Body memory – Ulu Pikkov (Estonie)

EN ENTIER –

Body memory – Ulo Pikkov – 9 mn – 2011 – Estonie 

« Notre corps se souvient de plus de choses que ce que nous imaginons, notre corps se souvient également des peines et tristesses de nos ascendances. Notre corps garde en lui la mémoire et les histoires de nos parents, grands-parents et de leurs ancêtres. Mais jusqu’où peut aller la mémoire de nos corps ? »

Grand prix au Festival Anim’Est de Bucarest de 2011, mention spéciale au festival Tous courts d’Aix en Provence 2011, meilleur film d’animation  au Festival international de Clermont-Ferrand 2012…

Voilà un court métrage d’animation particulièrement saisissant. En général, la réception de ce film se tourne vers une métaphore du génocide des juifs. Mais il peut également se comprendre comme toute forme de déportation, d’univers concentrationnaire… et la mémoire corporelle qui se perpétue parmi les descendants.  C’est ainsi que l’auteur – estonien – aurait élaboré ce film en partant de la déportation des milliers d’estoniens de juin 41 par la Russie de Staline et qui arrivèrent  en partie dans des camps de Sibérie (hommes, femmes et enfants de moins de 16 ans); environ 4000 estoniens reviendront vivant de cette déportation de masse. La Lituanie et la Lettonie furent également concernés. Une Histoire de départ, donc, pour Pikkov mais dont la réalisation dépasse une lecture régionale; que ce soit le nazisme, l’esclavage et la colonisation, ou le totalitarisme soviétique, ce film peut y renvoyer. Le point essentiel du film est la question de la mémoire collective.

Le traitement formel – mélangeant animation et prises de vue réelles -, contribue à une atmosphère des plus glauques. Les personnages (marionnettes) évoluent dans un univers concentrationnaire de déportation (le train) et sont réduits à des bêtes; conditions notamment traduites par la bande sonore.

Toute une métaphore autour du fil de laine conduit à différentes perceptions possibles. Un ennemi invisible tire en effet sur la ficelle, et efface les personnages, y compris une femme enceinte. Un certain univers kafkaien est tangible par cette invisibilité de l’ennemi tandis que la vie des êtres ne tient plus qu’à un fil, matérialisant la fragilité de leurs existences. La ficelle renvoie également au souvenir – fragile – qui compose physiquement les humains. L’ouverture et le final du court métrage indiquent cette importance de la pérennisation de la trace, dans le corps individuel, de la mémoire collective. Cela constitue en partie un fardeau. Ne pas oublier à quel point l’univers concentrationnaire peut conduire à une certaine « honte » (tel l’exprime par exemple Primo Levi dans Si c’est un homme et Les naufragés et les rescapés), tandis que des aspects sont amenés parfois à être tus dans la mémoire officielle et l’Histoire qu’elle met en oeuvre; soit un silence (ou une falsification) plus ou moins imposé qui porte en lui-même les traces de la tragédie collective. Même le silence et l’opacité d’une mémoire collective portent en soi un héritage dans le présent.

C’est en cela que ce film est percutant : il universalise la mémoire collective et sa pérennisation dans le corps face aux univers concentrationnaires, quel que soient les peuples ayant subi les atrocités. La déportation laisse derrière elle une simple trace, ainsi l’incarne le train transformé en ver, qui a par ailleurs avalé des masses d’individus. La juxtaposition de ce ver à la branche d’arbre qui écrit sur une feuille de papier est assez déconcertante. Peut être l’indication d’un corps individuel qui découle d’une dimension collective, celle-là même qui a été avalée par l’horreur du passé ? On peut également y voir la métaphore de l’artiste qui s’attache à dessiner/écrire autour d’un passé en guise de transmission, passant outre l’oubli.

Davantage qu’un passé matérialisé par une patrimonialisation, c’est le fait d’être marqué qui occupe la préoccupation du film. Pas tant le résultat d’un processus mémoriel, que la mémorisation en tant que telle, même quand elle se traduit par le silence et la disparition qui en soi expriment un passé. L’horreur explique la douleur et la mémorisation n’est pas forcément un acte volontaire. L’héritage est présent, mais comment et jusqu’à quel point ? C’est sans doute là qu’intervient la place de l’individu face à cet héritage. Un film qui questionne beaucoup le rapport de l’individu quant à l’Histoire collective qui le constitue en partie. La tragédie, nettement palpable, renvoie aux difficultés mémorielles parmi les descendants.

Mezzanine (2011) et Kino Lika (2008) – Dalibor Matanic (Croatie)

Court métrage (bande annonce) / Long métrage (EN ENTIER) – Croatie

Je connais très mal le cinéma croate contemporain, notamment parce que je suppose que la distribution des films n’est pas particulièrement favorable à leur circulation sur grand écran, à part les quelques festivals et initiatives locales (comme pour les autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, ainsi les réalisations de Zelimir Zilnik par exemple).

Dalibor Matanic est un cinéaste croate assez « réputé » de ce côté de l’Europe (France and co), sans qu’il ne semble faire de concessions à un cinéma commercial et propice à un regard superficiel sur son pays. Un cinéma qui rejoint également des thématiques transversales, notamment très axé sur les femmes (d’après ce que j’ai pu lire de sa filmographie).

