Valentino – Ken Russell (1976)

Ken Russell – Valentino – 1977 – Royaume Uni – EXTRAITS

« Terrassé par le stress, le célèbre Rudolph Valentino meurt à l’âge de trente et un ans. Acteur, danseur et chanteur, le charmant jeune homme était une étoile née au sein du show-business. Pourtant, ce latino d’Hollywood ne rêvait que de devenir propriétaire d’une orangeraie en Californie. »

 

Durant les années 60 Ken Russell a réalisé de nombreux films sur des artistes pour la BBC, d’abord documentaires puis s’affirmant progressivement comme davantage expérimentaux et fictionnels. C’était dans le cadre des séries télévisées Monitor, puis Omnibus. Ces réalisations pour la télévision témoignaient le plus souvent, déjà, d’un parti pris s’attardant sur un passage de la vie de l’artiste et non en retraçant une biographie entière, sur le modèle d’événements chronologiques jalonnant le film. Comme si l’important était de cibler un aspect et où la mise en scène a son rôle, sans tomber dans le simple postulat narratif d’une vie.

A partir des années 70, tandis qu’il est passé à la réalisation cinématographique, Ken Russell revient occasionnellement aux biopics, et en particulier musicaux. Nous y retrouvons une certaine continuité avec ce qu’il a fait dans les années 60, notamment par ce choix de s’attarder sur un moment de la vie de l’artiste. Ainsi par exemple avec The music lovers (1970), présenté ICI sur le blog. Tchaïkovsky est y saisi dans une période de sa vie, où l’homosexualité du compositeur est le fait de vie majeur du film mais qui développe principalement une mise en scène débridée donnant à percevoir l’intériorité de l’artiste, en lien avec la création musicale. C’est là une des forces de Russell : prendre un fait biographique comme base narrative (avec plus ou moins de liberté d’adaptation), parfois tabou ou provocateur, et le dépasser par un travail formel qui approfondit le sens et l’univers de l’artiste (voire son époque) au-delà de l’événementiel. Comme s’il s’agissait de re-créer quelque chose pour traiter d’un univers artistique, d’une époque etc.

Cela m’amène à ce Valentino, réalisé en 1977. Le film n’est pas accessible en entier sur la toile, mais l’ouverture que j’ai mis en ligne sur la chaîne YT de citylightscinema, et postée ci-dessous, est très éloquente je trouve. D’emblée on est confronté à un postulat de « vérité » historique, d’un événementiel établi, d’une biographie qui a ses sources avérées. Par son noir et blanc donnant l’impression de voir des archives audiovisuelles le film s’annonce comme ancré dans une rigidité historique, « inspiré d’une histoire vraie ». Mais la « supercherie » est révélée par le passage à la couleur, et nous comprenons alors qu’il s’agissait d’images tournées par le cinéaste, que nous étions déjà dans la fiction malgré l’apparence. Le film peut renouer avec ses images de foule en furie dans la rue, elles sont désormais en couleur et ancrées dans la représentation.

C’est là d’ailleurs une composante qui est appliquée durant le reste du film lors des scènes de films jouées par Valentino : à aucun moment Russell n’emploie les scènes originales, elles sont toutes re-jouées (même quand elles ont le noir et blanc des anciens films). Je parlais de « re-créer » plus haut, or c’est exactement cela ici. Russell re-crée et donne sens par sa mise en scène.

 

L’ouverture peut également être comprise comme un éclairage sur la supercherie, sur la composante superficielle de l’image, du mythe. En l’occurrence ici le mythe de la star, tandis que l’idolâtrie y est le pendant du business. A travers Valentino, Russell semble s’attaquer à un certain cinema. Nous avons une représentation d’Hollywood en quelque sorte. Le faux semblant est représenté. Nombreux et nombreuses commentent le film en rappelant les liens entre Rudolf Valentino et son acteur Rudolf Noureev : mêmes prénoms, tous deux ont émigré de leurs pays (le premier d’Italie, le second d’URSS en 1961), ont été danseurs (certes pas au même niveau de pratique !) et stars mondiales (Noureev ayant été un très grand danseur). Mais Noureev n’est pas Valentino, et rien que l’accent italien les sépare. C’est comme si le film créait l’illusion du vrai (les scènes de film de Valentino en noir et blanc, la proximité de trajectoire entre personnage et acteur …) tout en en représentant l’artifice. Soit une merveilleuse mise en abyme, telle une constante du film. Et ça ne saurait être la première du cinéaste à l’occasion d’un de ses biopics.

 

Outre cet aspect du film qui m’a marqué, Russell y reste fidèle à une mise en scène qui peut susciter fascination, ne serait-ce que par le beauté intrinsèque qui s’en dégage par moments. Certes, j’avoue avoir trouvé quelques longueurs à ce deuxième biopic que je vois du cinéaste, mais il y a toujours eu une scène pour me ressaisir et garder mon attention sur l’ensemble du film. Ainsi par exemple les passages ironisant avec maestria sur l’égocentrisme, mégalomanie et autres pédantisme occupant le monde artistique à Hollywood tandis que le business en constitue les coulisses et la réalité. Il est d’ailleurs à remarquer que les mécènes, producteurs sont aussi régulièrement égratignés.

 

 

Le cinéaste met en scène un certain univers Hollywoodien, qui n’est pas sans contamination sur l’artiste qui change au fil du film. Et ce que le système draine ou suscite chez les foules n’est pas non plus très éloigné du fascisme, en quelque sorte. L’ironie veut qu’une garde d’honneur fasciste autour de la dépouille de Valentino fut envoyée par Mussolini lui-même, mais en fait ça n’aurait été qu’un coup publicitaire de l’époque … publicité et fascisme …

En tout cas, avec ce film, Russell assume complètement son art de la représentation, quand bien même il s’inspire de faits plus ou moins avérés. Et c’est pour mieux atteindre quelque chose de plus profond que la surface des choses, au-delà du simple récit des épisodes d’une vie. Ça vaut bien une petite danse … [Pour une note plus conséquente sur le film, je renvoie au lien ICI]

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Miner’s hymn – Bill Morrison (2011)

EXTRAITS – Bill Morrison – Miner’s Hymn – 2011 – 52 mn

Il était question ICI sur le blog du cinéaste expérimental Bill Morrison via une présentation de sa filmographie et le relais de quelques extraits et courts métrages intégraux, dont l’excellent What we built.

