Festival Panafricain d’Alger – William Klein (1969)

EN ENTIER/extraits – Film collectif/William Klein – Festival Panafricain d’Alger – 1969 – 90 mn – Algérie  

« Festival Panafricain possède plusieurs points communs avec L’heure des brasiers. Il est divisé en plusieurs parties, comme des chapitres d’un essai ou d’un traité. Quatre en l’occurrence : « Premier festival Panafricain de la culture », « Préparatifs », « Mouvements de libération à Alger », le quatrième chapitre apparaît sans titre, ouvre le questionnement (après une « fantasia », succession de concerts filmés dans divers lieux) pour terminer sur le pari suivant : « la culture africaine sera révolutionnaire ou ne sera pas ». Par ailleurs, comme le tandem Solanas et Getino de L’heure des brasiers, William Klein (et ses collaborateurs) affectionne l’intertitre bondissant, le recours à des citations de textes (Fanon etc.) et d’images (Madina Boe de José Massip, Algérie en flammes de René Vautier, L’Aube des damnés de Rachedi, Sangha de Bruno Muel, Nossa Terra de Mario Marret…), qui sont ainsi mises en perspective et insérées dans une histoire – méconnue ? – du cinéma associé à la libération de l’Afrique. » Olivier Hadouchi (texte paru sur Cinéfabrika)

 

J’avais relayé une première fois ce film aux débuts du présent blog, tandis que la toile ne mettait alors qu’un seul extrait à disposition (celui posté ci-dessus). Je m’étais alors contenté en guise de présentation de reprendre le texte d’Olivier Hadouchi paru sur le site Cinéfabrika. J’encourage vivement, sans en poster donc intégralement le contenu ici même, à la lecture de ce texte disponible ICI. Il est notamment très intéressant pour un certain contexte cinématographique d’alors, en lien avec les luttes de libération (« culture et politique« ).

Pourquoi cette note mise à jour sur le blog ? Tout simplement parce que désormais le film (pour combien de temps ?) est accessible sur la toile.

FILM ENTIER [qualité visuelle et sonore médicore] :

 

C’est le récent visionnage d’une intervention filmée intitulée Esthétique et libération(s) qui m’a donné la curiosité de (re)voir ce film de Klein.

A partir de la figure de Franz Fanon (dont il est question dans le texte référencé plus haut) et des liens qui ont pu apparaître avec lui dans les cinémas de libération, en particulier ici latino-américain, Olivier Hadouchi y mentionne la « version un peu expurgée » de l’édition DVD par Arte du film de 1969 (vers la 5ème mn).

La version d’Arte a quelque peu réduit le film à ses expressions musicales et dansées, le traduisant davantage comme « un Woodstock » (exotique). « Culture et politique » y a été modéré en quelque sorte … C’est d’autant plus paradoxal que le film porte ces intertitres en début de film (extrait publié en début de note) : « Mais que veut dire Festival ? Que veut dire Panafricain ? Que veut dire CULTURE ? » L’édition d’Arte semble avoir répondu en partie à cette question, dans ce qu’il a été choisi d’en garder principalement. La version originale est en partie tronquée à la lumière de critères « esthétiques » reléguant quasiment dans l’oubli des aspects des déclinaisons décoloniales et révolutionnaires approfondies dans le film, notamment culturelles, en en simplifiant ainsi les expressions et en en privilégiant, quelque part, une réception folklorique. Considérées comme excès de bavardages (?), des interventions parlées ont ainsi été retirées, bien qu’elles renvoyaient, semble t il, plus profondément au contexte que les intertitres-slogans (la coexistence des deux sont intéressants, pas la suppression de l’un ou l’autre, les deuxièmes se rapprochant de l’agit prop). Ce sont des moments parlés que résume en partie le texte plus haut d’Olivier Hadouchi, exprimant des singularités, des débats, des problématiques, des nuances … au-delà de l’opposition unanime au colonialisme/impérialisme.

EXTRAIT [bonne qualité] :

Mouvements de Libération

 

Un choix qui s’explique peut être par le côté « artistique » en vogue de nos jours où le politique/engagement dans le cinéma est dissocié de l’esthétique. Je renvoie à un texte du cinéaste argentin Ernesto Ardito (ICI) qui à sa manière décrypte une tendance « artistique » (et économique) contemporaine qui dissocie cinéma engagé socialement et esthétique, vide le politiquement engagé de valeurs artistiques ou le connote de valeurs négatives, tout en le reléguant dans un ghetto cinématographique (ce que dépeint aussi le cinéaste bolivien Jorge Sanjines pour les années 60-70, ICI); les conséquences nuisent à la fois au potentiel cinématographique du cinéma qui se veut engagé mais aussi la portée sociale du cinéma, notamment dans son articulation au public. Pour ce qui est de Festival Panafricain des éléments ont été retirés car jugés peut être comme attardant trop le film politiquement parlant (?), auxquels aurait été préféré un autre rythme. Mais c’est ainsi non pas un dogmatisme révolutionnaire et des lourdeurs qui sont retirées, mais au contraire des passages reflétant les débats du moment, des nuances etc. En cela c’est donc une perte vis à vis d’un film dont O. Hadouchi rappelle à ce titre une des composantes de la substance vraisemblablement otée au film :

« Dans le cas de films aussi liés à une époque, aussi « localisés » dans le temps que Festival Panafricain d’Alger ou L’heure des brasiers, on a peut-être trop insisté sur leurs côtés lumineux, sur l’espoir sans doute sincère et mobilisateur dont ils ont su se faire l’écho, en oubliant parfois leurs zones d’ombre, leur caractère malgré tout « inachevé », à parfaire sans cesse, qui, lui, demeure très vivant. » « Festival Panafricain d’Alger« 

Ça reste bien sûr un film à voir dans cette version (et d’ailleurs, personnellement, je n’ai vu que celle là !). Il semblerait, par ailleurs, que le film soit relativement boudé malgré son édition DVD. Je suis en tout cas très curieux vis à vis de la version originale … Elle gagne sans doute dans les articulations « culture et politique », cette association n’étant pas prise ici dans les termes de son acception négative contemporaine.

