Quand je serai mort et livide – Zivojin Pavlovic (1967)

EXTRAITS – Zivojin Pavlovic – Quand je serai mort et livide – 1967 – 73 mn

« Saisonnier, employé sur un chantier où il y vit de rapines avec sa petite amie Lilica, Jimmy Barka doit reprendre la route à l’automne. Ne retrouvant pas de travail, ils commencent alors une longue errance parsemée de petits larcins et d’escroqueries foireuses. Encouragé par une chanteuse de cabaret, Jimmy décide de partir à Belgrade où il espère remporter un concours de jeunes chanteurs… »

Le blog a déjà relayé par le passé des films du Nouveau cinema yougoslave des années 60, ou dit « Vague Noire ». Il a notamment été question de films de Aleksandra Petrovic, Dusan Makavejev (films de sa période yougoslave d’avant exil, moins connus), Zelimir Zilnik ou encore de Karpo Godina.

Zivojin Pavlovic est un autre réalisateur majeur de cette période du cinéma yougoslave marquée par une génération de cinéastes à contre courant du cinéma national, tant d’un point de vue formel (similitudes avec les nouvelles vagues en Europe) que sur  les thèmes et le fond (personnages et réalités contrastant avec la société yougoslave telle qu’elle est officiellement).

La formidable maison d’édition et de distribution Malavida films nous permet déjà depuis quelques années de (re)découvrir des films des cinémas de l’Est (polonais, tchèque, slovaque). Plus récemment, alors que d’autres excellentes nouveautés voient maintenant le jour (le cinéma hongrois des années 60, Alice de Svankmajer !), elle s’est également mise à la sortie DVD de films de la Vague Noire yougoslave. C’est une initiative fort réjouissante étant donné l’accès extrêmement compliqué aux films yougoslaves, nous devant dans le meilleur des cas nous contenter de qualités médiocres sous titrées en anglais (mais merci la toile !). En tout cas Malavida a inauguré cette série yougoslave par deux réalisations de Zivojin Pavlovic : Embuscade (1969) et Quand je serai mort et livide (1967). Je n’ai pas pu (encore ?) me procurer les DVD mais nul doute qu’un livret conséquent, comme toujours, accompagne chaque film. Faute de porte monnaie au point, je me suis contenté pour l’heure de visionner Quand je serai mort et livide en qualité médiocre et sous titrée en anglais.

Ouverture du film (cliquer ICI) 

L’ouverture du film (extrait sous titré de Malavida) donne bien le ton du film. Personnage marginal, évoluant dans un décor réel et contexte social morne. Il y est même question de fuite mais le final boucle la boucle sur le même lieu. Comme un échec à la tentative d’échapper à sa condition. Nul espoir ici.

Le film se déroule comme un road movie, une errance à travers une Yougoslavie déprimante. D’une certaine manière film s’inscrit en filiation avec le néoréalisme. Personnages à la dérive, lieux à la marge (je pensais parfois aux lieux périphériques du sous prolétariat des films de Pasolini) et scènes tournées dans le réel sans figurants (ainsi par exemple lors d’une sortie de bus, des personnes découvrent la présence de la caméra et la regardent). Une séquence de poursuite de Jimmy Barca pourrait faire penser au Voleur de bicyclette de De Sica.

Extrait – « Au voleur !« 

 

Le film est composé de plusieurs scènes musicales et toutes se déroulent sans dispositif de tournage superficiel. La musique baigne dans sa réalité, comme la réalisation de Pavlovic. On y retrouve même, dans une séquence, le témoignage d’une hostilité certaine à l’égard des tziganes et de leur folklore musical. C’est d’ailleurs l’occasion d’y relever une fois de plus, c’est à dire comme dans d’autres films de la Vague Noire tel La litanie des gens heureux (1971) de Godina, combien le mythe officiel de la fraternité entre les peuples est quelque peu biaisée dans la réalité.

Certes la musique incarne un temps l’espoir de sortie pour Jimmy Barca, mais c’est là une combine de plus, juste une illusion. Il n’en a pas la pratique et l’article faisant ses éloges est le fruit d’un service requis auprès d’une connaissance. La séquence d’une audition musicale à Belgrade ne peut donc être que cruelle à cet égard. Il est à noter que cette audition est bien ancrée dans son temps avec une scène musicale à tendance pop et hippie. Y apparaît même un certain Pedrag Jovanovic, surnommé plus tard Peda D’Boy et future star évoluant dans le groupe yougoslave D’Boys. Ce film de Pavlovic serait la première image filmée du chanteur, alors âgé de 17 ans. Il reprend ici le morceau I’m a believer composé par Neil Diamond. Le groupe The Monkees en fait un single en 1966 et c’est devenu un énorme succès aux USA et ailleurs.

 

Outre sa filiation avec le néoréalisme, le film dénote donc un franche pessimisme en suivant un personnage à la marge, irrécupérable d’une certaine manière, et hostile à la routine de la société yougoslave qui de toute façon ne semble pas emballer grand monde. L’ouverture du film donnait le ton là-dessus, et une grève d’ouvriers un peu plus loin entérine un quotidien peu enthousiasmant. Pour ce qui est du personnage principal il aurait inspiré John Schlesinger pour son Macadam cowboy (1969).

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