Chambéry-Les Arcs – Gérard Courant (1996)

France – EN ENTIER – 74 mn

Je faisais part de mon souhait de voir ce film dès que l’occasion se présenterait, ICI dans le post portant sur trois carnets filmés de Gérard Courant autour du cyclisme. Ce fut donc une surprise tout à fait agréable que de découvrir, pas plus tard qu’hier dans la nuit, la présence de Chambéry-Les Arcs sur la chaîne you tube consacrée aux films du cinéaste. Autant dire que je me suis précipité sur une vision illico presto de ce film assez attendu de ma part depuis le temps qu’il m’intriguait, éh éh.

Un vrai petit régal. Autoportrait du cinéaste en passionné de cycliste, le film parle de sa passion du vélo mais aussi de cinéma. J’apprécie beaucoup le travail cinématographique établissant des liens vélo/cinéma, et cela trouve écho dans d’autres carnets filmés, tel que Maurice Izier cycliste professionnel réalisé en 2006, où d’ailleurs l’introduction du critique Patrick Leboutte est à ce titre fort enthousiasmante. 

A travers Chambéry-Les Arcs, Gérard Courant met en avant des parallèles cinéma/vélo et nous permet également de partager la passion vélo de cinéastes et/ou critiques tels qu’Alain Riou ou Luc Moullet. Voilà pourquoi ce film, au-delà du cyclisme, peut intéresser et plaire aux non passionnés de vélo. Car comme déjà dit à propos d’autres carnets filmés, il s’agit aussi d’approcher ici une certaine folie passionnelle. C’est bel et bien une folie qui a contaminé le cinéaste. Ses archivages, par exemple, des courses cyclistes, sont terribles;  comment ne pas retrouver une correspondance avec sa pratique cinématographique et sa folie qui va de pair à filmer continuellement, répertorier des lieux (gares, rues…), croiser des films avec des carnets filmés établissant des prolongements (au moins trois ou quatre carnets filmés recoupent ce film par exemple, mais c’est le cas aussi en 2006, telle la rencontre avec Chanut qui intervient le même jour semble t il que la rencontre dans le cadre de « territoire, regards croisés » à Valence) . Et encore une fois l’imaginaire lié au vélo tient une très bonne place; on voit comme les passionnés rencontrés dans le film mettent des mots, des sensations, de soi finalement, dans les évènements de course du cyclisme. Tout ce qui tourne autour d’Anquetil ainsi relèvent de la mort : son fameux « bluff », son côté bourreau vis à vis de Poulidor qui est présenté ici et là comme un faire valoir nécessaire au mythe Anquetil… Les interprétations de course et les « si » font encore jaser des décennies après, ainsi les rencontres au village du tour de France avec Poulidor etc : Gérard Courant y soulève des questionnements qui l’ont hanté et se demande toujours « si » et « si »… On se rend compte à quel point le cyclisme et ses champions dépassent le seul chrono et l’exploit physique. Et ô combien la « conclusion » du film est superbe : reprise de propos superbes d’Olivier Dazat, qu’on peut retrouver en intégral dans le carnet Olivier Dazat ou l’amour du vélo (1996). 

A l’occasion de ce film, Gérard Courant a donc eu aussi la possibilité de pratiquer à vélo, avec Alain Riou, une partie d’une étape de haute montagne du tour de France d’alors. Il est assez plaisant de voir comment les deux amis sont filmés : quelques échos aux traitements télévisuels des courses professionnelles (un prolongement est disponible sur you tube : le carnet Coude à coude). Mais ça donne un charme qui contraste avec la médiatisation. Il est intéressant de voir comme la pratique amateur se fait aussi en référence aux mythes cyclistes. Pour ma part, ayant quelque peu pratiqué la montée de cols où sont passées de nombreuses étapes du tour de France (avec son lot d’imaginaires, images, souvenirs que j’y met), je n’ai jamais pu m’empêcher, malgré mes 5-6 km/h de moyenne dans les moments les plus difficiles, de me situer mentalement en référence à tout un monde; ainsi le col Izoard où les exploits de Coppi par exemple, lors du passage de la casse déserte, me hantent l’esprit. Mais ne nous trompons pas : ce n’est pas tant l’exploit terre à terre des grands du vélo qui s’installent dans ce cadre de référence; il faut peut être pratiquer pour se rendre compte à quel point une montée est une véritable expérience de dépassement de soi, quasi « métaphysique » parfois. En début de film, il y a d’ailleurs ce cinéaste, ancien professionnel (jusque 24 ans) qui compare aussi cinéma et vélo dans sa dimension de dépassement du réel terre à terre, véritable épreuve de confrontation à la vie.

