Enthousiasme (la symphonie de Donbass) – Dziga Vertov

EN ENTIER – Entousiasme (la symphonie de Donbass) – Dziga Vertov – 1930 – 65mn – Ukraine/URSS. Le premier film sonore ukrainien !

Le Donbass est un bassin houiller très important d’Ukraine-Russie, très chamboulé par l’Histoire, et toujours en activité de nos jours bien que de manière pas toujours très officielle, en plus de la privatisation croissante.

Au moment de la réalisation de ce film, après une courte période d’indépendance (1917-1920), l’Ukraine constitue une entité territoriale de l’URSS. C’est à ce titre que le Donbass, dont la découverte du charbon remonte au Tsar Pierre le Grand et l’industrialisation à la fin du 19ème siècle, est soumis à l’industrialisation soviétique et notamment aux vues staliniennes dès la fin des années 1920, à savoir une industrialisation démesurée et forcée, ainsi qu’une forme de « collectivisation » des terres amenant parallèlement à la mine nombreux paysans dékoulakisés. En fait, plutôt que de m’attarder à un résumé superficiel du Donbass, et en guise d’introduction approfondie, je renvoie ICI à une présentation écrite du livre de la chercheuse russe Tanja Penter et intitulé Du charbon pour Staline et Hitler. Travail et vie quotidienne dans le Donbass 1929-1953 ; cette dernière a en effet consacré de nombreux travaux sur le Donbass et ses populations, depuis les années 1920 jusqu’aux années 1950, soit durant le stalinisme et la période nazie de la seconde guerre mondiale. Je termine juste cette note introductive en précisant que le début des années 30 est également marqué par l’Holodomor, soit les famines orchestrées par le régime stalinien sur la paysannerie ukrainienne et reconnue de nos jours par certains pays de « génocide ». Nous voyons notamment, en fin de film, le secrétaire général du Parti Communiste Ukrainien Stanislav Kossior, soit un des bourreaux de l’Holodomor imminente. Enthousiasme de Vertov s’inscrit donc dans un moment charnière du stalinisme en Ukraine, peu de temps avant le massacre de la paysannerie ukrainienne, et durant une période d’industrialisation nécessitant grande propagande d’Etat, tel la productivité minière.

Je glisse ci-dessous deux liens du film, en espérant qu’un des deux puisse perdurer assez longtemps sur YT. J’imagine aussi comme il doit être bien plus intéressant et frappant de voir ce film de Vertov sur grand écran ! Comme il m’arrive souvent de préciser, au-delà des limites d’internet en terme de rendu des images (et donc de réception) et de sa contribution (parmi nombreux autres facteurs, hein !) à un cinéma en perte de socialisation (avec tout ce que ça peut engager comme interactions … euh dans le réel !), il est toujours appréciable d’avoir accès à des films que nos moyens financiers ne nous rendent pas possible de voir en salle obscure, y compris dans des festivals aux prétentions de cinéma populaire, et/ou dont la diffusion dans toute ses formes (salle, DVD etc)  ne tient pas (plus, jamais) en compte. Si certaines personnes passionnées s’autorisent quelques sacrifices financiers dans la fréquentation de salles et/ou festivals (sur ce dernier point, le bénévolat est une bonne solution d’accès « gratuit » aux films), ça n’est pas une chose à assumer facilement : « alors, ce soir, je mange ou je me (re)fais Il était une fois en Amérique  ? » Entre deux menaces de coupures de courant, le choix peut éventuellement se porter sur Léone « à la maison avec une pizza surgelée« . Il est au demeurant très dommageable de ne pouvoir assister régulièrement à la projection de films en salle obscure, faute de sous-sous, et heureusement que la frustration des (re)découvertes en plus d’un certain plaisir (et besoin, nécessité, URGENCE ?) de l’espace de vie autour de la projection (débats, verres, discussions …) puissent être quelque peu compensée par quelques salles associatives et/ou d’art et essai, voire de collectifs (plus ou moins militants, avec les moyens et la logistique du bord) œuvrant non seulement pour la diffusion de cinéma(s), mais aussi pour des formes de diffusion dépassant la froideur et anonymat des grandes salles, et en ouverture parfois (rêvons un peu) aux quartiers et populations dans leurs diversités (en cela, la prog’ et ses thématiques et ce qui l’entoure comme dynamiques, c’est également toute une démarche j’imagine). Bien entendu, les habitudes de consommation du cinéma restent quelque chose de très partagé, et cela que ce soit depuis un écran de PC et l’informatique, ou dans l’acte de se rendre au cinoche. Avec d’ailleurs une stat relativement importante à propos des hausses, ici et là à certaines périodes, des fréquentations de salle : en général, il s’agit de mêmes personnes qui vont juste plus souvent au cinéma, et pas donc pas forcément « plus de personnes » qui se rendent en salle. Du moins c’est ce que suggérait un vieux et petit bouquin que j’avais feuilleté sur L’économie du cinéma.

