Education – Jean-Michel Carré

Jean-Michel Carré est un cinéaste important dans ce qu’on peut appeler le cinéma « militant », ou encore d' »intervention sociale », terminologie qu’il préfère employer, tout comme René Vautier et d’autres. 

Il a axé ses films, et continue de le faire, sur plusieurs thématiques : notamment la prostitution, le travail- (on retient beaucoup par exemple son excellent J’ai mal au travail, mais un autre film récent témoigne de son angle d’attaque à contre courant : les travailleuses du sexe, pas éloigné des vues du Strass, syndicat de prostituées ) -, la sexualité (son récent Sexe, amour et handicap ) de 2011, la prison etc et, ce qui nous intéresse ici, l’éducation. 

Une interview intéressante et pas très longue ici, en images, revenant sur ses débuts et Grain de sable :

A propos de Grain de sable, historique concis de Nicole Brenez :

« Fondé par Jean-Michel Carré et Serge Poljinsky – bientôt rejoints par Yann Le Masson – à la suite de leur « Festival du film censuré », Les Films Grain de Sable, sur la base de principes maoïstes, se consacrent d’abord à une vaste critique de ce que Michel Foucault nommait « les milieux d’enfermement » : écoles, hôpitaux, usines et bien sûr prisons. Une telle plate-forme ne se dissocie pas des luttes internationales, et Les Films Grain de Sable se consacrent aussi à la distribution d’œuvres consacrées à l’Apartheid, à la révolution des œillets, à la violence économique japonaise, aux conflits du Moyen-Orient.

Comme l’explique Jean-Michel Carré : « Nous avons toujours privilégié le travail de fond sur la durée, et c’est encore le cas aujourd’hui. A l’époque, nous appliquions les principes maoïstes du centralisme démocratique et le cheminement dialectique ‘pratique-théorie-pratique’ : aller sur le terrain, tourner, prendre l’avis d’intellectuels et de chercheurs sur notre travail, puis repartir vers le terrain. Le cinéma nous paraissait être l’art le plus adéquat pour l’activisme politique. Nous avions, au sein du groupe, chacun un diplôme de prise de vue, de montage ou de réalisation (obtenu à l’Idhec), ce qui nous permettait une rotation des tâches, qui désacralisait le rôle du metteur en scène. »

On constate, bien loin de les entraver, qu’une telle désacralisation favorise les initiatives formelles : sur un mode auteuriste comme en témoigne l’œuvre de ces grands stylistes que sont Yann Le Masson, Omar Amiralay, ou sur le mode des films  » collectivistes  » comme J’ai huit ans [POUR VOIR LE FILM C’EST ICI SUR LE BLOG], Regarde, elle a les yeux grands ouverts ou Le ghetto expérimental. »

 

Un coffret DVD réunissant ses 7 films sur l’éducation est sorti il y a quelques années. A commander dans vos médiathèques respectives si ce n’est fait, et à diffuser sans modération tant son travail de longue haleine témoigne d’une pertinence redoutable. Des films aussi permettant de riches débats autour de l’éducation. 

L’occasion ici de voir des extraits de 6 de ces films :

L’enfant prisonnier – 1976 –  22 mn (Fiction)

Le début :

Un (court) passage GRANDIOSE :

Analyse, sous forme de fiction, les contraintes vécues par un enfant de neuf ans dans sa vie quotidienne : famille, médias, environnement, école où il apprend à intégrer la norme et le système hiérarchique. Paradoxalement, les seuls enseignants qui ont accepté d’accueillir le tournage furent ceux d’une école publique de Paris, Vitruve, qui tentaient d’inventer de nouveaux rapports de vie et d’apprentissage.

 

Alertez les bébés ! – 1978 – 87 mn CHEF D’OEUVRE !

Réalisé en collaboration avec l’équipe de Vitruve décrypte le mécanisme de l’échec scolaire et expose les interventions conjuguées des parents, des enseignants et des spécialistes en tout genre qui font de l’enfant un enfant cerné et le privent de sa liberté de s’exprimer. Toujours interdit de télévision, ce film, vu par plus d’un million de spectateurs, reste comme le film de référence sur l’éducation.

 

Votre enfant m’intéresse – 1981 – 90 mn (Trilogie 1)

Analyse les idéologies, les étapes et les choix politiques qui ont abouti à la conception contemporaine et dominante de l’éducation. Des scènes réelles, filmées à l’école Vitruve, mettant en scène des façons d’apprendre différentes autour de projets en contrepoint de scènes de fiction historique illustrant la place de l’enfant depuis l’ancien régime (milieu du 18ème siècle) à nos jours, interrogent les valeurs qu’on nous présente comme intemporelles alors qu’elles ne sont qu’idées reçues.

 

Le ghetto expérimental – 1975 – 100 mn (Trilogie 2)

Co-réalisé par Adam Schmedes, documentaire irremplaçable sur la signification politique de Vincennes qui deviendra Paris 8 et de l’université en général. C’est l’unique long métrage sur ce qui sera la seule réponse concrète du pouvoir gaulliste aux révoltes étudiantes de 68.

 

On n’est pas des minus – 1981 – 44 mn (Trilogie 3)

Suite et fin de la trilogie précédente, apporte un complément d’information sur ces façons d’apprendre dans une école déscolarisée où l’on pousse les contradictions de la société, du travail manuel et intellectuel, du savoir et de l’action.


Une question de classe(s) – 1999 – 75 mn

Réalisé 15 ans plus tard que le précédent, ce film suit les enfants d’un CP   « ordinaire » durant une année scolaire dans leur famille et à l’école.

Pour conclure, UNE INTERVIEW TRES RICHE « La sociologie de l’image » (1997), en intégralité sur Chroniques rebelles.info :  partie 1, partie 2 et partie 3.

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