La planète sauvage – René Laloux (1964)

EN ENTIER – précédé de deux courts métrages. 

1kult : « René Laloux naît en 1929, et très rapidement il se découvre deux passions : la bande dessinée et le cinéma. Quittant très tôt les bancs scolaires, il se dirige alors vers de petits boulots, comme marionnettiste, mais des soucis de santé l’obligent à quitter ce métier. Durant tout ce temps, il continue à développer sa passion pour la culture.

C’est en 1956 qu’il intègre une clinique en tant que moniteur pour s’occuper d’activités artistiques avec les malades : « Je dirigeais un atelier de peinture, et avec les malades, montais des spectacles de marionnettes et d’ombres chinoises. Un jour, avec le cinéaste Jacques Brissot, nous avons filmé (en 16 mm noir et blanc) un de ces spectacles d’ombres chinoises, manipulé «  en direct  » par les malades. Un ami a vendu cet essai à Frédéric Rossif pour son émission sur le cinéma qui passait à l’époque à vingt heures trente. J’ai harcelé cet homme charmant pour qu’il m’aide à monter un autre film, un «  vrai  », en animation, 35 mm et couleurs. Grâce à ma rencontre avec les producteurs Samy Halfon et André Valio, à La Borde, nous nous sommes lancés dans l’aventure » 

Ce sera Les Dents du singe, qui remportera plusieurs prix. Déjà, le ton à la fois enfantin et grotesque de Laloux sera présent dans cette première œuvre.

A cette époque, le réalisateur rencontre celui avec qui il signera plusieurs de ses chefs d’œuvre : Roland Topor. Accompagné du père du futur Téléchat et de Marquis [ICI SUR LE BLOG], ainsi que du compositeur Alain Goraguer, René Laloux signe Les Temps morts en 1964 puis Les Escargots un an plus tard.

Les temps morts – 1964 – 10 mn :

 

Les escargots – 1965 – 10 mn :

 

Ils adaptent en 1973 le roman Oms en série de Stefan Wul, inspirés par son univers onirique, où les hommes réduits au statut d’animal de compagnie auprès d’extra-terrestres géants, se rebellent et tentent de gagner leur indépendance. Ce seraLa Planète Sauvage, film d’animation pop et philosophique, dont le magnifique univers visuel inventé par Topor est au service des thématiques comme la politique, la hiérarchie, la liberté, le savoir, la rébellion, etc :

La planète sauvage – 1973 – 71 mn

La musique, sous influence psychédélique, et la poésie de ce film l’imposent dès sa sortie comme un des très grands films d’animation pour adulte, face à des productions américaines plus formatées pour le jeune public. Le succès est au rendez-vous pour ce film qui aura mis quatre ans à voir le jour en Tchécoslovaquie.  » Avec Topor, la collaboration se situe surtout au niveau de la conception. Roland (Topor) est un auteur d’une richesse d’imagination tout à fait extraordinaire et quand il dessine, par exemple, on prend tout ce qui vient. Le problème, s’il y en a un, c’est, au stade de l’écriture, de choisir parmi les idées qu’il offre, et de les canaliser, en fonction des impératifs du récit cinématographique, vers ce que l’on estime être un bon scénario. Un bon scénario étant, selon la définition d’Hitchcock (et en la précisant), «  une élaboration de paroxysmes successifs  » — chacun découlant du précédent — à l’intérieur d’une lente, linéaire et inexorable montée dramatique, dont le sommet s’ouvre comme une trappe sur la chute de l’histoire. » « 

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The lunch date – Adam Davidson (1990)

EN ENTIER – VO  – 8mn

Court-métrage sur le racisme, sur un ton comique, bien que début et fin soient plus ancrés dans un réalisme quotidien et glauque. 

PM – Orlando Jimenez Leal, Saba Cabrera (1961)

EN ENTIER – PM (Passé Méridien) – 1961 – 13 mn

Court-métrage tourné par Orlando Jiménez Leal et  Saba Cabrera Infante sur la vie nocturne dans les bars des quartiers populaires de La Havane. Expérimental, inspiré du « Free cinema », le film est censuré, dont le message est jugé contraire à l’esprit de mobilisation révolutionnaire. 