En tout cas, pour en revenir à Enthousiasme, c’est un film qui mérite le grand détour, au-delà de sa propagande évidente. Ne serait-ce que pour l’incroyable séquence de démantèlement de la religion, tout à fait saisissante, et hors du commun ! Pour l’aspect formel du film (et un recadrage historique) et notamment les félicitations du grand Charlie Chaplin en personne vis à vis de l’expérimentation sonore originale (je ne pense pas que les videos de YT reprennent la bande sonore originale !), je renvoie ICI à une rapide et intéressante introduction sur Kinoglaz. Si la fascination et l’apologie d’une certaine industrialisation pour les mines vous intéresse, et que vous avez l’impression que c’est ici le seul apanage d’une propagande soviétique (qui a tendance à occuper démesurément le regard occidental quant aux réalisations passées des « films de l’Est », un peu trop perçus QUE depuis la dimension politique, même dans une expression critique), ne pas hésiter à regarder, en ce qui concerne les mines de charbon, les quelques films muets sauvegardés au Centre Minier Historique de Lewarde dans le Nord – Pas – de – Calais. Sans atteindre la force formelle de Vertov, évidemment, on y trouve de petits films, par exemple, témoignant d’une grande fascination pour la machine et notamment lors de l’installation de structures de surfaces métalliques telles que les chevalets (j’ai ainsi un souvenir d’un rapide film muet se déroulant à la fosse 2 de la Compagnie des mines de Marles). La machine et son environnement métallique-béton y occupent l’esprit et le monde de la mine bien plus conséquemment que les hommes… et leur enfer. Je me demande par ailleurs dans quelle mesure on pourrait trouver des films témoignant des hommes (et enfants) dans la mine, traduisant au mieux l’enfer du fond, DANS le temps de l’exploitation minière et ses différentes phases ? Il est vrai que parfois la dureté du fond est évoquée par quelques plans tournés au fond, mais en accompagnant alors l’héroisation productive du mineur, soit à des fins idéologiques et de manipulation de l’exploitation des hommes.

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Soviets (Hello, do you hear us ?) – Juris Podnieks (1989)

Soviets (Hello, do you hear us ?) – Juris Podnieks – 1989 – URSS (Lettonie)

Lors de la dernière édition de Lussas en 2012 (voir ICI sur le blog), j’eus l’occasion de découvrir quelques films lettons dans le cadre d’une fort intéressante rétrospective des cinémas des pays baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie). Bien que j’avais raté plusieurs films, j’en avais vu suffisamment (dont le superbe film collectif Letton 235 000 000) pour ne pas manquer de m’intéresser à ces cinémas et donc d’en visionner de temps à autre des réalisations.

