Autre Italie, autre musique – Antoine Bordier (1982)

EN ENTIER – Antoine Bordier – Autre Italie, autre musique – 1982 – 53 mn

« En mars 1980, l’équipe de Dimanche soir rencontre Giovanna Marini, célèbre musicienne, chanteuse et chercheuse en ethnomusicologie italienne. Elle raconte son parcours, de ses études en guitare classique à sa découverte du folk, de la musique populaire et du chant social qui l’ont passionnée.

Giovanna Marini est née le 19 janvier 1937 à Rome dans une famille de musiciens. Elle étudie la guitare classique avec le plus grand guitariste d’alors, Andrès Segovia, puis découvre les musiques populaires et le chant social italien. Elle rompt alors avec la musique lisse diffusée à la télévision italienne, et fait scandale dans les années 60 en reprenant des chansons sociales, comme «Bella Ciao», chant de protestation né dans les rizières et devenu hymne des partisans.

Giovanna Marini se réclame de la tradition des Cantastorie, les chanteurs d’histoires d’avant l’alphabétisation des campagnes italiennes, qui diffusaient les nouvelles par l’intermédiaire des chansons. Elle répertorie aussi les chants traditionnels et folkloriques dans toute l’Italie pour contribuer à leur conservation à l’Institut Ernesto de Marino de Florence, tout en participant à des spectacles avec son quatuor de chanteuses. »

 

Réalisé pour une émission TV suisse intitulée « Dimanche soir », ce documentaire revient donc sur le parcours de la grande Giovana Marini et il est intéressant d’avoir ainsi des témoignages de son travail situés au début des années 80. Quelques passages (en couleur) sont extraits d’un même concert donné alors en Suisse, dans une maison de quartier qui existe toujours de nos jours et où a été projeté ce film à l’occasion des 40 ans du lieu.

En plus de la rapide biographie proposée plus haut dans le résumé, je précise que Giovanna Marini a aussi créé quelques bandes musicales de films, notamment du duo cinéaste Gianikian – Lucchi, ainsi par exemple pour la trilogie autour de la guerre et relayée ICI sur le blog.

Le titre du documentaire est symptomatique, à la fois du travail de Marini mais aussi d’une certaine évolution culturelle en Italie. Je renvoie là, pour « planter le décor », à un passage télévisé du cinéaste italien Pier Paolo Pasolini à propos de la langue italienne et son uniformisation – aspect qui touche évidemment les expressions musicales populaires italiennes :

 

Dans cette autre Italie, il est aussi question d »engagement social et politique porté par le répertoire musical, et là encore Marini et ses compagnes de route n’y sont pas insensibles; en témoignent par exemple les nombreuses touches d’humour vis à vis de la bourgeoisie italienne, qu’il ne s’agit pas alors d’imiter dans un idéal d « ‘émancipation ». Le documentaire ne fait pas l’impasse dessus, et rappelle par exemple les contributions du « Nouveau chant italien » dans les années 60 qui redécouvre et reprend, entre autres, Bella ciao, soit avant sa « routine » ou plutôt sa « normalisation » d’aujourd’hui, à un moment où un tel répertoire ravive plus nettement de l’adversité au pouvoir, en pleine démocratie chrétienne.

Bella ciao, par Giovana Marini :

 

Giovana Marini c’est aussi de la chanson engagée, sous forme de reprise ou composée par soi-même, ce qui est donc un pendant développé largement dans le documentaire. Avec son groupe des années 60, elle réalise l’album « le canzoni di bella ciao » qui s’ouvre sur le magnifique Addio Amore, soi disant chant paysan populaire redécouvert mais en fait c’est un faux composé par elle-même… parmi d’autres !

Addio addio amore :

 

Récemment, elle poursuivait toujours ce versant, par exemple en compagnie du Quarteto urbano. Une ballade musicale et politique qu’elle a composé en 1973, intitulée I treni per Reggio Calabria, est devenu un de ses classiques :

 

Marini ne vend pas non plus le chant populaire et traditionnel au superficiel, avec le sauvetage des apparences (utiles au slogan commercial) au détriment du fond, procédé utilisé ici et là dans d’autres répertoires d’autres pays (et  son lot de titres aguicheurs tels « les voix de … », « l’âme de… »). Ce type de « sauvetage » d’un répertoire populaire et traditionnel a été évoqué de manière très intéressante à travers un exemple des Balkans, ICI sur l’excellent  blog musical « Noreille », où nous avons la balance entre d’une part un bon travail musical et de recherche sur la tradition, d’autre part l’usage commercial OU propagandiste de cette même tradition musicale. On peut être séduit par l’artifice; moi même j’ai succombé à un chant bulgare – à travers une fin d’épisode de la regrettée série inaboutie Carnivale – mais en fait quelque peu dévitalisé si on en croit la chronique musicale recommandée plus haut.

Mir stanke le (album Mystères des voix bulgares), associé à un épisode de la série Carnivale  :

 

« Je cherchais des sons, j’ai trouvé des personnes. Et j’ai compris que cette musique leur appartenait. »

Giovana Marini

La musicienne et chanteuse grecque Savina Yannatou – évoquée ICI sur le blog – s’inscrit en quelque sorte dans une démarche similaire à Marini et travaille énormément sur du répertoire traditionnel, notamment sicilien (mais aussi grec, balkan etc). Elle a également repris Addio amore, devenu pour de bon un chant populaire :

Addio amore, interprétation de Savina Yannatou :

Mais Marini semble encore plus soucieuse de travailler en fidélité au répertoire traditionnel, sans réinterprétation ou mixité avec des apports modernes. Et surtout elle se revendique d’un véritable travail de mémoire, également à dimension ethnologique, et mêlé à des déplacements sur le terrain.