Et pour finir en musique, puisqu’il est question de la colonisation portugaise dans le film de Klein, ci-dessous l’album Sol Maior Para Comanda du groupe Super Mama Djombo de Guinée Bissau :

Archives numériques du cinéma algérien : interview et quelques films/extraits

Lors de la création de ce blog en 2012, l’une des premières initiatives fut d’y poster des liens de films algériens, malheureusement peu diffusés et accessibles. Or parmi les intentions de ce modeste blog, il y a cette volonté de répertorier des liens de films (extraits ou en entier) disponibles sur internet. Bien que les projections publiques soient bien entendu primordiales, la diffusion internet permet de (re)découvrir des films et des cinématographies peu accessibles pour diverses raisons : sauvegarde, restauration, choix des diffuseurs etc.

Quelle surprise ce fut alors que de découvrir  la création en novembre 2012 d’une chaîne you tube et d’une page facebook intitulée Archives Numériques du Cinéma Algérien (films, entretiens, conférences et images d’actualité de 1895 à nos jours). Des personnes ont en effet pris l’initiative de mettre en ligne sur you tube des films (ou extraits), des archives de la télévision algérienne et autres documents algériens, accompagnés de présentations. L’occasion non seulement de (re)découvrir tout un patrimoine qui n’a pas à mourir dans les placards, mais aussi le cinéma algérien contemporain…

Comme annoncé dernièrement, une petite surprise s’annonçait sur le blog. J’invite ainsi à lire l’interview en fin de post que m’a accordé une personne des Archives Numériques du Cinéma Algérien et que je remercie, malgré la distance géographique que l’informatique a dû comblé. Mais la tentation était forte d’en savoir plus sur cette initiative, ce que je partage avec plaisir !

C’est ainsi que depuis plusieurs semaines des films mis en ligne m’ont particulièrement intéressés, notamment pour ce qui concerne la colonisation et la lutte d’indépendance. Nous avons accès la plupart du temps, notamment lors des rétrospectives sur cette thématique et histoire, aux films français, mais si peu aux films algériens qui ont été réalisés dans la période post-indépendance. Le peuple algérien, la lutte pour la libération ont été significativement absents, à quelques très rares exceptions, du cinéma français. Surtout ça restait le point de vue franco-français. Les Archives Numériques du Cinéma Algérien nous permettent ainsi de (re)découvrir ces films, parmi lesquels Le temps d’une image (Lakhdar Hamina, 1964), La nuit a peur du soleil (Mustapha Badie, 1965), Le vent des Aurès (Lakhdar Hamina, 1966) ou encore Chronique des années de braise (Lakhdar Hamina, 1975). Parmi les exceptions durant la guerre de Libération, il y a L’Algérie en flammes de René Vautier (1958), et ce fut alors l’occasion pour moi de découvrir ce film incontournable, tant pour le document historique que pour le point de vue adopté, tourné depuis les maquis algériens.

D’autres films abordent la colonisation sous des angles plus larges, ainsi L’aube des damnés d’Ahmed Rachedi (1965) qui porte sur les luttes de libération en Afrique, ou encore des films qui dégagent une critique virulente de l’imagerie occidentale, ainsi le percutant La zerda ou les chants de l’oubli de Assia Djebar (1982). Ce dernier, bien qu’il m’échappe en partie car ne disposant pas de sous titres de la VO, dégage une dimension que je ne trouve pas très éloignée du travail des cinéastes italiens Gianikian et Lucchi. Un retour et montage sur des images occidentales dégage une portée critique (où les paroles off tiennent vraisemblablement une place importante, en guise de contraste). Une nouvelle dimension est apportée à des images et vision coloniales, où les filmées se révèlent tout autre par le film de Djebar. Comme s’il s’agissait de revenir sur la mémoire, celle-là même que Zineb Sedira (évoquée ICI sur le blog) approche, tandis qu’elle tient la cinéaste Assia Djebar comme l’une de ses grandes découvertes du cinéma algérien. Et je n’oublie pas la découverte tant attendue de Nahla de Farouk Beloufa (1979), ce film algérien qui aborde la Palestine occupée et une certaine époque chargée en espoir.

Les Archives Numériques du Cinéma Algérien donnent par ailleurs à découvrir d’autres aspects du cinéma algérien. Notamment la période des années 70, avec une certaine désillusion. Des films témoignent de conditions de vie difficiles et de la répression du pouvoir. Ainsi par exemple Remparts d’argile de Jean-Louis Bertucelli. Celui-ci devait être en fait tourné en Tunisie et c’est suite au refus des autorités tunisiennes que le tournage a eu lieu en Algérie, produit par l’Office des Actualités Algériennes. D’autres films de la décennie, en VO non sous titrés, semblent prendre la même orientation, mais je ne m’avance pas trop puisque je n’y ai vu que des extraits sans en comprendre la langue parlée.

Nous pouvons également (re)découvrir des interviews et des documentaires sur le cinéma algérien, des carrières de cinéastes (Mohamed Zinet), des documents sur des films importants (La bataille d’Alger de Pontecorvo, Festival Panafricain de William Klein), de la fiction coloniale (tel La corniche d’amour, 1955), des archives de la télévision algérienne (tel ce documentaire historique Massinissa de Laradj ou encore un reportage sur le rapatriement en Algérie de la dépouille de l’Emir Abdelkader)… Même si encore une fois des films m’échappent quand ils sont en VO non sous titrée (et je n’ai pas vu tout ce qu’Archives Numériques publie progressivement sur you tube !), il en reste également des images saisissantes, dont par exemple Casbah 74 de Rabah Laradj.