Récemment, en m’informant un peu de ses récentes réalisations, je découvrais avec saisissement des extraits de ce long métrage qui m’avait échappé. Intrigué par le sujet, à savoir la communauté minière du Nord-Est de l’Angleterre (Durham surtout), je me pressais de regarder la bande annonce qui m’apparue alors particulièrement intrigante et superbe. A un tel point que je m’y suis re-plongé à plusieurs reprises, et imaginant la projection en salle obscure sur grand écran :

Dans cette bande annonce, figurent nombreuses thématiques de la communauté minière : le travail (bien sûr), l’habitat (un plan superbe d’alignement de maisons tel qu’on retrouve dans le bassin minier Nord Pas de Calais), la vie culturelle (rassemblements du Gala des Mineurs de Durham), la classe ouvrière vue comme une communauté (qui ressort incroyablement de cette bande annonce), la transmission générationnelle (ces enfants qui précèdent en dansant le cortège des parents mineurs, avec une fierté et une gaieté palpables), la lutte des classes (l’affrontement entre mineurs et policiers), l’environnement minier (formidables images d’enfants courant sur les terrils, dont le premier plan semble plus ancien) et, par dessus tout peut-être, les bannières syndicales du National Union of Mineworkers (dans la bande annonce est mise en avant celle représentant Keir Hardie, syndicaliste Ecossais puis artisan de la création et leader du Labour Party – Parti Travailliste – en 1906) …

Image ci-dessous : bannière syndicale de Durham active jusque dans les années 1930 – Y sont figurés James Connolly (marxiste révolutionnaire et syndicaliste de l’IWW), Keir Hardie (leader du Parti Travailliste) , AJ Cook (syndicaliste révolutionnaire), George Harvey (syndicaliste co-fondateur de l’IWW), et Lénine.

leninbanner

Pour un aperçu de l’histoire des bannières syndicales de Durham, une superbe page lui est consacrée ICI sur facebook (beaucoup de photos de bannières …

 

Bref, une multiplicité de composantes de la communauté minière explose à la vue de cette bande annonce vraiment splendide. Elle n’est pas réduite à un pan ou un autre. Et c’est ça qui m’intrigue beaucoup, entre autres aspects. De nombreuses archives ont été sollicitées et aux origines multiples, pas toutes insérées dans le film mais au moins vues par le cinéaste, et ayant donc aussi contribué au montage final : films institutionnels produits par le National Coal Board (charbonnages anglais), films indépendants, films et vidéos militants … Une pratique qui montre bien comment un travail en amont prenant en compte les productions passées d’images peut être matérialisé autrement que par une accumulation d’images. Elle conduit au contraire à des choix d’images découlant de leur existence et prise en compte par le réalisateur, dont le travail final, forcément subjectif, résulte d’une production collective hétérogène.

Il est à noter, ce qui avait été déjà signalé dans la note consacrée à la filmographie de Bill Morrison, que la bande musicale bénéficie là encore d’un apport important, à travers un compositeur de renom, à savoir ici l’islandais Johann Johannsson. Comme d’autres films du cinéaste, la BO fait l’occasion d’édition audio à part entière, et, dans le cas présent, fait l’objet de prestations live et, par exemple, d’une émission radio tel qu’on peut l’écouter ICI. Une fois de plus avec cet opus de Morrison, la BO ne relève pas du hasard et de l’illustration. Elle interagit avec le film tout en ayant son indépendance créative. Un gros travail de brass band s’y développe, en référence à toute une culture musicale minière de cette région du Nord-Est de l’Angleterre où les mineurs eux-mêmes constituaient des brass band.

Photo ci-dessous : Durham Miners Association Brass Band (banderole syndicale du National Union of Mineworkers en arrière plan)

durham brass band

Bill Morrison et Johan Johannsson se limiteraient ils à un usage simplement folklorique de cette tradition musicale, comme de la mémoire de la communauté minière dans son ensemble ? Certainement pas. D’après le résumé du film publié sur le site de l’éditeur DVD (Icarus film – tiens, éditeur aussi de l’excellentissime Joli Mai de Chris Marker), les images re-traitées et montées sont tirées des années 80 (et notamment de la grande lutte de 1984), mais aussi d’une période plus récente avec des vues aériennes matérialisant les temples du consumérisme qui se sont implantés sur d’anciens lieux miniers.

De fait, ce film très prometteur de Morrison, que je veux voir d’une manière ou d’une autre (!), semble faire rejaillir de ces lieux une mémoire minière. Celle-ci, en Angleterre comme ailleurs sans doute, est souvent ramenée à ses seuls pendants commémoratifs, voire touristiques et « culturels », relevant d’un caractère figé. Or pour faire ce film, Morrison a notamment rencontré Dave Douglass, soit un ancien mineur syndicaliste de Durham (et écrivain), qui lui a ainsi transmis quelques récits de la grève de 1984 et quelques vidéos militantes. Ce même Dave Douglass a fait l’objet d’une interview entreprise et publiée par le site internet « Un Autre Futur », dans le cadre d’un article passionnant intitulé « Au-delà de Thatcher : témoignages militants sur les luttes des mineurs et le syndicalisme britannique d’hier et d’aujourd’hui » (cliquer ICI pour accéder à l’article). Il s’y exprime ainsi à propos de la mémoire minière à Durham :  »

Ils voulaient qu’on quitte ce monde et qu’on meurt en silence mais nous ne le ferons pas. La seule industrie que nous avons aujourd’hui est l’industrie bancaire et la spéculation. Ils ont détruit l’industrie manufacturière, ils ont détruit notre capacité en tant que travailleurs à reprendre le contrôle et à organiser la société par nous-même. Parce que nous avons fait les moyens de production. Et ils nous les ont retiré. Donc, en fait, maintenant, nous ne produisons rien. Les gens sont au chômage, les gens sont désespérément pauvres, on a beaucoup de toxicomanie, de crimes antisociaux, des problèmes de santé, une mortalité infantile élevée, une faible espérance de vie, un faible niveau d’éducation, toutes ces choses. Mon livre s’intitule Ghost dancers [référence à la Danse des Esprits amérindienne] parce qu’il s’agit de la même chose que ce qu’ils ont essayé de faire avec les Amérindiens. Ils n’ont pas seulement vaincu les Indiens d’Amérique. Ils ont voulu leur enlever leur identité, ce qu’ils étaient et même effacer le souvenir de qui ils étaient. Tu sais, mon père était dans la grève de 1926, mon grand-père y était aussi ainsi que dans la grève de 1890 ! (rires) Et quand on était sur le piquet de grève à Doncaster en 1983, il y avait un homme qui avait participé à la grève de 1921 et à celle de 1926. Retraité, mais toujours sur le piquet de grève ! C’est pourquoi ceci est très, très important pour nous. Nous ne sommes pas prêts à oublier le passé, nous ne sommes pas prêts à perdre espoir dans le futur. Nous devons nous battre pour reprendre le contrôle de nos communautés, rétablir le contact avec notre histoire réelle, pas celle des capitaines et des rois, pas l’Union Jack et toutes ces conneries… Mais nos tradition réelles, ces gens qui se sont battus pour nos propres intérêts de classe. Il ne s’agit pas juste de nostalgie, il est question de demain, pas d’hier.

Dave Douglass, interview « Au-delà de Thatcher » (Autre Futur)

Nous rappellerons au passage que la filiation des luttes que souligne le syndicaliste mineur, ici y compris dans son propre parcours familial, est une donnée très importante de films comme Which side are you on de Ken Loach (ICI sur le blog) ou encore Harlan county de Barbara Kopple (ICI sur le blog) et, dans une moindre mesure, la suite vidéo Miners campaign (LA sur le blog).