« Mais c’est vrai que souvent notre intrusion, parfois brutale, dans les endroits les plus hors du monde réveille la mémoire. La dernière fois que c’est arrivé, c’était à Montadoro, un village de Sicile où ne vivent plus que quatre hommes et quatre chèvres. J’y étais allée dans les années 60 pour apprendre les chants. Et lorsque j’y suis retournée il y a deux ans, tout avait changé. Les habitants oubliaient. Ils s’oubliaient eux-mêmes. C’est terrible comme mouvement. Alors, on a demandé aux hommes de nous raconter leur vie, de chanter avec nous. Et là-bas, c’est reparti, je crois. »

Giovana Marini, interview pour Périphéries

Chant traditionnel sarde :

 

Autre Italie, autre musique ne relaie pas une folklorisation nostalgique, figée dans du patrimoine sans substance et sans portée sociale et politique. En cela le documentaire effectue donc un bon retour – avec des éclairages contextuels à l’aide d’archives – sur l’oeuvre de Marini et ses compagnes, et que je trouve en partie faire écho à un certain Pasolini. Elle lui a d’ailleurs consacré un album en plus d’en avoir été proche.  Bref, une bonne introduction, à nous d’aller approfondir en musique…

Lamento per la morte di Pasolini :

 

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San Francisco – Anthony Stern (1968)

EN ENTIER – 15 mn

Ce film a été aussi projeté à l’auditorium des Beaux arts de Lille en 2011… en présence du cinéaste ! A noter qu’une rétrospective eut lieu également à la Cinémathèque française en 2008 (voir ICI la programmation), dont j’en extrais la présentation : « Anthony Stern était l’un des secrets les mieux gardés de la cinématographie anglaise. La Cinémathèque française lui offre sa première rétrospective. Camarade de classe de Syd Barrett et de David Gilmour, assistant de Peter Whitehead, Anthony Stern a réalisé certains des plus beaux poèmes documentaires des années 60 et 70, à la fois sensuels, endiablés et railleurs. Son sens du rythme hors du commun continue de dynamiser ses films récents, montage des rushes tournés en 16mm dans l’Afghanistan de 1971, ou festival de Jazz à Cuba. Aujourd’hui célèbre en tant que maître-verrier, Anthony Stern nous offre aussi des images totalement inédites de Mick Jagger et autres icônes musicales.« 

Décollage de New York et voyage à San Francisco dans la frénésie du Flower Power. Un chef-d’œuvre de la cinesthésie psychédélique, en quête d’une libération non seulement de tous les sens mais du cinéma lui-même. Filmer les contrastes de San Francisco – espace de liberté et berceau de la culture alternative – permet à Anthony Stern de décrire la diversité de l’Amérique des années soixante. Les procédés techniques employés, jumelés à l’Interstellar Overdrive des Pink Floyd, donnent à ce film un aspect particulièrement psychédélique (Evene.fr)

Comme pour les projections à l’auditorium des Beaux-arts de Lille en 2011 organisée par Heure exquise (films sur Pink Floyd, Syd Barrett et Led Zeppelin- Voir ICI et LA sur le blog), Nicole Brenez contribua beaucoup au cycle Anthony Stern et l’invita à la Cinémathèque française. Ci-dessous des extraits de son passage, où il nous apprend notamment (deuxième extrait) que son film San Francisco vient d’une discussion qu’il eut avec Syd Barrett et qu’il utilisait alors sa caméra « comme un instrument« ):

Aït Menguellet : « Raconte moi une histoire » – Yves Billon (1997)

EXTRAITS

Un documentaire produit par Zaradoc films (évoqué également ICI sur le blog), qui se spécialise particulièrement dans les films autour de la musique. 

Aït Menguel­let est sans aucun doute le plus grand poète-chanteur vivant aujourd’hui en Kabylie (Algérie). Ce film, con­struit à la manière d’un clip poé­tique et austère, est ponc­tué d’images de la Kabylie dans une évo­ca­tion rurale et col­orée, à la manière d’un conte. Accom­pa­gné de ses musi­ciens, Menguel­let inter­prète poèmes et chants lors d’une nar­ra­tion fréquem­ment inter­rompue par les ova­tions et les danses d’un pub­lic fer­vent qui reprend à l’unisson les thèmes les plus populaires.

Ouverture du film :

 

Magnifique chanson incorporée au film (sous titrée) :

 

D’autres chansons :

Tayri (L’amour) – Sous titrée :

 

Ayafrouk Ifirelles – Reprise en live d’une chanson composée par Slimane Azem, évoqué ICI sur le blog

 

A kwen ixdaa (Soyez maudits) – Sous titrée et live :

 

Lxuf (La peur) – Sous titrée :

 

Lehlak (Le mal qu’en moi) :

Lehlak—- Le mal qu’en moi…

(Refrain)

Lehlak i d-teǧǧiḍ dgi—- Le mal qu’en moi tu as laissé
Ur yesɛi amdawi——– Ne connait point de remède 
F lǧal-im i diy-yextar—- C’est pour toi qu’il m’a élu

Am-wakken yeggul felli—- C’est comme s’il avait juré 
Ad yeqqim ɣuri—————- De rester en moi
Alamma subben lečfar—- Jusqu’à ce que se closent mes yeux 

Ul’ i d-ixeddem imeṭṭi—- Les larmes n’y peuvent rien
Rruh la ixetti—————- Mon âme s’éteint 
Am lgaz yeǧǧan lefnar—- Comme la lampe sans pétrole

Si dunnit tekkesd-iyi——– Tu m’as soustrait à la vie 
Urǧiɣ-am Rebbi—————- J’attends de Dieu
D lmut aa d-id-irren ttar—- Qu’il me venge dans la mort

(Premier couplet)

Rruh-iw a n-yas d ahmam—- Comme un ramier mon âme
A n-yaweḍ s axxam———— Arrivera en ta maison
Ad am-n-ibedd ɣef ssur—- Et sur tes murs se posera

S ssut-is a m-yefk sslam—- Sa voix te saluera 
Qbel a d-yeɣli ṭṭlam———— Avant la tombée de la nuit
A n-iruh lewhi n ṭṭhur—- Vers le début de l’après-midi

Muql-it mlih ma iɛerq-am—- Regarde bien pour la reconnaitre 
Yettawi ccama-m———— Elle porte la cicatrice
D ccama s-ǧǧan leɣrur——– De tes trahisons 

(Deuxième couplet)

A n-yuɣal d afrux n-yiḍ——– Elle viendra en oiseau de nuit
A n-yas ur tebniḍ—————- A l’improviste
Wali-d allen-is di ccqayeq—- Ses yeux t’apparaîtront à travers la porte 

A m-n-ihedr f-win teǧǧiḍ—- Elle te parlera de celui que tu as quitté 
Alarm t-tenɣiḍ—————- Dont tu as provoqué la mort
Seddaw tmedlin yehreq—- Que tu as condamné au feu sous les dalles