Enfin j’y découvre aussi, peu à peu, des aspects du cinéma algérien contemporain, celui des années 90 dans une période difficile (Zemmouri, Allouache…), et celui de ces dernières années. C’est une véritable entrée en matière. Jusqu’à ce jour, jai particulièrement été saisi par le court métrage La cassette de Soufiane Adel (2006) où sur un écran noir se fait entendre des enregistrements sur une cassette de parents algériens restés au bled : l’écran noir donne cours à de l’imagination et dégage quelque chose aussi de touchant, comme si les voix renvoyaient également  la distance douloureuse entre parents et immigrés en France. C’est un film qui a trouvé une forme originale pour aborder l’immigration algérienne. Par ailleurs, des films de Tariq Teguia touchent directement à l’Algérie contemporaine, ainsi le terrible Hacla (La clôture) de 2004.

Le cinéma algérien contemporain des années 90 et 2000, comme des cinémas dans d’autres pays, évoque aussi la condition des femmes, et échappe aux critiques qui voudraient que le cinéma Algérien s’auto censure là-dessus. Ainsi Femmes d’Alger de Kamel Dehane (1992) et Une femme taxi à Sidi Bel-Abbès de Belkacem Hadjadj (2000), avec des « personnages » féminins forts.

Un petit tour d’horizon s’impose pour quiconque s’intéresse de près ou de loin au cinéma Algérien. Je ne peux qu’encourager à visiter la page facebook des Archives Numériques du Cinéma Algérien ou la chaîne You tubeA l’occasion de mes premières et récentes découverte, j’apprécie la teneur aux multiples thématiques de ce cinéma et, ce qui est nouveau pour moi, abordées par des cinéastes du pays ! Nouveaux regards, et nullement formatés, où des originalités de traitement cinématographique se distinguent, tandis que c’est aussi des histoires de l’Algérie que nous (re)découvrons, celles vues par son cinéma, après des décennies de colonisation. Critiques vis à vis du passé colonial, de ses conséquences, mais aussi vis à vis de l’Algérie qui leur est contemporaine.

Comme promis, je poste ci-dessous un « interview » avec une des personnes à l’origine de l’excellente initiative des Archives Numériques du Cinéma Algérien. Ca reste un échange à distance par voie informatique, mais j’en remercie beaucoup la personne qui accepté de répondre à mes quelques questions vis à vis de la démarche. En leur souhaitant une très bonne continuation et au plaisir de futures (re)découvertes – déjà de ce qui a été publié jusqu’à ce jour ! – place à l’interview que je précède de propos de Kateb Yacine, tant la présente initiative de diffusion du cinéma algérien se fait aussi relais et témoin de cette « urgente nécessité de filmer un pays merveilleux » :

 

Citylightscinema (CC): Pourquoi archiver sur You Tube des films Algériens ?

Archives numériques du cinéma algérien (ANCA) : Nous avons fait le choix de mettre à la disposition du plus grand nombre ces quelques films algériens dont nous disposons, c’est pourquoi le choix de Youtube nous est paru le plus pertinent.
Ce site d’hébergement vidéo est à la fois facile d’accès et d’utilisation, et nous offre une résolution plus que correcte.

Cc : La démarche est telle purement personnelle ou associée à une structure ou répondant à une demande ?
ANCA : C’est une démarche avant tout personnelle. Elle est conçue comme le prolongement  de nos recherches sur le cinéma algérien lors de nos études qui nous ont vu accumuler un nombre important de documents filmiques et surtout écrits sur le sujet. Cette démarche n’est  liée d’aucune manière à une structure officielle. Elle vient justement pallier à cette déficience des autorités en charge de ce patrimoine, et ainsi répondre à une attente des spectateurs amateurs de ce cinéma qui connu ses heures de gloires dans les années 70 et qui revient peu à peu sur le devant de la scène. La page facebook que nous avons créée est pensée comme un avant-gout d’un site internet, une bibliothèque numérique pour tout vous dire, regroupant d’autres documents, rares pour la plupart,  que nous souhaitons mettre à la disposition des cinéphiles, chercheurs, curieux, en libre accès.

CC : Cette numérisation est elle concertée avec les auteurs des films encore vivants ?

ANCA : Nous n’avons pas particulièrement de contact avec les cinéastes, du moins peu. Pour leurs oeuvres les plus récentes nous ne diffusons que de courts extraits dans l’idée du respect de ce que nous appelons « les droits d’auteurs » qui sont en vérités bien plus les droits des producteurs et des distributeurs.
Pour les cinéastes que nous connaissons ils se montrent souvent très ouverts à la libre circulation de leurs oeuvres et les plus jeunes ont déjà conscience qu’aujourd’hui la manière de voir ou partager un film a  évolué, et ils diffusent déjà leurs oeuvres sur internet.
Cette question des droits d’auteurs restent très floue en Algérie concernant les films réalisés sous l’ère du cinéma « étatisé ». Appartiennent-ils aux structures de l’époque qui furent démantelées  et donc à  l’état ? Ou aux réalisateurs ? Personne ne le sait vraiment…
Nous préférons penser au droit du spectateur, à qui ces images, en dernier ressort, appartiennent.
CC: Comment se porte aujourd’hui la sauvegarde du cinéma Algérien en Algérie, soit sa restauration et sa diffusion ? Est ce un patrimoine sauvegardé et vivant ? Y a t il des structures/public/cinéma engagés en Algérie dans cette dimension?

