Led Zeppelin – Live at the Albert Hall – Peter Whitehead (1970)

EN ENTIER – 102 mn

Longtemps inaccessible, ce film a bénéficié récemment de quelques projections publiques en France, bien plus appréciables qu’un écran de PC. Néanmoins, profitons de sa présence sur you tube pour le (re)découvrir et poursuivre la redécouverte en son et images. 

Présentation ci-dessous d’Heure Exquise, à l’occasion de sa diffusion à l’auditorium des Beaux-arts de Lille début 2011 :

« Pour Peter Whitehead, derrière les extravagances des années 60 se dissimulent les germes d’une contre-culture révolutionnaire. Il filme alors les années pop comme un ethnologue.
Caméra à l’épaule, ce dandy «so british» est dans tous les bons coups dont ce concert des Led Zeppelin au Royal Albert Hall de Londres.
« Ce concert était programmé pour le 9 janvier, date du 26ème anniversaire de Jimmy Page. Peter Grant demanda à ce qu’on filme la soirée, qui devait faire l’objet d’un documentaire télé, destiné à être vendu à la BBC et dans le monde. Le concert fut donc filmé (avec 2 caméras 16mm portées à la main) et enregistré sous la supervision de Peter Whitehead, avec le studio mobile du groupe Pye. Finalement, le documentaire ne vit jamais le jour : le groupe trouva les images trop sombres. Le film disparut donc de la circulation pendant près de 30 ans.» Pierre-Yves Cloespin « 

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King Crimson – Passage TV française 1974

EN ENTIER – 30 mn

Un passage à la TV française de King Crimson en 1974, dans une émission de Marion Sarraut me semble-t-il. Ce groupe de « prog rock »  est alors dans sa meilleure période (de mon point de vue), soit la première moitié des années 70 (et malgré des chamboulements de formation, qui ont apporté de très bonnes surprises). C’est tout particulièrement la version livrée ici de Starless qui m’a interpellé, mais l’ensemble vaut le coup d’oeil et l’oreille. Bref une bonne curiosité que je recommande… surtout que les témoignages audiovisuels de l’époque est quasi nulle pour ce qui concerne les prestations du groupe ! A noter qu’après la sortie de l’album live USA (1975), il faudra attendre 1981 pour un nouvel album, le groupe ayant mis un terme entre deux à son existence, sur décision de Robert Fripp…

La liste des morceaux :

1. Larks’ tongues in aspic p.2
2. Lament
3. The night watch
4. Starless

 

A titre de comparaison, voici la version studio de Starless (mon morceau préféré du groupe) :

 

Et pour le plaisir cette reprise que j’ai découvert tout récemment, plutôt très réussie et originale, du groupe The Unthanks que je ne connais pas du tout :

 

 

Genesis – Live at Shepperton 16 mm de 1973

EN ENTIER – 63 mn

Genesis est un groupe incontournable du « rock progressif », ce genre musical qui explosa dans les années 70, aux côtés des excellents King Crimson, Camel, Yes etc. Bien entendu les départs de Peter Gabriel en 1975, puis du guitariste Steve Hackett en 1977, sonnent progressivement la « fin » du groupe. C’est dans la foulée de ces départs que Genesis rencontre un très grand succès commercial, dans les années 80, avec notamment son mauvais Abacab, et il touche le fond avec We can’t dance (1992), gros succès international. Il est alors temps pour Phil Collins de quitter également le groupe. 

Vous l’aurez compris, le premier Genesis (années 70), celui du rock progressif assumé – avec son lyrisme, ses folies, ses très longs morceaux, son concept album The lamb lies down on Broadway -, reste celui, comme pour tout un public épris de « rock prog », qui garde les plus vifs intérêt et plaisir.

Je poste ici ce formidable film, réalisé par des fans qui ont mis en place une réédition d’un demi-concert donné en Italie en 1973, et couramment appelé Shepperton 16 mm. Le son n’est pas superbe, mais nous y avons aussi l’occasion de voir le groupe évoluer en live sur scène, ère Peter Gabriel. D’une part c’est un document unique car peu de traces, y compris sonores, restent des live de cette période; et pour cause… En effet le groupe, à ses débuts, était semble-t-il hostile à toute édition live audio car il estimait que les morceaux y tranchaient avec les versions studio, et que la qualité y était trop inférieure, techniquement pas au point, les effets moins percutants. C’est ainsi que le vinyl (et CD) intitulé « live » de 1973 fut fait en quelque sorte  par surprise et sans réel accord du groupe, sur décision de leur studio, Charisma Records, en guise d’opération commerciale. Concert enregistré dans la tournée qui suivit la sortie de Foxtrot (1972), il y a même des fans qui rejettent cet album pour sa qualité jugée médiocre, en particulier pour le morceau The Return Of The Giant Hogweed, que le membre Tony Banks a même défini comme « raté »; à sa sortie beaucoup de gens se ruèrent cependant sur l’album, notamment pour sa valeur « historique », longtemps le seul témoignage audio du Genesis live période Peter Gabriel ! 

