L’invitation au voyage – Germaine Dulac (1928)

EN ENTIER – 1928 – 40 mn

« Féministe, socialiste, pionnière du cinéma dans les années 20 et 30, Germaine Dulac a réalisé une trentaine de films de fiction et autant de films d’actualité et de documentaires.

L’invitation au voyage, un film de facture bien plus classique que La coquille et le clergyman, mais au contenu tout aussi controversé, suit les désirs secrets d’une femme mariée à la recherche de nouvelles expériences érotiques. Elle se rend dans un établissement à la réputation douteuse qui donne son titre évocateur au film et illustre aussi sa trame psychologique. Cette femme timide mais aventureuse attire l’attention d’un beau capitaine de marine qui prend peur lorsqu’il apprend qu’elle n’est pas libre. 

À partir des vers du poème de Baudelaire (Mon enfant, ma soeur / Songe à la douceur / D’aller vivre là-bas, ensemble), le film reconstitue librement une nostalgie de l’ailleurs. Le monde subjectif de l’héroïne est révélé dans une succession de plans lents aux effets de superposition, dans un montage fonctionnant par associations, et grâce à une rigoureuse économie de gestes. La nouvelle musique de Catherine Milliken se coule dans la poésie et la beauté sans ostentation des images, dans les rites du désir passager.


Le montage du film, peu spectaculaire en comparaison de celui de « La Coquille et le Clergyman » mais tout aussi virtuose, est entièrement au service des protagonistes. Il n’est interrompu que par les visions des personnages. Dans les années 20, les avant-gardistes tentent fréquemment de donner du poids à leur imaginaire en ayant recours à la musique. A titre d’exemple, on peut citer la coopération entre René Clair et Eric Satie, et surtout le « Ballet mécanique » de Fernand Léger et George Antheil. Quant à Germaine Dulac, qui entrera dans le monde du cinéma par le biais de ces beaux accompagnements musicaux, elle a très certainement de grandes affinités avec la musique. Malheureusement, aucune des partitions ou des fragments musicaux qui accompagnaient les deux courts métrages n’ont été conservés. La musique du film date donc du 21ème siècle : Catherine Milliken, hautboïste de l’Ensemble Modern, compose le nouvel accompagnement en 2002. Elle renonce à la figure du redoublement ostentatoire en cherchant davantage à transcrire l’univers affectif de la protagoniste par l’emploi de variations pour clarinette, bugle, cordes basses, percussions et piano. » Arte TV