ANCA : Malgré de nombreuses annonces du ministère de la culture il n’y a pas de véritable prise en charge ou une quelconque restauration de ce patrimoine qui se meurt entreposé aux quatre coins d’Alger dans des conditions déplorables. La plupart des copies sont dans un état lamentable, tronquées de longs pans pour certaines, ayant perdu leur coloration d’origine pour la plupart. Nous avons eu la malheureuse expérience de constater il y a quelques mois, lors d’une projection à la cinémathèque de Béjaïa organisée par l’association Cinéma et Mémoire, l’une des rares associations si ce n’est la seule engagée localement dans la diffusion de ce patrimoine et offrant une programmation pertinente, qu’un film tel que Tahya Ya Didou de Mohamed Zinet datant de 1971 partait en lambeaux. Il y a quelques années nous avons même pu voir tout simplement s’enflammer une copie de ce qui est considérer comme le premier film algérien post-indépendance  Une si jeune paix de Jacques Charby (1964) . L’Etat de déliquescence de la plupart des copies associé à un matériel de diffusion désuet, l’absence de formation dans les métiers du cinéma ne nous permettent pas d’avoir grand espoir.

Paradoxalement un plan de réhabilitation et de rénovation des cinémathèques à travers le pays a été lancé, ainsi l’Algérie aura de belles salles de projection mais peu de copies à mettre en circulation dans ce réseau. Aux dernières nouvelles un recensement du patrimoine iconographique a été entrepris et près de 2000 affiches ont été numérisées. La numérisation des films fait partie des projets envisagés pour la Cinémathèque, mais cette opération exigera une expertise qui n’est actuellement pas disponible sur place tout comme c’est le cas pour la restauration. Il faut savoir que l’Algérie ne dispose même pas des négatifs de ses films, ils se trouvent pour la plupart dans des laboratoires en France, en Italie et pour certains en Ex-Yougoslavie…

CC : Quelle diffusion en France de ce patrimoine cinématographique Algérien méconnu ?

ANCA : En un sens ce patrimoine cinématographique algérien est moins méconnu en France qu’en Algérie et cela grâce au nombre important de festivals qui reprennent régulièrement ses classiques que sont devenus La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo ou Omar Gatlato de Merzak Allouache par exemple. L’année dernière, notamment avec la commémoration du 50 ème anniversaire de l’Indépendance, un très grand nombre de films produits en Algérie, pour certains d’entre eux assez rares, ont étés diffusés lors de manifestation telles que Le Maghreb des films. L‘année 2012 a donc été l’occasion, en France, d’une assez large rétrospective de ce patrimoine.

La balle de la dignité (Histoire du football algérien) – Rachid Diguer (2008)

EN ENTIER – VF et sous-titré français – 90 mn

Film-voyage dans la mémoire du football algérien. Réalisé par Rachid Diguer, ce documentaire retrace le chemin parcouru par l’Algérie de 1962 à 1990…

En introduction, cette video rendant hommage aux joueurs algériens qui quittèrent la sélection française de la coupe du monde, pour rejoindre le FLN…

 

Setif info, lors de la projection dans la ville en 2008 de La balle de la dignité

« La Balle de dignité, un film documentaire retraçant les grands moments du football algérien, sera projeté dimanche 26 octobre à la maison de la culture de Sétif qui aura l’honneur de recevoir un panel de grandes figures, qui ont façonné les années fastes de notre sport, « achevé » par des maquignons de tous bords. Les Madjer, Belloumi, Assad, Bencheikh, Betrouni, Safsafi, Bachi, Fergani, Kaoua, Bernaoui, Khabatou, Kermali et beaucoup d’autres stars, qui ont participé au film de Rachid Diguer, assisteront, à l’instar de nombreuses personnalités et grands journalistes sportifs, à la projection qui sera, à n’en pas douter, des plus émouvantes. De 105 minutes, ce film reviendra à travers ses cinq parties sur l’épopée de la glorieuse équipe du FLN et les premiers succès (l’USMA en championnat, l’ESS en coupe d’Algérie) de l’Algérie indépendante. Une rétrospective sur les premiers trophées internationaux, décrochés aussi bien par les Verts que par le MCA, la JSK et l’ESS est incluse bans le document. Les participations au Mondial ne seront pas occultées, tout comme la belle histoire de l’unique coupe d’Afrique des nations, gagnée en 1990 à Alger. « Ce film veut faire revivre ces moments de fierté et de communion dans l’effort et la victoire ancrés dans notre mémoire collective », mentionna le producteur qui considère ce travail comme projet majeur de sa carrière, pourtant pléthorique en œuvres cinématographiques et télévisuelles d’un certain rang… »

A noter que le réalisateur Rachid Diguer a également produit deux films du cinéaste algérien Mohamed Chouikh : L’arche du désert (1997) et Youssef (1994).

 

Slimane Azem, une légende de l’exil – Rachid Merabet (2005)

EN ENTIER – 53 mn

Le portrait de Slimane Azem, fameux représentant de la chanson algérienne, envisagé comme une plongée dans l’univers poétique d’une culture plurimillénaire, celle des Berbères. Au travers de l’œuvre de cet artiste adulé par les siens, éclairage sur cette communauté kabyle qui constitue un des fondements de l’identité nationale algérienne. Peindre le portrait de Sliman Azem, vingt ans après sa mort, c’est rendre hommage à l’un des plus fameux représentants de la chanson algérienne du siècle dernier (1918-1983). Traiter de l’œuvre de Sliman Azem équivaut à porter un regard sur le déchirement d’une génération d’hommes poussés par des raisons de survie à s’exiler vers un monde inconnu !