Le film ne manque pas d’humour non plus, et le passage avec Luc Moullet est très drôle, à l’occasion d’un récit de montée d’un col… en solitaire. Car au-delà du comique de situation, Moullet témoigne de l’aspect personnel d’un parcours de vélo; on est seul face à la route (même dans un tour de France quelque part, malgré les coéquipiers, la caravane publicitaire, les médias, le public…), on peut certes construire dans sa tête un scénario, ou compter des tour Eiffel (Alain Riou), ou réaliser des additions de plaques d’immatriculation… il est toujours question d’un vécu très personnel, parfois épique (l’épisode Luc Moullet, qui renvoie à des « exploits » de ma part fort chargés en anecdotes qui me hantent encore l’esprit – parfois drôles mais aussi plus « dramatqiues », notamment lorsque je crus une fois tomber dans le ravin pour de bon, ou encore me faire écraser par une voiture lors d’une chute, ou coucher dehors à cause d’une fringale qui me pénalisa un trajet « héroïque »). C’est dans tout cela que j’apprécie le traitement de Gérard Courant du vélo : il rend palpable la rencontre du cyclisme à l’humain, où on y met du soi, où on est pas extérieur et simple spectateurs. En cela c’est comme le cinéma : nous ne sommes pas réduits à des spectateurs du cinéma, notre imaginaire, notre intériorité, notre « réel » rencontrent (parfois) le film. Tout cela est très vivant, et une dimension de rencontre échappe à la passivité et option de consommation très en vogue à la fois dans le traitement médiatique du vélo (mais aussi d’autres sports, tel que le football) mais aussi dans ce que devient le cinéma, objet et non plus quelque chose de vivant, qui se partage, qui se vit, qui permet l’expression de l’imaginaire, qui interagit avec la vie aussi. Que Gérard Courant incruste aussi dans ce Chambéry-Les Arcs des séquences cinématographiques faussement tournées dans le passé expriment bien aussi les souvenirs hantés par le cyclisme. Il y a ici une superbe articulation avec des plans tournés aujourd’hui où ne reste que la parole pour garder vivant un souvenir :  notamment lorsqu’il pose sa caméra sur une rue et s’y remémore un passage du tour dans son enfance (et sans maillot jaune visible, car caché d’un k-way par temps de pluie).  Un aspect qui dépasse le vélo une fois de plus : la cohabitation passé/présent/souvenirs/imaginaire exprimés cinématographiquement; il est fréquent dans ses autres carnets filmés que se superposent des images anciennes (en « surimpression ») au récit. Plus je me confronte à ses carnets filmés et à quelques films, donc, plus je perçois chez ce cinéaste un travail sur le temps : comment visualiser, par le biais du cinéma, ce temps (cohabitation passé/présent etc) qu’on ne peut pas matérialiser ? 

Un peu décousues toutes ces impressions personnelles de ce film, mais il va de soi que je me consacrerai sans doute de bonnes sessions, ces prochains mois, à l’oeuvre de Courant. 