Mezzanine – 2011 – 14 mn

« Mezzanine se déroule dans une ville aliénée régie par des principes impitoyables de la société d’entreprise. Une jeune femme consent à être réduite à l’état de chair humaine, son seul moyen de survivre. Sa mère l’encourage à s’embarquer dans ce monde sans-cœur, se rendant compte que sa propre enfant subit des dommages irréversibles. »

J’ai découvert ce court-métrage lors de l’édition 2011 du Festival International du court métrage de Lille. Et le moins que je puisse dire est qu’il m’a considérablement marqué. Depuis je cherche à le revoir, notamment sur la toile, mais sans résultat. Il semble que Mezzanine ait fait le tour de nombreux festivals en Europe, tant il percute, avec une qualité de mise en scène indéniable. Lors de son passage au Festival de Lille, je m’empressai de « voter » comme spectateur en faveur de ce film pour meilleure court de la sélection. Au final, il n’obtint aucun prix, ni du jury… ni du public. Peut-être que la dureté du film explique en partie le manque d’engouement du public et du jury. Mais aucune gratuité là-dedans, c’est à signaler, et au contraire une fiction redoutable quant à notre société « moderne », en plus d’une réflexion ardue sur la marchandisation du corps de la femme, en cette époque de pseudo « égalité » entre les sexes qui serait acquise si l’on en croit la propagande occidentale.

Dans ce court métrage, il est question du harcèlement sexuel, de la soumission du corps pour survivre. Une jeune femme se soumet sexuellement pour pouvoir travailler, survivre, avec les encouragements familiaux (de la mère). On comprend que le refus de la soumission sexuelle expose au chômage. Pour travailler, il faut se vendre, jusque dans son corps. il est intéressant de noter que ce film questionne le regard – je trouve – porté sur le jeune femme, à multiples reprises : a t on affaire à un objet ou une personne ? Telle l’ouverture du film où la mission de la mère est de rendre « belle » sa fille, la rendre « disponible à » ; puis cette séquence d’attente au bureau où le regard pourrait se poser sur les jambes de la jeune femme…ou sur le stress des mains; cette séquence finale où la jeune femme, démaquillée, nous regarde et révèle un visage d’adolescente. La personne alors nous apparaît clairement, derrière toute la fonctionnalité qu’on lui a donné dans le film pour survivre, et nous manifeste son dégoût (envie de vomir). La violence de l’acte de soumission sexuelle est filmé froidement et sans effets spectaculaires. Il n’empêche que ça dégage une grande violence; ainsi cette scène de la baignoire où apparaissent  des bleus sur une jambe soit les marques de la prise de possession de l’employeur. L’acquiescement de la mère face à cette situation est assez terrible et se contente de recoudre la robe déchirée…

La violence invisible, diffuse dans la société, notamment déclinée sous forme de harcèlement-« consentement » révèle toute son horreur dans Mezzanine. Nos sociétés occidentales sont constituées de violence latente à l’égard des femmes, souterraine, derrière les façades d’ « égalité » et d’ « émancipation ». Les violences faites aux femmes, tel que le viol, restent cantonnées aux « faits divers » sordides, ainsi quand il s’agit de s’attarder sur « un cas » exemplaire de monstruosité, dont le « spectacle » permet la mise à distance de tous les autres comportements et rouages ancrés dans les pratiques du quotidien (au travail, dans la vie privée…). Plus l’acte est spectaculairement odieux, laissant visiblement du sang sur son passage, plus ça exempt les violences « invisibles » et insérées dans les profondeurs de la société.

Ce film est aussi un incroyable crachat sur le monde du travail et de l’asservissement qu’il exige. Le tout est froid, clinique, subtil mais assez violent psychologiquement. Il est question d’esclavage, tel ces slogans militants qui parfois parsèment les lieux de travail : « travail précaire, esclavage moderne« . A ce propos, il y a une interview réalisée par le site internet Un autre futur avec des salariées syndiquées du nettoyage, intitulée « Les femmes dans le nettoyage et l’hôtellerie-restauration » (ICI) : s’y développe, dans les propos, un combat contre les conditions précaires qui ne se résument pas qu’à la seule dimension financière. Le harcèlement, par exemple, et son credo « normal » y est dénoncé avec beaucoup de précision.

Un film que je recommande beaucoup, qui reste pour moi très marquant. Je pense que beaucoup de choses sont à dire de ce film, beaucoup d’impressions diverses sont possibles.

 

Kino Lika – 2008 – 116 mn – VO non sous-titrée

Il est dommage que le film ne soit pas sous titré, ça enlève beaucoup de choses, notamment la déclinaison d’un humour particulier et fort appréciable. L’occasion cependant de se faire une première impression du film,  avec une mise en scène très réussie. Ainsi qu’un procédé de tournage fort particulier, comme le précise Matanic dans une interview, et c’est en cela que je faisais un rapprochement, dernièrement, quand j’évoquais ICI sur le blog J’ai même rencontré des tziganes heureux : acteurs et actrices non professionnels pour la plupart, l’improvisation est de mise, sans texte imposé. Ce qui occasionne, d’ailleurs, quelques anecdotes de tournage fort drôles.