Des propos de Douglass très importants, auxquels le film renvoie sans doute en partie dans ce qu’il peut générer comme réflexion également autour de la communauté minière et son devenir, notamment pour les personnes issues de cette dernière. L’urgence de la mémoire évoquée par Douglass me rappelle un passage de l’entretien filmé avec le cinéaste belge Paul Meyer, relayé ICI tout récemment sur le blog. Meyer consacrait son ultime film, justement, à la mémoire (intitulé La mémoire aux alouettes), ciblée particulièrement sur les immigrations des mines en Belgique (italienne, marocaine…); dans l’extrait que je re-propose ci-dessous, il expose un constat très pessimiste sur la mémoire telle qu’elle se dessine aujourd’hui, notamment dans le contexte d’une absence syndicale, qui renvoie en fait à l’absence du collectif pour toute dimension mémorielle. On peut ainsi songer non seulement à la classe ouvrière mais aussi aux spécificités mémorielles des immigrations, de la colonisation, des quartiers populaires etc , soit AUX MÉMOIRES – spécificités qui ne répondent pas à des volontés sectaires et/ou « communautaristes » mais à des réalités de vécus dont justement certaines mémoires tendent là aussi à disparaître, sans transmission (voir là-dessus, par exemple, la note consacrée ICI sur le blog à la commémoration de la marche pour l’égalité et contre le racisme) :

Nous en sommes de nouveau à une situation où c’est un peu le chacun pour soi. Et donc par conséquent je ne vois pas qu’il y ait là une possibilité de transmission. Là où il y avait à un certain moment une organisation de la classe ouvrière importante, que ce soit par les partis ou par les syndicats, on pouvait supposer que la transmission d’une expérience, d’une mémoire était rendue plus facile. Parce qu’il y avait une espèce de permanence dans la lutte. Mais je ne vois pas comment maintenant on pourrait arriver à une transmission meilleure. Bien au contraire. Je crois qu’il y a un gouffre entre l’expérience des aînés et l’expérience des jeunes. (…) Les commémorations pour moi, tant pis si je choque les gens, c’est une manière de cacher le travail de la mémoire. C’est une manière de figer la mémoire en un moment, bien défini, qui se répète chaque année, en un lieu bien défini, qui est toujours le même, pour des raisons qui deviennent de plus en plus vagues. (…) Le travail de mémoire c’est un travail quotidien.

Paul Meyer, entretien filmé (2005)

L’ensemble de l’extrait est intéressant, mais le passage retranscrit ci-dessus débute à 7mn 14 :

Dave Douglass, dans l’interview évoquée plus haut, rappelle également de l’importance de l’événement du Gala des Mineurs de Durham et dont la pérennité résulte  aussi, sans doute, d’un travail quotidien, ne se réduisant pas à un moment d’une mémoire figée dans le temps, et symptomatique dans son partage très populaire d’une vitalité mémorielle en lien avec le présent, malgré tout :

Les communautés sont vraiment très, très à genoux et dans des conditions sociales désespérées. Ceci, aujourd’hui, (le Gala des Mineurs de Durham avec un demi-million de personnes) est un acte de défi. Nous sommes presque un demi-million sur ce terrain aujourd’hui pour le Gala des Mineurs de Durham. La plupart des gens ici viennent de communautés de tout le pays. C’est un acte de défi. Ce gala est un défilé traditionnel, qui continue depuis 167 ans, de Bannières de Mineurs avec tous les slogans et principes du syndicalisme et de la lutte de classe, dans toutes ses différentes formes, mené par des fanfares, les femmes, les enfants et les gens de la communauté. Il aurait dû mourir. Le dernier puit est mort en 1992. Et aujourd’hui, c’est la plus grosse manifestation depuis, je pense, 1945. C’est un acte de défi de classe.

Dave Douglass, interview « Au-delà de Thatcher » (Autre futur)

 

Revenons-en plus directement à Miner’s hymn. Ci-dessous, un extrait plus conséquent du film, où les impressions de la bande annonce ce précisent.

Comment ne pas être saisi par l’impact populaire du défilé d’un Gala des mineurs de Durham et, une fois de plus, par les fiertés qui s’y dégagent ? Pas tant dans ce qui pourrait faire les belles lignes des propagandes d’antan en faveur de la production, notamment en France, où le mineur-soldat est sollicité pour la production patriote. Ici la fierté est toute autre, du moins c’est mon impression : celle d’appartenir à une classe ouvrière, sans reléguer au second plan, telles les bannières syndicales le manifestent, la lutte des classes. Sans vouloir idéaliser ici, il y a une dimension très palpable de collectivité ouvrière assumée pleinement et sans honte. Soit à l’opposé de ce qu’affirme Douglass, toujours dans la même interview, où il fait part d’un renversement : « Aujourd’hui, la gauche est anti-classe ouvrière« . Il serait intéressant de sonder l’impact d’une telle réalité vécue sur les ouvriers mais aussi les héritiers de la classe ouvrière anglaise, et notamment des mines, alors que les organisations collectives semblent sur le déclin.

A défaut d’avoir vu Miner’s hymn, exception faite des deux extraits relayés dans cette note, je propose de conclure sur un dernier parallèle. Il concerne cette fois-ci, ça peut paraître bizarre au premier abord, la série télévisée américaine Treme. Créée par David Simon, l’auteur également de The Wire (Sur écoute), la série porte une thématique semblable dans le cadre de la Nouvelle Orléans post ouragan Katrina : reconstruire par le collectif (et sa multiplicité !), en lien avec la tradition et la mémoire, face à des institutions et libéralisme contribuant au chaos des habitants. Des scènes de musique sont très importantes dans le lien mémoriel et de résistance qu’elles insufflent au propos, ainsi des passages de fanfare fort marquants, tel les enterrements. Un extrait d’épisode ci-dessous voit même l’instrument levé, en guise de poing levé, pourrait – on dire, soudant une collectivité et ses résistances. Un autre extrait proposé, lui, porte la dimension importante des indiens et des costumes (même si à mon goût l’un des personnages principaux est un poil caricaturé par rapport à ça dans la série …). Folklore commémoratif, ou  événementiel ?

Dave Douglass, lui, fait part de l’importance d’une forme de tradition dans le Gala des Mineurs de Durham qui dispose de ses brass band.  Nous n’oublierons pas qu’il compare la résistance des mineurs à celle des Améridiens face au colonialisme, qui veut les indiens sans leur identité, en tentant de les acculturer totalement au-delà du seul massacre physique, Pour ce qui est de la vidéo ci-dessous du Gala des Mineurs de 2011, et pour rebondir en lien avec la série Treme, nous noterons qu’il y a des bannières syndicales en lieu et place des costumes des indiens, en plus du brass band. Ces bannières font l’objet d’un véritable travail de restauration, de re-création et témoignent également d’un sacré savoir faire. Des créateurs de bannières se distinguent notamment, si on s’intéresse de plus près à leurs fabrications.

Gala de Durham 2011 : dès les premières secondes, une bannière syndicale semblable à celle des extraits de Miner’s hymn.

On ne peut bien entendu faire abstraction d’un inévitable folklore et mécanisme événementiel qui s’exprime, mais la vitalité mémorielle reste palpable. Une note d’espoir, quand on songe à la mise à mort d’une classe ouvrière et de ses héritiers, et pas seulement en Angleterre. Songeons ainsi, par exemple, à Charleroi en Belgique. La vidéo/clip ci-dessous revient sur son « renouveau » en cours et la dernière image véhicule un écriteau « Orléans »,rappelant peut être que là aussi, tout comme les ouragans Thatcher et Katrina, un autre ouragan s’est abattu dans un lieu du Borinage belge, dégageant des airs de Nouvelle Orléans.

 

Folklore, nostalgie, le film de Morrison ? Un effacement s’opère en parallèle à des inégalités toujours, elles, belles et bien présentes et non disparues. Bill Morrison semble avoir opéré un lien avec le présent. Ce dernier se glorifie souvent des nettoyages du passé au profit des nouveaux credos « civilisationnels » et de ses temples consuméristes, où la mémoire est une donnée marchande, et une simple façade.

