The Molly Maguires (Traître sur commande) – Martin Ritt (1970)

The Molly Maguires (titre français : Traître sur commande) – Martin Ritt – 1970 – USA – 120 mn

Le film est visible en entier ICI en streaming (mais maudite VF).

Tandis que durant les années 70, Hollywood  témoigne de deux réalisations s’intéressant au syndicalisme ouvrier à travers Blue collar (ICI sur le blog) et F.I.S.T (LA sur le blog), Martin Ritt inaugure la décennie en déclinant également une rareté hollywoodienne et en s’attaquant à l’histoire vraie des Molly Maguires. Ces derniers sont les membres d’une société secrète irlandaise, présents au 19ème siècle dans les mines de charbon de Pensylvannie aux USA où l’immigration irlandaise dans certaines mines de charbon est très importante. Ils agissaient par des sabotages de la production et des assauts physiques contre les dirigeants. A l’origine, les Molly Maguire s’est établie en Irlande contre les propriétaires dans le vaste contexte du métayage. L’histoire vraie portée à l’écran est renforcée par la représentation de John Kehoe ou  encore de  James McParlan qui fut en effet  un détective privé ayant lutté contre les Molly Maguires. Pour un historique des Molly Maguires, se rapporter à cet article wikipedia (en anglais).

The Irish balladers – « Sons of Molly Maguire » :

Martin Ritt a donc pris ici le parti de revenir sur l’existence des Molly Maguires tout en esquissant les réalités ouvrières dans les mines de charbon. Fidèlement à Hollywood, le film privilégie cependant l’aspect « histoire pour un bon film » avec ses exigences narratives et les rapports entre personnages, au détriment d’un investissement mieux ancré socialement, tel le fait par exemple l’incontournable Le sel de la terre du cinéaste blacklisté Herbert Biberman (ICI sur le blog). Il est à signaler que Martin Ritt a été soupçonné de communisme et blacklisté durant le Maccarthysme, ce qui lui valut l’interdiction d’exercer à la télévision. Par la suite, il a réalisé pour Hollywood des oeuvres aux sujets engagés, et j’aurai l’occasion de revenir pour le blog sur d’autres de ses films, dont Le Prête nom (1976) qui traite justement de la période du Maccarthysme, et un autre traitant d’une figure féminine du syndicalisme ouvrier aux USA.

The Molly Maguires connut à sa sortie un échec commercial, malgré un budget assez conséquent (on le devine en tout cas aux superbes décors !) et la présence d’acteurs comme Sean Connery dont la prestation est ici relativement sobre et à contre courant de ses compositions hollywoodiennes classiques (et il réédita à travers sa performance pour Offence de Sydney Lumet deux ans plus tard). Sans doute que cet échec est du en partie à la relative absence du spectaculaire et à l’action qui n’est pas menée tambour battant, même si, encore une fois, le développement narratif pour une « bonne histoire » est favorisé.

Bande annonce de 1970 – Nous y percevons bien le côté aguicheur de la sortie du film, mettant en valeur l’action et le spectacle. Il reste à imaginer la déception du public dans la foulée de cette bande annonce « prometteuse », bien que le long préambule muet fut retiré de la version sortie originellement. Il fut réinséré à l’occasion de la version restaurée et notamment projetée sur les écrans en France en 2009 :

La bande annonce de la re-sortie (années 2000) est un brin moins aguicheuse et inclut des passages du préambule sans dialogues. Le film reste dénaturé par cette bande annonce qui persiste dans le ton spectacle-action :

Le film est aujourd’hui visible avec son long préambule qui affiche sa volonté de ton réaliste, soit ancré dans la réalité de l’exploitation minière. Le poids de la reconstitution y est certain et la représentation du quotidien en dehors du travail est quelque peu schématisée par moments; soit dans les parties composées de dialogues et incarnées davantage par les personnages (tel les séquences de bar par exemple, donnant dans l’archétype), car le travail sur le lieu est d’une toute autre facture !  Malheureusement, suite à une tentative de publier l’ouverture sur la chaine YT de citylightscinema (sans doute vouée à disparaître prochainement…), j’ai constaté une fois de plus l’impossibilité d’un tel partage d’extrait de film. Je renvoie donc au lien streaming posté plus haut, et à défaut de la dite séquence ci-dessous, voici l’ouverture de There will be blood (2007) de Paul Thomas Anderson qui présente une certaine similitude avec l’entame de The Molly Maguires.

Une autre séquence de The Molly Maguires est très marquante par son sens du détail et dans la force du tableau, soit celle située vers la 67ème minute du film, précédant une action de sabotage de la production qui s’en trouve justifiée. Quelques minutes, là encore, sans dialogues et représentant l’exploitation minière à travers le motif de la circulation du wagon récoltant le produit des hommes et enfants.

De manière générale, le film dégage une grande noirceur. La relation Kehoe/McParlan est ambiguë car elle ne donne pas dans le manichéisme. C’est en fait une relation clé du film qui contribue à l’enjeu des modalités réactives face à un ordre dominant : le constat de l’exploitation et de l’injustice quotidienne est partagé par les deux protagonistes, mais chacun conçoit sa « morale » face à cela et de l’usage fondé ou non de la violence.  Cette dernière est largement questionnée et je ne peux m’empêcher de voir The Molly Maguires comme un pendant à Matewan de John Sayles (ICI sur le blog). Il va de soi que la trahison gagne dans le film en terme de progression sociale individuelle mais qu’elle accompagne aussi la misère révoltante de l’exploitation minière. A l’image des choix narratifs, le film positionne surtout une réflexion individuelle plutôt que collective. Enfin, au-delà des moyens de résistance mis en balance par le film, je trouve qu’il se distingue par un constat assez net de l’exploitation minière, ici incontestablement perçue comme  une activité qui tue au quotidien, que ce soit par les conditions miséreuses, les accidents ou, chose rarement abordée à ma connaissance dans le cinéma autour de la mine, la silicose. Ritt ne décline à aucun moment une héroisation du travail de la mine et en privilégie une vision exclusivement sombre, sans néanmoins tomber dans le misérabilisme à la Zola. C’est au demeurant rarissime, qui plus est ici à Hollywood (!), que le travail du mineur soit ainsi dépourvu de fonction de fascination vis à vis de la masse qui s’y emploie, la dé-marquant aussi, par exemple, de la notion du mineur-soldat et ses valeurs de sacrifice pour la famille et la patrie. On pourrait presque dire que le film rompt avec la « race des mineurs » et son idéalisation-manipulation, celle-là même que généraient régulièrement, par exemple, les discours de Maurice Thorez en France. Mais Ritt ne coupe pas pour autant avec la notion de classe ouvrière, ici représentée par la communauté minière.

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2 réflexions sur “The Molly Maguires (Traître sur commande) – Martin Ritt (1970)

  1. Pingback: Norma Rae – Martin Ritt (1979) | citylightscinema

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