Bill Morrison – Films (USA)

« Morrison propose une recherche troublante sur le sens de l’histoire et de la mémoire des images, et sur l’impact de l’image en mouvement sur nos sens. Ses « films d’archives », tout particulièrement, appellent une réflexion sur la « mémoire de la pellicule » qui, en se décomposant superbement, révèle l’importance de sa préservation… et du temps propre au cinéma. » André Habib

FILMS ENTIERS ou EXTRAITS

Alors que nous bouffons de plus en plus d’images filmiques, surtout en cette ère de numérisation contaminant les circuits de diffusion, notamment via internet (et dont le présent blog profite largement pour relayer films et vidéos), il est toujours très intéressant de mesurer les apports de cinéastes créant à partir d’images filmiques du passé, sans les reléguer dans le simple usage illustratif et consommateur. Des décombres surgissent ainsi des témoignages filmiques passés, mais non réduits à un simple objet. La manière même de traiter ces archives est un travail sur la mémoire des événements, personnes et lieux filmés, avec de potentielles articulations au présent.

La filmographie de Bill Morrison, cinéaste expérimental dont les films sont surtout diffusés dans des festivals ou dans des centres d’art et musées, se caractérise ainsi par l’emploi du found footage, soit le remontage et le retraitement d’images et de sons pour la création d’un nouveau film. Une pratique qui n’est pas isolée et nous pouvons penser par exemple, sans rapprocher excessivement les démarches, aux films du duo Gianikian-Lucchi (voir ICI sur le blog); ou encore à un certain Karl Lemieux qui oeuvre, entre autres, pour le groupe de rock Godspeed You Black Emperor (et dont il est question ICI à la fois pour la performance musicale et les films projetés en concert). Ce n’est par ailleurs pas un hasard que la chaîne YT de Bill Morrison relaie ainsi cet extrait d’un concert du groupe de rock canadien :

 

Extrait du site internet Hors-Champ , auquel je renvoie pour le gros dossier consacré au cinéaste Bill Morrison :

 « Le cinéma, disait André Bazin, est une « momie du changement », vouée à conserver le temps et la mémoire des hommes qui l’ont habité. La pellicule cinématographique, toutefois, loin d’être une garantie d’immortalité comme l’ont pensé les premiers critiques, s’est révélée avec le temps aussi fragile que les vies qu’elle recueillait. 80% du cinéma des premiers temps est aujourd’hui perdu, et ce qui demeure souffre de lacunes et de scories, est toujours menacé de disparition, d’autant plus que, pour certains, la pellicule deviendrait sous peu obsolète avec l’arrivée des supports numériques. La pellicule, dénichée dans les archives, dormant dans les voûtes, a ainsi acquis pour plusieurs cinéastes (Peter Delpeut, Jürgen Reble, Angela Ricchi-Lucchi et Yervant Gianikian) une « valeur d’ancienneté » qui, conjuguée avec les vertus plastiques des photogrammes décomposés, donne lieu à une véritable « esthétique des ruines ». Les films de Bill Morrison participent activement de cette esthétique.

Arrivé au cinéma par le détour de la peinture, c’est en plasticien qu’il envisage son travail cinématographique. Depuis le début des années 90, il poursuit, souvent en collaboration avec le Ridge Theater de New York, la Fabrica en Italie, ou avec des compositeurs-musiciens (Michael Gordon, Bill Frisell, Basel Sinfonietta), une œuvre singulière qui exploite, entre autre, les textures et les qualités poétiques de la pellicule détériorée, créant une fusion des images et des sons fantomatique et hypnotique. Morrison propose une recherche troublante sur le sens de l’histoire et de la mémoire des images, et sur l’impact de l’image en mouvement sur nos sens. Ses « films d’archives », tout particulièrement, appellent une réflexion sur la «mémoire de la pellicule » qui, en se décomposant superbement, révèle l’importance de sa préservation… et du temps propre au cinéma. »

Série de films ci-dessous, dont quelques uns visibles en entier. A mon grand regret, Footprints (1992) n’est toujours plus disponible sur le net, le premier film que je découvris de Bill Morrison : ce fut une véritable claque, vue et revue !! Une réflexion et mise en images de l’inéluctable mort de la pellicule, en parallèle à l’Homme.