Bref, je ne peux que renvoyer à une excellente interview portant sur le film, parue ICI sur le site Divergences.

 

La légende du photographe officiel – Cristian Mungiu (2009)

Cristian Mungiu – La légende du photographe officiel – 2009 – Roumanie – EXTRAITS VOSTF  + EN ENTIER VO non sous titrée

Voici un des épisodes du film roumain Contes de l’âge d’or (Amintiri din epoca de aur), construit sous forme de sketchs, qui a été produit et scénarisé par Cristian Mungiu. La réalisation de l’ensemble fut entreprise par cinq réalisateurs roumains : Hanno Höfer, Razvan Marculescu, Cristian Mungiu,Constantin Popescu et Ioana Uricaru. Mungiu s’est fait connaître largement en France (et ailleurs) par son fameux 4 mois, 3 semaines, 2 jours, très récompensé, ainsi au Festival de Cannes 2007. Contes de l’âge d’or révèle une toute autre facette et notamment cet épisode-sketch relayé ici, que je savoure régulièrement. Pour l’ensemble du long métrage, il est difficile de ne pas songer aux comédies italiennes, chargées en burlesque, humour acide, férocité et souvent à charge politique. Lors de sa sortie, Mungiu exprimera d’ailleurs que “Contes de l’âge d’or est pour moi dans la lignée des films italiens des années 1960 ou 1970, populaires, directs et drôles.” D’autres films roumains, à certains égards, de par un humour et un regards particulièrement acides, ne seraient pas sans faire penser au cinéma italien, tout en gardant ses expressions et thématiques qui lui sont propres. Je pense par exemple, ici, à La mort de Dante Lazarescu de Cristi Puiu (2005).

Les dialogues de La légende du photographe officiel, brefs et directs, sont très croustillants, et nous en avons ci-dessous 2 passages sous titrés :

Sur un credo humoristique, le sketch porte une critique quant à  la presse de la période Ceaucescu. Mais on pourrait aussi songer à des temps plus récents, où les médias sont somme toute contrôlés (avec une bonne part d’auto censure) et devant véhiculer certaines images correspondant aux voeux des pouvoirs en place et aux systèmes de domination. Ce qui est intéressant, ici, c’est le côté idiot du contrôle de l’image, même quand elle parle contre ce qu’on veut mettre en avant. Il y a une critique à la fois sur le fond… et la forme. Et c’est davantage un système qui est visé, que le photographe « bientôt à la retraite« . L’erreur commise à la une du journal, c’est tout un processus qui est révélé et ridiculisé aux yeux de tous, et à travers, le pouvoir de Ceaucescu. Le travailleur de fin de sketch, si invoqué dans les réunions et objet de la propagande, éprouve un rire assez significatif.

Le skecth est EN ENTIER en vo non sous titrée ci-dessous :

Le film développe aussi un aspect beaucoup plus dur, en abordant en hors champ une fin qui s’annonce funèbre pour les photographes qui commettent la bourde : les bruits de pas de la hiérarchie sont à glacer le sang … Le comique développé autour des montées et descentes d’escaliers, sous une forme burlesque, prend une toute autre tonalité le temps de quelques secondes, révélant un rouage impitoyable de contrôle et de « sanction ». On pourrait songer à une autre « bourde » aux lourdes conséquences : celle des étudiants de Haut les mains, un chef d’oeuvre du cinéaste polonais Jerzy Skolimowski (1967) dont voici un extrait incontournable :

Trans : Beware – WTF (2012) // Moati – Mes questions sur les trans (2011) // Vlà les T! (2012) // Interview de Lalla Kowska Régnier

EN ENTIER – 7 mn

Un documentaire-reportage assez récent, diffusé sur France 5 et réalisé par Serge Moati en 2011, a suscité des réactions hostiles de la part de trans. Mes questions sur les trans a occasionné une diffusion dans un créneau de grande écoute et pointe quelques aberrations. Et puis, c’est toujours ça, comme on dit souvent lorsque le traitement audiovisuel « grand public » est quasi absent sur certains sujets (il est visible en entier ICI sur dailymotion). Néanmoins il est plus que contestable dans son fond, tandis que les personnes trans continuent de se faire infantiliser, traitées de « malades », non libres de leurs choix etc, dans un fonctionnement médical, juridique, etc bref institutionnel, qui relève de la transphobie. Je vois là un problème principal dans ce reportage : bien qu’il ait visé à y associer les premières personnes concernées, il a été réalisé sous la mainmise d’un seul individu, qui plus est qui se dit « fasciné » par la communauté trans… Voilà qui ouvre toutes les dérives possibles, où « délire » et vision personnelle sont potentiellement capables de nuire à la représentation des trans par eux-mêmes : de ce qu’ils et elles vivent face à un fonctionnement qui leur est ouvertement hostile, où la notion de personne disparaît au profit d’objets valant tous les discours et représentations possibles. Pour un compte-rendu exhaustif autour du film, je vous recommande vivement cette page sur Yagg.com (avec liens etc) ainsi qu’au long mais très percutant et intéressant texte d’Hélène Hazera intitulé « Basta avec vos phantasmes sur les trans« 

Sur la prise en main des représentations, des images à l’encontre des dominations, des médias, des politiques, des fonctionnements de pouvoir, etc je renvoie à deux autres posts de blog, à savoir ICI (les précaires et l’image) et LA (Un racisme à peine voilé,  Les indigènes de la République, les représentations et la prise en main de la parole pour affirmer une existence).

