Explorations maya – Eduardo Gonzalez Arce

J’avais abordé une première série de documentaires autour du passé des Mayas ICI sur le blog. Si un deuxième volet relayant des réalisations audiovisuelles en la matière est envisageable, il est cependant clair que la qualité et l’originalité laissent à désirer, et il est extrêmement difficile d’échapper aux réalisations formatées.

Concernant le passé maya, Le code maya enfin déchiffré reste pour moi une référence, notamment par le lien établi avec les mayas du présent, et ce malgré le ton faisant trop les louanges, à mon goût, des archéologues/scientifiques (et certains pilleurs d’art maya d’ailleurs); bien sûr la science est d’un grand apport et il y a des gros manques, des pertes, des vides – en plus des effacements causés en amont par la colonisation (soulignée par le docu) – mais il y a souvent exagération d’une forme d’angélisme de l’éclairage scientifique et de sa visibilité privilégiée dans le rapport au passé au détriment d’autres types d’apports et de réappropriations du passé, relativement autonomes vis à vis de la science, bien que potentiellement complémentaires mais pas en rapports de perpétuelle subordination… Toujours est-il que je n’ai toujours pas découvert de réalisation proche des aspects à la fois instructif et passionnant, historique sur les recherches et réflexif sur le patrimoine maya, du documentaire de Lebrun.

Mais voilà que dernièrement j’ai fait une découverte sympathique. A partir de  2010 a été réalisée par un passionné une cartographie video de nombreux sites Mayas au Mexique et au Guatemala, parfois pas (encore ?) ouverts à la fouille et voire abandonnés dans la jungle, soit 209 ! Progressivement des compagnons (plus ou moins temporairement, en fonction des lieux aussi) se sont joints aux 26 explorations, découpées par de nombreuses videos, chacune correspondant à un site Maya. Il s’agit d’un groupe d’autodidactes constitué autour d’Eduardo Gonzalez Arce. Parallèlement à la video, il y a aussi de la photographie.

J’ai visionné quelques unes des explorations vidéos (assez courtes) – en VO – et c’est bien documenté par les explications en plus des détails architecturaux etc saisis. Nous ne sommes pas dans le spectaculaire, et voilà un superbe exemple d’initiative amateur tant dans la pratique video (vraiment à la bonne franquette et un matériel élémentaire) que dans l' »archéologie » en quelque sorte, par des autodidactes qui font bien mieux que nos « réalisateurs » officiels formatés par les critères spectacles et communication de la T.V !  Vraiment passionnés par l’histoire Maya, au-delà de motivations professionnelles, leur travail est d’une grande richesse, et a son importance documentée. Dommage en fait que la langue espagnole m’échappe en partie … Le genre d’initiatives qui, toute proportion gardée, me rappelle celle d’une personne travaillant (en tout « amateurisme » de passionné) à un recueil photographique de toutes les cités minières du Nord Pas de Calais (pas seulement UNESCO) et mis à disposition sur la toile en plus de traitement (ou renvoi) documenté en parallèle.

En guise d’introduction de leur démarche, il y a une émission radio mexicaine intitulée Raices qui leur a été consacrée en 2013. L’invité est alors Luis Adrián Rojas Yañez, qui est maintenant partie prenante du groupe dirigé par Eduardo Gonzalez. L’émission (27 mn) a été mise en ligne ICI sur archives.org (site des archives audio-visuelles intégrant le domaine public). Il y précise d’entrée qu’il n’est pas anthropologue « ni archéologue, ni ethnologue, ni épigraphiste…« . Là encore mon espagnol défaillant m’en a limité la compréhension, mais on doit sans doute en apprendre un peu plus sur l’actualité de leurs démarches, au-delà des vidéos réalisés et publiées sur YT (l’émission radio est relativement récente !).