Juris Podniek, cinéaste et producteur letton (décédé en 1992) qui nous intéresse ici, étudia à la VGIK à Moscou (où sont passés notamment Eisenstein, Sorkurov ou encore Paradjanov) avant de travailler à la société de production Riga Film Studio. Il débute la réalisation dans les années 80, avec entre autres le documentaire qui a eu un écho international et reste l’un de ses plus connus (diffusé d’ailleurs lors de la rétrospective de Lussas 2012 évoquée plus haut ): Est-il facile d’être jeune  ? (1986), où nous retrouvons dans le titre une forme interrogative et qui aborde la jeunesse soviétique, dont de futurs condamnés pour criminalité. Parmi ses derniers films, se signale Homeland (1990) qui porte sur les luttes d’indépendance des pays Baltes via des récits de trajectoire personnelle, tout en abordant parallèlement les folklores baltes dont les festivals de chant traditionnels ont repris beaucoup d’importance dans les années 80, en lien avec les luttes pour l’autonomie.  Ce documentaire Homeland, qui fait partie de mes gros ratés de la rétrospective de Lussas 2012 (et introuvable sur le net), a la particularité de débuter sur un mémorial dédié à deux cinéastes-opérateurs dudit film, tués par l’armée soviétique à Riga le 20 janvier 1990 : Andris Slapins et Gvido Zvaignze. Andris Slapins avait notamment réalisé, en 1983, le court documentaire Le folklore letton (Latvian folklore), dont l’intégralité est visible sur you tube (ou vimeo); malgré l’absence de sous titres, j’ai été ravi de découvrir ce film. Il est à rappeler que les chansons populaires lettones et hymnes nationaux furent interdits durant plusieurs décennies et le bilinguisme letton/russe rendu obligatoire sous Khrouchtchev. Un mouvement national se développe progressivement où le folklore occupe une place importante, comme en Estonie et Lituanie. La révolution des pays baltes (grossomodo 1985-1990) porte aussi le nom de « révolution chantante ».

Andris Slapins – Latvian folklore – 1983 – 20 mn :

Hello, do you hear us ? (ou Soviets) a été entrepris dès 1988 et coproduit avec la télévision britannique Channel four, tandis que la musique du film est composée par le russe Alexey Rybnikov. Celui-ci intervient dès le début du film et sa musique opère une forte présence tandis que le musicien constitue comme un fil directeur régulier et trait d’union entre les différents épisodes (il prépare alors un opéra rock). Composée de 5 volets de 50 mn (que je poste ci-dessous, en doublage et sous-titres anglais), et tournée sur 3 ans, la série documentaire aborde différents aspects de la glasnost (programme de transparence de Gorbatchev) et nombreux événements de cette fin des années 80, emblématiques de la période Perestroïka, concernant l’ensemble des pays soviétiques. Différents problèmes de l’URSS sont donc ainsi traités. Après un temps de contrôle, la chaîne de télé britannique donne finalement carte blanche au cinéaste. Ce dernier effectue un périple qui se composera au final de 100 heures d’images et 200 heures de son. Le KGB fait obstacle à un certain moment, mais le cinéaste utilise alors des microphones cachés. Nous sommes plus de vingt ans après le splendide film collectif letton 235 000 000 d’Uldis Braun, Laima Zurgina et Biruta Veldre (à voir absolument en salle obscure bien que rarement projeté, malheureusement !), là aussi grand périple, où le « tout va bien » plane ici dans toute l’URSS. En revanche, si un certain travail sur l’image s’exprime dans le film de Podnieks, comme un écho à « l’école » du documentaire poétique de Riga, ici « la fin de l’empire » est imminente, dans une atmosphère chaotique généralisée. Tout un système soviétique se fissure en cette fin de décennie et révèle ses horreurs – les premières minutes de la série, après l’intro du musicien Rybnikov, renvoient en partie à plusieurs des drames et violences qui éclatent dans « l’empire » et approchés tout au long des 5 volets; une forme d’introduction qui se répète dans le générique de début de chaque épisode, renvoyant à des phases du précédent. La pérestroïka de Gorbatchev déchante totalement. Le cinéaste n’est cependant pas dans une pratique documentariste « tape à l’oeil » sous des airs de « réalisme » forcené et spectacle, ce qui donne davantage de force à ces 5 volets. Bien que largué parfois sur les contextes de l’époque et par ma compréhension toute relative de l’anglais, la série ne m’a pas laissé impassible face à ce tableau de fin de siècle, après un démarrage remontant à des archives de la Révolution d’octobre 1917. Nous ne sommes pas que dans le présent de ces années 80 et de la Glasnost, c’est toute une histoire qui revient également, d’où un usage d’archives par moments, qui en rend encore plus fort le présent. Et Podnieks insère également des bouts de films tournés par des cinéastes amateurs, tel pour le terrible épisode du 2ème volet consacré à l’Arménie (une pratique nettement amplifiée dans Le fond de l’air est rouge de Chris Marker). Certains plans sans paroles où la caméra chemine sur des visages ou des lieux, ou lors de l’emploi d’images d’archives, avec un accompagnement musical particulier (de Rybnikov), me font penser à certains documentaires de Chris Marker.