Mais ici nous avons donc là les images et le son, avec la présence du morceau fleuve Supper’s ready (le dernier du film), qui fut absent du live édité en vinyl (et cd).  Quant au jeu sur scène, il y a un côté théâtral fort appréciable avec surtout Peter Gabriel déguisé, et quelques notes (d’introduction) humoristiques. Quant à Steve Hackett il est souvent en plein trip sur son instrument. Le morceau Dancing with the moonlit knight, introduit par Peter Gabriel, me donne des frissons et même si Phil Collins a tenté de relever le défi à la voix par la suite, il faut tout de même avouer que Gabriel est inégalable, à l’image de ce live. Bref je vous laisse apprécier ce film-témoignage génial pour quiconque apprécie ce groupe; à défaut, c’est une bonne occasion ici de le découvrir et de peut être imaginer un peu plus l’engouement que pouvait susciter ce premier Genesis. Pour les plus jeunes dont je fais partie, n’ayant pas vécu cette période, c’est un grand bonheur que de pouvoir découvrir de tels documents vidéos – en plus des albums studios dont les premiers restent, pour ce qui me concerne, des chefs d’oeuvre en grande partie. 

Les morceaux du film :  1. Watcher of the Skies 2. Dancing with the Moonlit Knight 3. I Know what I Like (In Your Wardrobe) 4. The Musical Box 5. Supper’s Ready

 

D’autres lives vidéo témoins du premier Genesis (comprenons donc du véritable Genesis) sont devenus accessibles :

Mon morceau préféré du groupe, Firth of filth, ici en 1974, avec Peter Gabriel et Steve Hackett !!

 

Une autre version live (1974 )  de Dancing with the Moonlit Knight :

 

The battle of epic forest (1974) :

 

Un montage d’un passage à la télé belge de 1974 – 4 morceaux, en 30 mn (The Fountain Of Salmacis, Twilight Alehouse, The Musical Box, and The Return Of The Giant Hogweed) :

 

Et là, un témoignage live du début de la fin. Peter Gabriel est parti du groupe, Phil Collins est au chant. La dimension baisse d’un cran, assurément, mais ce document reste un film intéressant. Ca témoigne (en ce qui me concerne) de la chute amorcée du groupe même si j’en apprécie tout de même encore la prestation (c’est le contraste qui fait mal !). C’est le batteur Bill Bruford qui fait son apparition sur cette tournée, étant donné la migration de Collins, mais on le voit peu ici sur la vidéo. Ils sont aussi en duo de batterie sur certains morceaux. Bill Bruford ne persistera pas dans son expérience après la tournée, sans doute fut-il mal à l’aise dans cette formation nouvelle donne, lui qui a joué au début des années 70 dans le génial King Crimson (et le groupe Yes !), et participant à la réalisation de trois des chefs d’oeuvre consécutifs  du groupe : Larks’ tongues in aspic (1973), Starless and bible black (1974) et red (1974). Après la tournée, Steve Hackett n’est plus là non plus… No comment… Mon suivi du groupe n’ira pas plus loin


Oum Kalsoum : Al atlal (Les ruines) avec la traduction – 1966

Egypte – EN ENTIER – 59 mn

CHEF D’OEUVRE !

Sans doute l’interprétation la plus forte d’Oum Kalsoum dont on a trace visuelle. 

Biographie sur Hiba music :

« Oum Kalsoum dite aussi Oum Kalthoum ou Umm Kulthum (18 Décembre 1898- 03 Février 1975) est une légendaire cantatrice et musicienne égyptienne.

C’est déguisée en garçon qu’Oum Kalsoum a rencontré pour la première fois son public, alors qu’elle chantait dans la petite troupe de chants religieux de son père, Imam, à l’âge de 10 ans. Six années plus tard, Oum Kalsoum rencontre Cheikh Abou El 3ela Mohamed et Zakaria Ahmed qui l’emmènent au Caire avec eux où l’adolescente – qui deviendra légende – continue de se produire sous l’étoffe d’un garçon.

Oum Kalsoum se produit dans les petits théâtres de la capitale et sa destinée finit par croiser celle du poète Ahmed Rami, à qui elle doit son initiation à la littérature française ainsi que pas moins de 137 chansons, et du joueur de luth Mohamed El Qasabji qui ouvre à Oum Kalsoum les portes du Palais du Théâtre Arabe au milieu des années 20. C’est sur cette scène qu’Oum Kalsoum chante ses premiers grands succès. Le fait que les concerts de Oum Kalsoum soient gratuits au grand public a beaucoup contribué à la renommée de la chanteuse. En 1932, la notoriété de la diva est d’une telle envergure qu’elle se produit déjà dans les plus grandes villes du monde arabe : Damas, Bagdad, Beyrouth, Tripoli et d’autres.

Le 31 Mai 1934, élue à l’unanimité comme la plus célèbre chanteuse d’Egypte à l’époque, Oum Kalsoum inaugure Radio Cairo. Les gens se pressent à ses performances et guettent la moindre apparition  de la chanteuse durant sa saison musicale qui s’étendait d’octobre jusqu’en juin. Sa consécration est telle que la famille royale lui réclame des concerts privés mais assiste également à ses scènes publiques.

En 1944, Oum Kalsoum reçoit l’ordre ‘Nishan El Kamal’ du roi Farouk I. Malgré cette distinction accordée d’ordinaire aux membres de la famille royale et aux politiciens, Oum Kalsoum se voit refuser ses fiançailles avec l’oncle du roi. Profondément blessée et humiliée par ce rejet, Oum Kalsoum se distance de la famille royale dès lors.