Rruh-is anda telliḍ—————- Où que tu sois son âme
A n-yarzu kul iḍ——————– Viendra toutes les nuits
Bac naddam ad am-yeɛreq——– Troubler ton sommeil 

(Troisième couplet)

Lehlak aa n-yerzun ɣurem—- Le mal qui viendra te visiter
D rruh-iw ayen———— Ce sera celui
Lehlak nni diy-yebbwin—- Qui a emporté mon âme 

A n-yas s ul-im a t-yeɛdem—- Il viendra pour prendre ton cœur
Ɣef-wayen i s-ixdem—— Pour tout le mal que tu lui a fait
At-tsafred mebɣir aɛwin—- Et tu t’envoleras sans viatique

Rruh-im a t-id-yegzem—- Il arrachera ton cœur 
Yides a t-id-yeddem——– L’emportera avec lui
Ɣur Rebbi ad ddun i sin— Vers Dieu ils s’en iront tous les deux

(Quatrième couplet)

Si tmedlin i diyi-rran—- Des dalles dont on m’a couvert
Atas i d-yegwran——– Beaucoup restent
A m-tent-rren i kemmini—- Dont on te couvrira toi aussi

At-tezdeɣd ger izekwan—- Tu habiteras parmi les tombes
D ixxamen imsawan——– Toutes semblables les unes aux autres 
Lgar-im d nekkini——– Et tu m’auras pour voisin

Wid yessaramen a kem sɛan—- Ceux qui comptaient t’avoir
Iɣur-iten zzman—————- Seront trahis par le destin
Yerra-yi-kem-id ɣer ɣuri——– Qui sait qu’il te rendra à moi

 

Ay Abrid (Chemin oublié) – Sous titrée :

 

 

Slimane Azem, une légende de l’exil – Rachid Merabet (2005)

EN ENTIER – 53 mn

Le portrait de Slimane Azem, fameux représentant de la chanson algérienne, envisagé comme une plongée dans l’univers poétique d’une culture plurimillénaire, celle des Berbères. Au travers de l’œuvre de cet artiste adulé par les siens, éclairage sur cette communauté kabyle qui constitue un des fondements de l’identité nationale algérienne. Peindre le portrait de Sliman Azem, vingt ans après sa mort, c’est rendre hommage à l’un des plus fameux représentants de la chanson algérienne du siècle dernier (1918-1983). Traiter de l’œuvre de Sliman Azem équivaut à porter un regard sur le déchirement d’une génération d’hommes poussés par des raisons de survie à s’exiler vers un monde inconnu !

 

Quelques chansons de Slimane Azem :

A moh A moh (écrite dans les années 40) :

Allons si tu veux partir

Alger est une ville resplendissante
Les journaux évoquent son nom
Si célèbre dans toute l’Afrique
Bâtie avec chaux et ciment
Ses fondations affleurent la mer
Sa beauté subjugue qui la voit
Ô saint Abderrahmane
Au pouvoir démesuré
Ramène de grâce l’exilé au foyer

Ô Mouh ! Ô Mouh !
Viens donc nous accompagner

Juste avant de partir
je fis maintes promesses aux parents
Je leur dis que je reviendrais
Tout au plus après un an ou deux
Mais je m’en allais perdu comme en songe
Voici maintenant plus de dix ans

Ô Seigneur notre Dieu
Qui nous est si Cher et Doux
Ma jeunesse a fondu en corvées
Dans les tunnels du métro
Paris m’a ensorcelé
Qui doit posséder des amulettes

Je suis pareil au malade
Et j’attends que s’ouvre une porte
Moi je me suis fait à l’exil
Mais mon cœur désir son pays
Partir ? je n’ai point d’argent
Rester ? je redoute la mort

Je n’ai de souci et pitié 
Que pour mes gosses à l’abandon
Ils m’attendent chaque jour qui passe
Tandis que je refuse de partir
C’est que l’exil m’a fait tourner la tête
Jusqu’à oublier la route qui était la mienne

 

 Idhehdred w aggur (Voici qu’apparaît le croissant de lune) :

Voici qu’apparaît la lune (le croissant de lune.)
Suivie de l’étoile
elle rayonne et illumine
Envoie sa clarté sur terre
éclairant aussi contrées, océans
Montagnes et déserts.

Combien d’épreuves a-t-elle endurées ?
Souvent cachée par brouillard
celui-là qui l’opprimait
il a compris son rôle
lui tenait rancune
L’enviait et refusait de nous la montrer

La voici qu’elle émerge enfin
rayonne et grandit
Se rappelle et nous enveloppe de son éclat

{refrain}

Longtemps, elle a disparu, n’est plus apparue
Tous ses amis la pleuraient
même la pluie en a porté le deuil
Elle a connu un hiver rigoureux
le ciel en était retourné (tourmenté.)
Tonnerre, éclairs et pluies (averses.)

C’est après tant de peines
qu’elle retrouva enfin sa voix,
Et rayonne comme autre fois.

{refrain}

La voici en jours heureux 
dans un ciel clair
Sa lumière nous apparaît
Entourée de toutes les étoiles
qui sont semées avec harmonie,
Sont heureuses comme ses propres enfants

L’entourant de tout cotés 
lui rajoutant lumière et clarté
Quelle belle illustration que celle de Dieu

{refrain}

Autour d’elle les nuages sont dissipés
Elle sort enfin de l’obscurité
c’est à son tour de se réjouir
Voici qu’elle s’élève et éclaire comme drapeau
Nous salue tous
et scintilla comme une lampe (à l’huile.)