A noter aussi la présence de Gvido Zvaignze comme opérateur (un des opérateurs-cinéastes assassinés en 1990 évoqués plus haut). Dommage que Hello, do you hear us ? ne semble pas avoir été édité en DVD, et surtout pas dans une édition avec sous titres français. La diffusion en France a sans doute été limitée, mais elle a dû avoir lieu puisqu’il existe une version française de la série et dont le montage est quelque peu différent sur certaines partites (au titre général de Cris et gémissements. L’union soviétique 1987-1990). L’occasion en tout cas, ci-dessous, de découvrir la version originale sur YT. D’autres versions des différentes parties existent (We par exemple), avec un montage sans commentaires semble-t-il (quelques interviews) et davantage porté par ses expressions visuelles et musicale, soit ôté, sans doute, des quelques exigences formelles télévisuelles. Il me plairait de découvrir ces montages alternatifs…

 

1er volet : Red hot

Introduction / 1ère partie : émeutes et massacres en Ouzbékistan (1989) – séisme en Arménie (1988) / 2ème partie : les conditions de travail des ouvrières et revendications ouvrières générales à Yaroslavl (Russie centrale), grève – explosion nucléaire de Tchernobyl et retour dans la zone en 1988.

 

2ème volet : Le réveil

1ère partie : Église Orthodoxe russe et sa résurgence, avec une introduction par le musicien Rybnikov –  Andreï Sakharov (inventeur de la bombe atomique en URSS) revient à Moscou après une longue assignation à résidence à Gorki, et encourage les mouvements d’indépendance nationale  – la Lettonie (mouvement de contestation d’août 87) / 2ème partie : Lettonie (quelques mois après) – Début de conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabakh.

 

3ème volet : Do you hear us ?

1ère partie : guerre d’Afghanistan (manifestations de vétérans à Leningrad en 1988, blessés en Afghanistan, bombardements soviétiques et les conséquences humaines de la guerre…) / 2ème partie : résurgence du religieux (Rybnikov) – groupes et mouvements socio-politiques : rassemblement de fans de l’écrivain Mikhaïl Boulgakov – camp hippie en Lettonie – extrême droite (mouvement patriotique et antisémite « Memory ») – Front démocratique (ou « front populaire ») et ses revendications – émergence d’une scène rock (groupe « Alice » à Leningrad)

 

4ème volet : Le mur

1ère partie : droits des femmes en Ouzbekistan / 2ème partie : pollution causée par les chimiques et conséquences sanitaires (Kirishi, à proximité de Leningrad) – émergence de Boris Elstsine

 

5ème volet : Face à face

1ère partie : revendications d’indépendance des pays baltes (« Révolution chantante »…) / 2ème partie : conflit entre Arméniens et Azéris à propos du Haut-Karabakh : massacres de Soumgaït…

Dans la foulée de l’obtention de quelques prix internationaux pour Soviets, je précise qu’une version plus courte a été réalisée un peu plus tard par Juris Podnieks. Intitulée End of empire (1991), elle comporte également des ajouts, liés notamment aux événements intervenus en Lituanie en 1990 et au coup d’Etat contre Gorbatchev. Fort d’une certaine fluidité, sans commentaires, cet opus peut donner une idée des autres montages alternatifs aux volets de la série documentaire Soviets (Hello, do you hear us ?)

End of empire – 1991 – 50 mn – VO sous titrée anglais

Ladoni (Les paumés de la mendicité) – Artur Aristakisyan (1994)

Russie – EN ENTIER – VO non sous titrée – 140 mn

Un film rarement diffusé et très difficilement accessible. J’eus l’occasion de le voir il y a quelques années sur une chaîne du satellite… avec les sous-titres. Même sans, j’en recommande d’en voir ne serait-ce qu’une partie.

Il fut projeté aux Etats Généraux du film documentaire de Lussas 2010, dans le cadre d’un focus sur la Russie, dont on peut retrouver la présentation ICI sur le site Kinoglaz. Extrait à propos de ce film d’Aristakisyan : « Artur Aristakisian termine Ladoni en 1994 dans le cadre du VGIK après plusieurs années de travail. Une ode aux mendiants, déshérités, laissés pour compte, exclus au cœur d’une ville dont leurs corps sont le battement. Ce poème fleuve dans les rues de Chisinau en Moldavie, cette lettre dite à un fils qui n’est pas né est une adresse au monde, une allégorie mystique et visionnaire, comme une « âme de résistance » à l’usage du monde.« 

 

En complément, cette interview d’une quarantaine de mn avec le cinéaste, au Festival International du Documentaire (FID) 2010 à Marseille :

ICI SUR DAILYMOTION !

