El infierno (L’enfer) – Luis Estrada (2010)

« Le président Felipe Calderon dit que je suis un mauvais Mexicain. C’est peut-être finalement que le premier thème du film, plus que la violence ou le crime organisé, est la politique, le système politique mexicain. » Luis Estrada (2010)

EXTRAITS et EN ENTIER (VO non sous titrée) – El infierno – Luis Estrada – 2010 – 125mn – Mexique

« Après avoir purgé 20 ans de réclusion aux Etats-Unis, l’immigré Benjamin est reconduit dans son Mexique natal. Le pays s’apprête à fêter les 200 ans de son indépendance et les 100 ans de la révolution. Mais Benjamin n’en croit pas ses yeux : ses proches sont tous trempés de près ou de loin dans le trafic de drogue ; le pays a sombré dans la violence et la corruption. Très vite, Benjamín n’a d’autre choix que de se mettre sous la coupe du chef de la drogue de “San Miguel (N)Arcangel”, petit village près de la frontière américaine. Et les choses ne vont pas vraiment se passer comme prévu… »

Bande annonce :

Avec ce film, Luis Estrada clôt sa trilogie entamée avec l’excellent La ley de herodes (1999) qui a été relayé ICI sur le blog. Comme pour les deux précédents opus du cinéaste mexicain (Un mundo maravilloso a été réalisé en 2006), El infierno n’a pas été diffusé en salles en France (pas de distributeur) et la seule édition DVD existante ne comporte donc pas de sous titres français. Le seul moyen de le voir avec des sous titres français (ou anglais), une fois de plus, c’est de faire une (longue) ballade du côté des torrents et d’y trouver une version disposant de sous titres français grâce à initiative personnelle d’internaute. Peut être que des chanceux-chanceuses ont pu cependant découvrir le film à l’Etrange Festival 2011 où il fut projeté deux fois ?

Séquence d’ouverture, avec la chanson « Mexicano-americano » du band Los lobos, et où la mise en scène en dit long sur le sort de l’immigration mexicaine aux USA :

« Par ma mère, je suis mexicain,
Par la destination je suis américain.
Je suis de la race d’or.
Je suis Mexicain-Americain »

 

Toujours est-il qu’El infierno n’a pas été sans problèmes lors de sa sortie… mexicaine. Luis Estrada avait déjà posé quelques soucis au parti gouvernemental en place en 1999 avec La ley de herodes et c’était alors, comme la tradition le veut, le PRI. En 2010, c’est le PAN au pouvoir fédéral avec l’élection de Vicente Fox en 2000, puis de Felipe Calderon en 2006. 2010 c’est une année très importante au Mexique : depuis un certain temps on y prépare la célébration du bicentenaire de l’indépendance et du centenaire de la Révolution. Le gouvernement Calderon engage ainsi des fonds spéciaux et Luis Estrada fait partie des quelques cinéastes à en bénéficier dans l’optique d’un film en lien avec l’événement. Là-dessus, on peut dire qu’il a bien « joué » le coup notre cher Estrada. Il a pu ainsi conclure sa trilogie d’une manière très sombre, avec les sous d’Etat octroyés par quelques unes de ses cibles, mais toujours dans un registre humoristique, forçant les traits pour mieux en extraire l’acidité, et en déclinant une mise en scène en lien avec le cinéma de genre américain contemporain, tel que celui des frères Coen ou encore, le plus évident, Tarantino. El infierno est sorti au Mexique – volontairement de la part d’Estrada ! – une dizaine de jours avant les festivités officielles de la commémoration. Il prend lui-même en main la distribution du film qu’il tente de confier à un distributeur… mais peu ont voulu prendre le risque, pour un film qui finira par générer un énorme succès au box office. Ci-dessous, c’est l’affiche initiale promouvant la sortie du film… où figure un « Mexico 2010, nada que celebrar » (« rien à célébrer« ). Elle a été censurée, tandis que le film a connu une diffusion restreinte, faute de trouver un distributeur, et Estrada ayant du prendre en charge lui-même la diffusion !