Dieu fasse qu’elle aille droit
comme nous le souhaitons
Nous partagerons sa joie

 

La carte de résidence :

 

Algérie mon beau pays :

 

Effegh a ya jrad tamurt iw (Sauterelles, quittez mon pays)

Traduction proposée de Tafsab

J’ai un clôturé
Où abondent tous fruits
De la pêche à la grenade
Je le travaillais sous la canicule ardente
J’y avais même planté le basilic
Il a fleuri et apparaissait au loin
Voilà qu’arrive le criquet en hâte
Il a mangé à satiété
Dévorant jusqu’aux racines

Criquet sors de ma terre
Le bien que tu as trouvé jadis, n’y est plus
Si le notaire te l’a vendue
Présente donc l’acte authentique
Criquet tu as mangé le pays
Je me demande pour quelle raison
Tu ‘as brouté jusqu’à la porte
Tu as devoré l’héritage que je tiens de mon père
Que tu deviennes perdrix
l’estime est fini entre toi et moi

Tu tombes du ciel comme neige
Entre crépuscule et nuit
Tu as mangèle grain et la paille
Choisissant avec soin ta pitance
A moi tu as laissé le son
Tu me prenais pour une bête

Criquet comprends de toi-même
Et sache bien ce que tu vaux
Tu peux apprêter tes ailes
Tu retourneras d’où tu es venu
Sinon tu porteras seul le poids de tes pêchés
Et tu paieras ce que tu auras mangé

Tu m’as érienté criquet
En moi tu laisses un mal incurable
Tu te multiplies à foison
Voulant laisser enracines une descendance
Mais c’est trop tard : le scribe est déjà passé
Et ma chance éviellée est guérie

 

Ayafrux Ifirelles (Oh oiseau Hirondelle / Ma belle hirondelle) :

Vas-y ma belle hirondelle 
Je t?envoie dans mon pays 
Lance-toi et bats de tes ailes 
Dans les cieux de Kabylie Lance-toi, survole et plane 
Vers le pays des Berb?res 
Chez le Saint Abderrahmane 
Qui observe la mer 

Fais-lui savoir toutes nos peines 
Et notre exil amer 
Survole les monts et les plaines 
Vois les amis et les fr?res 

Bats de tes ailes et file 
Vas-y lance-toi tout droit 
Vers le pays des Kabyles 
Dans ton vol oriente-toi 

Les campagnes les villes 
Les monts, les plaines et les bois 
Dans chaque village demande asile 
Et tu passeras la nuit sous mon toit 

Passe par le Djurdjura 
L?, tu prendras ton élan 
C?est de l?-haut que tu verras 
La Kabylie et ses flancs 

Ensuite, tu suivras 
La Soummam et les cents couronnes, 
Vgayet Et Gouraya, 
la berceuse de l?Océan 

Suis les rivages de la mer 
Penche-toi et glisse 
Azeffoun, Tigzirt-sur-Mer 
Port Guidon et Dellys 

Reviens vers Tameggount l?arti?re 
De l?, tu seras propice 
Vers Tizi-Ouzou et ses terres 
Sidi Baloua et ses fils 

Tizi-Ouzou Azazaga 
Tu verras tous les amis 
Tu salueras la JSK 
Espoir de Kabylie 

Ensuite, tu monteras dans mon village 
Tu y feras ton nid 
? tout le monde tu diras 
Que l?exil m?a banni 

Tu boiras de l?eau fra?che 
Dans les for?ts o? se m?lent 
Les cerises et les p?ches 

Puis tu monteras en fleche 
Vers Fort National et ses citadelles 
Mais il faut que tu te dép?ches 
Pour me rapporter les nouvelles

 

Interview avec le cinéaste, publiée sur Cinémas Algérie :

 » – Slimane Azem, une légende de l’exil. Pourquoi ce sujet spécifiquement ?

Mon coeur est toujours malade, malade à cause des hommes de mal. Ils se glorifient des oeuvres des autres. De cuivre vil ils fondent des bijoux d’argent. Ils ne plantent pas ils déracinent. Tes yeux ont découvert la voie de connaissance. » Je vous donne en guise d’introduction à ma réponse ce poème de Jean Amrouche. Car je pense que Slimane Azem était fondamentalement un homme de bien, un adepte de la liberté et surtout un porte-drapeau de la culture kabyle. Cinq ans après la réalisation de mon documentaire sur la vie de Slimane Azem, je suis fier que la Cinémathèque le diffuse. Pour moi, c’est une marque de reconnaissance de l’oeuvre d’un homme tout dévoué au peuple algérien, un personnage exemplaire dont on aimerait qu’il en existe beaucoup d’autres.

– Comment avez-vous traité le sujet ?

De Slimane Azem, je conservais le souvenir d’un électrophone posé sur la table du salon. Ces chansons incompréhensibles faisaient remonter mes souvenirs de l’étrange ailleurs dont j’étais issu sans pour autant vraiment en être. L’image du petit berger courant pieds nus derrière les quelques moutons de son troupeau m’apparaissait. C’est ce gamin qu’il avait dû être dans son village d’Agouni Gueghrane, où il naquit en 1918. Là, au pied du Djurdjura, entre six et onze ans, il partagera son temps entre les pâturages et les Fables de La Fontaine qu’il étudie à l’école. Selon la légende, il aurait développé son génie poétique suite à une rencontre avec un vieillard qui lui aurait proposé soit d’avoir une intelligence accomplie, soit un foyer plein d’enfants. Il choisira d’être poète visionnaire et ne laissera aucune descendance. A 19 ans, il traverse la Méditerranée. Dès 1937, il travaille dans les aciéries autour de Longwy et endosse alors le statut d’immigré. Cette déchirure existentielle inspirera une grande partie de son oeuvre. Œuvre qu’il mettra au service de ses compatriotes en leur prodiguant ses chansons « conseillères », allégeant leurs tourments d’exilés. Il partagera durant sa carrière, avec l’immigration algérienne, les sentiments de joie, de peine, de toute une communauté de destin. Slimane Azem, c’est le chanteur d’une époque révolue, celle de Prévert déclinant le nom de tous ces « étranges étrangers » qui peuplaient les usines Renault, alimentaient les fours de la sidérurgie, descendaient dans les puits des mines, construisaient les bâtiments de la modernité française. Slimane Azem, c’est l’histoire de ces hommes longtemps muets sur leur jeunesse, leur arrivée en terre étrangère. Trajectoire que souvent les enfants issus de cette immigration ne découvrent que sur le tard. Slimane Azem, c’est le soutien moral de la première génération d’émigrés kabyles en France coloniale. Slimane Azem, c’est l’effort nationaliste de toute la classe ouvrière immigrée, soutenant avec abnégation le combat pour l’indépendance de l’Algérie. Pays désiré de leurs voeux mais qui n’a su les reprendre en son sein. Il porte en lui cette contradiction de la nation algérienne. Slimane, c’est surtout la nostalgie du paradis perdu, l’exil temporaire qui devient perpétuel. C’est une voix de l’histoire de l’émigration. Slimane Azem, c’est une légende de l’exil. – Nous trouvons rarement des travaux artistiques ou de recherche sur cet artiste. Quand j’ai commencé mon travail de recherche au début des années 2000, il n’y avait rien, et ceux qui avaient des documents les gardaient comme un trésor personnel qu’il ne savait pas valoriser. Le travail universitaire de traduction de Youcef Nacib m’a permis d’accéder en français à l’oeuvre de Slimane Azem. Pour moi, faire ce documentaire a été un honneur et m’a rempli du sentiment du devoir accompli. 