Animated soviet propaganda (coffret 2007) – 1ère partie : « Les impérialistes américains »

Russie – EN ENTIER

En 2007 est sorti le coffret Animated soviet propaganda dont l’un des buts est « de préserver des archives de propagande soviétique non seulement pour les historiens, mais aussi pour des générations d’artistes et d’amoureux de l’art visuel à travers le monde. Les œuvres des artistes russes enterrés par le totalitarisme du 20ème siècle et la Guerre Froide ne doivent être ni oubliées, ni perdues… »

Quatre thématiques principales sont abordées, réparties donc sur 4 dvds : « Les impérialistes américains », « Les barbares fascistes », « Les requins capitalistes », « Vers un avenir brillant : le communisme ». Il est possible de voir les extraits des courts métrages d’animation inclus dans les courts documentaires associés sur chaque dvd; c’est une bonne entrée en matière pour peut être mieux cerner des aspects des courts métrages. Chaque film évoqué est en entier, et il faut reconnaître que le coffret est bien agencé en terme d’usage pratique.

En tout cas une formidable initiative que cette anthologie, tant les archives valent le détour, et pas seulement que pour un aspect historique et documentaire. Comme il a été découvert et travaillé par une universitaire au début des années 2000 à propos de l’animation tchèque (Julie Charnay, que j’ai recroisé il y a peu), je pense qu’on peut carrément ne pas voir ces films que sous leur aspect ouvertement politique, et que d’autres choses ressortent. Il y a un rapport plus complexe à établir avec ces films, et plus généralement ceux des cinématographies de l’Europe de l’Est.

Je poste ci-dessous les courts métrages sous-titrés en anglais, de la 1ère partie, « Les impérialistes américains », la seule que j’ai vue à ce jour, mais je me réserve la suite pour un de ces 4, disposant du coffret dans ma dvdéthèque perso ! Non seulement ce sont des découvertes, parfois étonnantes, mais en plus ça donne envie de creuser sur l’animation soviétique, pas seulement pour ses aspects de « propagande ». Je précise que ce coffret est en principe aisément commandable en catalogue de médiathèque, n’hésitez pas à susciter son achat…

Pour la présentation plus complète et critique de l’ensemble du coffret, je renvoie à cette page de DVDanime.net.

 

Black and white – I. Ivanov-Vano et L. Amalrik – 1933 – 3 mn

Chef d’oeuvre !

« Film inspiré d’une oeuvre de Vladimir Mayakovsky, écrit pendant son voyage aux USA et à Cuba, à propos d’un pauvre noir, Willie, qui ose affronter un propriétaire blanc d’une plantation. Le racisme aux USA et la Guerre du Viêt Nam deviendront un sujet populaire de la satire d’animation soviétique des années 1950 aux années 1970″ (Site anglophone, traduction approximative de ma part). C’est ici une des premières œuvres dIvan Ivanov-Vano (petite biographie sur wikipedia) et Leonid Amalrik. Tous deux sont devenus par la suite des réalisateurs aussi prolifiques qu’influents. Ce court-métrage est un bijou, qui révèle une réalité incontestable et avec une manière très marquante. Deux minutes 30 assez terribles, en particulier cette route parsemée de noirs pendus, comme un écho à la sublime chanson de Billie Holliday où les noirs sont pendus aux arbres (superbe version avec clip sous titré ICI). Ici le racisme est perçu comme nettement institutionnel, au-delà du racisme citoyen. Quant à la musique, elle est tout simplement superbe : Motherless Child, un negro spiritual composé aux États-Unis avant l’abolition de l’esclavage de 1865.  (Pasolini incluera ce chant dans L’Evangile de Matthieu, version d’Odetta).  