Il y a plusieurs mois, la note consacrée au documentaire indépendant Morts à cent pour cent de Jean Lefaux (ICI sur le blog), film (quasi) disparu du patrimoine audiovisuel Nord Pas de Calais, faisait part d’une mémoire enfouie et souvent ignorée. Celle de mineurs silicosés vomissant l’exploitation charbonnière et rappelant, à leur manière, que la seule nostalgie ne devait pas entretenir la mémoire minière. Qu’il y avait un côté sombre à ne pas oublier, à transmettre, et concernant toujours les générations du présent. Je repensais à ce film quand je tombais sur une un monument de la mémoire minière très particulier d’une ville du Nord Pas de Calais et appelé le « chevalement-potence »  : outre le rappel de la mine qui tue, le monument porte le dessin d’un mineur combattant un serpent, soit un lien direct avec une illustration syndicale du NUM en Angleterre, qu’on retrouve notamment sur une bannière. Après le temps de l’exploitation d’hommes et femmes et son représentant capitaliste-serpent contre lequel il fallait lutter, des mémoires minières semblent devoir faire face à des difficultés communes par delà les frontières, ne coïncidant pas à de seules problématiques relevant, ici et là, de la nostalgie : « le combat continue ». Le film de Morrison, sans être un film militant, semble être à cet égard d’un apport important, parmi d’autres films plus ou moins récents, plus ou moins disparus, plus ou moins oubliés.

Illustration sur le « chevalement-potence » de Calonne Ricouart (Pas de Calais) :

illustration chevalet potence

 

Illustration d’une bannière du NUM (Angleterre) :

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Pour conclure, je renvoie à l’interview ICI en anglais du cinéaste à propos du film, où il évoque notamment sa brève rencontre avec Douglass.

Image ci-dessous : restauration de bannière présente au Gala de Durham de 2011

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Miners campaign tapes – Réalisation collective

EN ENTIER – Miners campaign tapes – Réalisation collective – VO – 1984 – Royaume Uni 

« En 1984 un groupe de cinéastes indépendants et de vidéastes a décidé de manifester leur soutien à la grève des mineurs, en utilisant les moyens dont ils disposaient : leurs caméras. Sur les piquets de grève, aux manifestations et dans les soupes populaires, ils ont enregistré les témoignages des mineurs en lutte, de leurs femmes et partisans, dans un combat contre la propagande d’anti-grève mise à l’oeuvre dans les médias dominants. Témoignage de la solidarité et de la lutte, les bandes abordent des questions qui continuent à nous occuper aujourd’hui : le droit de contestation, les tactiques policières, le double langage politique, le rôle des médias. Elles constituent un document crucial d’un moment cataclysme de l’histoire britannique. » (traduction en français du synopsis).

                   Which side are you on de Ken Loach (évoqué ICI sur le blog – le lien du film a disparu de la toile mais j’en guette le retour…!) constitue un document et une oeuvre incontournables de la grève des mineurs anglais de 1984, notamment parce que le film constitue alors non seulement un point de vue engagé et prenant ouvertement position en faveur des grévistes, mais aussi par la démarche de relayer avant tout l’expression de la lutte par les premiers et premières concernés (poèmes, chansons etc). Dérogeant au climat médiatique qui suivait alors la politique Thatcher – argumenté (comme de nos jours) par les vocables « objectivité », « neutre » ou « sans parti pris » dans un souci de « juste faire de l’information » -, le film de Ken Loach était un fameux coup de poing balayant sur son passage l’hypocrisie des partisans de l’ordre d’en haut et des riches, et au contraire s’assumant totalement comme un film partisan, reconnaissant par là, aussi, la lutte des classes dans lequel il s’inscrit… et prend position.

Si le film de Loach continue de représenter une oeuvre incontournable, à la fois pour son contenu et sa démarche, nous avons l’occasion ici, à travers Miners campaign, de mesurer une fois de plus, certes autrement, la portée réelle de la solidarité avec les mineurs en lutte et de saisir, là encore, des expressions et des vues propres au mouvement de contestation. Bien que la police Thatcher et ses « chiens de garde » veillaient à étouffer toute visibilité de la solidarité, à dominer tout l’espace par sa propagande, ainsi qu’à taire l’expression populaire de la lutte, Miners campaign, dans son existence même nous aide à comprendre les actes de résistance collective (et leurs motivations) qui ont existé contre et malgré l’étau qui se mettait en place au quotidien. Une grande valeur de témoignage est véhiculée par ces bandes, classées en six parties et répondant chacune à une thématique précise. A ne pas perdre de vue en ces temps présents où les médias, du haut de leur « professionnalisme », nous assènent toujours autant d' »objectivité » assassine face aux résistances, aussi dérisoires et impuissantes puissent elles être. Plus que de témoigner, c’est aussi l’acte de prendre en main son expression de la lutte, dans ses potentiels de diversité, dans ses langages propres, qui est important avec Miners campainers. La proximité des vidéastes-cinéastes avec les hommes et femmes est palpable, et leurs paroles, qui tiennent une large place dans les bandes, ne répondent pas à un rythme et procédé journalistiques oppressants. Peut être que pouvons nous y voir aussi des jalons importants dans l’acte même de témoigner d’une lutte à travers le prisme audiovisuel, dont la forme même échapperait également, au moins en partie, aux modalités de traitement médiatique associées au pouvoir ?Là dessus il faudrait être mesuré. Certes l’acte de donner la parole a une grande valeur dans sa circulation collective au sein même des bandes, en compagnie d’hommes et femmes qui s’expriment dans leur langage, sans le seul usage du discours des orateurs publics :  les diverses parties tournées par différents vidéastes ont été mises en dialogue, quelque part, et permettent ainsi une parole collective d’émerger dans les bandes par la simple démarche d’aller sur LES terrains et de se rapprocher des différentes personnes, qu’elles soient mineurs ou non, hommes ou femmes etc Par ailleurs le traitement formel mis en place par les vidéos n’est pas foncièrement différent, en soi, des procédés courants à l’oeuvre dans le système médiatique, en particulier à la télévision. Plus que par une « révolution formelle », la série se distingue par la « contre-information » qu’elle constitue, en lien avec son contexte de réalisation. Des vidéastes et cinéastes ont ainsi pris leurs responsabilités pour combattre la propagande Thatcher, et de permettre au mieux la diffusion de la lutte et ses motifs tout en informant sur l’appareil d’Etat répressif et ses appuis médiatiques. Les bandes, en s’achevant régulièrement par des slogans (tel que « Fight. Organize« ), sont un instrument de la lutte. Elles relèvent, aujourd’hui, de la mémoire des vaincus.