On se réfère aux années 40 et aux débuts des années 50 comme étant « l’âge d’or » de la carrière d’Oum Kalsoum ; Toujours à l’écoute des goûts versatiles du public et tout en gardant ses chansons très représentantes d’elle-même, Oum Kalsoum s’entoure de compositeurs de talent tels que Zakariya Ahmad et du poète Bayram Al Tunsi. Pour des raisons obscures, Oum Kalsoum s’abstient dès le début des années 40 de chanter les compositions faites en collaboration avec Mohamed El Qasabji. Leur dernière collaboration est sur le titre « Raq el habib ». Le répertoire d’Oum Kalsoum change alors du style moderniste romantique à un style plus égyptien grâce aux compositions du jeune Riad El Sonbaty qui rejoint son équipe. En 1946, Sombati démontre tout son talent en composant une mélodie pour « Salou Kalbi », un poème de la plume du grand Ahmed Shawqi. Le succès de ce poème religieux attendu est immense. Sonbaty se hisse alors en meilleur compositeur de musique de poème arabe classique de tout le monde arabe, dépassant ainsiMohamed Abdelwahab.

Fort de ce succès retentissant, Sombati compose la musique d’autres poèmes d’Ahmed Shawqi qui viennent alors s’ajouter à la discographie d’Oum Kalsoum tels que le titre « Woulida El Houda » en 1949.

Au sommet de la gloire, en 1950, Oum Kalsoum chante  «Rubaiyat Al-Khayyam », un quartet d’Omar Khayyam qui est traduit à l’arabe classique par Ahmed Rami.

En 1964, Oum Kalsoum enregistre l’une de ses plus grandes chansons « Enta Omri » qui marquera sa première collaboration avec Mohamed Abdelwahab. Puis en 1966, Sombati compose la musique de « Al Atlal » pour le poème du même nom d’Ibrahim Nagy, chanson qui figure aussi sur la liste des titres les plus connus de la cantatrice.

Célèbre dans le monde entier, Oum Kalsoum a donné une multitude de concerts dans le monde arabe mais aussi dans le monde entier. Elle chante sur la scène de L’Olympia de Paris en 1967 et reçoit un télégramme de félicitations de la part de l’ex-président français Charles De Gaulle.

La durée moyenne d’un concert d’Oum Kalsoum était de trois à quatre heures durant lesquelles « La Dame » chantait deux à trois chansons seulement. Cela peut paraître bizarre aujourd’hui mais il faut noter que les chansons de la diva comptaient leur durée en heures et non en minutes comme les chanteurs contemporains.

Vers la fin des années 60, Oum Kalsoum commence déjà à montrer des signes de maladie car elle souffrait de graves crises néphrites aiguës. Mais malgré cela, la « Cantatrice du Peuple » poursuit ses concerts et en donne une série, à l’échelle nationale et internationale, en 1967 peu après la guerre avec Israël.

Cependant, la maladie prend du terrain sur cette grande dame et Oum Kalsoum donne finalement le tout dernier concert de sa carrière en Janvier 1973 au Palais du Nil.

Aidée de son mari, le Dr Hassan El Hafnaoui qu’elle épouse en 1953, Oum Kalsoum part pour les Etats Unis où les médecins s’acharnent à lui donner le plus de temps possible grâce à l’avancée de la médecine. Mais en 1975, Oum Kalsoum revient dans son pays natal,  pour y mourir à l’aube du 3 Février 1975.

Toute l’Egypte pleure sa cantatrice bien aimée, et le monde pleure avec eux une diva incomparable. Plus de 5 millions de personnes assistent à l’enterrement d’Oum Kalsoum dans le cimetière du Caire, auprès de la tombe de son père et son frère.

Généreuse, le peuple égyptien se souvient d’Oum Kalsoum aussi comme une bienfaitrice qui aida plus de 200 familles pauvres au cours de sa vie. Humble, Oum Kalsoum ne s’est jamais crue plus importante que les personnes pour qui elle chantait. Et Oum Kalsoum ne chantait que pour son public, car même en s’étant essayée au cinéma au début de sa carrière avec des films comme « Weddad » en 1935, «  Le chant de l’espoir » en 1937, «  Dananir » en 1940 ou encore « Aïda » en 1942, Oum Kalsoum s’est toujours sentie plus vivante en face du public qui l’admirait et l’écoutait, en transe.

Aujourd’hui encore, près d’un million de copies de disque d’Oum Kalsoum se vendent chaque année, prouvant ainsi qu’Oum Kalsoum survit aux années et s’écoute de génération en génération en impératrice d’un art immortel à la voix inoubliable qui chante encore « Gharib’ Ala Bab erraja », « Hayart Albi Ma’ak », « Touf we Chouf », « Ansak Ya Salam », « Ental Hobb » ou encore « Fakarouni » et bien d’autres mélodies d’une époque perdue et qui néanmoins demeure. »

 

« Al Atlal fait partie des vingt plus grandes chansons d’amour de la poésie arabe. C’est en 1966 qu’elle fut interprétée pour la première fois sur une composition de Ryad Essoumbati.Cette chanson a été ecrite par Ibrahim Nadji . Fredonnée par beaucoup d’entre nous qui n’en retenons que quelques bribes, voici le célèbre texte interprété avec brio par la diva , ainsi que sa traduction qui, faut-il l’espérer, lui donnera encore plus d’adeptes en faisant encore mieux apprécier ce chef d’œuvre immortel.