 

Quelques chansons de Slimane Azem :

A moh A moh (écrite dans les années 40) :

Allons si tu veux partir

Alger est une ville resplendissante
Les journaux évoquent son nom
Si célèbre dans toute l’Afrique
Bâtie avec chaux et ciment
Ses fondations affleurent la mer
Sa beauté subjugue qui la voit
Ô saint Abderrahmane
Au pouvoir démesuré
Ramène de grâce l’exilé au foyer

Ô Mouh ! Ô Mouh !
Viens donc nous accompagner

Juste avant de partir
je fis maintes promesses aux parents
Je leur dis que je reviendrais
Tout au plus après un an ou deux
Mais je m’en allais perdu comme en songe
Voici maintenant plus de dix ans

Ô Seigneur notre Dieu
Qui nous est si Cher et Doux
Ma jeunesse a fondu en corvées
Dans les tunnels du métro
Paris m’a ensorcelé
Qui doit posséder des amulettes

Je suis pareil au malade
Et j’attends que s’ouvre une porte
Moi je me suis fait à l’exil
Mais mon cœur désir son pays
Partir ? je n’ai point d’argent
Rester ? je redoute la mort

Je n’ai de souci et pitié 
Que pour mes gosses à l’abandon
Ils m’attendent chaque jour qui passe
Tandis que je refuse de partir
C’est que l’exil m’a fait tourner la tête
Jusqu’à oublier la route qui était la mienne

 

 Idhehdred w aggur (Voici qu’apparaît le croissant de lune) :

Voici qu’apparaît la lune (le croissant de lune.)
Suivie de l’étoile
elle rayonne et illumine
Envoie sa clarté sur terre
éclairant aussi contrées, océans
Montagnes et déserts.

Combien d’épreuves a-t-elle endurées ?
Souvent cachée par brouillard
celui-là qui l’opprimait
il a compris son rôle
lui tenait rancune
L’enviait et refusait de nous la montrer

La voici qu’elle émerge enfin
rayonne et grandit
Se rappelle et nous enveloppe de son éclat

{refrain}

Longtemps, elle a disparu, n’est plus apparue
Tous ses amis la pleuraient
même la pluie en a porté le deuil
Elle a connu un hiver rigoureux
le ciel en était retourné (tourmenté.)
Tonnerre, éclairs et pluies (averses.)

C’est après tant de peines
qu’elle retrouva enfin sa voix,
Et rayonne comme autre fois.

{refrain}

La voici en jours heureux 
dans un ciel clair
Sa lumière nous apparaît
Entourée de toutes les étoiles
qui sont semées avec harmonie,
Sont heureuses comme ses propres enfants

L’entourant de tout cotés 
lui rajoutant lumière et clarté
Quelle belle illustration que celle de Dieu

{refrain}

Autour d’elle les nuages sont dissipés
Elle sort enfin de l’obscurité
c’est à son tour de se réjouir
Voici qu’elle s’élève et éclaire comme drapeau
Nous salue tous
et scintilla comme une lampe (à l’huile.)

Dieu fasse qu’elle aille droit
comme nous le souhaitons
Nous partagerons sa joie

 

La carte de résidence :

 

Algérie mon beau pays :

 

Effegh a ya jrad tamurt iw (Sauterelles, quittez mon pays)

Traduction proposée de Tafsab

J’ai un clôturé
Où abondent tous fruits
De la pêche à la grenade
Je le travaillais sous la canicule ardente
J’y avais même planté le basilic
Il a fleuri et apparaissait au loin
Voilà qu’arrive le criquet en hâte
Il a mangé à satiété
Dévorant jusqu’aux racines

Criquet sors de ma terre
Le bien que tu as trouvé jadis, n’y est plus
Si le notaire te l’a vendue
Présente donc l’acte authentique
Criquet tu as mangé le pays
Je me demande pour quelle raison
Tu ‘as brouté jusqu’à la porte
Tu as devoré l’héritage que je tiens de mon père
Que tu deviennes perdrix
l’estime est fini entre toi et moi

Tu tombes du ciel comme neige
Entre crépuscule et nuit
Tu as mangèle grain et la paille
Choisissant avec soin ta pitance
A moi tu as laissé le son
Tu me prenais pour une bête

Criquet comprends de toi-même
Et sache bien ce que tu vaux
Tu peux apprêter tes ailes
Tu retourneras d’où tu es venu
Sinon tu porteras seul le poids de tes pêchés
Et tu paieras ce que tu auras mangé

Tu m’as érienté criquet
En moi tu laisses un mal incurable
Tu te multiplies à foison
Voulant laisser enracines une descendance
Mais c’est trop tard : le scribe est déjà passé
Et ma chance éviellée est guérie

 

Ayafrux Ifirelles (Oh oiseau Hirondelle / Ma belle hirondelle) :

Vas-y ma belle hirondelle 
Je t?envoie dans mon pays 
Lance-toi et bats de tes ailes 
Dans les cieux de Kabylie Lance-toi, survole et plane 
Vers le pays des Berb?res 
Chez le Saint Abderrahmane 
Qui observe la mer 

Fais-lui savoir toutes nos peines 
Et notre exil amer 
Survole les monts et les plaines 
Vois les amis et les fr?res 

Bats de tes ailes et file 
Vas-y lance-toi tout droit 
Vers le pays des Kabyles 
Dans ton vol oriente-toi 

Les campagnes les villes 
Les monts, les plaines et les bois 
Dans chaque village demande asile 
Et tu passeras la nuit sous mon toit 

Passe par le Djurdjura 
L?, tu prendras ton élan 
C?est de l?-haut que tu verras 
La Kabylie et ses flancs 

Ensuite, tu suivras 
La Soummam et les cents couronnes, 
Vgayet Et Gouraya, 
la berceuse de l?Océan 

Suis les rivages de la mer 
Penche-toi et glisse 
Azeffoun, Tigzirt-sur-Mer 
Port Guidon et Dellys 

Reviens vers Tameggount l?arti?re 
De l?, tu seras propice 
Vers Tizi-Ouzou et ses terres 
Sidi Baloua et ses fils 

Tizi-Ouzou Azazaga 
Tu verras tous les amis 
Tu salueras la JSK 
Espoir de Kabylie 

Ensuite, tu monteras dans mon village 
Tu y feras ton nid 
? tout le monde tu diras 
Que l?exil m?a banni 

Tu boiras de l?eau fra?che 
Dans les for?ts o? se m?lent 
Les cerises et les p?ches 

Puis tu monteras en fleche 
Vers Fort National et ses citadelles 
Mais il faut que tu te dép?ches 
Pour me rapporter les nouvelles

 

Interview avec le cinéaste, publiée sur Cinémas Algérie :

 » – Slimane Azem, une légende de l’exil. Pourquoi ce sujet spécifiquement ?