 

Mister Twister – A. Karanovitch – 1963 – 16 mn

Basé sur une poésie populaire pour enfant de Samuel Marshak, Anatoly Karanovitch réalise ici un film ciblant le racisme américain, associé également au capitalisme. Le ton y est humoristique,  après une introduction assez virulente. A noter aussi l’influence esthétique ici des dessins animés américains produits par le studio UPA, qui a popularisé au début des années 40 la technique dite « animation limitée » où le décor non réaliste et la stylisation des personnages dominent. Cette forme d’animation permettait notamment une économie des coûts.

 

 

Une autre voix (Someone’s else voice) –  I. Ivanov-Vano – 1948 – 9 mn

Le film traite ici du jazz, considéré comme un ennemi du peuple. Il est associé au capitalisme.

 

 

Ave Maria – I. Ivanov-Vano – 1972 – 10 mn

Ce film évoque la guerre américaine au Vietnam, à travers une position clairement anti-américaine, mais aussi antimilitariste. Il évoque également l’Église qui a une influence sociale active et malveillante; ce n’est pas la première fois chez Ivanov-Vano, qui l’a déjà évoqué malveillante dans Black and white, évoqué plus haut. La musique est extraite d’Ave Maria de Schubert.

 

 

Le Millionnaire – V. Bordzilovsky et Y. Prytkov – VOSTFR – 1963 – 10 mn

Film anti-fric, qui dresse le portrait d’une société où l’argent et sa place sont les seules conventions qui comptent. Noter tout de même ici l’usage d’un rythme jazz dans la bande son, qui rend le rapport à la culture américaine moins tranché, plus complexe.

 

 

Le Champ de tir (Shooting range) – V. Tarasov – 1979 – 21 mn

Une grosse satire du capitalisme, dans ce court métrage également très fou et qui marque également par cet aspect ! Là aussi, usage du jazz, qui colle bien à l’esprit dingue du film.

 

 

M. Wolf – V. Gromov – 1949 – 10 mn

Basé sur les dessins du caricaturiste politique renommé, Boris Yefimov, qui est interviewé dans une partie du DVD. Pétrole et avidité ici..

Pavel Klushantsev – Cinéma de science fiction soviétique

Pavel Klushantsev est un précurseur du cinéma de science fiction soviétique, et fut longtemps indétrônable à ce niveau. C’est ainsi que malgré des reproches faits sur certains de ses films par le pouvoir, il ne fut pas inquiété outre mesure étant donné son savoir faire indéniable. Certains de ses films ont eu une influence sur le cinéma américain (dont 2001 Odyssée de l’espacede Stanley Kubrick), à un moment où l’URSS rivalisait et semblait gagner la « bataille » de l’espace. Grand inventeur, pionnier d’effets spéciaux en plus d’un aspect « scientifique » à des fins de propagande, les films de Pavel Klushantsev valent le grand détour, malgré des films, ici, non sous titrés : vraiment excellents, surtout quand il se met à la fiction, où la dose d’inventivité et de mystère ainsi que l’atmosphère sont étonnantes, et bien entendu des aspects bien kitsch aujourd’hui !  Très intéressant en même temps sur l’époque et les enjeux de l’espace, quand américains et russes étaient au coude à coude, voire avec une avancée de ces derniers en la matière. Le cinéma ici témoigne d’une certaine vitalité en science fiction ! JE RENVOIE A CE TRES BON ARTICLE (dont découle pour l’essentiel cette présente note), concis et intéressant, avec des liens en fin de texte, sur le site Der komissar: « Anthologie du cinéma de science-fiction soviétique (1) : Pavel Klushantsev »

 

En route pour les étoiles (Road to the stars) – 1957 – 50 mn

Début du film en VF (12 mn) :

