Festival Résistances de Foix : édition 2013

Du 5 au 13 juillet 2013 se déroulait le Festival Résistances de Foix, en Ariège, axé autour de quatre thématiques principales et d’un zoom sur le Chili. Bénévole, ce fut pour moi l’occasion de découvrir ce festival, fertile en projections, débats, invités, stands et autres activités associées à l’événement.

Je renvoie, en fin de note à un retour video complément (20mn) portant sur cette édition,à travers quelques paroles et images du lieu du Festival.

Bande annonce de L’été des poissons volants de Marcela Said, film-ouverture de Résistances 2013, en avant-première :

De manière générale, mes impressions ont été très positives, à la fois comme bénévole et comme spectateur. Il s’agit donc là de revenir, depuis mon vécu et mes quelques découvertes, sur cette édition 2013. Ça reste bien sûr très partiel, puisque d’une part je n’étais pas « partout » dans le festival et que beaucoup de choses m’échappent (notamment l’histoire du Festival par exemple, malgré des premiers éléments via des échanges avec des plus « anciens » et « anciennes », y compris du public); d’autre part j’ai raté de nombreux films et débats. Enfin, je ne prétend pas résumer de manière globale et « objective » ce festival et cette édition, mais plutôt de donner mes impressions générales (organisation, etc) en plus de parcourir les films / thématiques / cinéastes m’ayant marqué alors, en plus d’échos issus du public – bénévoles.  Je précise aussi qu’un laps de temps de plusieurs semaines s’est écoulé depuis cette édition 2013, agrémenté d’activité toute autre, (très) loin des écrans, et que la mémoire a quelque peu cédé au temps.

Le Festival Résistances occupe de nombreux bénévoles, de tout âge, et pas forcément dans la « profession » (mesurer ici l’ironie du terme). J’ai été agréablement surpris par la diversité des bénévoles et l’absence, en général, de prétentions hautaines et pédantes quant au cinéma, en phase avec ce festival à la fois « simple » et exigeant. Dès la réunion des bénévoles (plus de 80), à J-1 du lancement des thématiques, le ton est donné avec une insistance sur le côté horizontal de l’organisation et la volonté de couper avec l’existence d’une hiérarchie. Ce qui se passe toute l’année dans l’organisation même devrait ainsi également contaminer l’association des bénévoles à l’événement : pas de chefs, pas de relations de soumission, pas de catégorisation d’importance des personnes (« moi programmateur, toi bénévole, restes à ta place »). Cette même réunion permit aussi de mesurer une certaine mixité dans l’organisation où les femmes ne sont pas réduites à de la figuration ou à du faire valoir, comme pour faire dire « voyez comme nous dans le festival, nous sommes pour l’égalité des sexes » : nullement montrée du doigt comme « un exemple » et comme pour répondre à une espèce de cahier des charges, cette mixité semble comme découler de source d’une réalité organisationnelle, sans de moralisation pénible en amont et de religiosité anarchisante. Que cette mixité dépasse l’ordre du discours et du bien pensant pour se décliner concrètement, ça fait en tout cas plaisir. Les notes d’humour des personnes nous faisant la présentation lors de cette réunion ne manquaient pas non plus d’ajouter de la sérénité par rapport à cela.  Il est à noter que les organisateurs et organisatrices (semi) « permanents » ne disposent pas d’étiquette différentielle et se situent au même niveau que n’importe quel bénévole – je pense ici à une anecdote de fin de festival quand on remballait tout le dispositif : une « organisatrice » se chargeait de poubelles, et tandis qu’un gars faisait de l’humour quant à la situation, elle répondait (grossomodo) « mais oui, c’est ça aussi la polyvalence« ; soit une formule rappelant la mise à la pâte collective, sans spécialisations « nobles » et « déclassées ». Au-delà des discours de présentation, une certaine forme d’organisation horizontale contamine donc l’ensemble du dispositif du Festival et c’est très appréciable quand on est bénévole. Les « fonctions » et différents rôles des bénévoles ne sont pas non plus soumis à des catégorisations qualitatives : cuisine, bar, accueil du public ou encore cabine de projection, il n’y a pas de comportement (en général) élitiste entre bénévoles et sentiments de tâche plus « noble » que d’autres et plus intégrées à la « fonction cinéma ». C’est d’ailleurs depuis la cuisine que j’ai pu voir arriver au Festival un certain Marc Perrone et pu échangé avec ce grand monsieur, ravi alors de pouvoir déguster un bon repas ! Et oui,  « Aux petits oignons », on se régale (mais je promet de ne pas prendre la grosse tête quant à mon contribution cuisinière) !

