F.I.S.T – Norman Jewison (1978)

EXTRAITS / EN ENTIER – F.I.S.T – Norman Jewison – 125 mn – 1978 – USA

Cleveland, 1937. Johnny Kovak, un manoeuvre d’origine polonaise brusquement licencié, est engagé par le syndicat des camionneurs, le F.I.S.T., pour recruter de nouveaux adhérents. Avec un ami, il organise une grève qui se solde par une répression brutale. Brillant meneur d’hommes, il est nommé président de la confédération des camionneurs mais doit, contraint et forcé, rendre des services à la Mafia à laquelle il a été involontairement lié…

Bande annonce :

 

La décennie 70 a donné lieu de la part d’Hollywood à quelques fictions traitant directement de syndicalisme. J’avais ainsi relayé ICI le surprenant et sombre Blue collar (1978) de Paul Schrader, scénariste de Taxi driver. La thématique syndicale abordée de front est rarissime à Hollywood. Le sel de la terre (1953 – ICI sur le blog), film blacklisté d’un cinéaste blacklisté, constitue avant cette décennie 70 une exception du cinéma américain dans ce domaine, avec en plus une grande force de traitement du syndicalisme, de la condition des mineurs et plus particulièrement des immigrés mexicains, ainsi et surtout que de la place des femmes dans la lutte et leur émancipation.

Ouverture : un décor est planté pour un film autour du syndicalisme et classe ouvrière annoncé – On identifie aisément Bill Conti à la musique :

En 1978 Norman Jewison, un cinéaste Hollywoodien ayant une réputation de films aux thématiques engagées, entreprend donc un retour en fiction sur l’International Brotherhood of Teamsters (IBT), fédération syndicale des conducteurs routiers, ici dite Federation of Interstate Truckers (FIST), et plus particulièrement sur  Jimmy Hoffa à travers le personnage de Johnny Kovacs. « FIST » signifie également « poing » en guise de symbole du combat syndical face aux patrons, et c’est Sylvester Stallone qui interprète le rôle de ce leader syndical qui a défrayé la chronique par ses compromissions avec la mafia, et disparu « mystérieusement » en 1975 (vraisemblablement coulé dans le béton du siège social de la General Motors de Chicago d’après le témoignage d’un ancien chauffeur du syndicat du crime). Sans aucun doute un des (très rares) films intéressants avec Stallone, qui sortait alors du succès de Rocky 1. Comme pour ce dernier, il contribue même au scénario ainsi qu’aux dialogues. On retrouve également Bill Conti dans la bande originale. La recette Rocky du duo est manifeste dans certaines scènes du poing levé, et c’est franchement risible (surtout avec la VF !).

Stallone + Conti + Poings + Public (VO) :

Néanmoins Stallone, à part ses élans « Rockyestes », n’est pas trop mal, et maintient une certaine fibre sociale, dans la foulée de celle développée (bien que discutable) dans le premier opus de Rocky (et nous ferons ici abstraction des teneurs machistes et malsaines du film à l’égard d’Adrian).

FILM EN ENTIER ICI (mais en maudite VF, ou plutôt bonne nouvelle pour qui veut vouloir sourire un peu ou admirer une fois de plus la médiocrité du doublage)

F.I.S.T est intéressant par certains aspects, et j’en retiens particulièrement l’excellente scène d’affrontement entre grévistes et « Vigilante man » (milice privée à la solde du patronat – voir ICI sur le blog) où sont présentes la violence et une certaine forme de confusion – soit quelque chose qu’on peut retrouver dans Ambridge.Pensylvannia. La liberté et l’ordre et qu’a mal rendu, je trouve, le réalisateur de Brother, can you spare a dime ? qui dans sa reprise, pour le montage, de cette dernière archive (mêlée à d’autres) sème encore plus de confusion comme pour créer des rapprochements de violence (à teneur ironique, provocatrice, distanciée ?); soit un bon exemple de montage découpé de références historiques qui se veut réflexif et esthétisant sans commentaires didactiques mais qui créé finalement une similitude plus que contestable dans la représentation de la violence. Il pourrait presque se vanter d’être à la hauteur de nos médias dominants. En revanche, F.I.S.T, tout en représentant la violence et une confusion liée à l’affrontement physique (et pas trop éloigné d’archives audiovisuelles de l’époque), met en avant la présence de deux camps DISTINCTS.