Ce qui nous amène au film qui nous intéresse ici : Beware. C’est un court métrage réalisé par une association de cinéma militant créée en 2011, intitulée « What the Film! ». Les deux réalisateurs sont Samuel B. Atman et Bruce. Ce film attaque de front la transphobie, avec humour et subtilité. Il contribue par ce biais au lancement d’une campagne. Je ne peux que vous renvoyer au site du film qui se trouve ICI. J’en reprend un extrait de la présentation du court-métrage:

« Beware est un film volontairement transphobe [1] : en reproduisant un discours qui fait des trans des personnes malades qui menacent la société, nous avons voulu montrer à quel point les thèses soutenues par la plupart des institutions médicales dans le monde sont d’un autre âge. En France par exemple les personnes trans doivent encore renoncer à leur liberté de penser et d’être car c’est le corps médical qui a la toute puissance de les déclarer aptes, ou non, à avancer dans leurs parcours de transition. Les personnes trans sont ainsi infantilisées, souvent humiliées, et ne sont tout simplement pas considérées comme des personnes libre de choisir pour elles-mêmes.

Nous avons pensé le film comme un support divertissant à un discours militant : à l’heure où le DSM [2] va être révisé, ce spot est le moyen d’informer le grand public de la main mise de la psychiatrie sur les personnes trans à travers le monde. De fait, en France comme dans la plupart des pays les parcours trans sont toujours soumis à l’arbitraire des psychiatres. Ce spot a donc pour vocation de sensibiliser sur cet aspect en particulier, sans pour autant oublier que les personnes trans sont aussi traitées de façon méprisante par la majorité des institutions (étatiques, juridiques, médicales).

1. Le retrait du « trouble de l’identité sexuelle » des manuels internationaux de diagnostic : DSM IV et CIM 10. »

 

Une autre campagne a eu lieu récemment, intitulée Voilà les T! Visant à informer et prévenir, elle s’adresse aux trans et porte en sous titre « Les trans’ prennent la parole », ce qui est essentiel. La comédienne joue impeccablement bien des aspects de la réalité des institutions que dénoncent souvent les trans « engagés », entendre par ce dernier terme la nécessité vitale de résister et exister face à une société transphobe, avant le « militantisme » supplémentaire qui répond davantage à une vision plus large de la société et les convictions qui dépassent l’engagement premier, celui qui découle d’un vécu. Les aspects ici abordés témoignent d’une urgence certaine et d’un climat institutionnel hostile et dangereux. La série de vidéos est accessible sur Dailymotion, axées sur des thématiques – cliquer ci-dessous sur les mots en surbrillance orangée :

1 – Voilà les T! Introduction, avec présentation des intervenants et la seule comédienne du dispositif filmique.

2 – La transition

3- Les infections

4- Sexualités

5- Les médecins spécialistes

6- Ne pas rester seul face au système de santé

Je conseille aussi l’approche  des écrits de Françoise Sironi, entre autres psychothérapeute. Elle a publié notamment Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres. De manière générale  « Ses recherches en Psychologie clinique et en Psychopathologie portent sur les sujets suivants : Psychopathologie des violences collectives, psychothérapie et traumatismes intentionnels, psychologie des auteurs de violences collectives et leur suivi psychothérapique, maltraitance par les théories et les pratiques cliniques et sociales inadéquates, approche géopolitique de l’identité, métissages et métamorphoses de l’identité, transsexualité et identités transgenres. » (Wikipedia). Une très bonne émission sur France-Culture accessible ICI, où elle revient notamment sur les ravages de la « normose » ! Elle remet en cause beaucoup de fonctionnements bien qu’elle pèche sur un point, lorsqu’elle évoque le médical AVANT les droits, ainsi dans un texte que je cite : « Les théories et les pratiques cliniques que nous créons, doivent obligatoirement être adaptées aux problématiques de nos patients, et non l’inverse. C’est pourquoi, nous sommes tenus d’élaborer, sans relâche, de nouveaux outils et dispositifs thérapeutiques qui soient réellement en adéquation avec les problématiques des sujets dont nous nous occupons. C’est un défi passionnant, surtout lorsque les cliniciens et les personnes concernées sont associés, et oeuvrent ensemble en bonne intelligence et dans une réelle réciprocité. » Les « nouveaux outils » laissent entendre que le problème à résoudre est avant tout médical, et non une question de droit. Le combat des trans’ devrait en principe remettre la priorité du droit, tandis que des apports d’une Françoise Sironi laissent penser qu’une certaine vigilance puisse s’exercer sur le terrain quant aux traitements transphobes et ne respectant pas les personnes. 

 

Mais pour finir, je conclue donc avec une interview excellente de Lalla Kowska Régnier, qui est notamment à l’initiative du Manifeste Trans’ Notre corps nous appartient (2007)accessible ICI, tandis qu’elle intervient dans le court métrage et la campagne Voilà les T! Publiée ICI sur le site l’émilie, je glisse le contenu en entier ci-dessous afin d’en favoriser la lecture tant je trouve les propos très importants. En cas de souci de publication, « volée » car sans accord demandé au préalable, je n’en laisserai qu’une partie du contenu ici même, en vous invitant néanmoins à lire sur le site source l’interview ! ! 