Extrait de « Cinema mémoire », de Marc Perrone reprenant des musiques de films, dont des compositions de l’excellentissime et incontournable Maurice Jaubert :

 

Au niveau organisationnel, il est aussi à préciser que de nombreux stands occupent l’espace du Festival : Notre Dame des Landes, faucheurs d’OGM, solidarité avec la Palestine occupée, revues de cinéma, syndicats, associations d’handicaps… Un climat est installé et nombreux échanges/rencontres sont possibles en plus des films et livres occupant cet espace.

Un énorme dispositif associe également les personnes victimes d’handicap (sourdes, muettes, aveugles etc), que ce soit au niveau du public ou du bénévolat. Ca dépasse, là encore, le discours bien pensant et paternaliste, telle une vitrine publicitaire : bandes annonces en LSF (Langue des Signes Française), mini dicos de LSF sur quelques lieux du festival (notamment le bar), personnes sourdes et malentendantes participant à l’organisation du festival, traduction en LSF et en direct des débats/échanges avec les invités… Par ailleurs, des documentaires sonores sont sélectionnés pour le Festival, tel le fort intéressant Menuiserie autogérée d’Elodie Ratsimbazafy (A DÉCOUVRIR SUR ARTE RADIO EN CLIQUANT ICI). Bref, l’accessibilité est réelle et palpable durant le Festival, autant au niveau du public que de l’organisation, et se concrétise par des interactions réelles. Des barrières sont cassées, et l’engagement autour du cinéma très partagé.

Synopsis en LSF Le ventre des femmes de Mathilde Damoisel :

 

Il est à souligner également un fait organisationnel qui m’a marqué car jamais vu ailleurs en ce qui me concerne : le dispositif d’une crèche pendant tout le Festival  et la mise en place d’animations pour les enfants qui lui est associée. Une ouverture très importante, à la fois pour enfant(s)… et parent(s) !

Niveau diffusion et son organisation, je précise l’existence d’un plein air qui permet au Festival de sortir de son petit coin à l’écart, je trouve, dans la ville, lui donnant un caractère moins isolé; plein air qui privilégie aussi, du coup, un partage plus convivial du cinéma, où le public manifeste plus ouvertement son vécu du film, tandis qu’à la fin de chaque projection c’est instinctivement que tout le monde se met à empiler les chaises. Je me souviens avec grande force des frissons généraux des personnes du public, tel devant un film d’horreur, lors de la projection du superbe La part des anges de Ken Loach et l’éclatement des bouteilles de whisky : un véritable effroi vécu et manifesté collectivement en plein centre ville de Foix ! N’oublions pas non plus les rétros et les projections pour jeune public (Yoyo de Pierre Etaix !!, Miel de Selih Kaplonoglu), ou encore le ciné-concert de Marc Perrone (que j’ai raté, argh !).