« A la fin des années 1950, Orlando Jiménez Leal se lie d’amitié avec de jeunes créateurs, Plácido González Gómez, Jaime Soriano et Sabá Cabrera Infante, le frère de Guillermo Cabrera Infante. Ensemble, ils réalisent des courts métrages underground, et Orlando Jiménez Leal découvre en leur compagnie le monde de l’art.

La Révolution va créer pour ces jeunes gens un contexte d’autant plus favorable qu’ils avaient souhaité la chute de l’ancien régime. Jiménez Leal en particulier était issu d’une famille et d’un milieu de gauche, et son grand-père paternel, un anarcho-syndicaliste espagnol réfugié à Cuba après la guerre civile, avait eu sur lui une influence décisive. Cependant, la froideur de ses relations avec Julio García Espinosa et Santiago Alvarez, deux hommes qu’il juge sectaires, l’écartent de l’ICAIC et, à la fin de l’année 1959, il rejoint Lunes de Revolución en qualité de photographe, avant d’assumer la direction des programmes télévisés que produit le magazine. Il est alors de plus en plus clair pour lui que deux tendances se dessinent au sein du pouvoir culturel révolutionnaire : la première, qu’il qualifie de stalinienne, est incarnée par l’ICAIC, et l’autre, plus libérale, est représentée par Lunes de Revolución.

En 1961, il met le feu aux poudres en réalisant un court métrage inspiré du free cinema anglais,P.M., une œuvre qui rentre avec fracas dans l’histoire du cinéma cubain. Co-réalisé par Saba Cabrera Infante, ce film documentaire qui montre la vie nocturne des bars du port de La Havane est interdit de diffusion par le directeur de l’ICAIC, Alfredo Guevara, qui le juge anti-révolutionnaire. L’affaire P.M. divise alors ceux qui continuent de soutenir le régime révolutionnaire, et ceux qui estiment que la Révolution s’est trahie et que Cuba est en train de redevenir une dictature

Orlando Jiménez Leal décide de s’exiler quelques mois plus tard, en janvier 1962, et c’est aux Etats-Unis qu’il entame une nouvelle existence et une nouvelle carrière. En 1979, il co-réalise El Súper puis, contrairement à León Ichaso qui intègre l’industrie hollywoodienne, il se spécialise dans le documentaire politique, signant quelques-uns des titres emblématiques du cinéma cubain de l’exil : La Otra Cuba [1984], Mauvaise conduite [1984, en collaboration avec Néstor Almendros] et 8-A [1993].  » Emmanuel Vincenot, Quaina (revue numérique)

Le vieil homme et la mer – Alexandre Petrov (1999)

RUSSIE – EN ENTIER (en 2 parties) – VF sous titrée arabe – 21 mn 

Un vieux pêcheur, qui n’a rien attrapé depuis 83 jours, décident de tenter une dernière fois sa chance au large des côtes.

 

« Un moyen métrage d’animation, très peu connu du grand public et pourtant, le travail colossal qu’il a nécessité mériterait indéniablement une reconnaissance. Film d’animation russe qui a choisit d’utiliser pour support l’aquarelle. Parfaite synthèse de l’œuvre d’Ernest Hemingway, le film est aussi une ode à l’imagination, offrant quelques séquences surréalistes (…). Chaque image est une peinture à part entière, ce qui fait passer régulièrement de fortes émotions (preuve que les histoires classiques sont toujours capables de faire leur effet sur le public). Le film profite régulièrement des temps morts de son histoire pour s’attarder sur des paysages marins magnifiques, ou pour se lancer dans des flashs back aventureux où l’on en apprend un peu plus sur le personnage de notre pêcheur. La relation poisson/pêcheur est ici plutôt bien abordée par la voix off du pêcheur, avant de nous faire tout d’un coup basculer dans le surréalisme avec une séquence où poisson et pêcheur nagent tous deux côte à côte dans un océan de nuage où vole toute une faune aquatique. Il y a l’essence d’un grand film dans ce morceau de bravoure de 20 minutes, qui comble des yeux de la beauté des aquarelles et qui peut se vanter de pouvoir rassembler tous les publics et de les captiver pendant toute sa durée. Vraiment, un petit film injustement oublié qui semble ne jamais perdre de son impact. » Voracinephile 

Casus belli – Yorgos Zois (2010)

EN ENTIER – 11 mn

Présenté à Venise dans la section Orizzonti, puis projeté au 4ème Festival du Film du Golfe à Dubaï au sein de la compétition internationale, et dans d’autres festivals. Un caddie, un supermarché, une jeune femme, des produits à profusion, une voix microphonique, et une file d’attente apparaissent dans les premières minutes de cet opus expérimental grec.