يا فؤادي لا تسل أين الهوى

كان صرحاً من خيالٍ فهوى
إسقني واشرب على أطلالهِ
وارو عني طالما الدمع روى
كيف ذاك الحب أمسى خبراً
وحديثاً من أحاديث الجوى
Ô mon coeur, ne demande pas où est passé l’amour
Il n’était qu’un château de mirages et s’en est allé
Sers-moi et bois en souvenir de ses ruines
Et raconte-moi tant que mes larmes couleront
Comment cet amour est devenu une légende
Et mots (exemplaires) de l’amour passionnel
لست أنساك وقد أغريتني
بفمٍ عذب المناداة رقيق
ويدٍ تمتدُّ نحوي كَيَدٍ
من خلال الموج مُدَّت لغريق
وبريقٍ يظمأُ الساري له
أين في عينيك ذيَّاك البريق
Je ne pourrais t’oublier car tu m’as séduite
Par ta bouche aux appels doux et élégants
Et d’une main qui se tendait vers moi
Telle la main tendue à un naufragé à travers les vagues
Et un éclair qui mettrait le voyageur solitaire en confiance
Y a-t-il semblable à cet éclair venant de tes yeux ?
يا حبيباً زرتُ يوماً أيكهُ
طائر الشوق أُغني ألمي
لك إبطاءُ المُدِلِّ المُنعم
وتجنِّي القادرِ المُحتكم
وحنيني لك يكوي أضلُعي
والتَّواني جمراتٌ في دمي
Ô mon amour, j’ai un jour visité le nid
De l’oiseau du désir ardent pour lui chanter ma douleur
Tu as la nonchalance de l’amoureux généreux
Et la cruauté du puissant qui trône
Pourtant ma tendresse pour toi me brûle les côtes
Et les secondes sont comme des braises dans mon sang
أعْطني حُرِّيتي أطلق يديَّا
إنني أعطيتُ ما استبقيتُ شيئا
آه من قيدِكَ أَدمى مِعصَمي
لِمَ أُبقيه وما أبقى عليَّا
ما احتفاظي بعهودٍ لم تصُنْها
وإلامَ الأسرُ والدنيا لديَّا
Donnes-moi ma liberté et lâches mes mains
J’ai tout donné et il ne me reste plus rien
Ah ! par ton emprise mon poignet saigne
Pourquoi ne pas l’épargner et rester comme je suis
Il ne me reste plus qu’à garder (en souvenir) mes promesses que tu n’as pas respectées
Sinon le monde ne serait pour moi qu’une prison
أين من عيني حبيبٌ ساحر
فيه عزٌ وجلالٌ وحياء
واثق الخطوةِ يمشي مَلكاً
ظالمُ الحُسنِ شهيُّ الكبرياء
عَبِقُ السحرِ كأنفاسِ الرُّبى
ساهمُ الطَرْفِ كأحلامِ المساء
Y a-t-il pareil à mes yeux que mon amoureux qui envoûte
En lui il y a grandeur majesté et pudeur
Il marche comme un ange d’un pas assuré
Injuste envers la bonté et s’inclinant devant les arrogants
Aux parfums ensorcelants comme les essences des fruits
Aux yeux charmeurs tels les rêves du soir
أين مني مجلسٌ أنتَ به
فِتنة تمَّتْ سناءً وسنى
وأنا حُبٌ وقلبٌ هائمٌ
وفراشٌ حائرٌ مِنك دَنا
ومن الشوقِ رسولٌ بيننا
ونديمٌ قدَّم الكأس لنا
De quelle partie en moi tu régentes
La discorde qui va d’étincelle en étincelle
Et moi qui ne suis qu’amour errant
Une couche tourmentée qui se rapproche de toi
Du désir ardent un messager s’est mis entre nous
Un compagnon de boisson (commensal) nous tendit le verre
هل رأى الحب سُكارى مِثلَنا
كمْ بنينا مِن خيالٍ حَوْلنا
ومشينا في طريقٍ مُقمرٍ
تَثِبُ الفرحةُ فيه قَبْلنا
وضَحكنا ضَحكَ طفلين معأً
وغدونا فَسَبقنا ظلَّنا
A-t-il vécu l’amour dans l’ivresse comme nous
Combien de mirages avons-nous construit autour de nous
Nous avons marché sur le chemin éclairé par la lune
Où la joie nous précédait
Et nous avons ri ensemble comme deux enfants
Avons couru et dépassions nos ombres
وانتبهنا بعد ما زال الرحيق
وأَفقْنا ليتَ أنَّا لا نفيق
يقظةٌ طاحت بأحلامِ الكرى
وتولىَّ الليلُ والليلُ صديق
وإذا النورُ نذيرٌ طالعٌ
وإذا الفجرُ مُطلٌ كالحريق
وإذا الدنيا كما نعرفها
وإذا الأحباب كلٌ في طريق

Et nous nous sommes ressaisis quand le nectar fut épuisé
Et nous nous sommes réveillés ah si l’on pouvait ne pas se réveiller
Un réveil qui nous a sortis du rêve de la somnolence
Et la nuit s’empara de nous et la nuit est un compagnon
Alors la lumière éclatante se leva
Alors l’aurore apparut comme un feu
Alors la vie suivit son cours
Alors chaque ami prit son chemin