Extrait de Yoyo :

 

Au-delà de l’organisation, venons-en maintenant au vif de l’édition : les thématiques, films et invités qui m’ont marqué. Je précise que cette édition était orientée autour des thématiques que voici : « Roms, les parias », « Le cri des arbres », « L’exercice du pouvoir » et « 7 milliards et alors ? ». Cette déclinaison sous forme de thématiques est intéressante et dépasse l’éventuelle impression d’une diffusion soucieuse uniquement d’un contenu informatif et de sensibilisation militante. En fait, un équilibre est trouvé, du moins la tentative est là, entre une préoccupation militante et de sujet, et de la pluralité du regard et de la forme de traitement. Le cinéma n’est pas ici réduit à son aspect purement factuel (« dénoncer » par exemple) mais pas non plus porté excessivement sur la forme et tous les abus esthétiques que ça peut amener, y compris dans la réception. Je songe ici à une surprise de taille, intervenue durant le Festival : l’arrivée  sur un stand du Festival d’une pile de Père Projo – numéro 2, « gazette subjective et cinéphile à Marcillac-vallon, publication sans pub, sans subvention, sans compte en suisse« . Cette revue est initiée en parallèle au Festival Le cri de l’oeil  en Aveyron (et dans laquelle Citylightscinema a apporté une modeste contribution pour la deuxième année consécutive). Dans ce nouveau numéro, un article très intéressant est consacré au « film d’intervention » à travers une rencontre avec Louisette Faréniaux : il y est justement question de cet équilibre, et où Louisette Faréniaux précise, par exemple, tout en renvoyant au travail de Peter Watkins, à la fois engagé sur le sujet et la forme : « Dans les téléfilms on parle aussi du social, mais comment en parle – t -on ? Ce qui m’interroge c’est le décalage entre tout ce sur quoi les documentaristes ont réfléchi, quelle approche du monde… et comment une partie du mouvement social pense le documentaire. On a l’impression qu’ils prennent des films sur un sujet et puis ils débattent sur le sujet. Ce n’est pas le film qui amènerait la réflexion, c’est de l’information. Vu ce qui est coûteux en terme d’organisation d’un débat (…), est-ce nécessaire de diffuser le film ? D’où une confusion, pour moi, entre informer et réfléchir. (…) Au final c’est dommage de privilégier le truc complètement informatif au détriment d’un film intéressant pour sa démarche.  » (Père Projo, numéro 2, p.7). Les débats et venues d’invités permettent aussi d’approfondir les thématiques et d’échanger autour des films et problèmes qu’ils soulèvent.

La thématique « Roms, les parias », particulièrement actuelle en ces temps de répression et inégalité continues en période socialo, m’interpellait tout particulièrement. C’était ainsi l’occasion de mesurer les excellentes approches de Raphaël Pillosio à travers ses deux documentaires Des français sans histoire et Histoire du carnet anthropométrique. Sa venue a permis d’approfondir son regard et une certaine réalité totalement occultée par « l’Histoire » et les regards politiciens et médiatiques. Pillosio a en effet éclairci nombreux aspects qui restent confus, en général, dans nos esprits, et de préciser qu’il ne s’agit pas uniquement, ici, des tsiganes mais d’une fabrication étatique plus générale d’une catégorie d’individus, marginalisés dans la misère et soumis à l’inégalité, pointés du doigt avec une régularité effarante, jusque dans les récentes interventions politiciennes depuis les « instances démocratiques ». Ses deux documentaires sont à la fois pertinents quant à la condition des « gens du voyage » et à l’Etat qui fabrique ses catégories d’individus. Contrairement à Mémoires tziganes, l’autre génocide, documentaire sur lequel je reviens plus bas, ces deux films traitent d’une situation spécifiquement française, échappant à une histoire plus collective en Europe, même si des liens existent évidemment. Des français sans histoire reste pour moi son plus percutant. Il revient dans le présent sur les lieux d’enfermement des « nomades », et aborde presque, parfois, leur confrontation aux gens évoluant dans le même espace… aujourd’hui. En fait, la forme développée par Pillosio démontre une démarche tout à fait significative du sujet approché : les lieux manifestent un silence de l’Histoire, et sa manière d’approcher les personnes filmées, issues de cette Histoire, aménagent des silences et des hésitations, sans cut, manifestant là aussi, dans leur être et le rapport à leur Histoire, un indicible, un irracontable car tu et caché, occupant les marges de l’Etat, la société de seconde zone. Quelques personnes m’ont émis des réticences sur ce film à cause d’une hésitation entre film sur le lieu et l’histoire des gens, et par ricochet de l’absence émotionnelle étant donné des personnages peu creusés. La critique est intéressante : si je suis d’accord avec le manque d’affirmation dans le travail sur l’espace d’hier à aujourd’hui, je trouve la critique de l’absence de personnages très symptomatique de ce que décline le film dans sa forme même : une inaccessibilité à des individus de seconde zone. D’où l’importance de la démarche formelle du documentaire à cet égard, et je renvoie là aux propos développés dans la video consacré à cette édition 2013 (lien tout en bas de la note).