Aussi, un large et très intéressant dossier est consacré ICI aux videos, rédigé en anglais et que je reprend là en partie. Nous y apprenons donc, entre autres, la genèse de Miners campaign : une réunion entre membres de l’ACTT (grossomodo syndicat des techniciens de la télévision et du cinéma), convoquée à l’origine par deux personnes de la société Platform Films,  se tint par rapport au mouvement des mineurs et il fut question de comment se positionner (c’est à dire concrètement), en tant que travailleurs du cinéma et de la video. Il en découla un double projet : d’une part la réalisation de 5 à 6 bandes relativement courtes portant sur le licenciement économique, les fermetures de fosse, la solidarité avec d’autres syndicats, la police, les apports des femmes (de mineurs et autres) et la couverture médiatique de la grève. D’autre part la réalisation d’un film plus long, provisoirement intitulé « Mineurs de 84 – Ensemble nous pouvons gagner », où serait développé un contexte plus général de la lutte des mineurs. Depuis des ateliers régionaux travaillant sur les événements de leurs zones respectives, des bandes étaient censées être envoyées à Platform Films et Trade, chargées de l’édition et de la diffusion. Les videos étaient aussi accessibles dans des locaux syndicaux du NUM, gratuites pour les mineurs et leur famille. La forme d’organisation du projet dans son ensemble n’était pas sans rappeler Dziga Vertov et le Kinopravda, qui consistait également à l’envoi de bandes filmées depuis les provinces à un centre principal (« experimental film station ») chargé de l’édition dans une sorte de résumé des événements. Néanmoins seules les six bandes courtes ont finalement été réalisées (soit la première partie du projet) et réunies par paires. Malgré un caractère parfois expéditif des bandes, en phase avec le premier volet du projet, la diversité des paroles lui confère une valeur documentaire également très importante (extraits de discours syndicalistes et réunions publiques, paroles d’ouvriers de la base en face caméra, etc).

Au niveau diffusion, après accord du syndicat minier (le National Union of Mineworkers), entre 4 et 5000 copies ont été distribuées en Grande Bretagne, et certaines envoyées à des groupes sympathisants de la cause (en Europe, USA, Japon et Australie). Comme pour Which side are you on de Ken Loach, le film, ou plutôt les bandes, sont censées accompagner la lutte, et sont donc partie prenantes du moment de la lutte. Le support audiovisuel, ici, est un acteur de la lutte, en nette opposition au pouvoir qui dispose de ses propres outils de communication. Avec le recul d’aujourd’hui, il constitue également une mémoire de la lutte, et un autre son de cloche, toujours, face aux « pouvoirs qui nous voudraient sans mémoire » (Chris Marker). Les récents hommages funèbres à Thatcher, qui a donné le plaisir de quitter ce monde (du moins à certains : voir ICI), ont constitué de la part des classes politiques et autres une démonstration supplémentaire qu’il y a des barrières qui demeurent entre « nous et eux ». Le récent décès de Pierre Mauroy -qui a donné son nom au mouroir du football qu’est le « grand stade » de Lille-, a valu tout autant d’éloges funèbres, en omettant par exemple son carnage dans le valenciennois et son enterrement d’une certaine sidérurgie, dans la foulée de promesses socialistes électoralistes.

Je renvoie une fois de plus, pour une présentation  approfondie, au dossier très conséquent rédigé en anglais par David E. James, et intitulé For A Working-Class Television: The Miners’ Campaign Tape Project (cliquer ICI). Il en ressort également une très intéressante contextualisation dans l’histoire du cinéma et de l’audiovisuel anglais, notamment dans les manières de se créer et de se développer au contact des réalités sociales et des mouvements sociaux.

Enfin, dernière comparaison avec l’incontournable Wich side are you on de Loach, il est question là aussi de références à une histoire ouvrière : à savoir ici de la grande grève générale de 1926 dont des archives recoupent régulièrement les bandes, comme une « répétition de l’histoire » ou du moins comme une filiation des luttes. Loach, pour son film et son titre emblématique, renvoyait à la lutte des mineurs aux USA et à la célèbre chanson/poème qui en est découlée, dans une dimension du coup renvoyant à l’acte de résister par delà les frontières et les corporatismes face à l’ordre des dominants. Nous pourrions bien sûr penser ici à un autre très grand documentaire, soit Harlan county (1976) de Barabara Kopple (voir ICI sur le blog) où cette fois-ci c’est un chant comme No Nos moveran qui donne une grande importance à la filiation, et pas des moindres quand on songe aux possibles origines du chant, soit le gospel et la condition noire, et ses reprises/mutations dans d’autres contextes.

 

TAPE 1 – Not just tea and sandwiches – 11 mn

Comme son titre l’indique, cette partie évoque, surtout à travers leurs paroles, les contributions des femmes au mouvement par leurs initiatives et une très forte conscience de classe, nettement affirmée ici, dans un contexte de misère qu’elles explicitent également. Pas juste de l’aide alimentaire (« thé et sandwiches« ) mais aussi des manières de voir les choses et des engagements/initiatives qui en découlent. L’opposition face à l’étau médiatique revient régulièrement dans la série, et l’image des femmes véhiculée par les médias dominants fait partie du processus de démantèlement de la lutte, ainsi en témoignent avec grande force, ici, les intervenantes. Un caractère collectif de la lutte en ressort, mais aussi de la condition ouvrière qu’on ne peut réduire aux seuls hommes qui bossent à la mine. Une affirmation et de sa condition, et de sa place dans la lutte, en quelque sorte, contre l’enfermement dans la passivité et une certaine vision conservatrice entretenues par la sphère du pouvoir et ses opérateurs médiatiques. « Nous sommes la classe ouvrière« , semble dire en réunion publique une des intervenantes (si ma relative compréhension de l’anglais ne me trompe pas…). Cette partie prenante des femmes à la lutte ne constitue pas un cas isolé dans l’histoire des luttes de mineurs : Harlan County USA en témoigne également, par exemple.

 

TAPE 2 – The Coal Board’s Butchery – 14 mn

Retour ici sur les fermetures de puits et leur accélération, entamées depuis quelques décennies, et qui ne sont pas sans rappeler un phénomène similaire en France. Des citations notoires de représentants politiques ponctuent cette bande, montrant clairement les intentions néolibérales à l’oeuvre dans la société anglaise.

 

TAPE 3 – Solidarity – 13 mn

Il est question ici de la solidarité d’autres syndicats et secteurs de la population avec les mineurs. Le témoignage véhicule quelques archives (telle les liens avec les dockers). Malgré la répression et la propagande, des entraides et soutiens sont établis entre différents secteurs de la société, au-delà des corporatismes; sans doute une certaine conscience de classe partagée, nécessitant solidarités et ripostes collectives, au-delà des seuls discours, face aux offensives libérales destructrices des vies ouvrières … Le reproche qu’on pourrait formuler ici, avec notre confortable recul, est l’enchaînement de propos (syndicalistes, ouvriers etc) à propos de solidarités de classe mais manquant je trouve d’images-témoignages de leur caractère effectif en 1984. Cela s’explique sans doute, en lien avec le rôle de contre-information des videos, par la volonté de convaincre et d’argumenter auprès du spectateur les motivations ouvrières, sans se contenter de l’événementiel comme pour éviter de simplement solliciter un mimétisme de solidarité telle une « mode ».  C’est de la profondeur des motivations à se solidariser dont il est question ici. La fin de la bande et ses images de solidarité, sur fond de discours syndical, en gagnent de force, encore aujourd’hui.

 

TAPE 4 – Straight speaking – 10 mn

La bande revient, à travers l’industriel Ian MacGregor et des extraits de ses interviews avec la presse, à le genèse ayant conduit à la grève. Soit un contrepoint historique et largement chiffré par Dennis Skinner (ancien leader local du NUM et membre du parti travailliste). Des images qui se superposent aux propos de MacGregor leur articule la portée violente des intentions et décisions prises. Encore une fois, des images d’archives ponctuent l’ensemble.