أيها الساهرُ تَغْفو
تَذْكُرُ العهدَ وتصحو
وإذا ما التأم جُرحٌ
جدَّ بالتَذكارِ جُرحُ
فتعلَّم كيف تنسى
وتعلَّم كيف تمحوEh toi le noctambule qui s’assoupit
Tu marmonnes ton serment et tu te réveilles
Si une plaie se ferme
Le souvenir en fera revivre la blessure
Alors apprends à oublier
Et apprends à effacer
يا حبيبي كلُّ شيءِ بقضاء
ما بأيدينا خُلقنا تَعساء
رُبما تجمعُنا أقدارُنا
ذات يومٍ بعد ما عزَّ اللقاء
فإذا أنكر خِلٌّ خِلَّهُ
وتلاقينا لقاءَ الغُرَباء
ومضى كُلٌّ إلى غايَتِهِ
لا تَقُلْ شئنا فإن الحظَّ شاء
Ô mon amour toute chose est liée au destin
Nous n’y pouvons rien et avons été créés faibles
Peut-être que nos destins nous réuniront
Un jour après la langueur
Si d’aventure les amoureux se renieront l’un l’autre
Et nous nous rencontrerions comme des étrangers
Et toute chose suivra son cours
Ne dis pas que nous l’avons voulu ,
ce n’est que le destin qui en a décidé. »

Aït Menguellet : « Raconte moi une histoire » – Yves Billon (1997)

EXTRAITS

Un documentaire produit par Zaradoc films (évoqué également ICI sur le blog), qui se spécialise particulièrement dans les films autour de la musique. 

Aït Menguel­let est sans aucun doute le plus grand poète-chanteur vivant aujourd’hui en Kabylie (Algérie). Ce film, con­struit à la manière d’un clip poé­tique et austère, est ponc­tué d’images de la Kabylie dans une évo­ca­tion rurale et col­orée, à la manière d’un conte. Accom­pa­gné de ses musi­ciens, Menguel­let inter­prète poèmes et chants lors d’une nar­ra­tion fréquem­ment inter­rompue par les ova­tions et les danses d’un pub­lic fer­vent qui reprend à l’unisson les thèmes les plus populaires.

Ouverture du film :

 

Magnifique chanson incorporée au film (sous titrée) :

 

D’autres chansons :

Tayri (L’amour) – Sous titrée :

 

Ayafrouk Ifirelles – Reprise en live d’une chanson composée par Slimane Azem, évoqué ICI sur le blog

 

A kwen ixdaa (Soyez maudits) – Sous titrée et live :

 

Lxuf (La peur) – Sous titrée :

 

Lehlak (Le mal qu’en moi) :

Lehlak—- Le mal qu’en moi…

(Refrain)

Lehlak i d-teǧǧiḍ dgi—- Le mal qu’en moi tu as laissé
Ur yesɛi amdawi——– Ne connait point de remède 
F lǧal-im i diy-yextar—- C’est pour toi qu’il m’a élu

Am-wakken yeggul felli—- C’est comme s’il avait juré 
Ad yeqqim ɣuri—————- De rester en moi
Alamma subben lečfar—- Jusqu’à ce que se closent mes yeux 

Ul’ i d-ixeddem imeṭṭi—- Les larmes n’y peuvent rien
Rruh la ixetti—————- Mon âme s’éteint 
Am lgaz yeǧǧan lefnar—- Comme la lampe sans pétrole

Si dunnit tekkesd-iyi——– Tu m’as soustrait à la vie 
Urǧiɣ-am Rebbi—————- J’attends de Dieu
D lmut aa d-id-irren ttar—- Qu’il me venge dans la mort

(Premier couplet)

Rruh-iw a n-yas d ahmam—- Comme un ramier mon âme
A n-yaweḍ s axxam———— Arrivera en ta maison
Ad am-n-ibedd ɣef ssur—- Et sur tes murs se posera

S ssut-is a m-yefk sslam—- Sa voix te saluera 
Qbel a d-yeɣli ṭṭlam———— Avant la tombée de la nuit
A n-iruh lewhi n ṭṭhur—- Vers le début de l’après-midi

Muql-it mlih ma iɛerq-am—- Regarde bien pour la reconnaitre 
Yettawi ccama-m———— Elle porte la cicatrice
D ccama s-ǧǧan leɣrur——– De tes trahisons 

(Deuxième couplet)

A n-yuɣal d afrux n-yiḍ——– Elle viendra en oiseau de nuit
A n-yas ur tebniḍ—————- A l’improviste
Wali-d allen-is di ccqayeq—- Ses yeux t’apparaîtront à travers la porte 

A m-n-ihedr f-win teǧǧiḍ—- Elle te parlera de celui que tu as quitté 
Alarm t-tenɣiḍ—————- Dont tu as provoqué la mort
Seddaw tmedlin yehreq—- Que tu as condamné au feu sous les dalles

Rruh-is anda telliḍ—————- Où que tu sois son âme
A n-yarzu kul iḍ——————– Viendra toutes les nuits
Bac naddam ad am-yeɛreq——– Troubler ton sommeil 

(Troisième couplet)

Lehlak aa n-yerzun ɣurem—- Le mal qui viendra te visiter
D rruh-iw ayen———— Ce sera celui
Lehlak nni diy-yebbwin—- Qui a emporté mon âme 

