à la parole, au-delà des instruments, et où l’émotion contamine énormément. Sans doute que sa sortie à Tourcoing a permis de nous faire vivre plus précisément cette facette de son oeuvre en cours. On la retrouvait en fin de concert, jouant cette fois-ci avec Silver Mt. Zion lors de son dernier morceau: tout simplement sublime. Matana Roberts a contribué par ailleurs à un morceau studio de GYBE et nul doute que les membres se connaissent bien, en plus de jouer pour le même label, ce qui entend une complicité certaine avec les orientations de Constellation records.

Un live de 2011 ci-dessous, indépendant de l’album inaugurant la série Coin Coin. De quoi ici découvrir une performance de Matana Roberts en compagnie de musiciens et ses déclinaisons possibles – avec une forte déclinaison de l’improvisation, devant un dispositif de projections d’images  :

Je ne peux en tout cas qu’encourager à découvrir en profondeur l’incroyable Coin coin chapter one : Les gens de couleur libre et dont les suites sont très prometteuses. Il faut bien avouer que pour qui s’est fait prendre par l’album, il est difficile de ne pas revivre cette première traversée du premier volet en intégralité. C’est ainsi qu’un seul morceau m’incite souvent à me re-plonger dans l’album… Ca prend parfois aux tripes, notamment sur les cris de Matana. Une expression artistique, dans sa diversité, qui à elle seule témoigne d’une grande vitalité et ne laisse pas indifférent, y compris par rapport au sujet développé, et une certaine violence de l’Amérique à l’égard des noirs. ET 11 volets sont censés s’enchaîner… ! Ci-dessous, le morceau Kersaia de l’album :

Je finis ce post en renvoyant, d’une part, à des intéressantes chroniques musicales (et non pompeuses) de l’album ICI et LA d’autre part aux 2 petites interviews ci-dessous en anglais, histoire d’appréhender plus en profondeur les approches de Matana Roberts  – Vivement les suites ! :

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