 

TAPE 5  – The lie machine – 16 mn

Voici une video essentielle de la série qui traite ici de la couverture médiatique de la grève. En plus de l’analyse donnée, par le biais notamment d’un journaliste d’extrême gauche, la bande permet surtout de mesurer l’écart entre le vécu des grévistes et le traitement médiatique. C’est un véritable démontage de la vision médiatique qui est exprimé par des mineurs grévistes et leur point de vue là dessus est sans aucun doute un sommet Miners campaign. Est-ce que ça a changé aujourd’hui ? Hum…

 

TAPE 6 – Only doing their job ? – 25 mn

Il est intéressant de mesurer combien cette video se déroule sur temps plus long que les autres, en première position devant… le traitement médiatique de la grève. Au final, médias et police rivalisent à « juste [bien] faire leur travail« . Les témoignages des grévistes occupent ici une grande part de cette partie et donnent pleinement à la présence policière sa fonction d’écrasement du mouvement. L’entame sonore est par ailleurs très importante puisqu’il s’agit d’une version dub du morceau « Fite dem back » de l’excellentissime Linton Kwesi Johnson (dont il est question ICI sur le blog et où je renvoie illico presto au formidable extrait de Britain’s black legacy, documentaire réalisé et distribué par Im’media). De quoi rappeler ici qu’au delà de la victoire de Thatcher sur les mineurs anglais, d’autres secteurs de la société anglaise ont été broyés par sa politique, et notamment l’immigration ou encore les noirs ghétoisés. Soit un aspect peu repris, vraisemblablement, parmi l’extrême gauche qui s’est réjouie de sa disparition. Toujours est-il qu’ici l’emploi de « Fite dem back », dont les paroles renvoient à l’origine à un fascisme qui gangrène la société anglaise et à la résistance, voire « l’émeute » (en langage mass-media) à lui opposer, constitue un pendant significatif aux images de répression se déroulant à l’ouverture de la video.

« Fite dem back » de Linton Kwesi Johnson (version live, avec intro de LKJ), de l’album Forces of victory (très bonne chronique de l’album, ICI sur l’imparable Guts of darkness) :

« fashist an di attack
noh baddah worry ’bout dat
fashist an di attack
wi wi’ fite dem back
fashist an di attack
den wi countah-attack
fashist an di attack
den wi drive dem back »

 

 

 

 

The music lovers : la symphonie pathétique – Ken Russel (1970)

The music lovers – La symphonie pathétique –  EN ENTIER – VO non sous titrée – 117 mn (1970)

L’auteur de l’excellentissime Les diables (1971, ICI sur le blog) s’est lancé à partir de 1970 dans un cycle de fictions consacrées à la musique, et dont certaines portent plus précisément, avec beaucoup de liberté et de folie dans le style employé, sur des célèbres compositeurs : Mahler, Liszt, Tchaïkovsky. Dans les années 60, ce qui est moins connu, il réalise deux séries de téléfilms pour la télévision (BBC), intitulées Monitor et Omnibus, et où il développe des biopics d’artistes (musiciens, peintres etc). Une part imaginaire y serait déjà travaillée, ce que nous retrouvons de manière amplifiée, avec une liberté davantage permise, dans ses biopics musicaux pour le grand écran.

Russell est décédé en 2011, et des éditions DVD de ses films voient progressivement le jour. C’est ainsi le cas pour la série télévisée évoquée précédemment (Ken Russell at the BBC), mais aussi pour Music lovers dont la commande en médiathèque ne devrait à priori poser aucun souci, avec cet avantage de présenter des sous titres en français. Soit contrairement au lien YT relayé ci-dessous :

Nous sommes loin de ces biographies d’artistes chiantissimes, littérales, à la narration basique et ne comportant aucunement de dimension  esthétique permettant de « signifier » et traduire une oeuvre à l’écran.

Ken Russell fait le choix ici de se concentrer sur un moment de la vie de Tchaïkovsky, et sur les obstacles (et refoulement) portés à son homosexualité. Ce n’est pas que Russell, je pense, cherche à traiter de l’homosexualité et sa perception au 19ème siècle en Russie (pour cela on n’a qu’à regarder le comportement de nos petits fachos et cléricaux nationaux anti-mariage pour tous et on se fera un avis sociologique sur la question). En revanche, il fait de ce aspect important de la vie du compositeur une mise en tension intérieure… traduite musicalement. Et c’est là que la mise en scène intervient également de manière très importante.  Dès l’entame du film, c’est un gros quart d’heure musical durant lequel la mise en scène aborde les illusions et rêves des personnages, tout en suivant les tensions de la musique. Nous vivons des intériorités, dont l’expression est permise par la musique de Tchaïkovsky. Peut être une manière de sortir de la prison du réel ? Pour ma part, un des sommets du film est sans aucun doute la terrible séquence de rapport sexuel impossible entre le musicien et son épouse : sublime passage de la 6ème symphonie, sur lequel s’expose la non conciliation de l’homosexualité de Tchaïkovsky avec une relation hétérosexuelle. Une vision d’horreur se dégage incroyablement à l’image, une tension saisissante, en lien avec l’expression musicale. Je me suis repassé à trois reprises cette séquence, après avoir découvert le film une première fois.

D’un point de vue plus général, il me semble – mais je suis loin d’être un « spécialiste » de Tchaïkovsky ! – que le cinéaste prend des libertés avec les éléments factuels de la biographie. Je crois aussi, par exemple, que la 6ème symphonie (« pathétique ») est bien plus tardive que la période abordée dans le film. Mais peu importe : ce qui compte ici c’est l’approche d’un univers musical,  sous forme cinématographique, avec une place importante accordée à l’imaginaire et à la liberté. Une prise de risques de la part de Ken Russell, que peu de ses contemporains ont osé (comme de nos jours – ah ces innombrables biographies avec leurs lots de stars qui font tout au marketing !) et qui  nécessite une véritable sensibilité (et connaissance) d’un univers musical, au-delà de ses clichés commercialisables. Et, encore une fois, Russell n’est pas un débutant en la matière : j’en ai vu qu’un épisode, mais son travail télévisé dans les années 60 révèle certainement un auteur très concerné par les compositeurs de musique. Ce qui est fort intéressant, aussi, est que le réalisateur ne se limite pas à un fade retour sur un passé, il y met toute une énergie non sans rapport avec notre présent. Cet aspect est par ailleurs renforcé dans les biopics suivants. Je songe ici tout particulièrement à Lisztomania, dont la folie atteint des proportions énormes et tellement jouissives ! Je n’ai pas encore vu Mahler, mais ce retour à Liszt est le plus incroyable que je connaisse… et j’en reparle bientôt sur le blog. A signaler que Russell a également réalisé des biopics non musicaux (ainsi Savage Messiah sur le peintre Henri Gaudier-Brzeska) et des films musicaux sans être biographiques (Tommy, l’opéra rock des Who !).

Les autres biopics musicaux des années 70, peut être encore bien plus « fous » qu’ici, ne semblent exister que dans des éditions DVD anglaises (le cinéaste est anglais, je le rappelle), à importer. Je doute que nos médiathèques peuvent donc se les procurer. Reste donc la « solution » internet, à défaut également de rétrospective Ken Russell dans les cinémas de quartier (quand ils existent encore) à petit prix, et accessible à tous et toutes. Bientôt deux ans qu’il est parti, le Ken, et sa filmographie reste relativement peu accessible.