el-infierno-luis-estrada

Comme pour La ley de herodes, où Estrada ne cachait pas la satire d’un PRI nommé tel quel dans le film, ici il annonce clairement une dérision du mythe national révolutionnaire dans un présent de chaos social, gangrené de violence. Une scène finale du film se déroulant dans un contexte commémoratif du centenaire et bicentenaire, qui m’a scotché dans mon fauteuil, tiendra toutes les promesses de cette affiche…  Estrada tire dans le tas !  Pouvoir officiel comme cartels en prennent plein les miches par exemple, ainsi une formule où on apprend d’un flic que Calderon souhaite une nation de délateurs : son programme électoral présidentiel était très axé sur la cessation de la violence liée aux narcotrafiquants; de quoi aussi mesurer l’échec complet du président quant à ce volet électoraliste, et de quoi aussi penser au prétexte de la lutte contre le narcotrafic qui favorise les élans liberticides gouvernementaux, notamment à l’égard de la société civile qui s’organise et résiste. Je me souviens encore de récentes manifestations de mexicains et mexicaines en France (et leurs soutiens) où il était clairement dit : stop à la violence gouvernementale et des narcotrafiquants, en insistant sur la population civile prise dans l’étau.

Le film n’est pas dans une optique de (seul) divertissement qui finalement consisterait à une petite entreprise carriériste et financière sur le dos d’une situation politico-sociale terrible et prétendument critiquée. Car Estrada développe là encore, derrière ses allures de comédie, de grotesque et de réappropriations de cinéma américain (notamment dans l’expression de la violence), une vision très noire et, justement, pas caricaturale dans son fond. Et l’aspect de la responsabilité collective n’est pas un détail du film…

Quelle direction va prendre Benny ?

persok

 

J’ai aussi moins souri que pour La ley de Herodes tant la noirceur, ici, m’a paru plus glaçante en fin de compte, malgré le traitement humoristique, tandis que certaines scènes, même brièvement, dénotent un drame certain, et sans misérabilisme. El infierno me paraît aussi plus mesuré dans l’emploi du ton comique, tant quelques scènes tranchent par leur dureté, tandis que les personnages me semblent moins profondément hostiles que ne l’étaient ceux du premier opus de la trilogie. Ils sont en effet un peu plus ambivalents, et pas stéréotypés dans la dichotomie trop simpliste méchants narcos / gentils citoyens qui subissent. A cet égard, le personnage d’El cochiloco (interprété par l’excellent Joaquim Cosio) est très intéressant, balançant entre ton comique dans l’exercice de son « travail » et ton plus dramatique dans sa sphère privée (ainsi par exemple une terrible scène de cadavre familial, enchaînée par une ellipse humoristique). Les gros représentants des cartels, eux, sont complètement ridiculisés, à travers un traitement qui moque par exemple leur prétention de grandeur : idiots, bestiaux, enfants capricieux, gros beaufs etc. Je pense que le jour où je me promène au Mexique, je ne pourrai m’empêcher de sourire (intérieurement) devant les belles villa, en songeant au type de personnes qui peuvent y habiter et qui, j’imagine, se donnent beaucoup de prestance.

Entrée dans la villa de M. Reyes (boss du narcotrafic). Soit un décor sans doute très proche de ces nombreuses villas qui fleurissent au Mexique… :

Et le plus « drôle » c’est comment ces personnes sont associées, dans le film, à la gouvernance mexicaine ou encore au catholicisme (petite pensée au passage à la figure du prêtre, déjà bien égratignée dans La ley de Herodes, qui racle les mises des cadavres sans sourciller !). Pour les amateurs des films des frères Coen, vous ne serez pas insensibles à la représentation donnée par Estrada de la complicité police/pouvoir politique et narcotrafiquants : ainsi, comme dans le génial Miller’s crossing (1990) du duo américain (chef d’oeuvre absolu !) et ses scènes se déroulant dans le bureau des boss mafieux où les autorités se font remontées les bretelles, nous avons ici un maire et un chef de police complètement sous la tutelle du cartel, et c’est traité en comédie noire par le cinéaste. Le boss narco (M. Reyes) propose même de gérer plus directement la politique en briguant le poste de maire… Dans Miller’s crossing, Johnny Caspar prend la place du maire dans son bureau dans une scène mémorable. Et, finalement, le poste de maire n’est-il pas occupé par M. Reyes, euh … au moment de la commémoration ?! Comme pour La ley de Herodes, la « morale » du film est sans concession. Et la frontière narcotrafiquants / classe politique très atténuée… Il est clairement signifié que depuis La ley de Herodes, ça s’est empiré au Mexique… « nada que celebrar« .