– Avez-vous trouvé des difficultés pour réaliser votre documentaire ?

J’ai rencontré beaucoup de difficultés à monter ce projet, car pour les programmateurs de chaînes de télévision française, « Slimane Azem » ne voulait rien dire et je suis d’autant plus fier qu’il est aujourd’hui reconnu comme un artiste majeur issu de l’immigration. Je pense que mon film a contribué à la réhabilitation de cette grande figure de la culture kabyle, et plus largement algérienne. En France, ce film a questionné l’histoire de l’émigration. Il a permis de faire comprendre ce qu’étaient les conditions d’accueil des émigrés, de reconnaître l’absence d’attention portée à cette population issue du sous-prolétariat. Pour moi, il fallait, pour les enfants français issus de l’immigration, tenter de réparer l’image des pères amoindris, parce que quasi-inexistante dans cette France, leur société d’accueil. C’est pour cela que j’ai utilisé l’image de cet illustre chanteur et poète, qui perpétuait une tradition orale kabyle dans ces cafés-hôtels de Paris, là où nos « pères », rassemblés dans leur solitude, trouvaient dans les bars un petit coin d’humanité à partager avec leur chanteur. C’est pour reprendre le cours de l’histoire de l’immigration à sa source que ce documentaire appelle à découvrir le parcours de ces hommes, à reprendre le fil des existences mutilées, à reconquérir cette culture de l’émigration, longtemps sous-évaluée et qui pourrait permettre de fabriquer le ciment entre un ici reconnaissant et un ailleurs apaisé. 

– Nous avons l’impression que Slimane Azem est boycotté par plusieurs parties.

Pour moi, l’oeuvre artistique de Slimane Azem s’inscrit dans la continuité historique de celle de Si Moh ou Mohand. Il connaîtra l’Algérie française, puis l’Algérie algérienne, il s’interrogera très tôt sur son double statut de colonisé et d’exilé économique, et transcrira le sentiment de milliers de ses compatriotes, bien moins en mesure que lui d’analyser cette déchirante situation existentielle. Patriote, il a été. Dès son arrivée en France, il militera au sein du Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Il aspire avec ferveur à l’indépendance de son pays dès 1956, et rendra publique une chanson ouvertement anticolonialiste : Criquet sort de ma terre. Cette chanson lui valut des démêlés avec la police française et aurait pu lui coûter la vie sans le soutien de son frère Ouali, acquis à l’Algérie française pour des raisons que son frère Ali synthétise dans mon documentaire. C’est cette position pro-française de certains membres de sa famille qui provoquera le bannissement d’Algérie de la famille Azem, conséquence d’une répression punitive, collective que l’on sait pratiquée par des régimes autocrates et totalitaires. Pourtant que dire du patriotisme de Slimane Azem, lorsqu’en plein conflit libérateur, il pose son regard sur la guerre d’indépendance et compose une fervente prière à la recherche d’un remède aux malheurs du peuple algérien. Ô Dieu, le clairvoyant/A Rebbi Imudebber. Son engagement resplendit encore plus fort dans cette ode à l’astre lunaire qui symbolise l’avènement d’une Algérie libre et indépendante. Cet écho patriotique résonne de l’espoir porté par un peuple en lutte, « Le croissant enfin paraît/Idahred waggur ».Les derniers vers de cet hymne à l’indépendance montrent la distance critique de Slimane Azem face à la Constitution de l’Etat algérien. Dans ses chansons, Slimane Azem dénoncera régulièrement, en termes allusifs, l’injustice et l’ambition des représentants du pouvoir algérien. Il quittera l’Algérie en 1959 pour n’y plus retourner, même pour son ultime demeure. En 1967, il sera frappé d’interdiction d’antenne par la Radio Télévision algérienne, sur la foi d’une liste d’artistes ayant soutenu Israël durant la guerre des Six Jours. Cette « conspiration du silence » n’empêchera pas sa cote de popularité de monter, jusqu’au début des années 1970, où il recevra des mains de M. Minichin, PDG de IME-Pathé Marconi, un disque d’or pour avoir vendu un très grand nombre de disques. C’est une première pour un chanteur d’origine algérienne qu’il partagera avec la chanteuse Noura ! Durant cette période, Slimane Azem exprimera la contradiction essentielle de sa situation. Il rendra compte de son état de « banni » et de celui d’émigré, dont il continuera de porter le statut jusqu’à la fin de sa vie, avec son lot de culpabilité, d’errance, de violence et d’indifférence. Ses chansons restituent l’état mental de beaucoup de fils de paysans kabyles confrontés de plein fouet à la modernité, voués à une vie de précarité et de frustration. Ils deviendront ce sous-prolétariat sacrifié sur l’autel du néocolonialisme, dont les trajectoires humaines ont été remarquablement analysées et traduites par Abdelmalek Sayad. La douleur de l’exil n’entamera pas l’acuité du poète. Il demeurera un fervent défenseur des valeurs ancestrales kabyles et, dès 1966, il sera membre de l’Académie Agraw Imazighen, dont l’un des fondateurs, Muhend Bessaoud, est mort en exil en janvier 2002, sur l’île de Wight. Participant actif du mouvement de Libération nationale, il écrira plusieurs livres à compte d’auteur, dont Heureux les martyrs qui n’ont rien vu, en 1963. Ce roman autobiographique est un regard critique sur le fonctionnement de l’intérieur de l’ALN durant la guerre d’indépendance. Son héritage est aujourd’hui porté par le Congrès mondial amazigh, association qui défend la culture berbère. Dans les années 1970, Slimane Azem orientera son chant vers le combat identitaire et ne cessera de caricaturer l’attitude des dirigeants de l’Algérie nouvelle. Il les représentera selon son inspiration, soit sous la forme de crapaud coassant dans la mare, soit sous l’effigie d’un perroquet bavassant. L’oeuvre de Slimane Azem aura contribué au renouveau du chant identitaire kabyle et marqué le désir de perpétuer le souffle d’une identité ancestrale, face à un régime politique qui n’a pas perçu l’intérêt d’apprécier les différents constituants culturels de l’Algérie, en tant que richesses naturelles. En 1981, il donnera un dernier récital à l’Olympia. L’espoir de voir, sentir et vivre sur la terre de ses ancêtres lui sera jusqu’au dernier jour refusé. Malgré son absence physique, Slimane Azem influencera la poésie chantée kabyle. Nombreuses sont les chansons qui habitent encore les esprits de beaucoup d’Algériens de toutes les générations, à l’image des chansons de Matoub Lounès, qui lui dédiera l’un de ses albums. Ce dernier chant sera celui de liesse, car Slimane Azem sait sa descendance assurée. Les générations montantes de poètes chanteurs, comme Aït Menguellet, Idir, Matoub Lounès, ayant entendu son message, ont fait le serment de porter, chacun à sa manière, l’art de la chanson poétique kabyle. » 