« La pensée queer, blanchiment postmoderne »

L’émiliE: Tu disais qu’être trans c’est se libérer du féminin et du masculin, comment es-tu aujourd’hui?

Lalla: Je dirais assez fem, oui une fem version trans hétéra. Mais avec talons non obligatoires et de pas plus de 7 cm. C’est dans ces accessoires de la féminité que je me sens moi. Et peut-être qu’un jour, si je devais me convertir au monothéisme, ce sera avec un voile que je toucherai à ma puissance. Et je continue à penser qu’être trans c’est d’abord une question d’être soi en s’inscrivant dans un sexe social qui n’est pas celui assigné à notre naissance. En cela, je suis binaire. Et peu importe que ce sexe social corresponde au genre communément assorti, il y a beaucoup de femmes trans butch et d’hommes trans efféminés.

Tu poses un regard critique sur le militantisme et tu préfères parler d’engagement. Pourquoi?
C’est compliqué un peu de répondre, car j’imagine que mes propos pourraient être repris par des gens qui méprisent toute forme d’engagement et de militantisme. Ce que je pense c’est que le militantisme – comme à peu près tous les espaces de pouvoir censés « représenter » les gens, comme la politique, le journalisme mainstream, les experteurs, les banquiers et tout ceux qui de près ou de loin nourrissent nos oligarchies modernes (des hauts fonctionnaires d’Etat aux « fils et filles de » dans les arts et la culture) – devrait être régi par un contrat de durée déterminée. Sinon, le risque d’embourbement est très élevé et ce qui est dénoncé et subi se trouve alors renforcé.
Quand je vois des gens apparaître dans l’espace politique avec juste un post-it « subversif » sur le front, je trouve ça incompréhensible.
Aujourd’hui par exemple, si je suis très proche du Parti des Indigènes de la République, outre ma propre histoire familiale, c’est aussi que les gens qui l’animent depuis sept ans sont engagés par et dans leur corps social, dans leur vie, avant d’être des militants pour « la cause » qui couraient après un diplôme ès contestation. Le PIR est un modèle d’autonomie des luttes et des résistances à soutenir. 

Act Up c’est de l’histoire ancienne?
J’aimerais bien.
Mais voilà typiquement l’exemple d’un groupe qui n’a pas su s’arrêter et a fabriqué des fonctionnaires de la colère. Et par exemple les derniers communiqués de la commission trans sont scandaleux. Laissant entendre que les personnes trans sont des assistées ou encore en adoptant une stratégie à minima de demande de changement de numéro de sécurité sociale au lieu d’exiger le changement d’état civil. 
Plus largement, il reste a déplier cette histoire en fait: comment le groupe s’est maintenu en vie, a fait allégeance à Pierre Bergé, l’homme qui enferma Yves Saint Laurent dans sa douloureuse mélancolie et qui avorta l’émergence d’un mouvement autonome des jeunes des banlieues  (la marche pour l’Égalité en 1983) en créant SOS Racisme. Comment ce groupe a pu avoir une présidente hétérosexuelle et séronégative capable de considérer que la parole d’un pédé séropositif dans un débat sur la prévention n’était pas légitime. Comment une partie des militants de la première, deuxième ou troisième heure se sent autorisée à verrouiller aujourd’hui encore la mémoire du groupe. Comment en est-on arrivé là?
Militer à Act Up il y a 20 ans a été une expérience hyper dense pour beaucoup d’entre nous,  personnellement il m’a fallu tout ce temps pour m’alléger un peu des blessures que la vie en groupe avait laissées. C’est à la mort de Philippe Labbey (1) cet été que j’ai réalisé que je m’accrochais encore à des illusions. Cette histoire d’Act Up-Paris manque, celle des militants qui après la mort de Cleews Vellay (2) pensaient qu’il fallait passer à d’autres modes d’actions et qui se sont retrouvés pris dans un étau à quatre mâchoires: Didier Lestrade, Guillaume  Dustan, les idéologues normaliens (la revue Vacarme) et Act Up qui continuait. 

Le manifeste que tu as initié en 2007 (intitulé notre corps nous appartient) reste fondamental pour les féministes encore aujourd’hui. Comment l’expliques-tu?
En fait ce manifeste, initié avec Jihan Ferjani et Elsa Dorlin, est un hommage et une filliation directs au manifeste des 343 salopes tant il est évident que les problématiques trans sont des problématiques féministes. Ce que nous vivons aujourd’hui – la mise sous tutelle psychiatrique par les médecins bourreaux de la Sofect, la soumission au bon vouloir des magistrats aux affaires familiales pour pouvoir exercer notre citoyenneté en ayant des papiers adaptés, la dépendance à des médecins juges quand ceux-ci devraient juste être des partenaires de santé et de bien être –  correspond très exactement à ce contre quoi les femmes bios on dû (et doivent encore) se battre. Mais pour moi ce manifeste est un peu un échec, une féministe « historique », signataire des 343, a même refusé de le signer et de le faire circuler     (ce qui à mon sens est le plus grave), nous reprochant un « glissement sémantique ». Du coup, j’étais vraiment fière quand il a été publié sur le site du collectif Les Mots Sont Importants et dans la revue NQF.
Et c’est rigolo de voir que les même journaux, comme les Inrocks, qui n’ont pas diffusé ce texte, ont trouvé plus d’intérêt à un autre manifeste sur les question trans, quelques années plus tard, mais rédigé cette fois ci par un homme bio gay.