 

Dans le cadre d’un retour sur sa filmographie,  se rapporter à une longue INTERVIEW de Bill Morrison ICI (en anglais)

LONGS MÉTRAGES

– Decasia : the state of decay – Extrait – 2002 – 67 mn (avec Michael Gordon)

« Utilisant des éléments de nitrate souffrant d’une détérioration avancée, Decasia est une réflexion sur la lutte de l’homme pour transcender sa finitude, cependant que le tissu de son monde se désintègre devant nos yeux » B.M

Bande annonce :

Sans doute le chef d’oeuvre de Bill Morrison à ce jour, où il s’est associé au musicien Michael Gordon. La composition musicale de ses œuvres ne sont pas prises à la légère et, comme le confirment ses longs métrages plus récents, des compositeurs-musiciens importants sont sollicités, suscitant parfois l’édition annexe de la composition musicale des films.

Présentation sous forme vidéo de Decasia, via interview radio du duo (réalisée en anglais) :

 

Extraits :

 

– The great flood – Extrait – 2011 – 80 mn  (Avec Bill Frisell)

« La crue du printemps 1927, la plus dévastatrice qu’a connu les Etats-Unis, a considérablement bouleversé le paysage culturel et géographique du pays. L’une des conséquences fut un exode massif des métayers. Des milliers d’habitants, la plupart afro-américains, trouvent refuge dans les grandes villes du nord. Le blues acoustique de la région du Mississippi se transforme progressivement au contact des guitares électriques de Chicago. Musicalement, la « Great migration » des Noirs ruraux du sud aux villes du Nord a vu le Blues de Delta s’électrifier et réinterprété comme le Blues de Chicago, le Rhythm and blues et le Rock ‘n’ roll. Les images d’archives réunies par le cinéaste Bill Morrison témoignent de cette période charnière de l’histoire américaine. »

Bande annonce :

Fidèle à son travail, le cinéaste n’y inclut aucun dialogue. Et encore une fois l’association du film de  Morrison à un musicien ne relève pas du hasard et de la simple illustration. Bill Frisell est un fameux guitariste de New York, explorant plusieurs styles, et notamment passé du côté du groupe Naked city de John Zorn. A signaler qu’en 2013 Bill Morrison en a proposé une nouvelle version et faisant l’objet d’une édition DVD.

En lien avec The great flood (que je n’ai pas vu dans son intégralité), à découvrir sans hésitation le percutant court métrage What we build que Bill Morrison a réalisé en 2005 et dont la musique est composée par Michael Gordon. Les images portent sur les inondations de cinq Etats et quatre pays entre 1923 et 1929, tandis que la musique de Gordon porte des intonations alarmistes et oppressantes, pour ne pas dire cauchemardesques, voire apocalyptiques. Et ces images qui nous reviennent comme d’outre tombe, avec des usures des pellicules, mais non sans nous rappeler, cependant, quelques désastres naturels contemporains …

What we build – Entier – 2005 – 11 mn (Avec Michael Gordon)

 

COURTS MÉTRAGES

Lost avenues – En entier – 1991 – 6 mn :

 

Nemo – Extrait – 1995 – 6 mn :

« No man, no one » B.M

 

Moda – Entier – 1996 – 8 mn :

 

Ghost trip – En entier – 2000 – 23 mn :

« Le chauffeur d’une Cadillac voyage d’un bout à l’autre du film, embarquant puis libérant une âme égarée. Combinant un style de cinéma vérité et un design visuel hautement stylisé, Ghost Trip tisse un portrait hallucinant de la route américaine, suspendue dans les limbes » B.M

 

Light is calling – En entier – 2003 – 8 mn :

« Une courte scène du film The Bells (1926) de James Young a été réimprimée et remontée à l’aide d’une tireuse optique sur une pièce de 7 minutes de Michael Gordon. Une méditation sur le caractère aléatoire et fugace de la vie et de l’amour, fixée à partir de l’émulsion bouillonnante d’un film ancien »

 

The Mesmerist – Extrait – 2003 – 16 mn :

« Dans ce remontage du film de James Young The Bells (1926), un aubergiste (Lionel Barrymore) ayant commis un meurtre fait un rêve au cours duquel il visite une fête foraine où il est démasqué par un hypnotiseur (Boris Karloff) » B.M

L’extrait proposé est tiré d’un live. Les films de Bill Morrison suscitent de terribles accompagnements musicaux. Voir par exemple une partie de la note consacrée au groupe The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble ICI sur le blog. :

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2 réflexions sur “Bill Morrison – Films (USA)

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