Dominique Abel : films et APPEL A SOUTIEN A PROJET (souscription) – Agujetas, cantaor (1998) / Aube à Grenade (2000) / polygono sur (2004)

(cliquer sur les mots en surbrillance jaune pour accéder aux sites/pages évoqués)

Vous avez peut être déjà eu l’occasion de voir un film, parmi ses trois réalisés à ce jour, de Dominique Abel ( site officiel de la cinéaste ICI )  ? Nous parlons bien ici de LA REALISATRICE et non de son homonyme belge masculin, co-réalisateur de films tels que La fée ou Rumba. Cette homonymie lui a causé un grand tort financier, aux conséquences hallucinantes, lui empêchant de réaliser d’autres projets, sans soutien de producteur(s) : les films présentés ci-dessous, en effet, ne lui appartiennent plus ! Je reviens là-dessus après l’évocation de ces trois premiers longs métrages en tant que tels, se consacrant au flamenco… et aussi bien plus; car même sans être un grand passionné de flamenco, ou plutôt assez ignorant de cette musique, l’écoutant peu, j’ai bien apprécié Agujetas, cantaor, le seul film que j’ai pu voir en entier de la réalisatrice. Je vous interpellerai sur cette fin de note quant à l’appel à soutien URGENT pour son actuel projet de film Precioza y el aire, avancé mais sans financements : car quiconque a ne serait-ce que 10 euros à apporter au projet via souscription (ici : Production par « crowdfounding »), contribue à la faisabilité du projet… et aura même son nom au générique ainsi que sans doute des places pour la sortie en salles, et le DVD : être associé au générique à une « énergie tellurique » (Juan Herrera, site officiel), plutôt sympa non ? Plus sérieusement, contribuer à ce film dans la foulée des précédents serait sans doute une chose positive pour le cinéma, pour les thèmes profonds et très VIVANTS abordés par la cinéaste, pour notre plaisir et intérêt de spectateurs. Si vous êtes pressés, JE RENVOIE ILLICO PRESTO A CETTE PAGE FORMIDABLEMENT RÉCAPITULATIVE, « POUR QUE DOMINIQUE ABEL PUISSE CONTINUER A FAIRE DES FILMS » (mai 2011), qui comporte aussi une interview très intéressante. 

J’attaque donc cette note par les trois films suivants, tout en me focalisant sur des reprises de sites internet au point sur sa filmographie (puisque j’en ai vu qu’un, au demeurant très bien en ce qui me concerne, tandis que les autres m’intriguent fortement) :

Agujetas, cantaor – 59 mn – EN ENTIER – VO non sous-titrée

Fipa 2000 :  » Manuel Agujetas est un des plus grands chanteurs de flamenco de tous les temps. Un des derniers représentants de « l’école » de Jerez et du Cante Jondo dans ce qu’il a de plus ancien et de plus pur, farouche ennemi de la modernité, personnalité très libre et originale, mythique, pour le meilleur et pour le pire, à l’intérieur du monde gitan. Ne sachant ni lire ni écrire, Agujetas vit « en flamenco » dans les environs de Jerez, dans la maison qu’il a lui-même construite. C’est là qu’il a été filmé, dans l’intimité de son environnement familier, avec sa femme japonaise qu’il fait danser, dans son jardin, et dans la forge que lui a léguée son père, où il chante tout en martelant l’enclume. Il chante aussi en concert dans une « venta » du village voisin, accompagné par Moraito à la guitare. Des amis d’Agujetas, véritables aficionados, aident à comprendre son art en évoquant ses débuts, sa personnalité si particulière, son père, grand chanteur lui-même, dont il a tout appris et à qui il est resté fidèle. »

LA RÉALISATRICE Dominique Abel : Depuis quinze ans je l’aime et l’admire – parfois bien malgré lui car il est aussi insupportable. Il est, plus que personne, l’incarnation du « Je », mais ce « Je » qui s’affirme à chaque instant n’a rien de narcissique (Agujetas n’a pas un seul de ses disques, un seul des articles que l’on a écrit sur lui depuis vingt ans, il n’a d’ailleurs rien de rien). C’est le « Je » anarchiste, le « Je » de l’indépendance la plus farouche et c’est d’ailleurs son credo dans le film: « Je suis un homme libre ». Sa rage, son violent sentiment – et désir – d’exclusion, exacerbés par sa fidélité absolue aux valeurs qui sont les siennes et au Cante tel qu’il l’a reçu depuis son enfance, tout cela a quelque chose de prophétique. J’ai eu donc, depuis des années, envie de le filmer, j’imaginais un film qui soit une sorte de mélange entre lyrisme et document: Agujetas est un athlète de son art, avec un sens dramatique intimement lié à sa vie. Je pensais que le cinéma pouvait restituer et même sacraliser cette force d’expression. Mais jusque-là, en dehors d’une participation à une anthologie filmée où il chantait un « Martinete », et à quelques apparitions en télévision, Agujetas n’a jamais voulu être filmé et moins encore chez lui. Je lui suis donc reconnaissante de sa confiance…« 

 

Aube à Grenade – 59 mn – Extrait VOSTF :

Fipa 2000 : « Ce film est le premier d’une série de la collection Passages entièrement consacrée au thème de la transmission des arts de la musique et de la danse dans six pays d’Europe (Espagne, Italie, Hongrie, Pays-Bas, Royaume-Uni, France). C’est à Grenade qu’a été tourné ce film, Grenade où le flamenco s’apprend dans les patios de l’Albaysin avec le danseur Manolete et son cousin, le chanteur Jaime, et leurs filles respectives, Judea et Marina. »