A n-yas s ul-im a t-yeɛdem—- Il viendra pour prendre ton cœur
Ɣef-wayen i s-ixdem—— Pour tout le mal que tu lui a fait
At-tsafred mebɣir aɛwin—- Et tu t’envoleras sans viatique

Rruh-im a t-id-yegzem—- Il arrachera ton cœur 
Yides a t-id-yeddem——– L’emportera avec lui
Ɣur Rebbi ad ddun i sin— Vers Dieu ils s’en iront tous les deux

(Quatrième couplet)

Si tmedlin i diyi-rran—- Des dalles dont on m’a couvert
Atas i d-yegwran——– Beaucoup restent
A m-tent-rren i kemmini—- Dont on te couvrira toi aussi

At-tezdeɣd ger izekwan—- Tu habiteras parmi les tombes
D ixxamen imsawan——– Toutes semblables les unes aux autres 
Lgar-im d nekkini——– Et tu m’auras pour voisin

Wid yessaramen a kem sɛan—- Ceux qui comptaient t’avoir
Iɣur-iten zzman—————- Seront trahis par le destin
Yerra-yi-kem-id ɣer ɣuri——– Qui sait qu’il te rendra à moi

 

Ay Abrid (Chemin oublié) – Sous titrée :

 

 

Godspeed You! Black Emperor – Clips / performances live

Après avoir abordé, récemment, le groupe The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble et ses accompagnements musicaux de films, me voici là sur le point de consacrer une note à un de mes groupes favoris de « post-rock », véritable OVNI dans le genre : Godspeed You Black Emperor ! Après quasi dix ans d’absence et un dernier album génial, Yanqui U.X.O, le groupe est revenu sur scène en 2010-2011 : l’annonce officielle du groupe alors, qui privilégie toujours l’oeuvre, à l’emballage médiatique et au consumérisme qui en découle, malgré tout ce qu’ils peuvent contenir en façade : esprit contestataire, underground, écologie, art… bref tout cela est récupérable et monnayable et rendu caduque par le système : 

« Après une retraite d’une décennie, la pisse de Dieu a décidé de rouler à nouveauNous sommes, comme toujours, excités, têtus et pétrifiés. Ca fait un bout de temps, et sous la pluie, les freins ont été envahis par la rouille -on va sans doute devoir y aller au marteau, à l’huile de coude et avec fureur, comme au bon vieux temps. Nous avons hâte d’y être. Et Moya est de retour avec nous (alléluia!) »
« Ce que nous avons fait pendant cette absence = pas mal d’autres groupes, des roadtrips solitaires, deux studios construits, un restaurant et trois salles de concerts montés. La bande originale d’un film et 4 nouveaux enfants et 3 nouveaux chiens. Des jobs sans issue. Un peu d’agriculture et des potagers. A petit label. L’acuponcture comme gagne-pain. Et trois d’entre nous sont simplement restés sur la route. »

« Nos plans actuels = ATP UK (nb: le Night Before Christmas du festival ATP, qui se déroulera à Minehead début décembre), quelques concerts au Royaume-Uni et en Europe, et neuf villes américaines. Jusqu’à nouvelle introspection, NOUS N’ETUDIERONS AUCUNE AUTRE OFFRE. Nous ne donnerons pas non plus d’interviews. Les demandes faites au groupe, au label ou au tourneur n’aurons pas forcément de réponse. Tout ce que nous voulons réellement faire consiste en ce que nous faisons, foncer tête baissée dans la tempête. »

« Entre aujourd’hui et ces concerts, il va y avoir des torrents de bruit et de distractions. Et l’Internet est un monstre tyrannique et mesquin. Tout ce qui importe vraiment est le fait de continuer à continuer. Tout ce qui importe vraiment est la scène. Et l’engagement physique dans le Monde. Et les gens comme nous et les gens comme vous.

Merci de comprendre cela, et merci de continuer à nous écouter.

A l’hiver prochain. »

Mais que vient faire Godspeed You Black Emperor sur ce blog « d’un cinéphile », me direz-vous ? Quel(s) prétexte(s) vais-je trouver ? D’une part, de manière générale, le cinéma n’est pas à isoler d’autres modes d’expression, et peu importe si on les considère comme du « grand Art » ou comme de l' »artisanat » (le photographe Henri Cartier-Bresson employait ce terme pour désigner sa pratique, tout comme le cinéaste Luc Moullet) : photographie, B.D, peinture, littérature, musique, théâtre… interagissent avec le cinéma et ce dernier ne peut se « nombriliser » au point de les ignorer et s’en couper totalement. D’autre part Godspeed You Black Emperor, lors de sa dernière tournée (2011), a mis en place un dispositif de projection de films durant leurs concerts, et cette note vise donc à en montrer des facettes, puisque de bonnes vidéo live, au son correct, circulent.

Pour une biographie concise du groupe, je renvoie à cette page du site Fenec.