Publicités

Trois carnets filmés autour du cyclisme – Gérard Courant

France – EN ENTIER

Comme je précisais dernièrement, de nombreux carnets filmés de Gérard Courant sont postés régulièrement sur you tube. Etant personnellement un amateur (certes fort modeste) de cyclisme, je me suis regardé trois de ses carnets filmés portant sur le sujet. Gérard Courant est en effet un passionné de cyclisme (il aurait même tenté une carrière dans ce domaine), à l’instar de Luc Moullet dont je recommande le sympathique Parpaillon (une montée burlesque de cyclos d’un col et évoquant aussi la passion du vélo).  Je guette la possibilité, bien entendu, de voir le film Chambéry – les Arcs, qui a été édité en DVD en 2011 : retour sur sa passion du vélo à l’occasion d’une étape du tour de France où il y filme également des grands noms du cyclisme et d’autres passionnés tel que… le cinéaste Luc Moullet. 

En attendant, donc, j’ai visionné ces trois carnets :

Olivier Dazat ou l’amour du vélo – 1996 – 50 mn

Un quasi monologue d’Oliver Dazat, avec tout de même des interventions du cinéaste qui n’est pas du tout à la ramasse et qui le maintient bien dans son flot passionné. Il a écrit des livres sur le cyclisme et il nous fait part ici de sa vision du vélo « des grands champions » et de sa passion (il lit des articles de courses hyper datés, se revoit des courses en VHS tout en s’attendant à une nouvelle issue !),  d’anecdotes de courses assez dingues (une sombre histoire de complot d’une équipe/staff mené contre un coureur qui s’est fait ainsi jeté pour dopage, pour empêcher sa victoire), du traitement journalistique du cyclisme, du dopage, de l’ère moderne du cyclisme (et les casques des contre la montre, et les vélos modernes amenés par un record de l’heure…). Un réel plaisir d’une part que d’assister à ses élans, surtout quand il s’emporte avec des comparaisons qui dépassent le sportif terre à terre, pointant du doigt un cyclisme légendaire, mythique, où la part de l’imagination du public (du passionné) est palpable et vraiment jouissive. Il précise d’ailleurs avec beaucoup de pertinence à quel point « tout montrer c’est ne plus rien montrer », en évoquant la médiatisation actuelle, regrettant presque le temps de la retransmission radio. Vers la demi heure, il se lance dans une envolée de 3-4 minutes tout à fait formidables : il en vient à la folie des grands champions, les comparant à Van Gogh et autres « artistes de haut niveau » pour ce qui est de l’aspect déraisonnable, auto-destructeur etc, et à l’exacerbation de tout ce qui est proprement humain avec cette formidable formule tellement évidente pour quiconque apprécie suivre des courses cyclistes : « au début de la montée ils sont 40, puis 30, 20, 10… et 2″… comme une satisfaction de désirs ancrés en l’homme.  D’autre part il a une vision bien critique de tout ce qui tourne autour du dopage et de l’hypocrisie ambiante, avec une espèce de pureté sportive revendiquée dans un domaine où la tricherie a toujours existé, tandis que le système anti dopage est utilisé en faveur de certains contre d’autres… Bref, plutôt que de répéter le contenu, j’encourage vivement à voir ce carnet filmé, qui permet de suivre un entretien avec un passionné de vélo transmettant sa flamme et sa vision, aux côtés d’un non moins passionné qui a eu cette brillante idée d’en faire d’autres de ce style, ainsi avec les deux autres carnets qui suivent…

 