A défaut de bande annonce de ces deux documentaires, une présentation – générique de trois films de Pillosio, dont Des français sans histoire – on y remarque ainsi ce travelling sur une route, si caractéristique de ce retour sur des lieux « oubliés » qui n’ont jamais vraiment existé dans l’Histoire de France, tout comme les individus « nomades » relégués dans une catégorie de sous citoyens :

Mémoires tziganes, l’autre génocide est un documentaire plus « pédagogique » quant à la condition et l’histoire des tsiganes en Europe, dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Une certaine logique européenne qui s’abat dans les pays, au-delà du seul nazisme. La fin est assez terrifiante, car en reprenant des images d’archives dans la foulée d’une histoire qui ne voudrait pas se répéter, il y a comme une impression de « déjà vu » : les folklores tsiganes et l’archétype auquel ils sont parfois réduits, dans une espèce d’insouciance du sort qui leur a été réservé dans l’Histoire européenne, semblent alerter sur l’éventuel retour du génocide, peut être sous d’autres formes. C’est un film qui s’adresse surtout au spectateur non tsigane, afin de susciter la prise de conscience. « L’actualité » ne peut que rendre nécessaire la diffusion de tels films.

A noter aussi Gipsy caravan de Jasmine Dellal, auquel je joins volontairement dans les videos ci-dessous (même si je n’ai pas vu Gipsy Caravan) le documentaire indépendant Japigia Gagi de Giovanni Princigalli, très intéressant dans sa démarche de remise en cause des acquis universitaires, de non réduction au folklore et confronté au terrain, avec un budget ridicule et ayant nécessité un vrai rapport aux personnes filmées, démontrant aussi l’absurdité et le cynisme des politiques, y compris à l’échelle locale (petite pensée ici aux p’tits maires de nos communes françaises repoussant « héroïquement » l’installation de camps de roms !).

Pour clore la thématique « Roms » du festival, je mentionne l’initiative géniale de diffuser J’ai même rencontré des tsiganes heureux, évoqué quelques semaines auparavant ICI sur le blog. Un film yougoslave de 1967 rarement projeté et ne disposant d’aucune édition DVD française/anglaise à ma connaissance (La vague noire yougoslave serait elle une grande oubliée des éditions DVD à part quelques films mis en avant ?).

 

Je n’ai vu qu’un film en lien avec la thématique des arbres, et malgré sa forme anecdotique, il était fort intéressant : Frans Krajcberg, portrait d’une révolte. Nous sommes immergés dans l’univers de l’artiste et sa véritable lutte artistique quant au sort réservé aux arbres par la déforestation. Le pessimisme est de mise, et l’artiste avoue régulièrement son impuissance. Son art est comme une nécessité personnelle, dans une interaction très palpable avec l’univers de la forêt, dans sa pratique même (tel l’usage des pigments : une connaissance ardue de la nature est requise), tout en permettant une certaine forme de prise de conscience du public. C’est un peu comme un art qui dans sa forme même résiste, certes de manière impuissante, aux mécanismes de déforestation. Le documentaire revient également sur un certain univers artistique fréquenté par le peintre, en plus de faire un parallèle entre sa tragédie familiale (et plus collective) – le génocide juif et le sort de la Pologne -, et le devenir des forêts. Une atmosphère de mort s’abat en fin de compte. Un cri désespéré de l’artiste se manifeste à travers son art qui se revendique de la forêt.

