La mémoire perdue de l’Île de Pâques – Thierry Ragobert (2001)

EN ENTIER – 50 mn

Le « cinéma archéologique », donne lieu à de très bons documentaires parfois, permettant une certaine vulgarisation sans tomber dans deux façons fréquentes de faire : le docu-fiction pitoyable (des reconstitutions et mises en scène insupportables par exemple) ou encore entretenant du spectaculaire idiot au détriment des hypothèses de recherche et d’une accessibilité pédagogique et sérieuse pour public non averti (c’est à dire ne travaillant pas dans le domaine de l’archéologie). En effet quiconque approche de près ou de loin l’archéologie se rend compte que nous y sommes loin du mythe « Indiana Jones », et que cette discipline est au demeurant très diverse et remplie d' »écoles », de théoriciens, d’approches scientifiques tandis que les enjeux sont parfois considérables, y compris « idéologiquement ». Un minimum scientifique est indispensable, pour comprendre et aller vers les hypothèses et mystères des histoires de l’humanité, souvent passionnants pour peut être mieux comprendre des aspects du passé, mais aussi du présent. Ce type de documentaires permet donc, quelque part, de permettre au public de se réapproprier les connaissances actuelles dans le domaine archéologique. Et avec la manière astucieuse… pour notre grand plaisir. Car Ragobert, par exemple, sait entretenir ici la flamme des recherches en accompagnant un archéologue. 

Thierry Ragobert, régulièrement primé en festivals, fait donc partie de ces documentaristes ayant trouvé un bon équilibre, et tout particulièrement pour La mémoire perdue de l’Île de Pâques, le premier film que j’eus l’occasion de découvrir du cinéaste (sur Arte). En cinquante minutes, il délivre un film à la fois passionnant et ouvert aux réflexions/interrogations, en phase avec les hypothèses de recherche. Surtout il y donne aussi un regard cinématographique, et aborde également la question de l’héritage archéologique, à savoir ici l’impact potentiel pour les locaux, dont une partie de la mémoire est retrouvée après une arrivée meurtrière des occidentaux. A noter que Ragobert ne se limite pas à l’archéologie et aux recherches sur les civilisations qui en découlent; il tourne par exemple des sujets autour de la nature, en particulier la faune. Il a aussi travaillé avec le commandant Cousteau de 1982 à 1994…

Un festival du film archéologique existe à Amiens depuis une dizaine d’années. ICI le programme de l’édition de 2012…

La mémoire de l’Île de Pâques :

Depuis sa découverte en 1722, l’Ile de Pâques demeure l’un des plus grands mystères de l’histoire des hommes. Lorsqu’il s’y rend pour la première fois en 1989, l’archéologue italien Guiseppe Orefici découvre avec étonnement la richesse des vestiges laissés il y a plusieurs siècles par les premiers habitants de l’île. 

Entretien avec le cinéaste ICI sur ARTE TV, dont je glisse ci-dessous un très bon passage :

« Par-delà le privilège de pouvoir me déplacer loin, je crois que ma passion pour le cinéma l’emporte sur les plaisirs que me procurent les voyages.
Filmer le passé est un défi visuel permanent. Une fois l’aspect factuel illustré – par les archives existantes, par les monuments et autres vestiges matériels – il reste à filmer la vision que portaient sur le monde ces femmes et de ces hommes du passé.
Ces regards doivent être des images. Des images à regarder sous forme de métaphores. C’est-à-dire compréhensibles par les autres.
Cette recherche de regards impose alors un regard original sur notre monde actuel.
La mise en image de ces aller–retours entre passé et présent est pour moi une aventure. » Thierry Ragobert

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