Mon coeur est toujours malade, malade à cause des hommes de mal. Ils se glorifient des oeuvres des autres. De cuivre vil ils fondent des bijoux d’argent. Ils ne plantent pas ils déracinent. Tes yeux ont découvert la voie de connaissance. » Je vous donne en guise d’introduction à ma réponse ce poème de Jean Amrouche. Car je pense que Slimane Azem était fondamentalement un homme de bien, un adepte de la liberté et surtout un porte-drapeau de la culture kabyle. Cinq ans après la réalisation de mon documentaire sur la vie de Slimane Azem, je suis fier que la Cinémathèque le diffuse. Pour moi, c’est une marque de reconnaissance de l’oeuvre d’un homme tout dévoué au peuple algérien, un personnage exemplaire dont on aimerait qu’il en existe beaucoup d’autres.

– Comment avez-vous traité le sujet ?

De Slimane Azem, je conservais le souvenir d’un électrophone posé sur la table du salon. Ces chansons incompréhensibles faisaient remonter mes souvenirs de l’étrange ailleurs dont j’étais issu sans pour autant vraiment en être. L’image du petit berger courant pieds nus derrière les quelques moutons de son troupeau m’apparaissait. C’est ce gamin qu’il avait dû être dans son village d’Agouni Gueghrane, où il naquit en 1918. Là, au pied du Djurdjura, entre six et onze ans, il partagera son temps entre les pâturages et les Fables de La Fontaine qu’il étudie à l’école. Selon la légende, il aurait développé son génie poétique suite à une rencontre avec un vieillard qui lui aurait proposé soit d’avoir une intelligence accomplie, soit un foyer plein d’enfants. Il choisira d’être poète visionnaire et ne laissera aucune descendance. A 19 ans, il traverse la Méditerranée. Dès 1937, il travaille dans les aciéries autour de Longwy et endosse alors le statut d’immigré. Cette déchirure existentielle inspirera une grande partie de son oeuvre. Œuvre qu’il mettra au service de ses compatriotes en leur prodiguant ses chansons « conseillères », allégeant leurs tourments d’exilés. Il partagera durant sa carrière, avec l’immigration algérienne, les sentiments de joie, de peine, de toute une communauté de destin. Slimane Azem, c’est le chanteur d’une époque révolue, celle de Prévert déclinant le nom de tous ces « étranges étrangers » qui peuplaient les usines Renault, alimentaient les fours de la sidérurgie, descendaient dans les puits des mines, construisaient les bâtiments de la modernité française. Slimane Azem, c’est l’histoire de ces hommes longtemps muets sur leur jeunesse, leur arrivée en terre étrangère. Trajectoire que souvent les enfants issus de cette immigration ne découvrent que sur le tard. Slimane Azem, c’est le soutien moral de la première génération d’émigrés kabyles en France coloniale. Slimane Azem, c’est l’effort nationaliste de toute la classe ouvrière immigrée, soutenant avec abnégation le combat pour l’indépendance de l’Algérie. Pays désiré de leurs voeux mais qui n’a su les reprendre en son sein. Il porte en lui cette contradiction de la nation algérienne. Slimane, c’est surtout la nostalgie du paradis perdu, l’exil temporaire qui devient perpétuel. C’est une voix de l’histoire de l’émigration. Slimane Azem, c’est une légende de l’exil. – Nous trouvons rarement des travaux artistiques ou de recherche sur cet artiste. Quand j’ai commencé mon travail de recherche au début des années 2000, il n’y avait rien, et ceux qui avaient des documents les gardaient comme un trésor personnel qu’il ne savait pas valoriser. Le travail universitaire de traduction de Youcef Nacib m’a permis d’accéder en français à l’oeuvre de Slimane Azem. Pour moi, faire ce documentaire a été un honneur et m’a rempli du sentiment du devoir accompli. 

– Avez-vous trouvé des difficultés pour réaliser votre documentaire ?

J’ai rencontré beaucoup de difficultés à monter ce projet, car pour les programmateurs de chaînes de télévision française, « Slimane Azem » ne voulait rien dire et je suis d’autant plus fier qu’il est aujourd’hui reconnu comme un artiste majeur issu de l’immigration. Je pense que mon film a contribué à la réhabilitation de cette grande figure de la culture kabyle, et plus largement algérienne. En France, ce film a questionné l’histoire de l’émigration. Il a permis de faire comprendre ce qu’étaient les conditions d’accueil des émigrés, de reconnaître l’absence d’attention portée à cette population issue du sous-prolétariat. Pour moi, il fallait, pour les enfants français issus de l’immigration, tenter de réparer l’image des pères amoindris, parce que quasi-inexistante dans cette France, leur société d’accueil. C’est pour cela que j’ai utilisé l’image de cet illustre chanteur et poète, qui perpétuait une tradition orale kabyle dans ces cafés-hôtels de Paris, là où nos « pères », rassemblés dans leur solitude, trouvaient dans les bars un petit coin d’humanité à partager avec leur chanteur. C’est pour reprendre le cours de l’histoire de l’immigration à sa source que ce documentaire appelle à découvrir le parcours de ces hommes, à reprendre le fil des existences mutilées, à reconquérir cette culture de l’émigration, longtemps sous-évaluée et qui pourrait permettre de fabriquer le ciment entre un ici reconnaissant et un ailleurs apaisé. 