Peu ouvert aux médias, le groupe est donc peu loquace. Par ailleurs il est ouvertement anticapitaliste, sans user de discours-interviews pour en faire part, hostiles à la communication mass media et à la récupération. Il se contente de créer et de jouer leur musique, sans tomber dans le moralisme que leur célébrité relative pourrait leur permettre . Voici une rare interview du groupe, publiée sur les Inrocks, avant de passer aux vidéos :

 « Engagement, art, politique

La plupart des gens présument qu’écrire sur la musique et l’art est automatiqument dépolitisé. Alors, dès que vous exprimez une opinion, soit sur les mécanismes de création/expression/présentation musicaux, soit sur la manière dont chacun de nous participe à ces économies dangereuses de violence, d’exploitation, d’avarice ; dès que vous soulevez le débat publiquement ou tentez de saisir votre propre place et rôle dans cette tempête de merde, dès que vous participer à cette polémique, vous êtes soit sanctifié et considéré comme un prophète des jours maudits, ou alors discrédité et taxé de politiciens aux sermons naïfs. Selon nous, nous n’avons jamais été assez engagé politiquement et non, nous ne sommes pas des squatteurs végétariens du Mile End ; nous sommes plutôt des musiciens perdus, confus, saouls. En fait des débats sur la musique et la politique devraient avoir lieu, mais ce n’est pas le cas.
Le fait que culture et politique soit traités de manière distincte dans les médias constitue à nos yeux un problème. Nous avons pour notre part toujours pensé que l’acte de création musicale et le politique sont liés.

Garder le cap, rester indépendant

Aucun de nous ne vit de façon abstraite. Nous sommes tous confrontés à la violence, au désespoir, et à la tyrannie de la peur. Devant un tel constat, il semble que partout où l’on regarde, l’indifférence et la complaisance sont récompensées, alors que toutes les tentatives d’articuler des préoccupations simples et concrètes – quant au rôle que nous jouons tous dans le cycle de la consommation ou de l’aliénation – sont elles méprisées ou ignorées. Nous sommes souvent découragés de voir ce que les gens écrivent sur nous dans les magazines ou sur l’Internet, et nous essayons de faire de notre mieux pour que notre message puisse être diffusé de façon plu satisfaisante. Mais nous ne somme malheureusement pas les seuls à évoluer dans ce bourbier. Nous espérons simplement un jour, grâce à nos efforts et à ceux que font des millions de personnes, parvenir à nous extraire de l’emprise mondaine, cynique, ironique et complaisante qui nous écrase. Qui nous écrase et qui chaque jour foule au pied la moindre tentative utopique qui essaie d’éclore.

L’après 11 septembre et l’enregistrement de Yanqui U.X.O

Yanqui U.X.O. a été enregistré dans le contexte de l’après 11 septembre, au beau milieu de la peur de l’anthrax, de la tyrannie des étendards nationaux, et des multiples exhortations à “faire comme d’habitude”, à continuer d’aller dans les magasins. Nous n’avons pas choisi ce contexte, et nous n’avons pas souhaiter l’ignorer. Ce disque à été fait dans l’ombre de décrets présidentiels, dans l’indifférence devant le nombre de morts en Afghanistan, et devant l’étrange sentiment de découragement devant ce monde qui continue à tourner tant bien que mal, à la merci du business et de la doctrine de la guerre éternelle prônée par Bush. Pour nous, l’idée de présenter sur la pochette de notre disque un schéma reliant l’industrie du disque à celle de l’armement prenait alors tout son sens. Ce n’était pas une tentative de nous déculpabiliser, mais simplement de montrer comment aujourd’hui chacun de nous évolue dans ce contexte, et prend donc sans le vouloir sa part de responsabilité dans le bombardement d’innocents.

L’artiste, la musique, le business

Nous travaillons tous sous une terrible chape de plomb. Et sous la coupe de tous ces gouvernants, qui couchent les uns avec les autres, et qui s’enrichissent chaque jour. Notre labeur alimente tout un réseau qui mène finalement à la production de bombes mortelles. C’est si évident que, dit comme ça, cela apparaît comme un cliché bien ennuyeux. Nous sommes sans illusions quant au fait que la charte qui apparaît au verso de notre dernier disque dévoile une vérité. Nous connaissons tous l’existence de ces relations au sommet.

Le plus triste, c’est qu’il est si facile de les révéler, de les retracer. Elles sont si évidentes. Et pourtant, nous ne réagissons pas. Nous ne manifestons pas. On sait tous que l’industrie musicale est détestable, corrompue, cynique, pleine de lacunes. Et pourtant encore une fois, elle va de l’avant, aveuglément, se gavant de l’agent durement gagné par des individus, mais aussi de leurs espoirs et rêves frustrés. Ne sommes nous pas tous d’accord sur le fait que la musique devrait être libre et que l’argent est toujours le problème fondamental ?

Godspeed et le système

Nous ne pensons pas que Godspeed soit innocent et extérieur à cette économie. Nous sommes, comme tout le monde, dans cette porcherie et nous profitons d’un système que nous détestons. Les contradictions inhérentes à notre quête nous sont douloureusement apparentes. Aucun adjectif affriolant, ni aucun accord parfait ne feront disparaître ces contradictions.

La seule chose qui est en notre pouvoir, c’est d’articuler plus clairement le lieu où s’érige, selon nous, la ligne de front : c’est à dire effectuer des petits pas pour nous sentir un peu moins perdus.
La charte n’est pas, à nos yeux, une manière systématique de pointer du doigt. Nous n’appelons pas au boycott des produits de tous les grands labels (quoique ce ne serait pas si mal), et nous ne sommes pas intéressés par le fait de crier sur tous les toits ce que tout le monde sait déjà.