La séquence en question (doublée allemand), A PARTIR DE LA 5ème mn :

En fait dans cette fameuse séquence, Jewison fait sentir davantage la violence de la lutte de classes et la réalité d’un rapport de forces, surtout en cette période de Grande Dépression, que ne le fait Philippe Mora pour Brother, can you Spare a dime ? où c’est surtout un rendu distancié, « neutre » qui domine. Bien entendu, n’exagérons pas ici la portée de la séquence, qui en reste à un événement et pas à un approfondissement des tenants et aboutissants des rapports de force, pris dans leurs complexités. Pour une fiction plus poussée et réflexion approfondie en lien avec le « Vigilante man », je renvoie à Matewan ( ICI sur le blog) du cinéaste indépendant américain John Sayles. Nous y cernerons comment le (vrai) cinéma indépendant américain peut se distinguer d’Hollywood.

Une scène de négociation, durant une grève dure :

Si F.I.S.T de manière générale tend à faire prendre la mesure d’une opposition réelle travailleurs – patronat, il est en revanche beaucoup moins travaillé dans les détails, notamment de ce qui relève de la masse ouvrière… euh vraiment réduite à une masse informe et vraisemblablement dépourvue de caractères individuels, de réflexions et décisions collectives où seul le leader syndical en impose et est responsable de la montée d’adhésions et, finalement, des acquis sociaux. Les conditions de travail sont abordées au tout début, puis délaissées. La faute en est je pense à la manie de la success story d’Hollywood qui efface le sujet au profit de la représentation fictive de Jimmy Hoffa (et la présence de Stallone). Comme on le verra un jour prochain sur le blog,en 1979,  il y a une success story de réalisée qui fut nettement plus réussie dans son lien avec le milieu syndical ouvrier sans perdre de vue une individualité très forte, de la part d’un cinéaste hollywoodien un peu à part dans le domaine, et un temps blacklisté. On pourrait prétexter une volonté de se concentrer davantage sur Kovacs-Hoffa pour mesurer plus finement la dérive d’un certain syndicalisme corrompu, et lié à la mafia (comme l’ont été historiquement de nombreux syndicats de l’IBT). Mais dans le domaine, c’est plutôt très léger, surtout avec une ellipse éliminant tout un développement là-dessus. Enfin, il semble que l’hétérogénéité interne des syndicats de camionneurs soient également très mal rendue, à part l’opposition à un moment d’un compagnon de route d’Hoffa : c’est ainsi que l’anti-communisme exprimé par le directeur de la fédération Max Graham (en fait Tobin, directeur de l’IBT de 1907 à 1952 !), réel, aurait pu amener des nuances puisque l’IBT n’était pas une fédération caractérisée d’anti-communisme parmi tous ses membres et par exemple en 1934 c’est une grande grève qui éclate à Minneapolis avec une nette présence de la Communist League of America (trotskystes). Le film met donc sans doute un peu trop à l’écart les réalités communistes, bien que minoritaires, parmi les camionneurs qui ne bronchent pas, ici, face au discours du leader profondément anti-communiste. Mais comme écrit plus haut, Jewison ne traite pas vraiment de la classe ouvrière dans ce film, et s’attarde sur Hoffa, bien que là aussi de manière assez réductrice, finalement.

Il reste que F.I.S.T fait assez bien saisir le poids du syndicat et son évolution, depuis les années 1930 aux années 1950. Comme pour Blue collar, le pouvoir et l’institution qu’est devenu le syndicat est bien palpable. Mais à quel prix, et pour quelles concessions ? Par ailleurs le personnage de Kovacs-Hoffa reste assez énigmatique dans ce film : on ne sait pas trop cerner s’il est sincère du début à la fin, s’il est  victime ou impuissant ou s’il est clairement responsable de la dérive. Quant aux camionneurs, ils sont majoritairement silencieux hormis les regroupements collectifs. Comme une impression de success story qui créé davantage de l’empathie et un peu d’identification que de la réflexion sur l’évolution du syndicalisme et les réalités ouvrières.

Pour conclure, ça demeure également intéressant d’avoir les vues d’Hollywood, avec ce film, dans la foulée d’autres relayés sur le blog, plus ou moins « réussis », sur des thématiques similaires. Le petit hic final : 125 mn !

A noter qu’en 1992, un autre film a été réalisé autour de Jimmy Hoffa : Hoffa de Danny De Vito. Je ne l’ai pas encore vu, mais le voici accessible ICI en entier (en VF).

Bande annonce (VO) :

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2 réflexions sur “F.I.S.T – Norman Jewison (1978)

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