« Après avoir vu le film, beaucoup de gens m’ont dit qu’ils comprenaient que j’avais étudié les mathématiques. Moi, j’aimais vraiment l’idée de la file d’attente, et j’ai eu envie de la montrer de la manière la plus simple, la plus directe, la plus latérale, avec un travelling d’un point à l’autre (…). On pouvait aisément se figurer que ce qui se passait dans une capitale pouvait se passer ailleurs aussi. Je pensais que les gens à l’Ouest s’identifieraient au film, car c’est une métaphore des capitales et des crises européennes. Mais soudainement, les pays arabes ont voulu le film, on m’a dit que la séquence du domino leur rappelait la spirale de la violence qui a commencé dans ces pays. Ça a été une grande surprise pour moi car j’ai fait le film autour des capitales de l’Ouest et soudainement, le Moyen-Orient y a réagi. » Yorgos Zois, entretien pour Format court.

Eut-elle été criminelle – Jean-Gabriel Périot (2006)

EN ENTIER – 10 mn

France, été 44, à la libération… Puisque ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire, Jean-Gabriel Périot se fait passeur de mémoire pour un retour salutaire sur l’oubli et pour mieux questionner nos futurs. À partir d’images d’archives, à la frontière du documentaire, de l’animation et de l’expérimental, il tisse un montage apoplectique et syncopé pour mieux accuser la violence des sociétés contemporaines.

Marie Bergeret (Format court) « France, été 1944, la libération : une foule en liesse exprime sa joie après 5 années d’occupation faite de privations, de souffrances et d’humiliations. Une masse intergénérationnelle processionne joyeusement à travers les rues du pays, brandissant des drapeaux tricolores, étendards d’une patrie unie dans un même sentiment de soulagement et d’espoir. La belliqueuse « Marseillaise » accompagne ces images d’archives qui retracent la guerre, les alliés, les camps, le nazisme, Hitler…

Les images défilent comme des souvenirs qui font mal et que l’on veut vite oublier puis, le rythme effréné se ralentit et l’on aperçoit çà et là des visages, on capture des regards et telle une gifle cinglante, Périot nous fait alors découvrir le revers de la médaille, l’envers du décor, celui qui ne se trouve pas dans les manuels d’histoire. Il s’arrête sur des images d’archives qui dérangent et font honte : la tonte des femmes accusées de collaboration avec l’occupant allemand.

Eminemment symbolique, la tonte se présente alors comme un acte exutoire d’une foule haineuse, un désir féodal de vengeance, une mesure nécessaire qui consiste à se réapproprier le corps de ces femmes « salies » par l’ennemi. Parmi celles-ci, il y avait aussi bien des femmes amoureuses que de vraies collaboratrices, des divorcées que des femmes seules et marginalisées. Dans ce qui s’apparentera à une véritable chasse aux sorcières, les femmes sont exhibées et lynchées sur la place publique. Les frontières entre vie privée et vie publique sont brouillées et le respect de la dignité humaine totalement remis en cause.

D’une efficacité implacable, le film de Périot interroge judicieusement la société sur le concept de châtiment public. La tonte hier, le corps de Kadhafi que l’on exhibe dans les rues de Syrte aujourd’hui, comment une société qui se dit « évoluée » peut-elle cautionner de telles atrocités à l’encontre d’autres êtres humains, s’interroge l’artiste, eurent-ils été de criminels notoires ? »

Les barbares (2010) :

UNE INTERVIEW TRÈS COMPLÈTE AVEC JEAN-GABRIEL PERIOT ICI SUR FORMAT COURT, ACCOMPAGNÉE DES LIENS VIDÉOS