Voilà en tout cas de bonnes occasions de quitter le maya-spectacle des grands sites touristiques et d’avoir une impression un peu plus générale de la richesse du patrimoine archéologique maya (Guatemala, Mexique, El Salavador, Belize…), de ses multiplicités etc. Surtout, on peut imaginer l’apport potentiel en terme de protection des sites de « seconde zone ». Bien sûr c’est coûteux l’archéologie, la préservation etc mais il serait dommage que l’exploitation économique de sites colosses du patrimoine maya (comme préhispanique dans son ensemble) contribue à l’oubli d’autres lieux, certes moins spectaculaires, mais tout aussi importants y compris historiquement en plus de leur qualités de lieu. Sans forcément passer par du grillage etc, il serait intéressant aussi que la perception du patrimoine maya passe par la considération de ces sites oubliés, de seconde zone, et qui renouvelleraient peut être aussi le apport au patrimoine en créant une rupture avec la consommation de masse. L’archéologie y joue un rôle, notamment en termes pédagogiques, et elle n’est pas que du ressort des professionnels reconnus. Ces personnes font une cartographie documentée de sites mayas indépendamment du fameux projet de reconnaissance archéologique du sud-est du Mexique qui a été entamé en 1996 et qui vise via photos satellites et stéréoscopie à repérer les sites archéologiques recouverts par la nature – nous en avons un exemple tout récent ICI dont la « découverte » du lieu in situ est le fruit d’investissements du National Geographic et une société australienne. Euh les résultats du projet confortent l’idée que les lieux mayas mis à jour actuellement sont infimes. En plus les sites ne sont ouverts qu’à un très faible pourcentage de leur superficie et où la fouille des centres monumentaux est privilégiée; concentration de fouille qui commence à être remise en cause par les dégradations et pillages occasionnés sur les zones péri urbaines de grands sites mayas …

Pour en revenir au groupe d’Eduardo Gonzalez, chacune des videos publiée sur YT dispose d’une rapide présentation écrite du site exploré, et en voici une ci-dessous. Pour l’ensemble de la série , le lien de la chaîne YT qui lui est consacré est ICI.

Enfin on a une petite idée de leurs expéditions documentées ICI dans un article portant sur un site maya complètement paumé dont l’accès est passé nécessairement par la sollicitation d’un guide, en l’occurrence un maya âgé de 80 ans. L’article revient en partie sur cette rencontre et la difficulté d’accès au lieu.

 

Et je conclus cette note, justement, par un autre type d’approche d’un patrimoine préhispanique, et ici une fois de plus maya : soit par une photo prise à Tonina – ancienne ville Maya rivale de la grande Palenque (dont des rois ont été enlevés et tués à Tonina !) – qui juxtapose un panneau de l’EZLN d’appropriation des terres au site archéologique géré par l’Etat mexicain. Le panneau fut à l’origine volontairement exposé aux regards à l’occasion d’une annonce d’une venue présidentielle chargée de faire la promo des manifestations « culturelles » in situ à l’occasion de la « fin du monde » 2012 (comme nombreux autres endroits mayas reconnus nationalement au Mexique). Le panneau rappelait ainsi l’opposition exercée par l’Etat et ses complices privés vis à vis des terres reprises et gérées par l’EZLN, tout en s’accaparant l’image indienne et son patrimoine à des fins capitalistes. La gestion du site archéologique eut d’ailleurs à un certain moment des prétentions d’accroissement touristique, avec des fonds privés, et ce fut une partie du site qui fut démolie… au nom de sa « mise en valeur ». Comme pour le premier volet consacré aux documentaires du monde Maya, le dernier mot est donc à l’EZLN dont les rapports au patrimoine archéologique et à l’histoire des mayas dans leur diversité n’est pas d’un intérêt moindre. Il soulève notamment la question de la place des communautés indiennes en général vis à vis d’un patrimoine et de l’image (et des mythes ?) et profits touristiques qu’on tire des passé indigènes (et la valorisation du métissage) parallèlement aux inégalités et leurs exploitations, expropriations, acculturations etc. Le mythe national n’aurait il pas ses limites ?

Tonina, Chiapas, secteur d’Ocosingo (le nom du municipio zapatiste vient d’un compagnon tué par l’armée gouvernementale lors des batailles de 1994)

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Une réflexion sur “Explorations maya – Eduardo Gonzalez Arce

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