Maurice Izier, coureur cycliste professionnel dans les années 60 – 2006 – 60 mn

Carnet filmé à l’occasion d’une journée « Territoire, regards croisés » à Valence, dans la foulée de projection de films sur le vélo, et avant d’enchaîner sur Parpaillon. S’y trouve notamment, en plus de Maurice Izier du titre (perso je ne le connaissais pas!), Patrick Leboutte, grand critique de cinéma et passionné également de vélo ! Son introduction dans le présent film est tout à fait passionnante entre vélo et territoire, vélo et cinéma; il a d’ailleurs co-écrit un bouquin intitulé Cinégénie de la bicyclette « où l’on découvre comment les courses cyclistes enfantèrent le cinématographe pour redonner aux corps de la lumière : éloge« .  Nous avons donc ici l’échange à trois (Courant/Leboutte/Izier) avec le public, après projection. La caméra, immobile, est axée sur Maurice Izier, avec ajouts au montage d’images, parfois en surimpression sur tout l’écran (je ne sais pas si c’est le terme exact, mais enfin… vous verrez), qui re-situent visuellement ce coureur et l’époque.  Des images qui avec la parole comblent le vide audiovisuel (pas de suivi télévisé en direct alors…) : ainsi des extraits de journaux etc se joignent aux récits, tel celui de la victoire d’Izier dans une étape du tour, où figuraient 4 cols, devant les plus grands, ce qui n’est pas rien ! A l’instar des propos d’Olivier Dazat du précédent épisode de 1996, des anecdotes sont excellentes, là où il n’y a pas l’omnipotence de la caméra qui à force de tout montrer ne montre plus rien; il y a vraiment cette importance de la parole autour du cyclisme qui dépasse le simple fait de course, et comment il peut donner lieu à des commentaires, des anecdotes, des interprétations… bref de l’imaginaire aussi chez le passionné (on remarquera dans ce carnet, comme dans les autres autour du cyclisme comme Gérard Courant notamment amorce des anecdotes et du récit au quart de tour). Finalement le film, en se clôturant sur une archive de l’INA quant à la victoire d’Izier, brève, sans passion, anodine pourrait on dire, un seul constat vaut : la passion s’est vécue dans la discussion, pas dans ces images finales sans vie; la parole au contraire a donné de la consistance à ces images. L’imaginaire autour du cyclisme, la passion qu’il draine (dans la pratique, dans le suivi de son histoire et de ses champions etc), sa vie partagée au-delà du traitement télévisuel, passé et présent,  est aussi le sujet de ces carnets filmés de Courant; c’est en tout cas l’impression que j’en ai.

Aujourd’hui inconnu (sauf des passionnés) et à l’époque dans l’ombre des grands, coéquipier à leur service, Izier a néanmoins donné de sa vie dans le vélo avec tout ce que ça implique (il a débuté à 14 ans!), et nous partage son vécu des années 60, une ère cycliste révolue aussi.  Ça suffit pour lancer des discussions qui devraient intéresser les amoureux du vélo. 

 

Benjamin Chanut, coureur cycliste indépendant dans les années 50 – 2006 – 60 mn

On finit en beauté avec ce carnet de la même année, avec encore la présence du critique Patrick Leboutte. Je vous laisse savourer les discussions, à propos des années 50, mais aussi du cyclisme contemporain (ah ah ce retour sur Vinokourov ! Mais je suis d’accord avec Gérard Courant « il a la classe » et sa fin de carrière est une mauvaise nouvelle !)… La caméra est posée sur une table (fixée sur Chanut et Leboutte à tour de rôle) et ce sont les paroles qui émergent une fois de plus en guise de partage passionné du vélo. Incrustations d’images aussi en supplément aux récits.

Urgent ou à quoi bon exécuter des projets puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante – Gérard Courant (1977)

France – EN ENTIER – 102 mn

Cela fait quelques temps que je guette et me tâte à voir les films de Gérard Courant publiés régulièrement sur « sa » chaîne you tube. Ca tombe chaque semaine, et c’est de plus en plus tentant ! C’est ainsi que dernièrement j’ai découvert un deuxième épisode de ses carnets filmés -(j’avais vu Les deux Lyon auparavant, me renvoyant à des sensations vécues il y a un an dans la ville Lumière, où le « jeu » avec le soleil est très évocateur)-, au demeurant Carnet de Nice rapidement évoqué ICI sur le blog.