– Nous avons l’impression que Slimane Azem est boycotté par plusieurs parties.

Pour moi, l’oeuvre artistique de Slimane Azem s’inscrit dans la continuité historique de celle de Si Moh ou Mohand. Il connaîtra l’Algérie française, puis l’Algérie algérienne, il s’interrogera très tôt sur son double statut de colonisé et d’exilé économique, et transcrira le sentiment de milliers de ses compatriotes, bien moins en mesure que lui d’analyser cette déchirante situation existentielle. Patriote, il a été. Dès son arrivée en France, il militera au sein du Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Il aspire avec ferveur à l’indépendance de son pays dès 1956, et rendra publique une chanson ouvertement anticolonialiste : Criquet sort de ma terre. Cette chanson lui valut des démêlés avec la police française et aurait pu lui coûter la vie sans le soutien de son frère Ouali, acquis à l’Algérie française pour des raisons que son frère Ali synthétise dans mon documentaire. C’est cette position pro-française de certains membres de sa famille qui provoquera le bannissement d’Algérie de la famille Azem, conséquence d’une répression punitive, collective que l’on sait pratiquée par des régimes autocrates et totalitaires. Pourtant que dire du patriotisme de Slimane Azem, lorsqu’en plein conflit libérateur, il pose son regard sur la guerre d’indépendance et compose une fervente prière à la recherche d’un remède aux malheurs du peuple algérien. Ô Dieu, le clairvoyant/A Rebbi Imudebber. Son engagement resplendit encore plus fort dans cette ode à l’astre lunaire qui symbolise l’avènement d’une Algérie libre et indépendante. Cet écho patriotique résonne de l’espoir porté par un peuple en lutte, « Le croissant enfin paraît/Idahred waggur ».Les derniers vers de cet hymne à l’indépendance montrent la distance critique de Slimane Azem face à la Constitution de l’Etat algérien. Dans ses chansons, Slimane Azem dénoncera régulièrement, en termes allusifs, l’injustice et l’ambition des représentants du pouvoir algérien. Il quittera l’Algérie en 1959 pour n’y plus retourner, même pour son ultime demeure. En 1967, il sera frappé d’interdiction d’antenne par la Radio Télévision algérienne, sur la foi d’une liste d’artistes ayant soutenu Israël durant la guerre des Six Jours. Cette « conspiration du silence » n’empêchera pas sa cote de popularité de monter, jusqu’au début des années 1970, où il recevra des mains de M. Minichin, PDG de IME-Pathé Marconi, un disque d’or pour avoir vendu un très grand nombre de disques. C’est une première pour un chanteur d’origine algérienne qu’il partagera avec la chanteuse Noura ! Durant cette période, Slimane Azem exprimera la contradiction essentielle de sa situation. Il rendra compte de son état de « banni » et de celui d’émigré, dont il continuera de porter le statut jusqu’à la fin de sa vie, avec son lot de culpabilité, d’errance, de violence et d’indifférence. Ses chansons restituent l’état mental de beaucoup de fils de paysans kabyles confrontés de plein fouet à la modernité, voués à une vie de précarité et de frustration. Ils deviendront ce sous-prolétariat sacrifié sur l’autel du néocolonialisme, dont les trajectoires humaines ont été remarquablement analysées et traduites par Abdelmalek Sayad. La douleur de l’exil n’entamera pas l’acuité du poète. Il demeurera un fervent défenseur des valeurs ancestrales kabyles et, dès 1966, il sera membre de l’Académie Agraw Imazighen, dont l’un des fondateurs, Muhend Bessaoud, est mort en exil en janvier 2002, sur l’île de Wight. Participant actif du mouvement de Libération nationale, il écrira plusieurs livres à compte d’auteur, dont Heureux les martyrs qui n’ont rien vu, en 1963. Ce roman autobiographique est un regard critique sur le fonctionnement de l’intérieur de l’ALN durant la guerre d’indépendance. Son héritage est aujourd’hui porté par le Congrès mondial amazigh, association qui défend la culture berbère. Dans les années 1970, Slimane Azem orientera son chant vers le combat identitaire et ne cessera de caricaturer l’attitude des dirigeants de l’Algérie nouvelle. Il les représentera selon son inspiration, soit sous la forme de crapaud coassant dans la mare, soit sous l’effigie d’un perroquet bavassant. L’oeuvre de Slimane Azem aura contribué au renouveau du chant identitaire kabyle et marqué le désir de perpétuer le souffle d’une identité ancestrale, face à un régime politique qui n’a pas perçu l’intérêt d’apprécier les différents constituants culturels de l’Algérie, en tant que richesses naturelles. En 1981, il donnera un dernier récital à l’Olympia. L’espoir de voir, sentir et vivre sur la terre de ses ancêtres lui sera jusqu’au dernier jour refusé. Malgré son absence physique, Slimane Azem influencera la poésie chantée kabyle. Nombreuses sont les chansons qui habitent encore les esprits de beaucoup d’Algériens de toutes les générations, à l’image des chansons de Matoub Lounès, qui lui dédiera l’un de ses albums. Ce dernier chant sera celui de liesse, car Slimane Azem sait sa descendance assurée. Les générations montantes de poètes chanteurs, comme Aït Menguellet, Idir, Matoub Lounès, ayant entendu son message, ont fait le serment de porter, chacun à sa manière, l’art de la chanson poétique kabyle. » 

Prends dix mille balles et casse toi – Mahmoud Zemmouri (1980)

EN ENTIER – VOSTF – 87 mn

Sous la présidence de V. Giscard d’Estaing, les Algériens résidant en France se sont vus proposer la somme de 10 000 francs pour retourner dans leur pays. Une famille d’émigrés accepte le contrat. 