 

J’ai par ailleurs eu de très nombreux échos positifs du film Green de Patrick Rouxel. Il y est question de la disparition des orang-outan liée à la déforestation. De quoi approfondir une tentative passée, sur le blog, de retour en filmographie sur la thématique des grands singes (ICI et LA sur le BLOG). Il semblerait que malgré le côté désespérant et très noir du film, et sans concession, l’évitement de l’anthropomorphisme dans le rapport à l’Orang Outan permette un regard à la fois critique et dégagé de sentimentalisme boboisant.

Green EN ENTIER :

 

Une des très grandes découvertes du Festival fut, pour moi comme pour d’autres, la rétrospective Pierre Schoeller, l’auteur de L’exercice de l’Etat. Articulée dans le cadre de la thématique L’exercice du pouvoir, la rétro a permis en effet de sonder une certaine obsession du cinéaste.

Interview au Festival, à proximité du chapiteau-BAR-concert, avec Pierre Schoeller:

Le téléfilm Zéro défaut témoigne déjà, malgré des aspects repoussants, d’une volonté d’approcher les rapports de domination. Ici, dans le cadre du travail à l’usine mais aussi dans le sphère intime (et une scène de violence conjugale très surprenante et soudaine). La constitution du décor est également très particulière car il y a parfois comme une espèce de dimension Le Havre de Kaurismaki, à savoir un film qui pourrait aussi de contextualiser quelques décennies en arrière. Je ne sais si c’est volontaire ou pas, mais j’y ai vu comme une intention de faire, aussi, comme un état bilan de la classe ouvrière en lui conférant un décor à la fois « passé » et présent.  L’exercice de l’Etat, multi-commenté ici et là, a sollicité également un vif intérêt. La séquence d’ouverture est très intrigante et intéressante; elle a suscité une question d’un spectateur-bénévole – et compagnon de cuisine, éh éh, ici peut être entre deux sessions épluchage – : (sommairement) « n’y a t il pas un lien avec Kubrick et son film Eyes wide shut, auquel je pense quand vous faites apparaître des ombres au début et vers la fin du film ? » Question qui interrogeait donc les aspects oniriques et mystérieux du film, dont les ombres de début et de fin. Schoeller y a répondu qu’il avait été inspiré ici par les ombres du théâtre japonais (No) et que son intention était de donner forme à une existence du politique pré-existant à l’Etat moderne (j’espère ici ne pas caricaturer ses propos). Il a poussé la réflexion en accordant à son film une espèce considération plus générale sur le pouvoir, au-delà du contexte présent. Très intéressant, d’autant plus qu’au-delà d’éléments critiques factuels, dans une espèce de vue analytique de l’exercice du pouvoir dans la sphère d’Etat, par des pseudos experts de la chose publique s’appropriant le pouvoir de décider, il est question je dirais du pouvoir en tant que tel et de l’organisation sociétale. Schoeller amorce aussi une crise de la politique et témoigne d’un changement actuel, où le pouvoir se joue progressivement autrement, de par la mondialisation notamment. J’ai trouvé par ailleurs très humoristique le discours de De Gaulle, ne pensant pas que Schoeller fasse oeuvre de nostalgie vis à vis de l’Etat-nation souverrain, mais je garde cette impression pour moi. Toujours est-il que les films de Schoeller, à l’exemple de celui-ci, témoignent davantage d’une mise en réflexion, sans perdre le côté critique, et amènent donc le débat et la pensée. La place de la démocratie est nettement posée par L’exercice de l’Etat par exemple. Le fait que ses films vieillissent bien, pour le moment, dénote leur pertinence qui dépasse les contingences du présent, en le dépassant par une mise en abîme plus profonde.   