« Les nouveaux héros de la patrie« , satire de la fierté nationale et de l’héritage révolutionnaire (V0STFR):

 

Bien entendu, Quentin Tarantino vient rapidement à l’esprit dans la représentation de la violence, très cinématographique. Ainsi par exemple les scènes de mise à mort où nous n’ignorons pas la séquence mythique de Reservoir dogs et de l’oreille coupée. De même Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia (1974) et La horde sauvage (1968) de Sam Peckinpah sont présents dans la fibre cinématographique de Luis Estrada (les quatre narcos partant à la chasse aux têtes, et surtout la tuerie finale …).

Reservoir dogs :

Scène de El infierno :

 

Miller’s crossing :

Scène de El infierno , mise au point dans le bureau du boss (V0STFR)  :

 

Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia :

Voir comment la séquence (quasi) finale du film d’Estrada lui fait écho, tout en intégrant formidablement la tuerie au registre politique du film…

 

Un dernier mot concernant cette fois-ci la B.O d’El infierno. Elle est composée de chants de bands (le très connu Los Lobos) et de narcocorridos. Le « corrido » désigne une romance récitée ou sous forme de chants traditionnellement mexicains, pouvant notamment évoquer des exploits révolutionnaires, de bandits et des histoires amoureuses, à partir de credos instrumentaux traditionnels. Depuis quelques temps le narcocorrido s’est inscrit dans cette tradition, et plus particulièrement dans celle de la musique Norteña, soit un genre musical typique du nord du Mexique où se passe le film, notamment marqué par la présence du violon liée à l’immigration européenne.  Mais se développe cette fois-ci un répertoire chantant des histoires de narcotrafiquants, en célébrant les « aventures » de ces derniers – D’où le « narco ».

Los tucanes de Tijuana : « Corrido del diablo » :

Le gouvernement Calderon (PAN) avait l’intention de produire une loi interdisant les narcocorridos, soit une de ces mesures liberticides et épouvantail dans la guerre contre le narcotrafic et permettant de ne pas aborder le fond du problème. El infierno déroule donc un répertoire de narcocorridos ( le groupe assez connu Los tucanes de Tijuana ou le désormais célèbre Chalino Sanchez très actif dans ce répertoire lors des années 80, par exemple). Il les installe parfois dans la diégèse du film, tel le trio d’hommes habillés classiquement (chapeau etc) et chantant aux enterrements, en lien avec l’histoire du film et les péripéties des héros. L’usage du narcocorrido est ironique, tant la folklorisation donne une dimension comique tout en rappelant, d’une certaine manière, l’évolution d’un genre musical associé à la période révolutionnaire dans le présent mexicain. ll est intéressant, une fois de plus, de constater comment Estrada part d’une dimension populaire (l’expression « o te chingas o te jodes » dans La ley de herodes) comme socle d’un film à plusieurs niveaux de lecture. Cela contribue aussi, je pense, au succès public de ses films au Mexique, malgré les obstacles des officiels. Succès pas uniquement en terme de divertissement, mais aussi en tant qu’impact quant aux réflexions collectives à mener vis à vis de la situation politico-sociale du pays.

Chalino Sanchez : « el crimen de culiacan » :

 

FILM EN ENTIER en VO non sous titrée (qualité audiovisuelle médiocre…) :

 

Je conclue maintenant en relayant ci-dessous une interview, de Luis Estrada, traduite en partie par mes soins (désolé donc pour les nombreuses approximations !). L’originale en espagnol est ICI.

« Qui est Luis Estrada?
Luis Estrada est, respectivement, un Mexicain, bon ou mauvais, un père de famille, bon ou mauvais, mais il est un cinéaste, bonne ou mauvaise, et un citoyen avec certaines préoccupations qu’il s’agit d’exorciser à travers tout ce qu’il peut faire : des films. »

Henri Bergson, le philosophe français qui a abordé le phénomène du rire, dit que «l’homme souvent rit inconsciemment à ce qui est présenté comme une distorsion ou une caricature de lui-même. »
Le film s’ouvre sur un ton enjoué qui devient progressivement de plus en plus dense. Et c’est drôle parce que certains des rires de l’auditoire ont à voir avec la comédie, mais une autre partie est de la catharsis, à cause du nerf.