 

Poligono sur, Séville côté sud – 105 mn – Bande annonce :

Sur un de ces terrains vagues brûlés par le soleil aux abords de Séville, les barres HLM des «Tres Mil», concentrent près de 50 000 habitants, presque tous anciens du quartier historique gitan de Triana (de l’autre côté du Guadalquivir). Là se trouve réunie la plus forte concentration de nouveaux artistes flamenco, connus ou anonymes.Comme autrefois à Triana, le quartier chante et danse sa vie quotidienne, et malgré les ravages causés par l’héroïne, les jeunes ne délaissent pas la musique des anciens…

Abus de cine : « Avant la projection du film, la réalisatrice de Poligono Sur, a tenu à s’exprimer sur les attentats perpétrés à Madrid quelques jours auparavant. Très émue par le drame, elle a montré son soutien à la population espagnole tout en manifestant son indignation vis-à-vis des propos tenus par le gouvernement Aznar à propos des auteurs des attentats (accusant l’ETA). Dans la lignée de ses opinions politiques, son film n’est pas anodin puisqu’il traite de manière sous-jacente de l’expulsion de personnes pauvres, que l’on parque ensuite dans un endroit insalubre.
Afin d’être au plus près de la « vraie vie » du quartier, trois petites caméras mini DV ont été utilisées pour filmer, ce format convenant mieux à faire oublier leur présence. Pour ce documentaire / fiction, les habitants des « Tres Mil » sont devenus les acteurs de leur propre vie. Même si au départ, le scénario du film est écrit et mis en scène, Dominique Abel est restée ouverte à tout ce qui pouvait arriver, à la spontanéité, au naturel et bien sûr au grain de folie des habitants.
Derrière le personnage atypique de l’Indien, c’est la volonté de la réalisatrice de montrer que ces habitants sont traités comme des indigènes par le pouvoir public, après avoir été chassé du quartier de Triana. Poligono sur n’est pas un film politique au départ mais musical. Malgré tout, il transmet ce message : A las «Tres Mil », il n’y a pas beaucoup de choix pour vivre : soit tu es artiste, soit tu vends de la drogue. Les habitants sont dans la survie perpétuelle. Pour Dominique Abel, le gouvernement les endort ou les tue en laissant la drogue circuler, car bien entendu cela les arrange. Depuis la projection du film à Séville, les habitants ont miraculeusement obtenu la création d’un local pour le flamenco dans le quartier : un peu d’espoir. Cela prouve bien l’impact d’un film sur les élus, et la manière dont il peut faire bouger les choses. »

 

Si vous avez eu l’envie de poursuivre jusqu’ici, je vous renvoie à cette page, qui commence par faire la point sur la situation de la cinéaste quant à ses droits d’auteurs retirés et les conséquences : ICI SUR LE SITE FLAMENCO CULTURE

Comme dit en début de note, Dominique Abel est sur la concrétisation d’un projet actuellement : Precioza y el aire. En voici trois extraits de tournage :

« Il y a 6 ans, Dominique Abel a commencé à filmer Preciosa y el Aire avec une équipe entièrement en participation: plus personne n’a de doute aujourd’hui sur la capacité d’interprétation des 2 protagonistes et sur la magie du duo. Pourtant Dominique cherche désespérément un financement pour le mener au bout. Difficultés, endettements, fausses espérances, elle se voit contrainte à renoncer. 
Mais après les avoir revus ensemble, elle repense le projet, le réécrit : voilà que le désir est là comme au premier jour. La rencontre avec le collectif de cinéastes Film Flamme-Polygone Etoile est décisive, leur appui est immédiat : elle n’est soudain plus étrangère en France et plus seule. Grâce aussi à l’enthousiasme de Street Bikers, une toute jeune maison de production espagnole qui fait sien le rêve de Dominique, le projet se met définitivement en marche avec, pour unique objectif, voir « Preciosa y el Aire » sur grand ecran.  Preciosa y el aire est un long métrage de fiction qui raconte l’histoire de Candela, une fille de 12 ans et de Luis,un gitan de 45 ans, ex compagnon de la mère de Candela.  Ensemble ils entreprennent un voyage qu’ils n’ont choisis ni l’un ni l’autre vers le pays voisin, pour aller à la rencontre d’un grand père malade et inconnu de la petite. Au long de leur parcours plein d’embûches, ils vont vivre toutes sortes d’expériences; leur lien, dans l’adversité, n’en sera que renforcé. Puis la providence ne les abonnera pas : ils arriveront juste la veille de la mort du grand père, le voyage aura valut la peine.  Ce film est avant tout une parabole poétique. Un road-movie, non pas à la dérive, sinon au contraire tendu vers une quête difficile à atteindre, irremplaçable, et dont les jours sont comptés : la recherche de racines qui vont se révéler essentielles. C’est en même temps une comédie bucolique qui repose entièrement sur un couple insolite qui détruit avec une tendresse jubilatoire les préjugés de tous poils. Sans le savoir c’est un voyage initiatique qu’ils entreprennent ensemble, formant un duo unique, effronté et savoureux. 
Qui sommes nous et pourquoi le crowdfunding ? 
Street Bikers est une jeune maison de production sévillane, l’amitié avec la cinéaste Dominique Abel a débouché sur un croisement de chemins . une heureuse rencontre entre deux parties pour un objectif commun : Preciosa y el Aire. 
L’idée d’utiliser le crowdfuding comme méthode de financement se base sur la nécessité d’expérimenter de nouveaux modèles économiques pour les entreprises culturelles , qui soient plus démocratiques avec son public potentiel. Ainsi, grâce au crowdfunding, le public peut décider ce qui l’interesse ou pas, et peut même se voir lui-même immergé dans le monde de la production cinématographique.« 
En espérant pouvoir compter sur votre soutien (dans la mesure du possible et de l’envie), dans un contexte cinématographique non seulement toujours plus exposé à la censure économique et tout particulièrement pour le cinéma indépendant qui n’en a pas que l’étiquette (pour mieux se vendre, en guise de publicité et de récupération), mais aussi, en ce qui concerne Dominique Abel, où il y a une injustice terrible, effarante, nuisant à une poursuite de projets qui ont un intérêt certain et passionnant, après des films qui ont eu leur public (sélectionnés en Festival, et il me semble que les ventes DVD sont épuisées aussi – euh bien entendu pas en faveur de la cinéaste depuis 2004 !), et sur des thématiques peu abordées avec autant d’engagement, détaché d’obscurs profits de nature narcissique et mercantile : la balle est dans votre camp si vous souhaitez contribuer au projet et à cette aventure cinématographique. 
Et très grande nouvelle pour finir cette note, que j’espère n’avoir pas faite passer pour une simple publicité, mais pour ce qu’elle se veut : une (re)découverte d’une part, et un appel à soutien pour ce qui peut éventuellement vous tenir AUSSI à coeur par ce projet et/ou par solidarité avec la cinéaste pour qui l’économie du « milieu » est impitoyable, symptomatique d’un système nuisible à la création, aux thématiques abordées et au public; pas ici question de vouloir faire de la victimisation outrancière, juste un constat d’une aberration de plus. Donc la très bonne nouvelle ? La voici :
Cycle de projection des films de Dominique Abel en juin à Paris, en sa présence – L’occasion sera idéale pour faire le point avec la cinéaste sur le projet actuel, peu de temps avant le verdict final de la faisabilité ou pas, et puis bien entendu de découvrir si ce n’est fait ses films sur grand écran !
Ca sera donc les vendredi 15, 22 et 29 juin, Faculté libre de théologie Protestante de Paris, 83 Boulevard Arago : TOUTES LES INFOS ICI sur Musique alhambra
Enfin, pour qui a Facebook, groupe « Pour que Dominique Abel puisse continuer à faire des films »https://www.facebook.com/groups/132421973462103/?ref=ts
POST SCRIPTUM : ENVIRON 30 000 EUROS MANQUENT ENCORE POUR LA CONCRÉTISATION DU PROJET PRECIOZA Y EL AIRE… C’est ici : http://www.lanzanos.com/proyectos/preciosa-y-el-aire/
Ultime rappel aussi sur la région parisienne :
« Cycle des Films de Dominique Abel » 
• Vendredi 15 juin à 20h30 : Agujetas Cantaor
• Vendredi 22 juin à 20h30 : Poligono Sur
• Vendredi 29 juin à 20h30 : En nombre del Padre – Aube à Grenade