C’est plutôt une façon d’exposer un état de fait qui se doit d’être souligné, mis en évidence, plus qu’il ne l’est actuellement. Nous sommes bien conscients d’être paresseux, sans vision, coupables. Nous devons tous prendre un peu nos responsabilités et à ce niveau, en tant que groupe, nous merdons tout le temps. Il nous semble que la moindre des choses est celle de faire des choix, personnels et professionnels, avec une certaine lucidité quant aux pattes graissées et aux poches qui se remplissent chaque fois que nous vendons un album.

Se prémunir de l’oppression du système

Ce serait bien si tout ça n’était pas une préoccupation. Ce serait agréable de ne pas stresser quant à l’argent. Ce serait bien aussi si on ouvrait sa gueule plus qu’à l’habitude, même juste pour crier : “Mais qu’est ce que c’est que ce bordel !”
La seule chose que nous pouvons faire, c’est de demeurer intègres ; de rester le plus loyaux vis-à-vis des sujets qui nous importent vraiment, peut-être attacher des fusées à ces rêves éveillés croiser les doigts’

Habituellement, nous sommes en mesure de résoudre la tension chronique qui peut exister entre un succès modéré et quelques idéaux têtus. Prendre des décisions en tant que groupe exige travail et réflexion. Je crois, qu’à ce niveau, nous nous améliorons. Nous répétons moins les mêmes erreurs. Nous sommes capables aujourd’hui de payer notre loyer avec nos tournées et ça, c’est une bonne chose. En fait c’est la seule chose dont nous avons besoin. Il est plus facile faire des choix sans compromis lorsque vos yeux ne sont pas plein d’étoiles.

Nous souhaitons donc toujours que les gens saisissent un peu de ce que nous avons à offrir, pas comme une vision parfaite ou encore une solution de rock star sanctifiée, mais plutôt pour ce que c’est : une manière de dénoncer le mensonge généralisé que tout le monde finit par vendre, que l’idéalisme est pour les lèches cul et les élitistes. Nous souhaitons aussi que nos disques donnent un peu de jus à ceux qui en veulent ou qui en ont besoin.

Le label Constellation, l’indépendance

La question n’est pas de nous isoler de l’industrie musicale, et nous ne sommes définitivement pas des isolationnistes. Lorsque nous avons débuté dans le milieu, nous avons dû, par nous-même, organiser nos spectacles, construire nos propres espaces de performance, trouver notre propre voie, petit à petit. NOUS N’AVIONS PAS LE CHOIX. Et c’est tant mieux.

L’autonomie est à nos yeux très importante. Nous sommes, en général, très heureux d’être livrés à nous-mêmes. Cela ne signifie pas, construire autour de son jardin des barrières. Notre situation est plus celle d’un jardin abandonné dont personne ne voulait. Alors nous avons construit, de bric et de broc, un petit abri afin de nous protéger de la pluie et de la neige… Nous avons, en chemin, fait la rencontre de confrères avec qui nous avons acheté d’autres matériaux de construction.

Ce qui importe de toute manière, c’est le travail mis en commun. Il faut laisser derrière soi les amères disputes et consolider nos efforts afin que notre uvre résiste et grandisse (voir même s’en détacher juste pour que les semences croissent). Ce sont les valeurs que nous partageons avec Constellation car nous avons la même histoire. Nous sommes heureux aujourd’hui que Constellation sorte le CD et le vinyl ; et que finalement, les champs que nous avons, ensemble, labourées et ensemencées, portent leurs fruits ? Et qu’un tel processus de création commun nous permettent aujourd’hui de regarder de petites fleurs éclorent.

Le futur de Godspeed

Godspeed est né et mourra comme une créature fragile. Pour nous la question n’est pas de savoir si nous voulons mettre un terme au groupe mais si nous avons encore assez d’énergie pour continuer. Chaque album est réalisé comme si c’était peut-être le dernier. Et c’est à la fois sain et bon. Nous avons beaucoup d’estime pour ceux qui ont tracé la voie avant nous et ressentons une forte complicité avec une multitude de gens’ pionnés et contemporains.

Nous considérons ce qui se passe, par exemple, dans l’underground et les lieux de répétitions comme un processus de collaboration ; comme si nous en venions tous aux mêmes conclusions. Nous croyons qu’il est naturel de respecter le travail que chacun effectue dans cette sphère que nous partageons, d’ouvrir toujours plus de chantiers pour nous tous et ceux à venir. Garder la chose sainte. Sainte et ne pas pisser systématiquement sur la tradition. Il est important de garder en mémoire que nous ne sommes qu’une infime part d’une équation infinie, qui prend de l’ampleur, puis se contracte, puis prend de l’ampleur à nouveau. » Propos recueillis par Joseph Ghosn et Pierre Siankowksi. Traduction Anaïs Le Guennec

 

Histoire de nouer un premier contact avec le groupe, rien de tel que ce World Police, dont voici une prestation live à Paris en 2011 – TOUT SIMPLEMENT ÉNORME :

 

Un collage ici du morceau Sleep à un film d’archives sur Coney Island :

La version live ci-dessous – Athènes 2010 :

 

Gathering storm (terrible !) – Montréal 2011

 

Rockets fall on rocket falls 

Un morceau phare du dernier album. 1ère partie ci dessous à Athènes en 2010 :

 

2ème partie dans une autre ville :

 

Moya – Amsterdam 2011

 

Providence – Athènes 2010