La relation avec la réalité mexicaine est tellement évidente
Ce qui est étonnant, c’est que les gens, peut-être en raison de l’ignorance de l’imaginaire collectif, le voient presque comme un film naturaliste, réaliste. Il vous permet de comprendre quels sont les ressorts de ces personnages, de ces mécanismes. Le voir comme un documentaire serait trop, mais on peut le voir comme un film réaliste.

Esthétiquement, plutôt que réaliste, je pensais que c’était une caricature du stéréotype que les gens ont du trafiquant de drogue, du politicien.
C’est ce qui m’a intéressé. Ce type d’image narco n’existe plus, ça semble être davantage pour les années quatre-vingt. Mon souci était de déterminer dans quelle mesure ils s’en tiennent à déformer la réalité ou les deux, la façon de s’habiller des personnages, comment créer cet univers.

Quelle lecture tu as d’El infierno en tant que spectateur?
Je vois un film sur un système politique et tous ses dérivés en déclin. L’argument est lié à tout ce que j’ai fait avant, les films sont complémentaires. Toute cette continuité de cette merveilleuse invention qu’a été le système politique mexicain, qui n’a pas de nombreux précédents dans le monde et la transition de cette dictature parfaite du Priato à une transition supposée (PAN), qui ne l’a pas été, comme c’était une alternance qui n’a pas été, n’est effectivement qu’une détérioration constante et progressive, et il semble, je peux me tromper, perpétuelle. Chacun des films ont discuté dans un ton très similaire de problèmes très différents qui deviennent malheureusement endémique et même culturels. Parce que, que nous laisse le Priato ? Une vision de la normalité faite d’horreurs telles que la corruption, l’autoritarisme et, surtout, l’impunité.

Dans le film, il y a aussi des règles de contenu dramatique parce que je ne suis ni sociologue ni un politicien. J’ai mis beaucoup de choses que je pense, mais dans un cadre artistique. Si je l’ai réussis ou non, c’est une autre chose, mais je n’ai pas la prétention qu’elle le soit.

Le film ne sauve personne. Nous sommes tous coupables. La rédemption est-elle possible ?
Je retourne la question : « où est le rédemption ou qui est le bon et le mauvais dans un film comme Orange mécanique, Yojimbo ou Goodfellas ?
Il y a aussi certains moments cinématographiques dans le film où je ne suis pas nécessairement décidé vis à vis de ma vision apocalyptique. Si ma vision en tant que personne était la même que celle comme cinéaste …

Que voulez-vous dire?
L’enfer de Dante se composait de neuf cercles, peut-être que je suis juste en train de parler du premier. Beaucoup de gens ont cette préoccupation. Il y a quelques années, je pensais que nous avions touché le fond, que nous ne pouvions pas faire pire, donc de faire un film comme La loi d’Hérode où il est dit «messieurs ce pays c’est la merde, ou nous faisons quelque chose ou qui sait où cela s’arrêtera. » Aujourd’hui, la perspective du pays que j’avais alors est tout à fait enviable. Mais je pense que vivre au Mexique est la meilleure façon d’exprimer mon optimisme pour l’avenir. J’ai deux jeunes enfants et je vois l’avenir à travers eux. Et je n’aime pas ce que je vois, je m’inquiète. Dans les 3, 5 ou 10 ans, si ce pays ne change pas, il va aller littéralement en enfer.

Eh bien, dans certaines parties du pays c’est déjà le cas.
Je le pense aussi. Mais je crois aussi qu’il y a beaucoup de gens qui essaient de changer les choses. Pas nécessairement dans la classe politique où, malheureusement, il n’y en a pas beaucoup.