Je crois que le blocage de certaines féministes bios est le même que celui qu’elles ont avec les paroles de femmes musulmanes voilées ou encore des travailleuses du sexe. Comme si elles ne pouvaient imaginer d’autres formes d’incorporation possibles que la leur. C’est vraiment dommage. Je pense que le miroir que nous (femmes et hommes trans, mais aussi les femmes indigènes et les travailleuses du sexe) tendons aux féministes blanches et bourgeoises est pourtant muni de plusieurs facettes et leur permettrait de faire le deuil d’une approche bien peu subtile des mécaniques d’oppression et ainsi de retrouver une énergie émancipatrice. Combien de fois je me suis entendu dire, « mais comment avoir envie de passer dans le camp des oppressées » (sur un ton comme si je volais leurs cassettes à bijoux) ? Si vraiment vous pensez que ça se passe aussi facilement que ça, pourquoi alors de votre côté ne pas passer du côté des dominants ? La testostérone, ça se trouve assez facilement.

La transphobie la plus violente vient des homos, dis-tu. Tu leur fais  peur? Tu les déranges?
Bon c’est un peu comme avec ces féministes. Il y a toujours sous-jacent quelque chose du rappel à l’ordre, à l’ordre du « vrai », et d’une certaine idée de la nature (en tant que petite sorcière dédiée à l’Immanence je m’inscris évidemment dans une forme de naturalisme). 
Étais-je un vrai mec? Suis-je une vraie femme? Suis-je un faux travelo? Une vraie hétéra? Étais-je un vrai pédé? Et quid de mes relations amoureuses et amicales d’alors? Et celles d’aujourd’hui? Qui sont mes amants? C’est quoi ce désir anomal que je suscite?
Qu’est-ce que sont ces corps qui me dégoûtent de mon fétiche libidineux? Ce pénis à cette femme? Ce vagin à cet homme? C’est là l’insupportable, l’indépassable pour les straights, homos ou hétéros. Je pense que précisément parce qu’on va dé/reconnecter le désir au sexe génital (et heureusement, il n’est pas obligatoire d’être trans ou trans lover pour ça), on va  permettre à l’essence désirante de circuler un peu plus dilatée, un peu plus de biais. Je crois que la pierre d’achoppement – et le pont avec les identités bisexuelles, est surtout là. Nos corps effraient et/ou fascinent. Comme celui des femmes voilées. 
Plus spécifiquement sur les homos qui se sont montrés violents avec moi, je crois qu’il y avait sentiment de trahison (« mais je désirais ce petit mec moi! Mais qu’est-ce que je désirais?! »), et sûrement un rappel parfois d’une proximité de vie enfantine (les jeux à la poupée pour les garçons ou aux petites voitures pour les filles) qui bouscule ce qu’ils sont. Et pour être précise, j’ai surtout ressenti cette violence dans des endroits très situés : le milieu militant LGBT/queer où par exemple avant c’était « la JC » et quand j’ai annoncé ma transition, étrangement l’usage du pronom « il » s’est imposé à mes interlocuteurs; et puis le monde de la nuit où trop souvent on affiche queer comme le hype plus ultra de la soirée réussie, mais où on se fout bien de savoir si les Dj vont aussi mixer à l’ump. Le fait de rappeler dans ces espaces « élus » qu’être gay ne les empêchaient de faire partie de la maison des hommes et des oppresseurs, ce que j’appelle l’hétérhomopatriarcat (3) en a froissé plus d’un. Le fait de dénoncer leur copine Caroline Fourest pour ce qu’elle est, une islamophobe cachée derrière une laïciste frelatée, et enfin d’affirmer aussi une forme d’identité indigène en même temps que mon « être-femme » a fini par épuiser les autres.

Les transidentités ne sont pas uniquement questionnables par le biais du genre. La pensée queer a-t-elle des limites?
Je pense vraiment que ce travail de questionnement reste à faire, même s’il a été entamé ici où là, à Lyon avec Chrysalide, à Lille avec C’est pas mon Genre, à Marseille avec l’Observatoire des transidentités, à Bordeaux avec Mutatis Mutandis, ou plus loin au Canada, avec les travaux de Viviane Namasté, mais c’est encore trop souvent à travers le prisme queertranspédégouine que ça se fait. Par exemple, pour revenir à mon expérience, ma transition n’a pas été seulement d’aller vers moi en m’incarnant socialement en tant que femme mais aussi de renouer avec mon algérianité.  J’ai aussi envie de questionner ça, que nous développions nos propres généalogies.
Et puis je crois vraiment qu’il faut arrêter avec la confusion genre et sexe social. Oui je suis une femme avec un pénis (si tant est que ça en soit un) et mon sexe n’est pas masculin, mais de naissance.  Je le sens d’ailleurs très féminin puisque c’est le mien et il ne le sera pas plus quand j’aurai subi ma vaginoplastie. L’essentiel, (l’essocialement?) c’est que je suis une femme. 
Et puis je suis désormais convaincue que masculin et féminin sont des notions trop volatiles pour être utilisées à ce point politiquement. Je comprends bien qu’en se focalisant sur masculin/féminin, on peut faire une longue carrière littéraire  mais honnêtement je ne vois pas l’intérêt. Tout un chacun, homme ou femme, bio ou trans, homo ou hétéro, blanc ou indigène, sommes traversés de masculin et de féminin, et ce constat est sans fin puisque ce que chacun de nous met dans ces termes diffère de l’autre, selon les temps et selon les lieux. On va continuer à couper les cheveux jusqu’à ? Mais par contre, du coup, on oublie de pointer les endroits où se jouent effectivement les oppressions et notamment les rapports d’oppression de sexe sociaux. En fait, on ne peut plus dire sexe comme on ne peut plus dire race. C’est plus facile alors pour les sexistes et les racistes.