Le danger est qu’il a filmé à son actif plus de 300 heures (d’après « les amis de Cinématon »), et que devenir un assidu spectateur pourrait être dangereux, hi hi hi ! Et comme je constate la présence de films autour du cyclisme, je sens que je vais consacrer quelques heures dans la semaine à un cycle Gérard Courant… (et je croise les doigts pour que soit disponible en ligne un de ces quatre Chambéry les arcs ! ). Une fois de plus, je rappelle que Gérard Courant est surtout réputé pour ses milliers de cinématons, auxquels il est souvent réduit par ailleurs, ce qui semble être très dommage au vu de mes découvertes progressives de quelques uns de se ses films hors cinématons. Pour ces derniers, je vous renvoie au premier article du Dr Orlof, retrouvé sur la toile, concernant le lancement de son fameux « cinéma(ra)t(h)on », introduisant bien cette oeuvre immense de Gérard Courant. 

Le film qui nous intéresse ici, dont le titre m’a directement emballé, est son premier long métrage. Une expérience que la vision de ce film, surtout de bon matin. L’ouverture est superbe (Courant dans son appartement, sur une chanson interprétée par Nico!) et elle m’a donné envie de m’installer pour une bonne heure et demi devant l’écran. Il n’y a pas de récit, de fil narratif, des trucs s’enchaînent sans vraiment de rapport entre eux. Là-dessus, je ne peux que citer un passage de la présentation du film écrite par Gérard Courant, et publiée EN ENTIER ici sur son site :

« Je crois aux films impossibles et je crois aux oeuvres insensées.
Je crois au pari fou de faire un film sans images.
Je crois au cinéma invisible.
Je crois au cinéma sans caméra, sans pellicule, sans projecteur, sans écran (1).
Je crois aux films fantômes, au cinéma fugitif.
Je crois aux anti-films.
Je crois aux non-films.
Je crois en Urgent…, mon premier long métrage qui est un film tellement anti-tout que je me demande parfois s’il existe réellement !
Je crois au concept d’anti-art et je crois en son instigateur, Marcel Duchamp. Je crois à sa pensée (anti) artistique et à sa philosophie.« 

« Films fantômes » : c’est vraiment en lien avec mon impression ressentie à la vue de ce film, dont les images sont extraites en partie d’images d’archives (et retouchées etc). Film « expérimental », c’est une expérience ici que de se plonger dans des images drainant un parfum, oui, de mort (comme Courant l’évoque dans son texte de présentation cité plus haut), accompagné d’une BO géniale contribuant à des sensations. Esthétiquement, ses procédés s’inscrivent dans la continuité des Lemaître, Isou, Debord… 

Un film mystère, « fantôme »… Je vous recommande cette petite expérience. D’ici là, je me réserve quelques surprises de Gérard Courant (que je m’attend bonnes) depuis sa chaîne You tube (« ZYTHUM1895 ») – 3 à 5 films repérés… comme prioritaires. Sa démarche de « fou de cinéma » (Dr Orlof) m’intrigue de plus en plus et surtout je commence à entrer dans son oeuvre, en étant plus attentif. Un rapport à la vie que je trouve à la fois de plus en plus perturbant et enthousiasmant ! Particulièrement pour les carnets filmés, tel un Jonas Mekas, et plus conséquents sur la durée et l’expérience que le très bon Tarnation de Jonathan Caouette (ICI sur le blog) qui reste pour moi un film de chevet dans le domaine ! L’obsession des lieux chez Courant est par exemple un aspect qui m’interpelle : la présentation qu’en fait le Dr Orlof dans Carnet de Nice évoque en effet ce retour filmé continuel sur les gares, les rues etc : génial ! Une espèce de travail sur le temps et le lieu dont l’idée me plaît beaucoup. J’ai même à titre perso tenté une démarche similaire, avec très peu de moyens malheureusement et sans rigueur filmique/photographique sur la durée, quant à des endroits du nord de la France. J’aurai bien voulu être touché de la folie Courant pour mener à bien mes intentions devenues aujourd’hui plus claires…

Carnet de Nice – Gérard Courant (2010)

EN ENTIER – 80 mn

Gérard Courant (évoqué aussi LA sur le blog) est surtout connu pour ses milliers de cinématons, portraits muets de 3’20 mn. Et il filme énormément à côté de cela. Ce Carnet filmé à Nice (énième composante d’un immense journal filmé),  pour ma part, m’a vraiment marqué pour la rencontre avec le Dr Orlof (Vincent Roussel).