Résumé :   » Le documentaire débute par un préambule qui se termine avec cette citation de Constantin Tsiolkovski: «La Terre est le berceau de l’humanité mais on ne passe pas sa vie au berceau». Suit une évocation de la vie de Tsiolkovski, qui tout en enseignant à l’école primaire de la dévote ville deKalouga, s’échappait de l’atmosphère confinée de son milieu en faisant des recherches en astronautique. On le voit expliquer les notions de base à ses élèves par le truchement de dialogues conviviaux, de dessins et d’expériences simples qui rendent les raisonnements accessibles aux enfants mis en scène et par conséquent aux spectateurs qui peuvent ainsi tirer profit du cheminement. De la sorte sont présentés la vitesse circulaire, la vitesse de libération, la réaction qui peut permettre d’avancer dans le vide, la nécessité d’inventer un carburant plus performant que la poudre, le schéma de la fusée, etc… Toutes ces études sont détaillées dans un livre de Tsiolkovski publié en 1903: «L’exploration de l’espace cosmique au moyen d’engins à réaction». Malgré le dédain avec lequel ses travaux sont reçus, il continue ses recherches pour trouver le combustible adéquat. Il se rend compte qu’une seule fusée ne peut atteindre la vitesse orbitale qui permet d’échapper à l’attraction terrestre. Il en arrive au train de fusées c’est-à-dire à la fusée à étages qui s’allège au fur et à mesure que ses parties se détachent et qui permet aux segments qui continuent leur course de s’élancer non pas à la vitesse initiale mais à partir de la vitesse déjà atteinte. Ses travaux trouvent des échos dans le monde; par exemple Hermann Oberth lui écrit, Max Valierexpérimente le traîneau fusée, Reinhold Tiling périt dans son laboratoire en faisant des recherches sur les carburants, en 1929 Robert Goddard conçoit une fusée qui s’élève dans le ciel et en 1933, c’est au tour des ingénieurs soviétiques d’expérimenter avec succès leur première fusée. Le 4 octobre 1957, Spoutnik est lancé: l’humanité commence à sortir du berceau. Cette première partie qui prend à peu près la moitié du film se termine par une autre citation de Tsiolkovski: «D’abord il y a la pensée, l’imagination, le conte; ensuite vient le calcul scientifique et pour finir la réalisation couronne la pensée».   Résumé de la seconde partie: projetons-nous dans le futur. Ce sera le premier vol spatial d’essai de quelques heures avec trois hommes, fruit du travail de dizaines de milliers de personnes, d’innombrables centres de recherche, de bureaux d’étude, de laboratoires. C’est le cérémonial du premier lancement: la fusée à plusieurs étages est dressée sur la plateforme mobile qui l’a amenée sur le pas de tir. Puis c’est le compte à rebours, la foule des techniciens, des ingénieurs, des responsables de l’évènement qui assistent au départ et enfin le décollage. Dans l’habitacle de la fusée, les cosmonautes sanglés sur leurs couchettes subissent l’énorme pression des accélérations avant d’être en état d’apesanteur, phénomène expliqué par une animation. C’est la sortie dans l’espace où le premier piéton dans sa tenue hermétique est relié à la fusée par un câble qui ressemble à un cordon ombilical. Ce sont les techniciens qui au sol restent en contact avec ces «fils» de la Terre dont on peut voir, la nuit, le vaisseau qui n’est plus qu’un point lumineux qui file silencieusement dans le ciel étoilé. C’est le retour avec le freinage et la descente en spirale puis l’amerrissage avec la récupération des glorieux voyageurs par une vedette. L’étape suivante est la construction d’une station orbitale où des dizaines de vaisseaux ont amené les matériaux nécessaires à sa réalisation. Elle est divisée en sections séparées par des portes étanches qui isolent la partie détruite en cas de choc avec une météorite. À bord de ce «mécano géant» se trouvent une station météo, un observatoire astronomique, un laboratoire où des physiciens font des expériences, une serre où des biologistes étudient le comportement des plantes. D’autres spécialistes surveillent le déplacement des icebergs, retransmettent des images télévisées, étudient les rayonnements cosmiques, etc… Simultanément une fusée transporte des cosmonautes sur la Lune. Cet astre désert et silencieux est appelé à devenir une base de lancement pour la conquête d’autres planètes du système solaire. En guise d’hommage, le film se termine avec une autre citation de Tsiolkovski: «L’impossible aujourd’hui sera possible demain». »

EN ENTIER – VO non sous titrée 

 

EXTRAITS – La planète des tempêtes (Planeta Bur – Planet of storms) – 1961

Une expédition de cosmonautes soviétiques, formée de trois vaisseaux spatiaux, part pour Venus. A l’approche de la planète l’un des vaisseaux est détruit. L’un des deux autres va atterrir sur Vénus tandis que le dernier, à bord duquel est restée une femme, reste sur orbite et sert de lien entre la planète et la Terre. Deux groupes de cosmonautes atterris à des endroits différents vont à la rencontre l’un de l’autre et font leurs premières découvertes d’inquiétants animaux. Dans l’un des groupes se trouve un étranger et son robot « John ». Survient alors une immense éruption volcanique qui menace de tout bruler…