Which side are you on ? – Ken Loach (1984)

Royaume-Uni – 1985 – 52 mn

[Film supprimé sur YT – en attente de le retrouver sur la toile. ]

La grève des mineurs de 1984-85 fut l’une des plus importantes du Royaume-Uni et connut une défaite qui marqua le déclin du mouvement syndical et ouvrier du pays. C’est là l’un des glorieux succès néfastes de la politique Thatcher que d’avoir à la fois vaincu ce mouvement énorme mais aussi d’avoir par conséquent réussi à liquider des milliers de travailleurs à qui travail et ressources furent pillés… Et il y a des cinéastes capables d’oser faire des films humanisant cette politicienne, au détriment des luttes sociales qui s’y sont opposées, dans un oubli assez hallucinant et faisant de la petite histoire un prétexte d’amnésie. En effet un pitoyable et très contestable La dame de fer a été réalisé en 2012, de Phyllida Lloyd, avec Meryl Streep… Je renvoie à cette chronique de la journaliste et écrivain Mona Chollet dont je trouve les textes souvent intéressants et prenants – portant notamment (donc) sur le cinéma mais aussi les luttes des chômeurs et précaires, le féminisme… 

Il est dommage que Which side are you on ne soit pas accessible avec sous-titres français sur la toile car les paroles ont vraiment leur importance, en plus des images. En effet le film de Ken Loach est constitué de poèmes et chansons de lutte créés durant cette grève, tandis que les images et témoignages renvoient aussi aux répressions policières et appuis médiatiques au pouvoir. Le film est à la base une commande de London Weekend Television dans le cadre d’une émission intitulée The South Bank Show, d’ordre artistiqueLWT a refusé de diffuser le documentaire car estimé comme non conforme à la charte de l’émission, par son parti pris politique, et qu’il n’était donc plus question d’art. Loach assuma parfaitement son choix et précisa aussi, alors, que nul documentaire (tout comme n’importe quel traitement médiatique) ne peut prétendre à la neutralité et qu’il y a toujours une prise de position. Lui il choisit pour ce film de donner le point de vue des mineurs en lutte :  » On entend toujours le point de vue des généraux, presque jamais celui de l’homme de troupe… Moi, je veux donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais. […] J’essaie d’exprimer un point de vue, non pas sur la classe ouvrière, mais de la classe ouvrière. » Le titre donné est donc fort emblématique : « de quel côté êtes-vous ? », alors que le mouvement n’est pas encore achevé, et que le film s’adresse donc au spectateur ! Le film s’e conclut par cette question, sous la forme d’une chanson de lutte, devenue célèbre et maintenant davantage reprise grâce au musicien folk Pete Seeger qui en enregistra une version en 1940. C’est la poète et artiste folk Florent Reece qui l’a écrite à la base, alors épouse d’un syndiqué à l’UMWA (syndicat de mineurs) et participant actif au mouvement de mineurs de 1931 du comté de Harlan dans le Kentucky, qui se fera massacré (des grévistes assassinés, maisons ravagées…). Parmi les reprises actuelles, comme j’ai évoqué Billy Bragg pour le film The wobblies (sur les IWW et évoqué ICI sur le blog), je choisis cette fois-ci de poster une interprétation de la grande Natalie Merchant (intéressez vous vite à sa discographie, avec le groupe 10 000 maniacs mais aussi de sa carrière solo entamée depuis 1995 !) – non seulement j’en apprécie énormément la version, mais en plus la vidéo effectue un bon travail d’archives avec au préalable… une intervention filmée de Florence Reece, devant des mineurs !

Pour en revenir au film, il a donc été censuré à la télé anglaise et ne sera diffusé sur channel 4 que grâce à l’obtention d’un prix en festival d’un pays européen. Ca sera bien après les évènements du film, en janvier 85. Il a été longtemps difficile d’accès, du moins en France, et il est sorti en DVD en 2007 , compris dans un coffret Ken Loach. J’eus cependant la chance, avant cette édition, de le découvrir dans le cadre d’un cours d’une enseignante particulièrement excellente dans les transmissions de découvertes filmiques, parfois très rares, en tous genres et sujets… Si l’anglais sans sous titres ne passe pas, il reste donc à commander ce film en médiathèque si, comme moi, vous êtes plus qu’à l’arrache au niveau financier, et qu’à défaut de travail et petit pécule modestement conséquent, vous avez tout votre temps pour découvrir des films (faut pas se priver du « travail » des yeux, hein ! même si crever la dalle et recevoir sa facture d’électricité qu’on ne peut pas payer c’est pas la joie, le cinéma peut aussi être une arme pour le spectateur)… Je précise que ce film de Loach est vraiment du grand documentaire social, et qu’il serait dommage de passer à côté. Il est de la lignée d’un film comme le très bon documentaire engagé de Frans Buyens, Combattre pour nos droits, qui prit la position des grévistes du mouvement historique (là aussi perdu…) de 1960-61,  dont l’intérêt est vivace malgré un aspect didactique qui peut rebuter. Which side are you on montre un aspect important de sa carrière, ce moment où il travaillait pour la télévision et réalisait alors d’autres films à ne surtout pas négliger, tel l’excellent Cathy come home (1966), inscrit dans la continuité du Free cinema, et portant un regard sans concession sur la réalité des sans abris, confrontés à la logique institutionnelle et au manque de logement… Film qui a eu un tel impact lors de sa diffusion publique qu’il contribua à la construction de logements publics !

Babylon – Franco Rosso (1980) // Linton Kwesi Johnson // This is England – Shane Meadows (2006) // 93 la belle rebelle – Jean Pierre Thorn (2010)

Royaume-Uni – EN ENTIER – VO non sous titrée

Synopsis: « South London, 1980. Mécanicien et « toaster » du sound system Ital Lion, Blue se prépare au prochain clash contre le sound rival du numéro un, Jah Shaka – qui joue ici son propre rôle. Mais entre temps la vie de Blue part à la dérive, avec comme toile de fond une Angleterre en crise, raciste et violente. Gros son, basses énormes et écho sur la voix – enceintes cassées, volées, bricolées … Au delà de la lutte pour sa survie d’un petit sound system, Babylon, tourné avec de nombreux acteurs non professionnels, devient parfois presque documentaire. Le scénario lui-même sera écrit en patois jamaïcain, reprenant de nombreuses conversations avec les membres des sound systems locaux. Loin des couleurs et de la nature luxuriante de Rockers et de The Harder they come – autres films classiques de la culture jamaïquaine – Babylon se déroule dans les rues tristes et sombres du South London. Briques noircies et trottoirs graisseux, le film est comme imprégné de cette crasse urbaine, de cette ville de pauvreté et d’injustice, brutale et sans espoir. Le No Future à la manière jamaïcaine, qui trouve à peine refuge dans l’antre enfumée des sound systems« 

 « Ce formidable document d’époque a pour principale musique sa langue, le patois jamaïquain, et le dub des sound-systems. Traversée d’infrabasses, Londres est dure, violente, proche des émeutes de Kingston. » Stéphane Binet, Next Libération 

Une édition DVD du film a été réalisée, mais sans sous titres français. Elle est accompagnée d’un  bonus que j’aimerais voir : Dread beat an’blood (F. Rosso), documentaire sur l’incontournable poète dub, musicien et sociologue Linton Kwesi Johnson (biographie : rapide présentation ICI sur ARTE et plus approfondie ICI mais en anglais), que j’ai déjà eu la très heureuse occasion de voir en concert. Aborder LKJ en parallèle à ce film est vraiment nécessaire ! 