Ce Carnet de Nice commence bien avec la promenade des anglais, où Courant fait part d’un travail expérimental, notamment l’articulation du son à la situation géographique de sa promenade. Mais on atteint vraiment un sommet lorsqu’il est question de présenter ses films à l’occasion d’un cycle de projections qui lui est consacré. C’est assez incroyable ce moment vertigineux où le cinéaste filme la personne qui au même moment parle de son travail de cinéaste. Vincent Roussel à la fois présente les oeuvres de Courant mais se fait aussi présenter, à tel point que la forme employée par Courant devient peu à peu une rencontre filmée avec le cinéphile. Personnellement je me perd, et je ne sais plus qui présente qui, il y a comme un va et vient, un flux réciproque. C’est vraiment génial et je vois là l’expression filmique d’une rencontre entre un cinéaste et un spectateur/cinéphile de son oeuvre. Au passage Gérard Courant nous glisse même un cinématon réalisé avec Vincent Roussel-Dr Orlof. C’est d’autant plus fort que le cinéphile fait un travail de « critique » approfondi depuis peu (environ deux ans) sur l’oeuvre énorme de Gérard Courant, et qu’on le sent présent de l’autre côté de la caméra pendant la présentation de ses films. Comme si en fin de compte, nous avions ici la mise en abîme du regard du cinéphile (ou critique).

Je me pose une question : dr Orlof va t il critiquer ce Carnet de Nice? Ça pourrait être passionnant éh éh et entrer surtout en résonance avec ce carnet filmé, excellent ! En tout cas un superbe travail filmique sur le cinéphile-critique, et j’applaudis !! Je vous renvoie à la chaîne you tube de Gérard Courant où nombre de ses films sont postés et donc mis à disposition du public, et n’hésitez pas non plus à parcourir le blog du dr Orlof quant à son oeuvre en général. Je précise juste que je perçois (et lis) davantage un cinéphile qu’un « critique » chez Dr Orlof, et le cinématon va vraiment dans ce sens je trouve… Le critique rend en général ses écrits indépendants de l’oeuvre je trouve, et constituent des pièces en tant que tels, à tort ou à raison. Chez Orlof l’oeuvre est la source, et ses écrits, même s’ils portent un regard critique, renvoient sans cesse au film. Le cinématon témoigne de l’objet oeuvre permanent (ses films, bouquins… référents s’enchaînent devant l’objectif de la caméra). 

Jean Douchet analyse Vivre sa vie de Jean-Luc Godard – Gérard Courant (2011) // Cinéphilie – lien social – imaginaire – Serge Daney

Je poste-ci dessous le film de Gérard Courant réalisé en 2011 :

« Jean Douchet analyse « Vivre sa vie » de Jean-Luc Godard au cinéma Devosge de Dijon est un épisode des « Carnets filmés » de Gérard Courant. Cette partie a été tournée le 15 novembre 2011 à Dijon à l’occasion de la carte blanche que la Cinémathèque de Bourgogne-Jean Douchet avait offert à Courant et qui était organisée en parallèle à la rétrospective de ses films (à Dijon) et à l’intégrale « Cinématon » (à Chalon-sur-Saône).
Le critique de cinéma et cinéaste Jean Douchet, qui a prêté son nom à la Cinémathèque de Bourgogne fondée par Nicholas Petiot, analyse « Vivre sa vie », le chef d’œuvre que Jean-Luc Godard a réalisé en 1962 avec la magique Anna Karina.
Comme de coutume, Jean Douchet intervient après la projection du film. Dans un premier temps, il présente et analyse l’œuvre puis, dans un second temps, il donne la parole au public et répond aux questions des spectateurs. »