Une bande annonce américaine :

Extrait en VO sous titrée anglais :

Planeta Bur est sans doute le plus célèbre film et le plus accessible (pas sur la toile ceci dit…) du cinéaste russe. Il a eut aussi beaucoup d’impacts sur le cinéma américain, avec des reprises quasi littérales de ce film, ainsi dans :

Voyage to the Prehistoric Planet – Curtis Harrington (et produit par Roger Corman) – EN ENTIER ci-dessous – VO – 1965 – 73 mn

 

et Voyage to the Planet of Préhistoric Women (Voyage sur la planète des femmes préhistoriques) – Peter Bogdanovich (et produit par Roger Corman) – EN ENTIER ci-dessous – VO – 80 mn – 1968

 

EN ENTIER – Luna (La lune) – VO non sous titrée – 1965

Un film documentaire et scientifique ici, mais certains passages révèlent là encore de l’inventivité, surtout en deuxième partie, où les sous titres ne sont pas indispensables pour cet aspect. 

 

Mars – 1968 – 50 mn

Un rappel historique de la fascination exercée sur les hommes par la planète rouge, ses caractéristiques ainsi que les connaissances théoriques que l’on en avait en 1968 ( dont la probable existence de végétaux, peut-être de vie animale ou de civilisation disparue) et enfin la conquête de la planète par l’union soviétique (en fait d’abord un chien dans la grande tradition russe puis l’homme).

Extrait (rapide) :

 

Un documentaire danois a été réalisé sur Pavel Klushantsev en 2002 : The star dreamer (Le rêveur d’étoiles), de Sonja Vesterholt et Mads Baastrup. Extrait, en VO non sous titrée (10 mn) :

 

Bien entendu Pavel Klushantsev n’est pas le seul représentant de ce cinéma de science fiction soviétique. J’aurai l’occasion d’y revenir sur le blog dans une (ou plusieurs) prochaine note avec liens conséquents. En attendant :

Au devant du rêve (Mechte navstrechu) –  de Mikhail Karzhukov et Otar Koberidze – VO non sous titrée – 1963 – 63 mn

Quand les habitants du système Alpha du Centaure découvrent l’existence de la Terre, ils envoient un astronef habité à notre rencontre. Malheureusement, suite à un incident, leur appareil s’écrase sur Mars. Mis au courant, les Russes décident alors d’envoyer sur la planète une mission de secours à bord de la fusée Océan. 

Le vieil homme et la mer – Alexandre Petrov (1999)

RUSSIE – EN ENTIER (en 2 parties) – VF sous titrée arabe – 21 mn 

Un vieux pêcheur, qui n’a rien attrapé depuis 83 jours, décident de tenter une dernière fois sa chance au large des côtes.

 

« Un moyen métrage d’animation, très peu connu du grand public et pourtant, le travail colossal qu’il a nécessité mériterait indéniablement une reconnaissance. Film d’animation russe qui a choisit d’utiliser pour support l’aquarelle. Parfaite synthèse de l’œuvre d’Ernest Hemingway, le film est aussi une ode à l’imagination, offrant quelques séquences surréalistes (…). Chaque image est une peinture à part entière, ce qui fait passer régulièrement de fortes émotions (preuve que les histoires classiques sont toujours capables de faire leur effet sur le public). Le film profite régulièrement des temps morts de son histoire pour s’attarder sur des paysages marins magnifiques, ou pour se lancer dans des flashs back aventureux où l’on en apprend un peu plus sur le personnage de notre pêcheur. La relation poisson/pêcheur est ici plutôt bien abordée par la voix off du pêcheur, avant de nous faire tout d’un coup basculer dans le surréalisme avec une séquence où poisson et pêcheur nagent tous deux côte à côte dans un océan de nuage où vole toute une faune aquatique. Il y a l’essence d’un grand film dans ce morceau de bravoure de 20 minutes, qui comble des yeux de la beauté des aquarelles et qui peut se vanter de pouvoir rassembler tous les publics et de les captiver pendant toute sa durée. Vraiment, un petit film injustement oublié qui semble ne jamais perdre de son impact. » Voracinephile