Lieu : Faculté libre de théologie Protestante de Paris
83 Bd. Arago
75014 Paris

3 films, 3 vendredi, une échéance ….ce mois de juin à Paris, une occasion unique de découvrir (même les DVD sont épuisés), pout tous ceux qui n’ont pu le faire, les 3 films de Dominique Abel ou de les revoir. Projetés en sa présence, elle évoquera aussi l’urgence de réaliser le projet « Preciosa y el Aire », après plusieurs années de lutte à la recherche d’une production en Espagne et en France. Son cinéma est intimement lié à son amour inconditionnel du flamenco. 
Présentation de l’évènement par Nathalie Garcia Ramos suivre ce lien:http://www.casaplanete.com/casa_newsletter.html

 

Be Here To Love Me: A Film About Townes Van Zandt – Mar­ga­ret Brown (2004)

EN ENTIER – VO

J’apprécie particulièrement Townes Van Zandt, artiste américain de musique country et folk (un blog intéressant en français lui est consacré ICI), qui a influencé des groupes contemporains tels que Tindersticks et Cowboy Junkies par exemple, que j’apprécie également.

Sa biographie est très « border line », tandis qu’il était quasi inconnu durant sa carrière, mis à part sur la fin, puisque redécouvert par une nouvelle génération. Un grand adepte de la solitude, des départs spontanés, des bars miteux (il préférait aussi jouer là que dans de grandes salles pleines…). C’est en tout cas avec grand plaisir que je poste le lien de ce documentaire, bien qu’en VO non sous titrée (je ne connais pas de version sous titrée ceci dit…).

Bande-annonce :

 

LE FILM EN ENTIER EST VISIBLE ICI

Il y a aussi un passage extra dans le documentaire Heartworn Highways de James Szalapski, tourné en 1975-76 et consacré au mouvement « Outlaw Country » qui est né au milieu des années 60 sous l’impulsion d’artistes tels que Johnny Cash, Willie Nelson, Kris Kristofferson ou Hank Williams Jr. Il y a une séquence magistrale du documentaire où Van Zandt interprète chez un ami (fin d’extrait ci-dessous) son morceau Waitin’ around to die – Grand moment que vit aussi à l’écran l’ami du chanteur, très secoué par l’interprétation :

 

Voici une reprise du  groupe canadien The be good tanyas qui a même été sollicitée pour un épisode la série Breaking bad (et je renvoie par ailleurs à la découverte des quelques albums du groupe, fort sympathiques):

 

Pour ce qui concerne la discographie de Van Zandt, je n’ai toujours pas trouvé plus fort que le Live at the old quarter, Houston, Texas : un chef d’oeuvre !

Le morceau No place to fall :

 

Le magnifique To love is to fly (toujours du même live), morceau composé en 1972 en hommage à Janis Joplin décédée deux ans auparavant :

Won’t say I love you babe
Won’t say I need you babe
But I’m going to get you babe
And I will not do you wrong
Living’s mostly wasting time
And I waste my share of mine
But it never feels too good
So let’s not take too long
You’re as soft as glass and I’m a gentle man
We got the sky to talk about
And the world to lie upon

Days up and down they come
Like rain on a conga drum
Forget most, remember some
But don’t turn none away
Everything is not enough
Nothing is too much to bear
Where you been is good and gone
All you keep’s the getting there
To live is to fly low and high
So shake the dust off of your wings
And the sleep out of your eyes

It’s goodbye to all my friends
It’s time to go again
Think of all the poetry
And the pickin’ down the line
I’ll miss the system here
The bottom’s low and the treble’s clear
But it don’t pay to think too much
On the things you leave behind
I may be gone but I won’t be long
I’ll be bringing back the melody
And the rhythm that I find

We all got holes to fill
And them holes are all that’s real
Some fall on you like a storm
Sometimes you dig your own
But choice is yours to make
Time is yours to take
Some dive into the sea
Some toil upon the stone
To live is to fly low and high
So shake the dust off of your wings
The sleep out of your eyes

 

La reprise du groupe Cowboy junkies :

 

Enfin, un live en images de 1995 :