Dommage que ma mémoire est défaillante depuis ce mois de juillet, car les interventions de Schoeller en post-projection sont très riches et il était nettement heureux de pouvoir échanger avec la salle, et de recueillir aussi les impressions et questions. C’est d’ailleurs tout à fait chaleureusement qu’il remercia plusieurs fois le festival pour la rétrospective et l’accueil excellent, tout en soulignant la découverte positive de Résistances et sa diversité, y compris dans sa teneur engagée.  Pour la rétro de Schoeller, je finis par l’étonnant Les anonymes. Téléfilm commandé par Canal Plus, il obéit à un cahier des charges précis, où le cinéaste n’a pas écrit le scénario et devant scrupuleusement respecté les données juridiques et policières. Mais nous retrouvons une manière de procéder propre à l’auteur. Ainsi l’appareil d’Etat dans ses interrogatoires des suspects : toute une tension est palpable et ça fait froid dans le dos. Le regard aussi sur cette affaire de l’assassinat du Préfet Erignac évite toute caricature et j’ai  été agréablement surpris par le regard quant au mouvement indépendantiste corse. Comme  le souligne le cinéaste, il s’agit de poser, aussi, la radicalité politique… comme une continuité à l’observation de l’exercice politique dans la sphère étatique, qui justifie toujours sa violence, pour le moins barbare et à tendance liberticide.  Dans la salle, après projection, il y avait de nombreuses interventions captivantes, y compris de témoignages, tel un ancien qui fut proche du FLNC, ou encore un ancien militant basque qui a connu des années d’emprisonnement pour son engagement indépendantiste. Un corse témoigne également de sa surprise de voir un traitement si équilibré de l’assassinat du préfet, loin de la caricature médiatique, bien qu’un tel sujet nécessiterait d’après lui des heures et des heures de film tant c’est complexe. Ah, et ne nous moquons pas trop des quelques ratés d’accent corse de l’acteur Mathieu Amalric… Le cinéaste, comme me le fit remarquer une bénévole du festival, a en revanche une tendance à finir bizarrement ses films et laissent un goût d’inachevé, voire de frustration, dans ce domaine. C’était en tout cas, en y repensant, l’impression ressentie à l’occasion des trois films que j’ai pu découvrir (ayant raté Versailles).

ICI, video de présentation des Anonymes avec intervention de Pierre Schoeller

Je pourrais poursuivre par la très grande découverte La part des anges de Loach (quelle jubilation d’avoir vu ce récent film du cinéaste, plusieurs années après son excellent Sweet sixteen !) et avec l’intéressant Les neiges du Kilimandjaro de Guédiguian, tous deux projetés en plein air. Mais les commentaires pleuvent sur ces deux films sur la toile, et je passe donc pour ce qui concerne la présente note de festival (et je pense consacrer une note entière au film de Guédiguian, dont certains aspects m’ont rebuté, et d’autres m’ont conquis, me rappelant un certain Le dernier été). De même pour Entre nos mains, de Mariana Otero, très grande claque documentaire auquel je songe réserver une note entière.

Niveau échos de bénévoles et public, l’un des films les plus commentés et incités à aller voir fut La misère bleue de Brigitte Lavégie, soit un retour sur la précarité à Cannes où une élimination des pauvres s’exerce, derrière la vitrine du Festival etc. Un témoignage apparemment incontournable, par une femme non réalisatrice, et avec les moyens du bord. Tourné comme une nécessité, de ce que j’ai cru comprendre des divers échos, et une certaine jubilation aussi de capter son regard.  Il y a encore Le ventre des femmes de Mathilde Damoisel, vraisemblablement très dur quant à la stérilisation forcée des femmes Quechuas au Pérou; comment ne pas penser, en attendant de le découvrir, à l’incontournable -et si peu diffusé- Le sang du condor de Jorge Sanjines tourné en Bolivie en 1969 (!) et relayé ICI sur le blog (à voir absolument !) ?