Né en 1946 à Boufarik et établi en France depuis 1968, Mahmoud Zemmouri s’est fait connaître avec Prends dix milles balles et casse-toi qui épinglait la loi Stoléru (octroi d’une aide au retour de 10 000 F pour tout travailleur immigré désireux de quitter la France) et abordait, avec un humour un rien provocateur, les réactions de jeunes gens nés en France au contact du pays de leur parents.

La montagne de Baya – Azzedine Meddour (1997)

EN ENTIER – VOSTF – 120mn

Au début du siècle, en Kabylie, les derniers groupes de résistance berbère ont cédé devant l’invasion française et les villageois ont été dépossédés de leurs terres. Certains d’entre eux ont réussi à se réfugier dans les montagnes arides. Baya, la fille du guide spirituelle de la communauté assiste au meurtre de son époux par son rival de toujours, Saïd. Le père de ce dernier remet à la jeune femme une somme d’argent,  » le prix du sang versé « . Baya refuse de remettre aux paysans cette somme qui, pourtant, leur permettrait de payer l’impôt de guerre et de récupérer leurs terres. Elle se retrouve isolée au milieu des siens, torturée par son amour secret pour Djendel, le guerrier-poète qui leur a donné refuge, et sa responsabilité dans le sort de sa tribu…

Entretien d’Olivier Barlet avec Azzedine Meddour Paris, décembre 1997 (Site Cinémas Algérie)

Entre Djendel et Baya, n’est-ce pas l’opposition du réalisme et de l’instinct ?
Djendel est un samouraï qui fait partie de la caste des Djouad, la caste guerrière. A force de faire la guerre, il est fatigué des hommes et reviens à cette matrice qu’est la caverne. Il voit Baya agir et c’est finalement elle qui le ramène à l’amour et au combat. Baya n’est pas instinctive mais pure : fille d’un saint populaire, élevée dans le respect des valeurs. Plongée dans le chaos, elle cherche à retrouver ces valeurs. Ce sont ces êtres qui maintiennent l’équilibre du monde. Ils rappellent qu’on ne peut éternellement bafouer le respect de l’homme.

C’est là que vous placez l’actualité du film ?
Oui, le vrai conflit est entre les Algériens eux-mêmes. L’envahisseur français n’est que la répétition d’une histoire ancienne. La catalyseur est extérieur comme aujourd’hui l’Iran, le Soudan ou l’Arabie Saoudite mais on se tape dessus entre nous…

Pourquoi le recours au mythe ?
Baya n’est pas encore un mythe. Peut-être le deviendra-t-elle pour les Algériens. Notre société a profondément besoin de repères. 30 années de parti unique les ont laminé, mettant de côté les modèles fournis par le conte oral et la poésie. 1963 était un coup d’Etat : il proclamait un seul héros, le peuple. Et non ceux qui avaient fait sept ans de guerre. Le peuple servait de paravent pour prendre le pouvoir, et ceux qui ont fait la guerre de libération ont été mis de côté. Boudief en est un bon exemple, qui ne resurgit que 30 ans plus tard. Où une génération sans héros peut-elle trouver des modèles ? Elle va les chercher en Afghanistan et cela donne la situation actuelle !

Quand Baya dit à son fils Meziane  » ton père savait faire tout cela « , en appelez-vous à la généalogie pour dénouer la situation présente ?
Nous voudrions raconter des histoires avec des signes et des codes qui soient profondément de chez nous. Dans la culture nord-africaine, on éduque les enfants avec le conte. Baya indique les étapes initiatiques à son fils ; elle lui rappelle son père et la fidélité qu’elle conserve envers lui.

Cherchez-vous à affirmer une identité berbère ?
Aucunement : c’est un film algérien. Ce n’est pas parce qu’on prend une religion qu’on change d’ethnie : Arabophones et Berbérophones se côtoient. Ce n’est pas le film d’une région. Les rites que décrit le film se retrouvent dans toute l’Algérie et la Méditerranée.

Quel sens de l’honneur Baya revendique-t-elle ?
Baya a été humiliée et cherche à se laver de cette humiliation. Quand l’injustice règne, on cherche à se rendre justice soi-même. C’est moins une question d’honneur que de dignité. Aujourd’hui, les Algériens, sans être des Tarzans ou des Zorros, résistent en tentant d’affirmer leur dignité. Ce film, nous le vivons tous les jours en Algérie.

Ce qui nous ramène à cette explosion qui a emporté treize membres de l’équipe…
Oui, il y eut une telle identification pour l’équipe de tournage entre ce film et ce qui se passe en Algérie… Une telle coïncidence…

Les lumières du film sont crépusculaires ou de contre-jour : pourquoi ce choix ?
Le film est très violent et la lumière amène un contrepoint. Je voulais aussi retrouver la lumière douce de l’Algérie, et rompre avec le misérabilisme érigé en canon esthétique : retrouver avec des comédiens non-professionnels le charisme des visages et réagir à la réalité par le beau.

Le film sera-t-il diffusé à la télévision algérienne qui participe à la production ?
Bien sûr, après son exploitation en salles. Il est même question d’en faire une série, mais les moyens de la télévision restent limités. On le doublera aussi en arabe quand nous en aurons trouvé l’argent, mais le parc de cinémas s’est terriblement réduit.

Quelles sont les perspectives du cinéma en Algérie ?
La dévaluation du dinar rend les choses très difficiles : la dotation appréciable du ministère ne couvrait que l’achat de la pellicule… En dehors du système d’Etat, nous ne pouvons pas rentabiliser nos films sur le marché intérieur. Le risque est de flatter tous les clichés créés par le cinéma colonial et la société occidentale. Notre démarche est bien sûr inverse : parler de nous comme on nous a jamais regardés pour reprendre possession de notre propre image. Nous espérons que l’Autre sera surpris et s’y intéressera.