Je renvoie à la chronique du Journal cinéma du Dr Orlof à propos de ce film de Gérard Courant. D’ailleurs, je recommande ce blog, très ouvert et réactif aux commentaires etc, à l’écriture enthousiasmante, vivante, non dénuée d’humour et souvent renvoyant à des films méconnus (j’ai découvert beaucoup de films via ce blog et notamment les films de Rollin que je ne connaissais pas du tout ! ), et sans jamais tomber dans la prétention, et juste un plaisir contagieux de cinéphile… certes plus ou moins heureux selon les films commentés (jetez un oeil sur son bilan du dernier Claude Berri et l’allusion au passage fort amusante à Nadine Morano…). D’autre part, pour quiconque s’intéresse à la filmographie de Gérard Courant (connu pour ses milliers de cinématons – films muets de personnalités du cinéma etc de 3-4 mn, et où la personne filmée a toute liberté de faire, ne pas faire, parler ou pas etc-, que je poste à l’occasion sur le blog), le blog du dr Orlof a entamé il y a plus d’un an un gros travail de suivi et commentaires de ses films, et notamment donc l’ensemble de ses cinématons, dans ce qu’il appelle depuis son Ciném(ar)at(h)on !

Pour en revenir à la chronique du Dr Orlof, la réflexion autour de la cinéphilie aujourd’hui, la consommation de films en « biens culturels », où le lien social, réflexif, la parole etc disparaissent, m’interpelle beaucoup (VOIR AUSSI CET HISTORIQUE DES CINES CLUBS sur le blog, où il est surtout question du cinéma social). Un peu ironique d’ailleurs, étant donné la nature du présent blog où il est question notamment de poster des films… à regarder derrière son PC, chez soi, avant de passer au suivant. Un peu tristounet tout cela éh éh. D’ailleurs, là-dessus, je renvoie au film F comme Fairbanks (ICI SUR LE BLOG) qui constate et quelque part annonce la déconvenue d’un certain cinéma populaire, en faisant lien avec une société aliénante, rigide, impersonnelle, mécanique, froide, « réaliste ». Parfois je m’amuse beaucoup en regardant les films tchèques sous pouvoir « communiste », car les exégèses critiques, bien entendu, s’attaquent au système soviétique et se cantonnent juste à cela souvent, mais ô combien le réalisme de nos sociétés est comparable; Cornelius Castoriadis a bien travaillé la question : le socialisme bureaucratique et le capitalisme sont des amis (retour là-dessus ICI). Par exemple Alouettes, le fil à la patte (1969) de Menzel et la place du désir (notamment lié à la place de l’imaginaire) est valable dans un autre contexte de la réalisation du film qui garde toute sa force aujourd’hui…Pourquoi ?  Bref, j’aurai l’occasion d’y revenir sans doute et  je m’éloigne. Donc je vous laisse vous faire votre idée et savourer cette note intéressante de Dr Orlof.

(ma petite parenthèse à propos du film tchèque de Menzel : le film en entier ci-dessous, mais non sous titré –  ah cette fin de film engloutissant le personnage sous la terre, et ce regard vers la lumière du jour qui s’éloigne… au nom du réalisme, il ne faut plus rêver, mais le personnage vit de son imaginaire, c’est ce qui le fait vivre, aussi dérisoire soit-il) :

 

Enfin, en parlant de cinéphilie, deux vidéos ci-dessous extraites du film Serge Daney -Itinéraire d’un ciné-fils (1992), entretiens tournés (avec Régis Debray), peu avant son décès. Passionnant, je n’ai malheureusement pas encore eu l’occasion de voir l’intégralité, et juste une bonne moitié, il y a déjà quelques années. Il y est d’ailleurs question de la télévision, comme Godard le fait un peu dans ce documentaire SUR LE BLOG, même si ça y reste de la télé somme toute. Les écrits de Serge Daney sont aussi aisément accessibles, en principe, en médiathèques de métropole, furet, fnac etc – des lectures passionnantes livrées par son regard de cinéphile.