              Je conclue cette note par un clin d’oeil à la convivialité du festival, aux bénévoles rencontré-e-s ici et là, à la programmation engagée sans perte de vue de l’importance des démarches cinématographiques dans leur diversité, aux marches nocturnes Foix-campement des bénévoles, à la bouffe bio, à l’Ariège et les quelques coins parcourus en randonnée itinérante, et… et… au jeu KILLER, yeah  (comprenne qui pourra) et sa brillante tueuse si j’ai bien saisi le fin mot de l’édition 2013 du jeu  !!!! Et ça tombe bien, j’ai interviewé son concepteur, que je remercie pour avoir accepté de répondre à mes quelques questions, improvisées caméra à la main. Voici donc ci dessous un p’tit retour video sur cette édition 2013, avec des propos sans doute plus synthétiques que toute cette longue note. Nous y apprécierons notamment le retour sur une certaine horizontalité de l’organisation, l’impact du festival sur le public,  quelques films considérés comme marquants de cette édition …

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Une réflexion sur “Festival Résistances de Foix : édition 2013

  1. Pas mal ce blog, cette suite d’impression c’est pas mal du tout. Ce qui est vraiment agréable c’est de se faire chatouiller l’ego et même parfois de se le faire caresser dans les sensations, observations, réflexions du chroniqueur et aussi quand on voit passer en arrière plan des gens qu’on connaît. Tout ça, ce retour, est très agréable.

    Il a pas mal insisté sur la caractéristique du Festival Résistances de la nom hiérarchisation, de la spécificité transversale, horizontale des rapports humains, de la non hiérarchie des fonctions pendant le festival.
    Après, dans ton interview, toi tu pointes les caractéristiques de l’espace de l’Estive.
    Alors, ça m’a fait penser à quelque chose : est-ce que les caractéristiques de Résistance en plus de ce qui structure tout le travail de l’équipe pendant l’hiver n’est pas souligné ou possible même grâce aux caractéristiques du lieu où ça se passe.
    Surtout quand tu compares ça quand d’autres festivals où les gens ont des uniformes des lieux qui leur sont propres, oú on peut pas accéder, la hiérarchisation des possibles dans la mobilité des gens ou de la non mobilité des gens.
    Et puis aussi le lien avec le film chilien ou la hiérarchisation entre les patrons et les employés les gens libres les esclaves.
    Ça donne un total une vision assez nette de ce qui se passe entre les gens en fonction de leur façon d’être et aussi des lieux et puis si on rajoute le fait qu’il y a juste à côté de l’Estive une prison, (voir sur Arièges News le reportage : http://mobile.ariegenews.com/news-64421.html)
    le sujet devient évident : la liberté des êtres.

    C’est en fait la somme de l’ensemble de ces choses à savoir l’organisation du festival, la différence avec d’autres festivals, la prison à côté du festival, l’espace très libre de l’Estive, qui m’a mené à ce sujet.

    Le film chilien où tu as des esclaves et des patrons, les Roms, la situation hiérarchique des rapport sociaux en France actuellement, toutes ces personnes qui vivent en Ariège, la mise en abyme des états de liberté ou de non liberté m’apparaît très forte.

    Pour revenir sur ce qu’écrit chroniqueur :
    à une autre occasion on avait pu observer que grâce à la compétence de ceux qui avaient en charge chacun des divers secteurs, tout comme le choix de ses personnes, leur suivi et accompagnement, tout se passait bien. Je comprends que cela lui échappe. Ce serait bien d’avoir son analyse après une expérience au sein du travail annuel du festival.

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