Pour moi queer limite dès lors que ça qualifie. Je crois que le problème, c’est son mauvais usage français républicain et universaliste : là où nous devrions avoir une multitude de corps machines désirantes, capables de former des alliances ici, d’autres ailleurs, et encore à un autre moment ; quand nous devrions avancer en soi et continuer avec les autres, on nous propose un vaste néant identitaire, ce qui après tout peut être une forme de grâce, mais qui à force de nager dans les sphères postlumineuses de la pensée avec comme seul revendication le badge « subversif » de tout à l’heure sur le front (attention les gars, j’arrive et je suis subversive, mais quelle blague…) dématérialise complètement les rapports d’oppression sociale. Je trouve les postures de celles qui écrivent qu’il faut se « libérer » des identités (par exemple trans ou lesbiennes) bien luxueuses, parce que pour la très grande majorité des trans, des lesbiennes ou des femmes indigènes nous savons assez l’hostilité du monde dans lequel nous évoluons pour nous débarrasser par la magie de la performativité des oppressions subies. 
Et puis je suis aussi  circonspecte sur l’émergence de nouvelles identités « transqueer », de celles et ceux qui vont affirmer leur transidentité en refusant le « diktat » de l’hormonothérapie et ou de la chirurgie. (Je ne parle pas ici des personnes trans qui, pour des raisons de santé, se voient contraintes à ne pas prendre d’hormones, mais bien des personnes qui refusent l’hormonothérapie ou la chirurgie). Peut-être est ce à mon tour de reprocher un glissement sémantique, mais il me semble qu’il y a là une acrobatie qui mérite d’être critiquée. D’abord parce que pour les personnes trans, il est inimaginable de survivre (socialement ou physiquement) sans l’hormonothérapie ou la chirurgie. Qu’il y dans nos démarches quelque chose de l’ordre de l’instinct de survie, d’animal. Ensuite parce que pour moi, ce discours, en plus de nous renvoyer dans le coin du savoir, avec le bonnet d’âne sur lequel il est inscrit « binaire » sur une oreille et « essentialiste » sur l’autre, sert mot pour mot les arguments des psychiatres et médecins des hôpitaux du service public français qui n’entendent qu’une chose : freiner par tous les moyens nos transitions.
Pour moi, il ne fait aucun doute que la pensée « queer » en France n’est rien d’autre qu’une vaste opération civilisatrice et de blanchiment post moderne. En fait, si je n’avais pas autant de respect et de solidarité pour la lutte du peuple palestinien, j’oserais dire que les trans sont en quelque sort les Palestiniens des queers : des identités niées, bafouées, usurpées et exploitées.
Pour moi, la pensée queer est un cheval de Troie du blantriarcat.

(1) Fin d’Act Up-Paris par Philippe Labbey

(2) http://www.actupparis.org/spip.php?article2672

(3) http://lmsi.net/Le-coq-et-le-tas-de-fumier

©  Jules Faure – http://cargocollective.com/julesfaure « 

Animated soviet propaganda (coffret 2007) – 1ère partie : « Les impérialistes américains »

Russie – EN ENTIER

En 2007 est sorti le coffret Animated soviet propaganda dont l’un des buts est « de préserver des archives de propagande soviétique non seulement pour les historiens, mais aussi pour des générations d’artistes et d’amoureux de l’art visuel à travers le monde. Les œuvres des artistes russes enterrés par le totalitarisme du 20ème siècle et la Guerre Froide ne doivent être ni oubliées, ni perdues… »

Quatre thématiques principales sont abordées, réparties donc sur 4 dvds : « Les impérialistes américains », « Les barbares fascistes », « Les requins capitalistes », « Vers un avenir brillant : le communisme ». Il est possible de voir les extraits des courts métrages d’animation inclus dans les courts documentaires associés sur chaque dvd; c’est une bonne entrée en matière pour peut être mieux cerner des aspects des courts métrages. Chaque film évoqué est en entier, et il faut reconnaître que le coffret est bien agencé en terme d’usage pratique.