Ci-dessous – suite à l’emprisonnement de George Lindo, inculpé pour un vol sans aucune preuve, Linton Kwesi Johnson récite un poème au mégaphone devant les manifestants venus réclamer sa libération. Une photo tirée de ce moment constitue la couverture de son premier album Dread beat an’blood, nom donné au documentaire de Rosso :

 

Un article, aussi court que bon, à propos de LKJ rappelle sa pertinence, en faisant notamment le lien avec les émeutes en Angleterre en 2011 : c’est ICI sur Article 11, par ailleurs très bonne presse alternative ! 

La langue et la poésie chez LKJ tiennent une très grande importance (il s’exprime souvent dans ses oeuvres souvent en créole jamaïcain), marques d’une résistance certaine – ci-dessous un exemple de ses fameux spoken word, extrait du documentaire de Rudolf Mestdagh Spoken words, où Henry Rollins est aussi abordé comme l’un de ses grands représentants; il collabora d’ailleurs à l’occasion avec Lydia Lunch (et même associés dans un film) qui également prise beaucoup le spoken word comme mode d’expression, voir ICI sur le blog.

Séquence ci-dessous en VOSTF (!) de 8 mn, de Britain’s black legacy, « film de 45 mn co-réalisé en 1991 par l’agence IM’média et Migrant Media, qui revient sur l’histoire des luttes en Angleterre des Noirs, Caribéens ou Indo-Pakistanais, depuis les émeutes raciales de 1958 à Notting Hill jusqu’à l’institutionnalisation du Carnaval, désormais considéré comme le plus grand rassemblement de rue annuel en Europe. » 

Ce passage est impressionnant, tant il est toujours très actuel. A l’image de Babylon qui évoque la misère mais aussi le racisme, il est question ici d’un front ne portant pas que sur la lutte des classes. 20 ans après cette séquence, 30 ans après Babylon, la question de l’émancipation et l’égalité de ces « étrangers » d’ici est incroyablement brûlante, dans un contexte de précarité et misère tout aussi présents. Et LKJ est bien entendu un artisan contribuant énormément à la mémoire des luttes d’émancipation des noirs, et d’évènements sanglants passés… Elles ne sont pas devenues caduques, bien que la société s’affirme tolérante et égalitaire. La mémoire doit se transmettre et la culture continuer de se faire vivante, à l’instar des contributions de LKJ, qui ne manque d’ailleurs pas de reprendre des poèmes.

 

Par ailleurs on pourrait aussi, dans la continuité de Babylon, se rappeler un certain This is England (2006), de Shane Meadows, dont des aspects sont forts intéressants en ce qui nous concerne ici; à savoir surtout une certaine rupture « skinhead », donnant lieu à la mouvance d’extrême droite, malgré la base initiale du reggae et en principe la part essentielle d’un certain multiculturalisme découlant grossomodo de la rencontre entre prolos noirs et blancs de la fin des années 60 dont sont issus ici les personnages. Une séquence clé ci-dessous (ATTENTION : spoiler) :

Cette séquence marque une désillusion terrible, sur fond de crise économique, des politiques Thatcher et de la guerre des Malaouines. Dix ans après la vague hippie des sixties et la naissance de la culture skinhead, un constat ici terrible, où une frange vire clairement à l’extrême droite dans le discours et les pratiques (ayant rendu quasi systématique aujourd’hui l’amalgame entre skinhead et racisme). La question qui se pose : qu’y avait-t-il de sous-jacent, au-delà des récupérations politiques d’extrême droite et de la crise économique, rendant cela possible et perméable au racisme ? 

 

En tout cas un film important dans son retour à cette période anglaise, notamment du point de vue de la culture musicale. En France, c’est un certain Jean-Pierre Thorn (évoqué ICI sur le blog) qui à travers la musique dans 93 la belle rebelle établit des filiations en banlieue et surtout, pour ce qui nous concerne peut être surtout ici, des liens entre punk et rap/hip-hop de la banlieue. Les jeunes dans ses films actuels, disait-il un jour après une projection à laquelle j’ai assisté, sont les fils des prolos bossant à l’usine dans les années 60-70, dont il en a fait quelques films lors de grèves, en particulier le superbe Le dos au mur. Malgré des barrières au premier abord pour deux cultures musicales plutôt hermétiques l’une à l’autre, Thorn a construit une vision de parenté intéressante. Reste que le présent ne déroge pas à la « règle » : racisme institutionnel et ambiant et grande précarité cohabitent très bien avec « la crise ». Sommes-nous dans l’impasse ? Comment ça peut « péter » dans le bon sens ?

Une bande-annonce :

Deuxième extrait, live du groupe Zone libre, associant Casey (rap) à  Serge Teyssot-Gay (rock, anciennement guitariste de Noir désir) :

 

Toujours en France, ci-dessous un terrible extrait révélateur d’un racisme profond, du documentaire intitulé Douce France, la saga du mouvement beur (que j’aimerai voir en entier dès que l’occasion se présente !), de Mogniss H. Abdallah (1993). Cet extrait fait part, brièvement, de la nécessité de la mémoire et de la filiation : « Les quartiers populaires, cités et banlieues, ont une histoire. Ce film réalisé à partir des images d’archives de l’agence IM’média, raconte la saga politique et culturelle du mouvement Beur des années 80. Des rodéos des Minguettes à la Marche pour l’Egalité de 1983. De la lutte contre la double peine aux révoltes de Vaulx-en-Velin et de Mantes-la-Jolie. Des affrontements dans l’usine Talbot-Poissy en grève aux retrouvailles communautaires autour de l’Islam et d’initiatives interculturelles des cités. Des mouvements lycéens et étudiants à la mobilisation contre les lois Pasqua et la réforme du code de la nationalité. Qu’en reste-il dans la mémoire collective? Face au revival de l’antiracisme institutionnel et des valeurs républicaines, comment ce mouvement hétérogène se redéfinit-il? Ce documentaire fait un état des lieux, expose la diversité des options prises, revisite les mémoires d’un certain nombre d’acteurs, et questionne leur latence pour mieux repérer les espoirs déçus et les espaces d’éventuelles recompositions. »

 

Pour finir, deux liens vidéos, car évoquer dans ce post LKJ ne peut se finir sans lui, éh éh :

Miami beach – morceau de 1980 enregistré à Londres avec le Dennis Bovell dub band et Garland Jeffreys, artiste afro-américain, en carrière solo mais aussi ayant accompagné des gens comme Lou Reed, Bob Dylan ou encore Sonny Rollins et John Cage…

Et un concert filmé à Paris (une petite heure), avec le Dennis bovell dub band, en 2004, où comme à son habitude en live, LKJ présente les morceaux joués, en les situant bien. Musicalement fort appréciable, tout comme le jeu de scène de LKJ (les retraits du micro sur les parties purement musicales, avec son bougé tout tranquille) et les mots qui percutent. Il célèbre aussi dans ce concert l’anniversaire de son premier album (25 ans). Prenons le temps de savourer tout cela, More time…