« La loi d’Hérode, ou te chingas o te jodes », « “el que no transa no avanza”, “una cosa es una cosa y otra cosa es otra cosa”, “el reto de nuestro partido es estar en el poder por siempre y para siempre”. Ce sont des phrases de La loi d’Hérode qui ont plus de dix ans, mais encore valables.
Ça s’applique tout parfaitement. Cependant, je ne veux pas tomber dans des généralisations sur la classe politique qui signifie que nous voulons vendre: « Dans ce pays, personne n’est à sauver», «Nous sommes tous des merdes ».
Je pense qu’il y a une déception brutale et du scepticisme à l’égard des institutions et des partis politiques. Mais il y a aussi des efforts individuels qui cherchent à améliorer leur environnement. (…) Cependant, le plus grand danger est que la désillusion et  le désespoir mèneront à la stagnation. Parce qu’alors,le pays sera foutu. Je crois.

Comment s’est déroulé le processus de recherche ?

J’ai enté de lire tout ce qui avait été publié sur le sujet en essai et en fiction. Puis j’ai commencé à faire un travail journalistique, à organiser par sujet, les cartels, la violence, tout ce qui a été publié au Mexique.

De quelle période vous parlez?
Je me suis impliqué dans la question il y a quatre ans quand j’ai lu dans les nouvelles qu’ils avaient jeté six têtes humaines dans un bar à Uruapan, Michoacan. (…) Quand j’ai lu ça avec stupéfaction avec le co-scénariste Jaime Sampietro, j’ai senti que nous venions de franchir une limite lorsque c’est arrivé, mais nous savions comment allions nous y  prendre. Depuis une optique cinématographique comme dans les années trente à Chicago, les années quatre-vingt à Miami ou les années quatre-vingt dix en Colombie. Je voulais raconter une histoire de sexe. Le film a fait tant de bruit par son lien avec la réalité. Mais c’est plein d’allusions au cinéma lui-même, le film noir, le film de gangster.
(…)

Il fait plus de 70 millions de box-office et n’a encore trouvé aucun distributeur.

je pense que cela a à voir avec le sujet. Mais pas avec la drogue, plutôt à la dénonciation politique. Le film a brisé de nombreux tabous comme l’a fait La loi d’Hérode, dans lequel il critiquait le PRI, le parti au pouvoir, ce qui a eu des conséquences comme la censure.
Videocine (une entreprise de distribution appartenant à Televisa) a participé financièrement à L’enfer, mais lorsque nous avons signé l’accord entre les individus, ils ont décidé de conserver le droit de décider si ça allait être distribué après l’avoir vu. Ils l’ont vu et ont choisi de ne pas le distribuer. En deviner la raison n’est pas très difficile. J’ai cherché d’autres distributeurs, mais c’était la même chose,  alors j’ai décidé que je ferais. Ça a été une des décisions les plus folle et risquée que j’ai jamais faite. Le début a été très difficile. Quand il est arrivé avec l’affiche qui dit « Mexico 2010, rien à célébrer« , j’ai eu beaucoup de doutes. Les cinémas eux-mêmes souhaitaient ne pas accrocher l’affiche et diffuser la bande annonce. C’est avec un peu de machiavélisme que j’ai décidé de prendre tout cela à mon avantage, afin de générer plus de bruit et créer de l’anticipation. Le résultat aurait pu être le contraire. Mais au-delà du succès commercial, la chose intéressante est que le film a transcendé. Il a brisé la barrière du spectacle et est devenu partie prenante d’une réflexion collective sur la situation du pays.

Était-ce le but?
Oui, mais je ne vais pas au-delà. Ce que j’ai fait avec ce «Mexico 2010: rien à célébrer » était de recueillir le sentiment de beaucoup de gens. Vous devenez une sorte de catalyseur. (…). Je pense que nombreuses personnes vont percevoir de façon plus critique ce qui se passe. Le film devient un contre-discours de la vérité officielle. Pas à classer, à ne pas devenir cinéaste politique. Mes trois derniers films ont à voir avec ma perception et ma faim de ce qui s’est passé dans le pays, mais je ne suivrai pas obsédé.

Quelle est la suite après L’enfer ?
Je crois que pour la santé je devrais me donner du temps. Pour ne pas me classer, pour que je ne devienne pas un cinéaste politique. Mes trois derniers films ont à voir avec ma perception et mon indigestion de ce qui s’est passé dans le pays, mais je ne veux pas poursuivre en obsédé. »

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