En tout cas une formidable initiative que cette anthologie, tant les archives valent le détour, et pas seulement que pour un aspect historique et documentaire. Comme il a été découvert et travaillé par une universitaire au début des années 2000 à propos de l’animation tchèque (Julie Charnay, que j’ai recroisé il y a peu), je pense qu’on peut carrément ne pas voir ces films que sous leur aspect ouvertement politique, et que d’autres choses ressortent. Il y a un rapport plus complexe à établir avec ces films, et plus généralement ceux des cinématographies de l’Europe de l’Est.

Je poste ci-dessous les courts métrages sous-titrés en anglais, de la 1ère partie, « Les impérialistes américains », la seule que j’ai vue à ce jour, mais je me réserve la suite pour un de ces 4, disposant du coffret dans ma dvdéthèque perso ! Non seulement ce sont des découvertes, parfois étonnantes, mais en plus ça donne envie de creuser sur l’animation soviétique, pas seulement pour ses aspects de « propagande ». Je précise que ce coffret est en principe aisément commandable en catalogue de médiathèque, n’hésitez pas à susciter son achat…

Pour la présentation plus complète et critique de l’ensemble du coffret, je renvoie à cette page de DVDanime.net.

 

Black and white – I. Ivanov-Vano et L. Amalrik – 1933 – 3 mn

Chef d’oeuvre !

« Film inspiré d’une oeuvre de Vladimir Mayakovsky, écrit pendant son voyage aux USA et à Cuba, à propos d’un pauvre noir, Willie, qui ose affronter un propriétaire blanc d’une plantation. Le racisme aux USA et la Guerre du Viêt Nam deviendront un sujet populaire de la satire d’animation soviétique des années 1950 aux années 1970″ (Site anglophone, traduction approximative de ma part). C’est ici une des premières œuvres dIvan Ivanov-Vano (petite biographie sur wikipedia) et Leonid Amalrik. Tous deux sont devenus par la suite des réalisateurs aussi prolifiques qu’influents. Ce court-métrage est un bijou, qui révèle une réalité incontestable et avec une manière très marquante. Deux minutes 30 assez terribles, en particulier cette route parsemée de noirs pendus, comme un écho à la sublime chanson de Billie Holliday où les noirs sont pendus aux arbres (superbe version avec clip sous titré ICI). Ici le racisme est perçu comme nettement institutionnel, au-delà du racisme citoyen. Quant à la musique, elle est tout simplement superbe : Motherless Child, un negro spiritual composé aux États-Unis avant l’abolition de l’esclavage de 1865.  (Pasolini incluera ce chant dans L’Evangile de Matthieu, version d’Odetta).  

 

Mister Twister – A. Karanovitch – 1963 – 16 mn

Basé sur une poésie populaire pour enfant de Samuel Marshak, Anatoly Karanovitch réalise ici un film ciblant le racisme américain, associé également au capitalisme. Le ton y est humoristique,  après une introduction assez virulente. A noter aussi l’influence esthétique ici des dessins animés américains produits par le studio UPA, qui a popularisé au début des années 40 la technique dite « animation limitée » où le décor non réaliste et la stylisation des personnages dominent. Cette forme d’animation permettait notamment une économie des coûts.

 

 

Une autre voix (Someone’s else voice) –  I. Ivanov-Vano – 1948 – 9 mn

Le film traite ici du jazz, considéré comme un ennemi du peuple. Il est associé au capitalisme.

 

 

Ave Maria – I. Ivanov-Vano – 1972 – 10 mn

Ce film évoque la guerre américaine au Vietnam, à travers une position clairement anti-américaine, mais aussi antimilitariste. Il évoque également l’Église qui a une influence sociale active et malveillante; ce n’est pas la première fois chez Ivanov-Vano, qui l’a déjà évoqué malveillante dans Black and white, évoqué plus haut. La musique est extraite d’Ave Maria de Schubert.

 

 

Le Millionnaire – V. Bordzilovsky et Y. Prytkov – VOSTFR – 1963 – 10 mn

Film anti-fric, qui dresse le portrait d’une société où l’argent et sa place sont les seules conventions qui comptent. Noter tout de même ici l’usage d’un rythme jazz dans la bande son, qui rend le rapport à la culture américaine moins tranché, plus complexe.

 

 

Le Champ de tir (Shooting range) – V. Tarasov – 1979 – 21 mn

Une grosse satire du capitalisme, dans ce court métrage également très fou et qui marque également par cet aspect ! Là aussi, usage du jazz, qui colle bien à l’esprit dingue du film.

 

 

M. Wolf – V. Gromov – 1949 – 10 mn

Basé sur les dessins du caricaturiste politique renommé, Boris Yefimov, qui est interviewé dans une partie du DVD. Pétrole et avidité ici..

Jiri Barta : labyrinth of darkness (années 80)

République Tchèque – EN ENTIER – 147 mn

Compilation de courts-métrages du cinéaste d’animation tchèque Jiri Barta (biographie rapide ICI), regroupant 8 films :

A Ballad About Green Wood 11 minutes, color, 1983
The Club of the Laid Off 25 minutes, color, 1989
The Design 6 minutes, color, , 1981
Disc Jockey 10 minutes, color, 1980
The Last Theft 21 minutes, color, 1987
The Pied Piper of Hamelin 55 minutes, color, 1985
Riddles For a Candy 8 minutes, color, 1978
The Vanished World of Gloves 16 minutes, color, 1982