Festival Panafricain d’Alger – William Klein (1969)

EN ENTIER/extraits – Film collectif/William Klein – Festival Panafricain d’Alger – 1969 – 90 mn – Algérie  

« Festival Panafricain possède plusieurs points communs avec L’heure des brasiers. Il est divisé en plusieurs parties, comme des chapitres d’un essai ou d’un traité. Quatre en l’occurrence : « Premier festival Panafricain de la culture », « Préparatifs », « Mouvements de libération à Alger », le quatrième chapitre apparaît sans titre, ouvre le questionnement (après une « fantasia », succession de concerts filmés dans divers lieux) pour terminer sur le pari suivant : « la culture africaine sera révolutionnaire ou ne sera pas ». Par ailleurs, comme le tandem Solanas et Getino de L’heure des brasiers, William Klein (et ses collaborateurs) affectionne l’intertitre bondissant, le recours à des citations de textes (Fanon etc.) et d’images (Madina Boe de José Massip, Algérie en flammes de René Vautier, L’Aube des damnés de Rachedi, Sangha de Bruno Muel, Nossa Terra de Mario Marret…), qui sont ainsi mises en perspective et insérées dans une histoire – méconnue ? – du cinéma associé à la libération de l’Afrique. » Olivier Hadouchi (texte paru sur Cinéfabrika)

 

J’avais relayé une première fois ce film aux débuts du présent blog, tandis que la toile ne mettait alors qu’un seul extrait à disposition (celui posté ci-dessus). Je m’étais alors contenté en guise de présentation de reprendre le texte d’Olivier Hadouchi paru sur le site Cinéfabrika. J’encourage vivement, sans en poster donc intégralement le contenu ici même, à la lecture de ce texte disponible ICI. Il est notamment très intéressant pour un certain contexte cinématographique d’alors, en lien avec les luttes de libération (« culture et politique« ).

Pourquoi cette note mise à jour sur le blog ? Tout simplement parce que désormais le film (pour combien de temps ?) est accessible sur la toile.

FILM ENTIER [qualité visuelle et sonore médicore] :

 

C’est le récent visionnage d’une intervention filmée intitulée Esthétique et libération(s) qui m’a donné la curiosité de (re)voir ce film de Klein.

A partir de la figure de Franz Fanon (dont il est question dans le texte référencé plus haut) et des liens qui ont pu apparaître avec lui dans les cinémas de libération, en particulier ici latino-américain, Olivier Hadouchi y mentionne la « version un peu expurgée » de l’édition DVD par Arte du film de 1969 (vers la 5ème mn).

La version d’Arte a quelque peu réduit le film à ses expressions musicales et dansées, le traduisant davantage comme « un Woodstock » (exotique). « Culture et politique » y a été modéré en quelque sorte … C’est d’autant plus paradoxal que le film porte ces intertitres en début de film (extrait publié en début de note) : « Mais que veut dire Festival ? Que veut dire Panafricain ? Que veut dire CULTURE ? » L’édition d’Arte semble avoir répondu en partie à cette question, dans ce qu’il a été choisi d’en garder principalement. La version originale est en partie tronquée à la lumière de critères « esthétiques » reléguant quasiment dans l’oubli des aspects des déclinaisons décoloniales et révolutionnaires approfondies dans le film, notamment culturelles, en en simplifiant ainsi les expressions et en en privilégiant, quelque part, une réception folklorique. Considérées comme excès de bavardages (?), des interventions parlées ont ainsi été retirées, bien qu’elles renvoyaient, semble t il, plus profondément au contexte que les intertitres-slogans (la coexistence des deux sont intéressants, pas la suppression de l’un ou l’autre, les deuxièmes se rapprochant de l’agit prop). Ce sont des moments parlés que résume en partie le texte plus haut d’Olivier Hadouchi, exprimant des singularités, des débats, des problématiques, des nuances … au-delà de l’opposition unanime au colonialisme/impérialisme.

EXTRAIT [bonne qualité] :

Mouvements de Libération

 

Un choix qui s’explique peut être par le côté « artistique » en vogue de nos jours où le politique/engagement dans le cinéma est dissocié de l’esthétique. Je renvoie à un texte du cinéaste argentin Ernesto Ardito (ICI) qui à sa manière décrypte une tendance « artistique » (et économique) contemporaine qui dissocie cinéma engagé socialement et esthétique, vide le politiquement engagé de valeurs artistiques ou le connote de valeurs négatives, tout en le reléguant dans un ghetto cinématographique (ce que dépeint aussi le cinéaste bolivien Jorge Sanjines pour les années 60-70, ICI); les conséquences nuisent à la fois au potentiel cinématographique du cinéma qui se veut engagé mais aussi la portée sociale du cinéma, notamment dans son articulation au public. Pour ce qui est de Festival Panafricain des éléments ont été retirés car jugés peut être comme attardant trop le film politiquement parlant (?), auxquels aurait été préféré un autre rythme. Mais c’est ainsi non pas un dogmatisme révolutionnaire et des lourdeurs qui sont retirées, mais au contraire des passages reflétant les débats du moment, des nuances etc. En cela c’est donc une perte vis à vis d’un film dont O. Hadouchi rappelle à ce titre une des composantes de la substance vraisemblablement otée au film :

« Dans le cas de films aussi liés à une époque, aussi « localisés » dans le temps que Festival Panafricain d’Alger ou L’heure des brasiers, on a peut-être trop insisté sur leurs côtés lumineux, sur l’espoir sans doute sincère et mobilisateur dont ils ont su se faire l’écho, en oubliant parfois leurs zones d’ombre, leur caractère malgré tout « inachevé », à parfaire sans cesse, qui, lui, demeure très vivant. » « Festival Panafricain d’Alger« 

Ça reste bien sûr un film à voir dans cette version (et d’ailleurs, personnellement, je n’ai vu que celle là !). Il semblerait, par ailleurs, que le film soit relativement boudé malgré son édition DVD. Je suis en tout cas très curieux vis à vis de la version originale … Elle gagne sans doute dans les articulations « culture et politique », cette association n’étant pas prise ici dans les termes de son acception négative contemporaine.

Et pour finir en musique, puisqu’il est question de la colonisation portugaise dans le film de Klein, ci-dessous l’album Sol Maior Para Comanda du groupe Super Mama Djombo de Guinée Bissau :

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2 réflexions sur “Festival Panafricain d’Alger – William Klein (1969)

  1. Pingback: Creation for liberation – Ray Kril (1979-1981) | citylightscinema

  2. Pingback: Sambizanga – Sarah Maldoror (1972) | citylightscinema

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